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Dans les griffes de la CIA

  • Titre original : Ninja in the Claws of the CIA
  • Titres alternatifs : Made in ChInA, Kung Fu Emanuelle, Kung Fu Leung Strikes Emanuelle, Zen Kwan Do Strikes in Paris
  • Réalisateur : John Liu
  • Année : 1982
  • Pays : Hong Kong / Espagne
  • Genre : Dans les griffes de John Liu (Catégorie : Tatane)
  • Durée : 1h15
  • Acteurs principaux : John Liu, Casanova Wong, Roger Paschy, José Maria Blanco, Raquel Evans, Christian Anders, John Ladalski
Note :
2.75
Plissken
Plissken

Chronique



Avant toute chose, je me vois dans l'obligation de préciser un petit détail qui aura néanmoins une importance majeure dans la suite de cette chronique. En effet, si j'ai mis le titre VF de cette œuvre, ma chronique s'appuiera plus sur la version originale que la version française.

J'ai en effet d'abord découvert ce film dans sa version anglophone, et fut immédiatement séduit par son fort potentiel. En apprenant qu'il existait un doublage français, je me suis empressé de courir les sites de vente pour dénicher cette pièce de collection, en me prenant à rêver de ce qu'une bonne VF d'époque pourrait ajouter comme charme à l'ensemble : un doublage foireux, des traductions à la va-vite, des retouches incongrues...

Mais je me trompais. S'il y a bien quelques retouches de faites, elles ne rendent pas le nanar encore plus nanar. Au contraire, les dialogues sont même à mon avis un poil meilleurs, ce qui a été retiré du film enlève un certain degré de bêtise et le doublage n'a absolument rien de scandaleux.

Attention, je n'entend pas par là que les Camemberts ont réussi à faire d'un film idiot un chef-d'œuvre. Mais, nanarologiquement parlant, on préférera la « version longue » qui regorge d'un peu plus d'éléments absurdes et qui prête beaucoup plus à sourire.

Cette précision est faite, alors maintenant, chroniquons !



A n'en pas douter, ce film sent bon l'exploitation. Rien qu'à voir sa ribambelle de titres tous plus racoleurs les uns que les autres, on sent bien que les distributeurs savaient qu'ils devaient tout miser sur le titre parce que c'est pas avec le bouche à oreille que le bouzin allait marcher.

Si bien que, en dépit de ce que les titres alternatifs tapageurs nous promettent, on ne verra pas vraiment de ninja dans ce métrage, la dose d'érotisme ne dépassera pas celle d'un épisode de Joséphine, ange gardien et on ne visitera Paris qu'une dizaine de minutes montre en main.

Mais ne vous inquiétez pas, John Liu, notre expert en Zen Kwan Do, a plus d'une bêtise dans sa poche et va donc nous offrir suffisamment d'aspects audacieux pour satisfaire notre soif de nanaritude. Car s'il fallait remercier un seul et unique bonhomme pour ce métrage, nos louanges s'adresseraient à l'illustre John Liu, acteur taïwanais qui a tatanné dans nombre de films martiaux asiatiques.

En fait, Dans les Griffes de la CIA fait office de vaste spot publicitaire à la gloire du style martial que John Liu a inventé et dont il est le maître. Après tout, si Bruce Lee a popularisé le Jeet Kune Do en tournant quelques métrages, pourquoi Liu n'en ferait pas autant ?

Le raisonnement se tient. Sauf que John Liu n'a pas le charisme de Bruce Lee, et surtout qu'il veut clairement trop en faire. Réalisateur, producteur, scénariste, chorégraphe des combats et acteur principal dans son propre rôle (voui, le personnage qu'incarne John Liu s'appelle John Liu) : le spectateur va vite constater que l'absence de talent de cinéaste de Liu n'a d'égal que son ego surdimensionné.



Qui mieux que moi et ma gamme complète pour incarner mon propre rôle ?



J'ai croisé les guiboles avec les plus grands moi !



Moi, j'ai pas besoin d'un katana pour couper une pastèque. Et puis mon jeu d'acteur, regardez plutôt…



Là, je suis la suspicion !



Et là, je suis le bonheur !



Je suis la colère !



Et maintenant, je suis la constipation !


Le scénario est un savoureux mélange d'éléments routiniers, de prétextes grossiers et de singulières incohérences. Les premières minutes du film nous montrent des agents de la CIA capturant un savant travaillant pour le KGB. Le scientifique en question a mis au point une sorte de programme mêlant hypnose et arts martiaux pour créer le soldat parfait. Et oui, un type capable de casser des bras et défoncer des mâchoires tout en restant de marbre devant une paire de nénés, tout ça grâce à l'hypnose, si ça c'est pas le soldat parfait, bah moi j'y connais plus rien en espionnage.



John Ladalski, gweilo vu dans d'innombrables productions HK, campe ici un agent du KGB.


Hélas pour la CIA, le chercheur va se faire assassiner aussi sec et l'agence se retrouvera gros-jean comme devant... OUI MAIS NON ! Super coup de bol : aux Etats-Zounis, y a justement un maître en arts martiaux qui est capable de déboiter n'importe quel quidam tout en restant parfaitement insensible aux avances féminines ! [Nanarland : euh... Shad Smith ?]. Mais c'est que ça tombe bien ça ! Allons le chercher ce fameux John Liu, expert en Zen Kwan Do.

Et là, le spectateur un tant soit peu perspicace se dit : euh… ouais… d'accord… mais pourquoi la CIA n'a-t-elle pas pris d'abord contact avec ce type plutôt que d'aller kidnapper un savant du KGB en risquant un retour de la Guerre Froide ?



Hey les mecs ! Ca fait pas un peu cheapos pour des bureaux de la CIA ?



On a un petit budget alors on a tout misé sur le charisme des acteurs.



Je ne dirai pas l'contraire.



Ceci explique donc la classe absolue des deux agents en début de film.



Étonnant qu'on n’apparaisse que deux minutes !


Cette bizarrerie dans l'intrigue n'est pas un fait isolé et Dans les griffes de la CIA va régulièrement nous prouver l'incompétence chronique de John Liu à raconter une histoire qui tienne un tant soit peu debout.

John Liu (le personnage ce coup-ci) va donc être engagé - non sans un odieux chantage - par la CIA pour former une bande de bidasses à se battre et à résister aux paires de nichons. Cette phase prendra un bon bout de temps et nous la détaillerons plus tard. Néanmoins, sans trop que l'on sache pourquoi, John Liu (le personnage) va se dire que merde, la CIA fait des trucs vachement trop zarbes et qu'il ne veut pas participer à ça. Il se barre.

Il va alors tenter de s'enfuir avec une femme agente avec qui il s'est amouraché après l'avoir sauvé d'un viol. A partir de là, John Liu qui en sait BEAUCOUP TROP sera traqué sans relâche par la CIA. Et, comme souvent, pour titiller la colère du héros, son love interest succombera sous les attaques de ces salauds dans une scène hautement symbolique.



Caroline, nous avons échappé aux griffes de la CIA. Nous allons maintenant pouvoir vivre heureux tous les deux au Mexique.







Goûtez à la puissance des griffes de la CIA !







Tu vois John, c'est là que je me dis que ce n'était peut-être pas une bonne idée d'avoir affiché un si grand drapeau des States sur notre bateau juste après avoir échappé aux griffes de la CIA.


Logiquement, la mort d'une petite-amie devrait suffire à justifier une vengeance, non ? Et bah pour John Liu (le scénariste), ça ne suffit pas. Juste après la mort de ce personnage, nous allons avoir droit à une discussion entre le chef des opérations et un agent de la CIA disant : « Maintenant, John Liu est à Paris, il a une femme et un gosse et… »

WO WO WO ! Deux secondes là.

On ne vient même pas de se remettre du décès de la première petite-amie qu'on nous annonce, comme ça, qu'il s'en est fait une nouvelle et qu'il a même un enfant ? Rapide le John. Il ne s'est même pas passé cinq secondes entre le décès de la première et sa nouvelle idylle mise en scène par l'ellipse la plus ridicule de l'histoire du cinéma. Et puis, devinez quoi ? Et bah cette incartade à Paris vachement courte va se finir par… le meurtre de la seconde petite-amie.









Cette fois, j'ai bien compris la leçon. Ce coup-ci, je vais attendre au moins 20 minutes avant de me remarier.


Ouais… là c'est bon hein ? Ca y est, il est bien vénère le John Liu, ça devrait suffire pour justifier une vengeance là ! Et bien non, pas encore. Ainsi, James, le frère de John Liu (le personnage), également incarné par John Liu (l'acteur), va lui aussi se faire trucider par la CIA non sans que John Liu (l'ingénieur du son) n'agrémente ironiquement cette scène de l'hymne national américain. M'enfin, sachez que la CIA n'a pas fait exprès ce coup-ci, ils pensaient buter John Liu (le personnage) mais pas de bol, vu qu'à leurs yeux tous les bridés se ressemblent, ils sont tombés sur le frère. Faites pas cette tronche, ça aurait pu arriver à n'importe qui hein.

Bon, et ce coup-ci ça y est, c'est bon ? Il est suffisamment furax pour aller déboiter de l'agent de la CIA, le John Liu (le personnage) ? Oui, ça y est...





Oh ça va, ça sent pas trop le traquenard ici.





Pour cacher son vil assassinat, la CIA veut faire porter le chapeau aux ninjas vénitiens !


Et bien, puisque l'on parle de James Liu, le frère de John Liu (le personnage), la transition est toute faite pour parler encore une fois du manque de talent d'écriture de John Liu (le scénariste).

Après l'ellipse parisienne, on voit James Liu en train de rédiger une lettre demandant à son frère de rendre les documents secrets qu'il a dérobés lors de sa fuite avec sa première petite-amie. Pour bien resituer, nous sommes à dix minutes de la fin du film et on nous balance inopinément à la gueule un nouvel élément totalement inconnu. Car à aucun moment, ni dans la fuite, ni lors de la phase avec la première petite-amie et encore moins à Paris, il n'a été question de documents secrets. La CIA tentait de tuer John Liu (le personnage) bien avant que l'on connaisse cela et nous n'avons absolument aucune idée du contenu même de ces documents.

Et pourtant, cela va être le nouveau point d'orgue narratif de John Liu (le scénariste) : maintenant qu'il les a introduits, on va entendre John Liu (le personnage) se targuer d'avoir LES documents secrets en sa possession. Lors de la scène finale, tout le monde se battra pour une mallette contenant les soit-disant documents secrets… alors que ce n'est même pas John Liu (le frère de James Liu) qui l'a amenée.

Bref, les choix du scénariste sont extrêmement douteux et le spectateur aura bien du mal à capter tous les éléments de l'intrigue tant ils sont fouillis et désorganisés. On n'a presque l'impression que l'histoire a été écrite jour après jour, au fil du tournage. Certains personnages semblent importants mais sont vite abandonnés au profit de nouveaux éléments. La scène à Paris tombe comme un cheveu sur la soupe et on se demande bien si elle était originellement prévue. Et que dire de ces fameux DOCUMENTS SECRETS sortis de nulle part et qui deviennent tout à coup l'élément central d'une l'intrigue déjà riche en rebondissements incompréhensibles ?









Sachez que si vous croisez un jour quelqu'un portant ce genre de masque, ce sera probablement un tueur de la CIA.


Comme de nombreux titres de ce film l'indiquent, il semble être question de la CIA dans ce métrage. Si l'obsession de Godfrey Ho pour Interpol n'est plus à démontrer, John Liu (le politicien) semble avoir le même entichement pour la CIA.

Jamais vous n'entendrez le mot "Si Aïe Hé" prononcé autant de fois que durant l'heure et quart que dure ce film. Les personnages évoquent la CIA à tout bout de champ, y compris dans les situations des plus incongrues. Quand deux agents tentent de kidnapper un gamin à Paris et que celui-ci se défend à coups de pied dans le tibia, un des espions sort sa carte et beugle à la mère : « Calmez-le ! Nous sommes de la Si Aïe Hé ! ». Effet garanti. Ou encore, quand un avion décolle et que le chef de la CIA se rappelle qu'il sait piloter, il demande au civil de sauter. Mais pourquoi ? lui rétorque le pilote étonné. Et son interlocuteur de lui répondre : « Ta gueule. Je suis de la Si Aïe Hé ». Et le civil de sauter…





Vous allez être gentil, vous allez nous suivre !





Pourquoi il est pas jouasse le gamin ? On est de la CIA ! On a le droit de prendre des gens dans la rue comme ça.


Mais la représentation foireuse de la CIA atteint son paroxysme pendant l'entraînement d'une troupe de bidasses en folie par John Liu, notre vénéré expert en Zen Kwan Do.

On passera sur le budget famélique qui tente de nous faire croire que les bureaux de la CIA sont aussi grands qu'un placard à balai et que leurs locaux se trouvent dans un coin perdu d'un pays qu'on aura bien du mal à identifier. C'est presque inhérent à la série B.



Bon, John, c'est super sympa de nous avoir rejoints mais on préfère te prévenir que la CIA a connu quelques restrictions budgétaires.



Mais tu vas voir, tu vas vite t'habituer au côté rustique de la base.



Et puis tant que ça ne nous gêne pas à la formation de nos judokas…



Par contre, on nous a retiré les ordis, maintenant on communique plus que par fax, mais ça aussi c'est trop cher alors on a commencé l'élevage de pigeons.



Et j'te conseille de pas aller voir le doc de la base. J'crois que c'est lui qui aurait le plus besoin d'un doc…


On aura par contre bien du mal à cerner l'intérêt cinégénique de cette bande de déglingués du cerveau que John Liu (l'instructeur) aura à former. On pourrait penser que des aspirants sélectionnés par les antennes de recrutement les plus perfectionnées de la CIA seraient des individus avec une certaine psychologie et des facultés intellectuelles hors-normes. Oui, ça on pourrait le supposer. Sauf qu'avec John Liu (le réalisateur), les Bidasses façon Charlots passeraient pour des foudres de guerre à côté des super soldats de la CIA.











20 ans plus tard, la CIA ne verra pas venir le détournement le plus connu de l'histoire. Coïncidence ?


On nous les présente comme des diplômés des plus grandes écoles et universités. Pourtant, tous les membres de ce détachement semblent avoir le plus grand mal à s'exprimer (les seuls phonèmes à peu près audibles qu'ils prononcent ressemblent à du « Gneuh Gniiiiih Gnaah » ou du « Beureuh beurah Gaga Bouh »). Et niveau savoir-vivre, ils ne sont pas au mieux. A chaque fois qu'une personne de la gente féminine traverse les locaux de la base d'entraînement, ils s'empressent de tenter de la violer. De sacrées ordures, ces gens de la CIA.











Vous allez pas me dire qu'à côté de ça, les Charlots n'ont pas la méga-classe ?


De plus, quand John Liu (le personnage) offre un lapin à son seul disciple à peu près stable psychologiquement et avec qui il noue une sorte d'amitié anti-CIA, les autres demeurés ne trouvent rien de mieux à faire que de poursuivre le lapin et le tuer à coups de semelle dans la tronche. Ça doit être dans les gènes des agents de la CIA ça. Si ça se trouve, c'est même à ça qu'on les reconnaît : quand un agent de la CIA croise un lapin, il peut pas s'empêcher de lui défoncer la tronche.











Le traitement doucettement caricatural de la CIA par John Liu (l'engagé) demeure inexpliqué. L'amateur de symboles le plus étourdi aura deviné chez Liu une sorte d'anti-américanisme chevillé au corps, subtilement illustré par ce meurtre au harpon pavoisé d'un drapeau américain, ou l'assassinat sur l'air de la Star-Spangled Banner. Pour amplifier son propos, John Liu (le politicien) a voulu faire de la CIA le symbole d'une Amérique pourrie jusqu'à l'os. Il faut donc aussi voir ce film comme le cri du coeur d'un artiste engagé, qui n'hésite pas à dénoncer les méchancetés de la méchante CIA qui, comme chacun sait, n'a eu d'autre choix que de cesser ses sombres agissements suite à la sortie de ce film (non ? Ah bon...).









A la CIA, les séances de conditionnement de l'être n'ont absolument rien de kubrickiennes.


J'ai donc parlé de l'intrigue alambiquée. De l'ego de John Liu (le cinéaste, l’artiste). Du traitement de la CIA. Y a-t-il un truc que j'aurais oublié de mentionner dans ma chronique d'un film de tatane ? Oh… attendez… il doit bien y avoir un détail qui m'échappe. Un point incontournable à tout film de tatane qui se respecte.











Bon sang mais c'est bien sûr, je n'ai pas parlé de la tatane de ce film de tatane !

Force est de constater que ce coup-ci, John Liu (le chorégraphe martial) fait plutôt du bon boulot. Il a réuni une belle brochette d'acteurs et de figurants qui assurent pas mal quand il s'agit de lever la patte. C'est soigné et rythmé. Les artistes accomplissent de bonnes prouesses techniques et les scènes d'action sont agréables à suivre. A peu de choses près, elles sont même parfaites.

A peu de choses près…



On a beau se moquer, John Liu assure bien quand il s'agit de défoncer du passant.



Le Coréen Casanova Wong (alias Yong-ho Kim), habitué des productions Shaw Brothers, est également de la partie.



Le Français Roger Paschy, karatéka émérite et acteur occasionnel, campe ici un bon salaud de service.



Même Christian Anders, chanteur de variété autrichien vu dans L'Amour au club, s'amuse à botter artistiquement quelques culs dans les premières minutes du film.


Oui, parce qu'il y a quand même deux-trois trucs qui font tache dans les combats. Vous ai-je parlé de l'égo de John Liu (l'enflure) ? L'un des problèmes récurrents de ce film est que l'artiste se la pète encore plus qu'un Alain Delon lors d'une élection de Miss France. Et bien pendant toutes les scènes de combat où il est en action - soit 90% du contingent au bas mot - le type ne se prend pas la moindre mandale. Du début à la fin, il domine ses ennemis… et ses amis.

Au début du film, il tient en respect Christian Anders, le recruteur de la CIA. Pendant la phase d'entraînement, il poutre absolument tous ceux qui défient ses aptitudes martiales. Aussi bien ses disciples que ses supposés supérieurs. Lors de sa fuite au Mexique puis à Paris, aucun assassin ne parvient à le toucher. Si bien que lorsque l'heure de la vengeance sonne enfin, il n'y a plus aucun enjeu ni suspens : l'invincible John Liu, armé de son imparable Zen Kwan Do, vient à bout de l'intégralité de ses adversaires sans l'ombre d'une contrariété.











Qui est dans les griffes de qui là ?


Ceci étant dit, les combats souffrent d'un autre petit défaut. Ils sont en très grand nombre. Cela pourrait paraître extrêmement bénéfique pour le film mais il y en a tellement que John Liu (le réalisateur) a bien du mal à les placer convenablement. En gros, dans un film porno, si les scènes de sexe arrivent souvent un peu n'importe comment et qu'il suffit qu'un client place une réplique sur les miches de la boulangère pour partir sur un quart d'heure de positions récréatives, ce n'est rien comparé à ce que fait John Liu (le réalisateur) dans ce film.

Dans les griffes de la CIA se déroule dans une réalité parallèle à la nôtre, dans laquelle les poings parlent pour un oui ou pour un non, voire parfois pour un peut-être. Par exemple, quand Christian Anders (recruteur de la CIA) se rend chez son contact chinois. Avant de pouvoir sonner à la porte, il va croiser le chemin de deux types qui lui cherchent des noises dans un terrain vague ou des figurants sortent d'un coin de rue pour venir le poutrer. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? On ne le saura jamais. Quand une femme est agressée à la sortie d'un supermarché, elle poutre les voyous à coups de high kick dans la gueule avant que John Liu (le bon samaritain) ne vienne lui prêter main forte. Cet impératif de mettre de la baston toutes les deux minutes, inscrit par John Liu (le producteur) en grosses lettres majuscules rouges dans le cahier des charges du film, se traduit donc par une intrigue farcie d'escarmouches, notamment lors de la fuite de John Liu (le personnage fugitif) qui se retrouve à affronter des agents de la CIA surgissant d'absolument partout, qui prenant les traits d'un vendeur sur un marché campagnard, qui celui d'un simple passant des rues de Paris.

Il est impossible de compter le nombre de combats du métrage. Ils ont certes l'avantage de conférer un rythme soutenu à un film par ailleurs assez court mais, comme une sorte de comique de répétition involontaire, ils sont aussi l'occasion pour le spectateur d'esquisser quelques sourires en voyant sans arrêt des types débouler d'on ne sait où pour se prendre quelques mandales dans la gueule aussi sec.



Je me rappelle, la dernière fois que je suis passé à côté d'un rosier, un type est sorti et…



Raah… encore !



Cette fois-ci, on pourrait penser que j'ai tout évoqué, que plus rien ne pourrait être ajouté à ce métrage gratiné. Pourtant… pourtant… John Liu (le génie) gardait une dernière cartouche. Une seule et unique scène qui fait passer le film du stade de « bon petit nanar appréciable » à « nanar de compétition ». Une scène tellement hors de propos qu'elle explique à elle seule la raison pour laquelle certains distributeurs ont tenté d'éditer le film à grands coups de « Emanuelle » (avec un seul M) dans le titre, malgré le fait que les scènes d'intimité de John Liu (le bourreau des cœurs) avec ses deux petites-amies sont très softs.

Comme je l'ai expliqué, les responsables à la CIA ont décidé d'utiliser l'hypnose pour créer des super soldats, ce que John Liu (le civil) ignore. La bande de bidasses ignares sous sa responsabilité sont eux-mêmes contrôlés mentalement par un supérieur hiérarchique planqué pas très loin, armé d'une sorte de talkie-walkie géant hypnotiseur, ce qui explique pourquoi les élèves se retournent parfois contre leur maître sans que celui-ci comprenne pourquoi.



Comme tu es né l'année du lapin, je t'offre un lapin. Heureusement que t'es pas né l'année du tigre, HAHAHA ! Que nous sommes heureux-heureux tous ensemble !



Méfie-toi de lui Wong, hier il a dit qu'il n'aimait pas les fans de Mireille Mathieu, j'l'ai entendu !



T'as dit quoi sur Mireille Mathieu toi ? J'vais te taper !



N'oublie-pas que je suis John Liu quand même.


Les gros bonzes de la CIA se disent qu'il faut tester l'étendue du potentiel de John Liu (le maître du Zen Kwan Do) pour voir si, réellement, il peut résister aux charmes de la gent féminine.

Alors que John Liu (le maître du Zen Kwan Do) s'entraîne dans un quelconque coin de forêt, un supérieur de la CIA décide de tester aussi bien ses aptitudes martiales que ses capacités de résistance aux charmes de la gent féminine. Pour cela, il envoie un des élèves et une gonzesse ayant l'habitude de se promener en slip dans le camp. Pendant que Liu effectue un kata, il se fait alors attaquer par un de ses élèves tandis que la donzelle vient se frotter à lui, et pousse très loin sa tentative de séduction.



Méditons, dans les bois, pendant qu'la CIA n'y est pas.



Wong, il a dit que tes expressions faciales étaient à chier. Suzan, il voudrait bien te troncher.



Mais quelle enflure ! Je vais le taper !



Qu'est-ce qu'il a dit à propos du tronc ?











La scène est affreusement longue et devient vite gênante. La jeune femme se frotte inlassablement sur le corps de l'artiste martial - qui demeure imperturbable - si bien que, si jamais vous regardez ce film seul et que quelqu'un vient vous voir à ce moment précis, votre « Ce n'est absolument pas ce que tu crois ! » aura bien du mal à passer.

Ainsi, ce Dans les griffes de la CIA s'affirme comme un nanar martial agréable et bien rythmé. La qualité des combats aide à l'apprécier de bout en bout et le métrage amuse en de nombreuses occasions. Il vous réserve encore quelques surprises : certains personnages ou situations n'ont pas été évoqués ici et devraient ainsi conserver tout leur effet. Il n'atteint certainement pas la folie frénétique d'un « Furious » ou d'un « Undefeatable » mais ravira sans aucun doute les amateurs du genre.



Oh oui, ce film regorge d'encore bien des mystères.


Petit Addendum A Caractère Informatif

Revenons sur la VF pour évoquer ici ce qui a retiré chez nous, dans l'Hexagone, afin de mesurer les différences entre les deux versions.

1) La scène du savatage de lapin a été enlevée. Si le lapin apparaît bien dans la VF et provoque l'ire de l'élève, les diverses sociétés de défense des animaux n'auront pas à s'offusquer vu qu'on ne verra pas la tronche en sang du rongeur.

2) L'hypnose est extrêmement peu présente dans la VF. Les scènes où Roger Paschy parle dans le gros talkie-walkie sont parfois présentes mais le doublage lui fait dire des choses qui n'ont rien à voir avec de l'hypnose. Si bien qu'on a l'impression que les personnages agissent de leur plein gré et on ne comprend pas le changement qui s'opère dans leur comportement.

3) Les soldats aspirants ne sont pas non plus torturés façon « Orange Mécanique ». On évoque des mauvais traitements mais on ne les voit pas.

4) La mort de James Liu est supprimée. S'il envoie bien une lettre sommant son frère de rendre les "documents secrets" qu'on sait pas ce qu'il y a dedans, on ne verra pas la CIA se tromper de cible et trucider le mauvais frère sur fond de l'hymne américain.

5) Le mot CIA (ou « Si Aïe Hé » en VO) est beaucoup moins présent dans la VF, et on utilise « forces de l'ordre » ou « représentants de la justice » à la place.





Plissken
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Dans les griffes de la CIA
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Cote de rareté

Ce n'est vraiment pas évident de trouver la VHS française de chez "American Vidéo"sur les sites de vente d'occasion et en plus, il faut y mettre le prix. Sait-on jamais, peut-être un exemplaire vous attend dans une brocante, dépôt-vente ou autres lieux exotiques.



Mais comme la version anglo-saxonne s'avère pour une fois bien plus rigolote que la nôtre, on pourra se reporter sans remords sur les différentes éditions DVD à petit budget qui ont permis de sauver cette oeuvre impérissable de l'oubli. De micro-éditeurs l'ont ressorti très tôt en DVD-R artisanaux généralement épuisés, si ce n'est celle des Britanniques de "Rezarected". On le retrouve aussi sous une jaquette godfreyhoesque hors sujet chez "Crash Cinema Media". A chaque fois il s'agit d'un transfert à partir d'une VHS fatiguée qui donne vraiment les sensations d'époque...
Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation