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Le Baiser du diable

  • Titre original : Le Baiser du diable
  • Titres alternatifs : La Perversa caricia de Satán, The Devil’s Kiss, The Wicked caresses of Satan
  • Réalisateur : Georges (Jorge) Gigo
  • Année : 1975
  • Pays : Espagne / France / Principauté d'Andorre
  • Genre : La main occulte (Catégorie : Epouvante)
  • Durée : 1h29
  • Acteurs principaux : Silvia Solar, Olivier Mathot, Evelyne Scott, José Nieto, Daniel Martin
  • Producteur : Marius Lesoeur
Note :
2,5
Nikita
Nikita

Chronique

Satan ferait bien de se trouver des trucs intéressants à faire. C’est vrai quoi : bien qu’étant le prince des ténèbres, il perd son temps à veiller sur les bidouillages occultes des pires ringards de toute l’histoire de l’ésotérisme. Et vas-y que je ressuscite les morts, que je transforme les jeunes filles en zombies, que je hante les châteaux… Et tout ça pour quoi ? Pour faire rire deux pelés et trois tondus dans un cinéma de quartier. Non, sérieusement, Monsieur Satan, ça ne va pas : à force d’avoir des adeptes aussi nuls, personne ne va plus vous prendre au sérieux !







« Le Baiser du diable », réédité en DVD par Eurociné, est un splendide exemple de film d’horreur naze tel que l’Espagne pouvait nous en fournir dans les années 1970. Comme l’écrit en anglais un utilisateur français d’IMDB, voilà un film « printed on toilet paper, played by idiots, written by stupid » : pas un cliché ni une balourdise du plus mauvais cinéma d’épouvante qui ne manque à l’appel de ce véritable festival du frisson ringard, le tout étant couronné par une version française aux dialogues pataphysiques moulinés par des doubleurs dépressifs et narcoleptiques. Un vrai bonheur, à condition de supporter un rythme languissant typique des productions fauchées de l’époque, pour lesquelles le remplissage était souvent une nécessité vitale (faut bien ruser pour arriver à 1h30 de métrage !).





Silvia Solar.





La même, avec Olivier Mathot.




L’action du film se déroule essentiellement dans le manoir appartenant au duc de Haussemont. Mondain invétéré, l’aristocrate reçoit lors d’une de ses réceptions la voyante Claire Grandier (Silvia Solar), inquiétante vamp férue d’ésotérisme, qui amène son ami le professeur Gruber (Olivier Mathot). Les deux convives ne tardent pas à semer le trouble dans ce qui s’annonçait comme une réception ringarde parfaitement réussie (figurants faméliques venus se torcher la gueule aux frais de la production, défilé de mode d’un mauvais goût typiquement seventies) en improvisant une séance de spiritisme qui, pour être grotesque, n’en emplit pas moins les autres invités de terreur.









A droite : Victor Israel, second rôle dans un grand nombre de films d’horreur tournés en Espagne (il joue le curé zombie dans « Virus Cannibale »).




La voyante ne tarde pas à subjuguer le duc par un charabia ésotérique du meilleur goût qui, pour n’avoir ni queue ni tête, n’en a pas moins aucun sens :







Claire Grandier : « Les mystères liés aux forces de l’occulte, continuent à l’être, entourés de signes tangibles, que peuvent recueillir ceux qui ont la puissance de l’esprit. Pour eux, il n’y a aucune hésitation : seulement une idée de désespérance pour pleurer ou sourire devant la lutte entre le bien et le mal qui sont les mêmes forces dans des directions différentes. »



Le duc : « Mmmh, ce que vous me dites m’effraie. Je ne vivrai jamais plus en paix. » (à prononcer d’une voix parfaitement monocorde, d’un ton de gentleman farmer endormi par la camomille).




Fasciné, le duc invite donc la grande mamamouchi et le professeur à demeurer dans son manoir pour y poursuivre leurs recherches ésotériques. Il ignore cependant le funeste projet de ses deux pique-assiettes : Gruber, aidé par les incantations navrantes de sa complice, ne tarde pas en effet à ressusciter un cadavre qu’il contrôle grâce à ses pouvoirs télépathiques. Le zombie occit le duc, laissant les deux louches individus maîtres du manoir. Quels ténébreux projets vont-ils mener à bien ???









Que dalle.



Enfin, rien de compréhensible. Entre baragouin occulte et gloubiboulga scientifique, les plans des deux louches individus resteront jusqu’au bout parfaitement nébuleux. On ressuscite un cadavre, on lui fait occire deux trois donzelles, que l’on ranime ensuite avec des électrodes. Pourquoi ? Pour qui ? Mystère et boule de gomme. Tout le film flotte à la mesure d’une narration lente et cotonneuse, si amorphe que l’on croirait parfois du Jean Rollin, en mieux maîtrisé. « Le Baiser du diable » tente d’insuffler à son récit une ambiance morbide et envoûtante mais échoue sur toute la ligne. A force de lenteur et de hiératisme, et faute d’une interprétation convaincante, le film ressemble sur la durée à une sorte de défilé de figures de cire. Parmi les principaux coupables, nous citerons Silvia Solar (ancienne Miss France, vue dans « Coplan Ouvre le Feu à Mexico » et ayant fait presque toute sa carrière en Espagne), dont la principale performance d’actrice consiste à prononcer les tirades les plus alambiquées sans ciller une seule fois, et, surtout, Olivier Mathot.







Olivier Mathot est un véritable cas : comédien-maison d’Eurociné (était-il un cousin de Marius Lesoeur, son majordome, son partenaire de bridge attitré ?), ce comédien aux allures de clerc de notaire des années 1950 brille par un jeu d’acteur totalement inexistant, en contraste avec les emplois de guest-star ou, comme ici, de vedette, qu’on veut souvent lui faire tenir. N’étant ni Christopher Lee ni même Howard Vernon, mais étant pourtant utilisé comme tel, Olivier Mathot interprète son rôle de savant fou avec la conviction et l’énergie d’un député centriste végétarien faisant la tournée des foires au tripoux. Son personnage est censé être télépathe (il contrôle le zombie à distance), ce qui explique en partie son mutisme lors de ses premières apparitions. Mais faute d’explication en ce sens, et du fait de l’interprétation catatonique de notre ami Olivier Mathot, le professeur Gruber ressemble surtout à un vieux beau à tronche de cake qui renoncerait à prononcer du dialogue par incapacité à le dire correctement.









La qualité du dialogue est à l’avenant, Olivier Mathot n’hésitant pas à inventer des mots dans le cadre de ses tirades pseudo-scientifiques :



- « Maintenant, je vais lui injecter une dose de cellules régénératrices totales. Dans quelques heures, la transformation, la réjuvénénisation [????] sera complète. Maintenant les micro-organismes vont se répandre à travers tout le corps en progressant de façon autonome. Espérons que la saturation aura lieu avant six heures. Et ce sera à ce moment même que les forces de l’occulte devront nous aider. »



Ajoutons enfin que le zombie présenté dans le film est sans doute l’un des moins énergiques de toute l’histoire du mauvais cinéma d’horreur, au point qu’il eût sans doute été refusé au casting de « Virus Cannibale ». Passons sur la mauvaise qualité de son maquillage ; mais nous ne saurions oublier de citer les scènes purement hypnotiques où le réalisateur nous montre le mort-vivant monter un escalier pour aller rejoindre sa future victime. Rien d’exceptionnel… sinon que la montée nous est montrée en temps réel, de la première à la dernière marche. Et ce, au moins deux fois dans le film. Chapeau, ça c’est ce qui s’appelle meubler.







Pendant que la police fait rien qu’à rien trouver…





L’héritier du duc, sosie douteux de Patrick Swayze, prend des photos de nus…





…et un inquiétant lookalike d’Alain Juppé rôde en arrière-plan.





L’indispensable scène de cul.





L’assistant du savant fou, un nabot contrefait qui, objectivement, ne sert à rien dans l’histoire.




Synthétisant toutes les tares du mauvais cinéma d’horreur franco-espagnol, « Le Baiser du diable » est à recommander aux fans de curiosités désuètes du temps des cinémas de quartier. On ne saurait cependant le conseiller qu’à des amateurs avertis, son rythme lent pouvant en indisposer beaucoup. Mais le côté atone de la narration fait partie du charme d’un film dont logique et scénario ont définitivement basculé dans la quatrième dimension. Une gourmandise pour les nanardeurs bisseux !













Nikita
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Le Baiser du diable

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Cote de rareté

Comme il a été signalé en début de chronique, ce film fait partie de ceux qu’Eurociné a réédité en DVD. Il est disponible sous une rutilante jaquette sans grand rapport avec le contenu du film (à aucun moment vous ne verrez ces deux godelureaux en pleine invocation satanique).



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