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Delta Force Commando

  • Titre original : Delta Force Commando
  • Réalisateur : Pierluigi Ciriaci (alias Frank Valenti)
  • Année : 1987
  • Pays : Italie
  • Genre : Full Rital Jacket (Catégorie : Guerre)
  • Durée : 1h35
  • Acteurs principaux : Fred Williamson, Mark Gregory, Brett Baxter Clark, Bo Svenson, Divana Brandão
Note :
1.75
Jack Tillman
Jack Tillman

Chronique

FRED WILLIAMSON CONTRE MARK GREGORY !!!!




Bon, je mens un peu vu que Fred Williamson n'affronte pas vraiment Mark Gregory, c'était juste pour racoler sec. Mais le film vaut le coup, et d'ailleurs il a acquis une petite renommée un peu partout sans avoir été chroniqué sur Nanarland jusqu'à présent.



"Delta Force Commando" est un petit classique du nanar d'action bourrin à l'italienne, et contribue à démontrer que l'industrie du cinéma bis transalpine avait "un truc en plus" et que c'est bien dommage que les bisseries made in Cineccità aient été irrévocablement supplantées par les produits certifiés 100% Américain. Car s'il y avait une justice, le Géant hollywoodien aurait dû s'incliner devant la supériorité de l'humble cinéma populaire italien sur le tout venant de la série B ricaine. Non pas qu'on ne fasse pas de nanars ou de bons bis aux States, mais un film comme "Delta Force Commando" possède une saveur particulière qui est propre à un cinéma hélas disparu.

Pourtant, même devant un produit garanti "qualité italienne", il arrive que l'on puisse être déçu, que la promesse d'un spectacle délicieusement abrutissant et pétaradant ne soit pas tenue. Rassurez-vous, pas avec "Delta Force Commando" ! Action brainless et nanardise de bon aloi sur un rythme soutenu, casting de stars quatre étoiles, vous n'aurez pas le temps de vous ennuyer, car s'il ne s'agit pas d'un énorme nanar, cette sous-norrisserie tient ses engagements et assure aux spectateurs de passer un bon moment.



L'action démarre sans temps mort lorsqu'un groupe de terroristes sud-américains investit une base militaire US et dérobe une arme nucléaire. Durant l’assaut, le chef des terroristes (Mark Gregory) commet l'erreur fatale de tuer l’épouse du Lieutenant Tony Turner (Brett Baxter Clark), ancien agent de la Delta Force, qui oblige alors le Capitaine Samuel Beck (Fred Williamson), pilote de l'armée américaine, à voler jusqu'au Nicaragua pour traquer les terroristes et venger sa femme (et, très accessoirement, récupérer la bombe atomique avec laquelle les terroristes menacent de faire sauter Washington). Un scénario simplissimo qui va droit à l'essentiel, à savoir : des dialogues de haute voltige, des explosions, des persos qui, comme Lucky Luke, ne doivent recharger qu'à la fin de l'épisode grâce à leurs munitions illimitées, des courses-poursuites, des flinguages à tout va, quelques petits effets trashouilles, une amitié virile entre les deux héros cools qui traversent tranquillos le champ de bataille droits comme des piquets, en esquivant les grenades, les roquettes et les tirs de blindés sans une égratignure, en dégommant les méchants communistes par grappes de douze et en faisant des blagues pas drôles entre les bastons, et enfin une explosion de mannequin en mousse en guise de bouquet final. Satisfait ou remboursé.



Un jovial militaire ramène sa conquête féminine à la base où se trouve l'arsenal top-secret de l'armée américaine. Amusement débridé en perspective...



Mais surprise ! La call-girl est en fait une terroriste nicaraguayenne infiltrant les lieux pour faire entrer ses complices dans la place forte !



Il n'a pas encore compris ce qui allait lui arriver.



Il vient de comprendre ce qui allait lui arriver.



Trop tard !



MAAARCOOOO !!!







Marco, hystérique comme jamais, ivre de sang, exultant de cruauté, les yeux révulsés par la haine et le plaisir de tuer !



"J'ai pas la classe avec mes épaulettes ?!"



Un règlement de comptes entre le héros ricain et le vilain Marco qui résonne comme un choc de titans.


Le film bénéficie visiblement d'un budget plutôt conséquent, en comparaison d'autres sous-Rambo transalpins de fin de période, ce qui a permis un tournage au Brésil [NdlR : où les coûts de production ne devaient ceci dit pas être bien plus élevés qu’aux Philippines !] et, surtout, de tenir une heure trente de bourrinage continu sans céder au remplissage. Manifestement inspiré par ces histoires de commandos de la mort, le réalisateur, Frank Valenti (parce que Pierluigi Ciriaci, ça se vend moins bien, tu vois), entamait là sa tétralogie guerrière, s'intéressant dans les opus suivants au conflit afghan, à l'occasion des tout aussi funs "Un bus pour la mort" (avec Mark Gregory) et "Soldier of Fortune" (avec Daniel "Atomic Cyborg" Greene) puis du très piètre "Delta Force Commando 2" (avec Richard Hatch et à nouveau Fred Williamson), pseudo-suite ennuyeuse du film qui nous intéresse ici. Qu'on se le dise, bien plus qu'une énième bande de série, nous sommes là face au premier volet de L'Œuvre d'un artiste (vu que Pierluigi n'a rien tourné d'autre, à part un épisode de la série télé "On ne vit qu'une fois" nous apprend l'IMDB).



