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Les Aventures d'Hercule

  • Titre original : Le Avventure dell'incredibile Ercole
  • Titres alternatifs : Hercules II, The Adventures of Hercules, Hercule l'Invincible
  • Réalisateur : Luigi Cozzi (alias Lewis Coates)
  • Année : 1985
  • Pays : Italie / Etats-Unis
  • Genre : Gonflette et carton-pâte (Catégorie : Péplum)
  • Durée : 1h28
  • Acteurs principaux : Lou Ferrigno, Milly Carlucci, Sonia Viviani, William Berger, Eva Robin’s
  • Producteur : Menahem Golan
Note :
3.5
Nikita
Nikita

Chronique





De deux choses l’une : soit Lou Ferrigno ne lisait pas les contrats qu’il signait pour tourner des films, soit le producteur Menahem Golan les rédigeait de manière particulièrement rusée (je penche pour la deuxième solution). Le film qui fait l’objet de cette chronique est en effet issu d’une fameuse arnaque du patron de la Cannon aux dépens de l’ancien interprète de la série « Hulk ». Engagé pour tourner deux péplums en Italie aux débuts des années 80, « Les Sept gladiateurs » de Bruno Mattei et « Hercule » de Luigi Cozzi, Ferrigno se trouva finalement embarqué pour tourner trois films pour le prix de deux. Peu satisfaits des « Sept gladiateurs », les producteurs demandèrent en effet à Luigi Cozzi (voir l’interview que ce dernier nous a accordée) de retourner des scènes du film de Mattei puis, dans la foulée et pendant qu’on y était, de tourner un deuxième Hercule ! Lou Ferrigno ne fut donc pas payé pour ce nouvel opus des aventures du héros mythologique ; cela ne serait que pittoresque – et malhonnête – si ce film avait été une réussite, mais l’affaire atteint des proportions dantesques si l’on considère qu’il s’agit de l’un des plus gros nanars jamais tournés durant les années 80, surpassant en ridicule le premier film de Cozzi !













Une invocation nanarde.





Un cosmos en carton-pâte !




Luigi Cozzi, caché sous son pseudonyme habituel de Lewis Coates, se déchaîne dès le générique en nous servant un medley des meilleurs moments du premier « Hercule » : comprendre des passages les plus ridicules. Nous (re)voyons ainsi Ferrigno se colleter avec des robots en fer blanc plaqué or, animés image par image. D’emblée, le spectateur qui n’aurait pas vu le premier subit en condensé un véritable choc esthétique doublé, pour peu qu’il soit amateur de mythologie grecque, d’une attaque d’apoplexie. Car, rappelons-le, Cozzi ne suit aucunement le récit traditionnel, si ce n’est au énième degré, et nous sert au contraire un mauvais gloubiboulga d’heroïc-fantasy, assaisonné de couleurs kitsch (on se croirait parfois dans un vieux clip disco !) et d’effets spéciaux dignes de Bioman.













Les Dieux de l'Olympe.





Hercule, le shérif de l'espace !




Selon le réalisateur, le scénario du film fut en grande partie improvisé. Autant dire que cela se ressent à la vision du film, qui va d’un épisode de dix minutes à un autre dans une joyeuse incohérence digne d’un mauvais jeu de rôles. Le succès du film réside paradoxalement dans son parfait n’importe quoi : là où le premier « Hercule » commençait en fanfare pour finir par subir de grosse longueurs dans sa deuxième partie, « Les Aventures d’Hercule » ne laisse littéralement pas le temps de souffler au spectateur, enfilant les morceaux de bravoures comme autant de perles.





Un monstre en dessin animé.









Des décors à couper le souffle !




L'histoire est assez simpliste : on a volé les sept éclairs de Zeus et ce dernier envoie notre demi-dieu préféré pour les récupérer. Ce sont les autres dieux qui, rebelles au pouvoir de Zeus, ont fait le larcin et caché les éclairs aux quatre coins de la Terre. Pendant ce temps (eh oui, comme c'est le 2, il y a double intrigue), un dangereux sorcier sacrifie toutes les filles de son village pour amadouer une créature de dessin animé. J’ai bien dit de dessin animé, car la bestiole qui nous est proposée n’est ni plus ni moins que la reproduction, assez fidèle, de la créature électrique de « Planète interdite ». Les effets spéciaux sont du même niveau, à ceci près que nous ne sommes plus dans les années 50… Les deux dernières filles du village demandent de l'aide à notre héros barbu, qui va péter la gueule des malfaisants avec ses biceps d’éléphant nourri à la créatine.





Hé, ma poule ! T'en as déjà vu, des comme ça ?




Pendant ce temps, la comploteuse Dédale (jouée par l’hermaphrodite italien Eva Robin’s, de son vrai nom Roberto Coatti) ressuscite le Roi Minos, méchant du premier épisode (l’acteur William Berger traînait sans doute encore sur le plateau) qui va vouloir détrôner les dieux et se venger de notre héros.





Dédale.





Le Roi Minos.




Tout cela n’est qu’un prétexte à une succession d’effets spéciaux qu’on pourrait qualifier d’artisanaux si l’on ne craignait d’offenser les artisans, de combats chorégraphiés par un troisième assistant stagiaire démotivé et d’affrontements avec des créatures en plastique qui feraient mourir de honte Ray Harryhausen. En guise de péplum post-moderne, nous avons droit à une pelletée de scènes du type "3 figurants", "mêmes lieux mais sous un autre angle", "forêt, carrière & usine désaffectée". Vous pourrez notamment y admirer Lou Ferrigno se battant avec des hommes de boue mal maquillés, ou se transformant en spermatozoïde marin après avoir avalé une frite magique (oui, je sais… mais il faut voir la scène pour comprendre !).







Notre héros et sa copine se préparent à ingurgiter leurs bitoniots magiques afin de pouvoir fendre les flots sous forme de lumignons translucides.













Allez, avance, Hercule ! (désolé...)













Le film ne serait cependant rien, si les acteurs n’étaient pas à l’avenant : tout le monde rivalise de cabotinage, à commencer par William Berger, qui semble s’amuser comme un fou à jouer les méchants de carnaval. Lou Ferrigno partage la vedette avec deux poupées Barbie italiennes (dont l'une, Milly Carlucci, devint par la suite une vedette de la télé) vêtues de costumes affriolants. Affublés de tenues de Mardi-gras aux couleurs pimpantes et de maquillages pailletés ou multicolores, les comédiens semblent davantage sortis d’un nouveau « Rocky Horror Picture Show » que d’une mythologie grecque, même revisitée.





L'épée magique de Minos.





Venantino Venantini, un grand prêtre magistral !




Mais la véritable clé de voûte du film, c’est Lou Ferrigno. Ce brave Lou, pour ceux qui en douteraient encore, est sans aucun doute l’un des pires acteurs au monde quand il s’agit de jouer un autre rôle que celui de l’incroyable Hulk. Bovin, le regard accablé, le visage figé par une violente paralysie faciale, Lou Ferrigno ressemble à un énorme quartier de viande qui se baladerait devant la caméra avec la légèreté d’un hippopotame en pleine digestion.









Notre héros ramasse un éclair de Zeus.




Toute les capacités expressives de notre homme semblent concentrées dans sa musculature hypertrophiée : Ferrigno est sans doute le seul acteur au monde capable de cligner des pectoraux comme d’autres cligneraient de l’oeil ! (encore une fois, il faut le voir pour comprendre) Le corps invariablement oint d’huile, notre héros continue de lancer des reflets luisants dans une scène où il est censé se trouver sous l’océan ! A croire qu’il secrète naturellement de l’huile…











Incroyable ! Disney n'avait pas inventé le Hercule en dessin animé !




« Les Aventures d'Hercule » ressemble un peu à une boîte à double, triple, voire quadruple fond : à chaque fois que l'on croit avoir atteint les limites du ridicule, un nouveau passage anthologique vient nous terrasser. Le film aligne les morceaux de bravoure, pour s’achever en véritable apothéose : sans doute désireux de terminer sa super-production par un feu d’artifice d’effets spéciaux, Cozzi nous gratifie d’un combat dans l’espace entre notre héros et l’affreux Minos, où chacun s’affrontera à coups de pouvoirs cosmiques, pour se transformer au final en personnage de dessins animés que l’on croirait datés de 1925 ! Le noeud du problème était que, du fait des conditions particulières de tournage, Lou Ferrigno n'était pas disponible pour la mise en boîte des scènes finales : d'où cette astucieuse trouvaille pour terminer le film en l'absence de l'acteur principal, tout en mettant en scène son personnage... Le tréfonds du fond est atteint lorsque le Minos de dessin animé se transforme en dinosaure géant (toujours animé) et notre demi-dieu favori… en gorille ! Les deux créatures s’empoignent alors dans l’espace, en une sorte de mauvais remake de « King Kong contre Godzilla » que l’on croirait animé par un animateur de quinzième ordre, qui aurait été licencié de chez Hannah & Barbera pour incompétence chronique !









Kong Kong contre Godzicrack !




Bien qu’étant assez méconnu, « Les Aventures d’Hercule » est un nanar de la plus belle eau, plus réussi sous bien des aspects que le premier épisode, et chaudement recommandé à tous les amateurs d’effets spéciaux approximatifs, de couleurs criardes, de décors en papier mâché, de scénarios foutraques, de potiches dénudées et de gros muscles luisants ! Et un grand bravo à Lou Ferrigno, qui accomplit le treizième des travaux d’Hercule : nanardiser tout millimètre de pellicule où il apparaît ! Gloire à l'Olympe ! Que l'on sacrifie dix chevreaux en l'honneur de ce Dieu du nanar !





Nikita
Nikita

Les Aventures d'Hercule
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Les notes des membres

Moyenne : 3.6
avatar de Kobal Kobal : 4
avatar de MrKlaus MrKlaus : 4
avatar de Nikita Nikita : 3.5
avatar de Rico Rico : 3.5
avatar de Wallflowers Wallflowers : 3

Cote de rareté

Rappelons l'existence de ce double DVD zone 1 "MGM" réunissant les 2 Hercule. Comme il est nanti de sous-titres français, on n'en perdra pas une miette.





Oh ! Un DVD double feature avec les deux films de Cozzi ! Qui a dit "Il le fooooo" ?




A défaut, on pourra se mettre en chasse des 2 éditions vidéo de chez "UGC" ou celle de chez "VidéoFilm". Mais là il faudra que les Dieux de l'Olympe vous soient très favorables.
Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

Affiches en plus

Une affiche égyptienne.
Une affiche égyptienne.