Des paysages dépaysants.



Des gros navions pour plaire aux fans de "Top Gun".



Des navions qui nexplosent.













La guerre des bouffons.


Avant de parler des têtes connues (oui oui, ne vous inquiétez pas, Marco et Fredo seront aussi mis à l'honneur dans cette chronique), saluons le choix judicieux du Monsieur Muscles chargé d'incarner le "American hero" du jour, Brett Baxter Clark. Grosse armoire à glace d'un non-charisme absolu, Brett promena ses traits béats et son imposante carrure dans diverses bisseries, renversant un vilain dictateur latino-communiste dans l'italien "Cobra Mission 2", gagnant la guerre du Vietnam avec Robert Patrick dans le philippin "Commando Rebelle", se frittant avec Frank Zagarino dans "Project : Eliminator", incarnant un barbare zen à mulette aux côtés de Rick Hill dans "Deathstalker IV : Match of the Titans" et jouant les seconds couteaux dans quelques Andy Sidaris des 90's, à quoi on peut aussi ajouter des apparitions dans quelques soaps télévisés du genre "Santa Barbara", bref, voilà un CV comme on les aime. S'il n'eut pas accès à la notoriété de certains de ses collègues, son non-jeu et son physique de beau gosse assez atypique en font pourtant une action star au charme gentiment kitsch qui mériterait un peu plus de visibilité sur ce site. Totalement inexpressif en dehors de quelques grimaces crispées lorsqu'il canarde ou fout un pain à un adversaire, sa classique confrontation finale/combat à mains nues/concours de zguègue avec Mark Gregory ressemble à un concours de monolithisme. En fait, avec son brushing imperturbable et sans son collier de barbe habituel, Brett fait un peu l'effet d'un Ken en chair et en os qui se serait mis en tête de jouer les Big Jim pour venger Barbie. Il va sans dire que sa très sympathique (non-)prestation, renforcée par une voix française magique, apporte une plus-value nanarde non négligeable.



Une certaine ressemblance avec l'acteur porno Jerry Butler (que je connais complètement par hasard).



Et aussi un vague air de Jan-Michael Vincent.







Un hommage appuyé au gonflage de joues maxthayerien.











Visiblement, le lieutenant Tony Turner et John Matrix sont tous les deux des accros du shopping et font leurs emplettes au même endroit.



Et en plus il a piqué le lance-pierres de John Slade, le héros de "Striker".



"Bon, Tillman, je t'avertis qu'à la prochaine raillerie, je tire !"


A ses côtés, on retrouve avec joie Fred Williamson, qui semble y croire et dont la cool-attitude quand il change le cours d'une guerre civile presque à lui seul fait toujours autant plaisir à voir, surtout que, contrairement à son partenaire, lui il n'a AUCUN motif à aller au casse-pipe et qu'il stoppe une révolution comme ça, sans se poser de question, sans même prendre un casse-dalle ou faire une pause pipi de tout le film. Son jeu offre un contraste assez saisissant avec celui de Brett Baxter Clark, ce qui, dans un sens, sert finalement bien le côté buddy movie alors en vogue. Fred est définitivement un dieu de la classe, le genre de mec qui impose le respect et qui en même temps détend l'atmosphère par sa décontraction innée. Les plus perfectionnistes regretteront juste de ne pas le voir fumer de cigare (son accessoire fétiche) mais à part ce petit oubli, Fred est égal à lui-même, c'est à dire génial.







Sa patience a des limites mais il ne faut pas exagérer !





Fred se fait électrocuter les burnes tandis que le tortionnaire sandiniste lui inflige de rudes caresses avec sa matraque (ben oui, qu'il soit communiste, nazi ou simple maton de QHS, le tortionnaire sadique a toujours plus ou moins des penchants homosexuels).



Sans oublier le sous-fifre obèse du tortionnaire en chef, qui passe son temps à rire grassement.


En face, Mark Gregory offre le meilleur de lui-même en leader terroriste sadique et psychopathe. Les cheveux courts (choc !) et gominés, le physique amaigri, le visage grêlé et brûlé sur la joue gauche (a-t-il eu un accident ? Était-il malade ? En tous cas, ça ne semble pas être du maquillage, vu qu'il a les mêmes cicatrices dans d'autres films de cette période), Marco fait encore plus la gueule que d'habitude (normal, c'est le méchant, communiste de surcroît) et lui qui est reconnu pour son inexpressivité légendaire prend ici le risque de modifier son jeu d'acteur en grimaçant et cabotinant de façon surprenante. Il est littéralement déchaîné ! C'est un festival d'yeux exorbités et de rictus sardoniques. Vu qu'il s'est remis à la muscu, il met en valeur ses pectoraux saillants en revêtant son débardeur hyper-échancré des "Guerriers du Bronx" et c'est un régal de l'entendre balancer des insultes à base de "fils de bourgeois" et autres "sales impérialistes".













Raahh, ce débardeur !



Paradoxalement, c'est le film où Marco a l'air le plus heureux mais on ne peut s'empêcher d'avoir un peu pitié pour lui et d'être inquiet à propos de son état de santé quand on voit ses cicatrices et ses traits creusés..


Toujours énormément sympathique mais moyennement concerné par les évènements, Bo Svenson passe quant à lui le film à attendre son chèque dans le rôle du chef de la Delta Force (mollement) exaspéré par les magouilles secrètes du technocrate de service. Ça sent le twist final à base de trahison d’Etat aussi nébuleuse que grotesque cette histoire de bombe atomique volée... Tiens, en parlant de cette fameuse tête nucléaire, précisons qu'elle a beau sensé être une arme d'une puissance de destruction redoutable, ça n'empêchera pas les terroristes de la trimballer même pas attachée sur une jeep roulant sur des routes de montagne toutes crevassées, ou de la porter en sac à dos dans la plus parfaite insouciance comme s'il s'agissait d'un sac de patates.







Bo Svenson, l'une des figures les plus familières du bis et du nanar, en plein cachetonnage démotivé. Il était à l'affiche de "Delta Force" l'année précédente, ce qui fait qu'il joue à la fois dans l'original et dans un de ses ersatz..



Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre du film, la Delta Force n'en branle pas une et n'apparaît quasiment pas avant les cinq dernières minutes du film.



Le politicard véreux de Washington.





Mark Gregory s'apprête à partir à l'école :

"- Tu n'as pas oublié ton ogive nucléaire, Marco ?

- Non maman !"






Heureusement qu'il est écrit "DANGER" sur la boîte.


Parmi les scènes mémorables, mentionnons ce passage puissamment dynamique où Brett Clark fait évader Fred Williamson des geôles sandinistes (notons que le héros n'a aucun moyen de savoir que Fred a été fait prisonnier) en balançant une grenade dans la pièce où Fred et ses gardiens se trouvent ! L'idée que Fred Williamson puisse être tué en même temps que ceux-ci ne semble pas l'avoir effleuré (ni le scénariste d'ailleurs, puisque Fred s'en sort sans dommage alors que les Sandinistes sont tous morts autour de lui). Puis le film fait la preuve que, décidément, les soldats communistes tirent tous comme des gardes-civiques, vu qu'ils arrivent à manquer un Brett Baxter Clark et un Fred Williamson clopinant dans un corridor (ce qui rappelle fortement le final de "Strike Commando"), puis dans des ruelles encore plus étroites. Un problème de visée partagé plus tard par Marco et ses terroristes, qui ont beau vider leurs chargeurs à essayer d'abattre l'hélico des héros pendant cinq bonnes minutes, alors qu'il passe en rase-motte à trois mètres d'eux, rien à faire, il n'y a que les gentils ricains qui font mouche à chaque coup.



Un film de guerre ? Non, un film de couloir !

















Brett, magnifique avec ses lunettes de ski, affronte des rangées de Sandinistes jouant tout en sobriété.





Même mourant, un coco reste toujours une menace !


Si vous êtes réceptif aux actioners reaganiens, aux nanars anti-terroristes et autres films de gros bourrins, "Delta Force Commando" propose un spectacle constant qui saura vous divertir. Alors, préparez les bières et les chips, ameutez deux ou trois potes, et entamez votre soirée "nanar rital" par ce film en double-programme avec un "Les nouveaux barbares", un "Robowar" ou un "Blastfighter l'exécuteur", par exemple. Simple suggestion...



"- Mince, me dis pas qu'il y a une suite qui se profile et que je vais jouer dedans ?

- J'en ai bien peur, Fredo.

- Argh, damned ! Vivement que Robert Rodriguez m'appelle..."




Jack Tillman
Jack Tillman

Delta Force Commando
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Cote de rareté

"Delta Force Commando" est sorti chez nous en VHS chez Delta Vidéo (hi hi, Delta et Delta, hu hu !... hem, pardon).



En guise de support numérique, un DVD zone 2 est paru chez l'éditeur allemand Marketing Film, en version "uncut" avec langues anglaise et allemande.



Sinon, un DVD zone 1 propose ce film en duo avec "Stigma" (1972) de David E. Durston, premier film avec Philip Michael Thomas alias Riccardo Tubbs dans "Miami Vice", une petite bande fauchée mélangeant sexploitation et blaxploitation et considérée comme nanar (ou "so bad it's good") par certains internautes anglo-saxons.



Par contre, attention à ne pas vous méprendre sur le contenu du DVD "Opération Delta Force Commando" édité par les margoulins de chez Prism, qui ont préféré faire un VHS-rip de "Delta Force Commando 2" plutôt que de son aîné (pourquoi vendre un nanar sympa quand on peut vendre un navet pénible ?).

Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation