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Dhoom

  • Titre original : Dhoom
  • Réalisateur : Sanjay Gadhvi
  • Année : 2004
  • Pays : Inde
  • Genre : Frime de risque (Catégorie : Pur et dur)
  • Durée : 2h04
  • Acteurs principaux : Abhishek Bachchan, Uday Chopra, John Abraham, Esha Deol
Note :
3
Rico
Rico

Chronique





Petite tranche de vie préliminaire :



Lors de mes dernières vacances parisiennes, sur les bons conseils de Nikita, j’ai été rôder du côté du quartier St Denis pour m’initier aux joies du cinéma indien. Après avoir erré quelques temps, j’avise une boutique proposant un vaste choix de DVD originaux de Bollywood. M’étant prudemment enquis des tarifs pratiqués auprès d’un habitué sortant avec quelques films, j’appris que ceux-ci étaient très attractifs. 10 euros les 3 DVD, ça devrait le faire gentiment. J’entre donc pour me trouver très vite face à un problème de taille : toutes les galettes les plus alléchantes sont rangées sur des étagères derrière le comptoir où veille toute une famille d’origine indienne, visiblement propriétaire des lieux. Je m’approche l’air innocent et commence à mater les films inaccessibles. Ca ne manque pas, une jeune femme arrive tout sourire pour me demander ce qui m’intéresse. Le piège.



Bon, avec le temps j’ai fini par m’habituer au regard interloqué vaguement méprisant des vendeurs de Cash Converters qui me voient arriver à la caisse les bras remplis de VHS de karaté ou de ninjateries pour négocier un rabais vu que je les débarrasse d’un gros stock de bousasses qui prennent la poussière tout en bas de l’étagère. Malheureusement, depuis Tarantino, ce genre de cinéphilie a repris ses lettres de noblesses et les vendeurs cherchent plutôt à tirer les prix vers le haut en prétendant que ce sont des pièces de collection super vintage très demandées, mais je sors du sujet. Ici, je me tiens face à un nouveau cas de figure où le nanardeur se retrouve soudainement très seul. Je me vois mal entamer la conversation par :

- « Bonjour Mademoiselle, j’appartiens à un site Internet qui chronique les mauvais films et on a décidé de se foutre de la gueule de votre civilisation millénaire, vous avez quoi en trucs bien ringards ? »

Donc je biaise…



- « Bonjour j’ai vu quelques films indiens et j’aimerais bien en découvrir un peu plus. Mais je ne m’y connaît pas beaucoup, pouvez-vous me conseiller un peu sur les différents genres ?

- Ah vous avez sûrement vu le cycle sur Arte , oui il y a pas mal de très beaux films comme « Lagaan » ou « Devdas » avec de belles lumières, des numéros dansés…

- Oui Devdas, j’ai beaucoup aimé… »



Pendant ce temps je scrute désespérément les titres étalés derrière le comptoir pour me raccrocher à quelque chose que je pourrais exploiter...



- « Ah ! Alors y a ça…» et de commencer à sortir quelques mélos flamboyants qui ont surtout l’air d’être de bons films.

Je fais celui qui a l’air intéressé guettant toute trace de nanardise sur les jaquettes, mais ce sont des productions récentes, soignées, idéales pour faire pleurer Rani dans les chaumières mais pas pour figurer dans nos colonnes. Surtout qu’elle met un point d’honneur à me vanter les richesses des chorégraphies et des costumes. J’acquiesce, désespéré.

« Si si… ça a l’air très bien… »



J’aperçois soudain « The Hero, Love Story of a Spy » et « 7 Aatankwadi » dans un coin avec quelques autres films ne jouant pas la carte de l’histoire d’amour impossible chantée. Des trucs avec des types qui se la pètent grave avec de gros flingues ou qui prennent des postures épouvantées face à d’indicibles menaces. Je repère « Bhoot » qu’une chronique sur Mad Movies décrit comme plutôt un bon film de fantôme et que j’avais de toute façon décidé d’acheter.







- « Mmmh…oui, mais on m’a dit qu’il y avait aussi des films d’action, ou d’horreur comme « Bhoot ».

- Ah oui, c’est une histoire de fantôme, ça fait vraiment peur, il ressemble plus à un film américain, il n’y a pas de chansons.

- Et celui là, « Kaal »?

- Pas vu, c’est une histoire d'épouvante avec des tigres…

- Je peux voir… mmm un croisement de « Jurassic Park » et des « Dents de la Mer » annonce l’arrière de la jaquette, oh et ça « Mumbai Godfather » et « Bullet »?

- Ben je ne connais pas – considérant la jaquette criarde avec circonspection – je ne crois pas que ça soit terrible…

- Ah, et ça « D » ?

- Ouh là je crois que ce film n’a pas du tout marché en Inde, il n’est pas très bon…

- Aaahhh bon… et « Dhoom » ? »

La vendeuse, de plus en plus interloquée, me voit sortir les pires jaquettes de son étal.

- « Ben euh, c’est euh… ben y a des poursuites à moto, c’est très américain dans l’esprit mais…

- Non c’est très bien, comme ça je vais aussi découvrir les productions d’action, j’avais vu « The Hero, Love Story of a Spy » et « Kranti » et j’avais bien aimé, bon ben je vais prendre un peu tout ça. Comme ça, ça me permettra de voir un peu les nouveautés Bollywood, pour changer.»









Je lui fais mon plus beau sourire tandis qu’elle me regarde comme si j’étais un malade mental. Je lui laisse sur les bras les plus beaux fleurons de Bollywood pour regrouper les trucs les plus ouvertement outranciers ou commerciaux, puis sors rapidement avec mes six DVD sous le bras, sous le regard halluciné de la vendeuse, m’éloignant avant que toute la communauté indienne de Paris ne se doute de quelque chose et se mette en tête de me lyncher.



De retour à Grenoble, lors d’une soirée nanarde du jeudi, nous entamâmes cette pêche par « Dhoom ». Autant dire que nous ne fûmes pas déçus.












Bollywood arrive enfin en force sur nos écrans. C’est une bonne chose. Mais il faut bien avouer que des films chantés de trois heures en hindi, cela reste un peu dur pour le public occidental moyen. Cependant si le cinéma de Bombay est en train de déferler sur nos écrans (enfin surtout dans nos vidéo-clubs pour l’instant), c’est aussi parce qu’il est en train de profondément changer pour radicalement s’occidentaliser. « Dhoom », dernièrement sorti en DVD dans nos vertes contrées, en est l’exemple parfait. Le nombre de chansons et de numéros musicaux décroît, la durée du film tend à rejoindre le format occidental (le film, toujours nanti d’un entracte, ne fait que 2 petites heures, soit quasiment la durée d’un court-métrage selon les critères indiens) et le propos repompe outrageusement les grands succès occidentaux.



Depuis quelques années en effet, les Indiens, ont remplacé les Italiens, puis les Hongkongais, dans le pillage et la relecture des grandes productions américaines. Et ce avec la même fraîcheur, la même naïveté mais aussi la même roublardise commerciale que leurs glorieux prédécesseurs. Ainsi « Dhoom » (rien à voir avec le pensum soporifique pseudo bourrin tiré du jeu vidéo) se veut rien de moins que le mix audacieux de « Taxi », « Fast and Furious » et « Point Break », avec une louche d’« Ocean's Eleven » et de « Matrix » pour faire bonne mesure. Rien que ça !







Jaï Dixit est un super flic. Quand, dès le réveil, il ne se lance pas avec son épouse Sweetie dans un numéro de danse érotique endiablé, il traque le crime avec un sérieux imperturbable. C’est bien simple, il n’a que deux expressions : concentré avec ses lunettes ou concentré pour ôter ses lunettes (ce qui signifie qu’il va filer un pain). Quelque chose me dit que Jean Reno doit être très populaire en Inde… Il est joué par Abhishek Bachchan, acteur en vogue, qui tourne quand même la bagatelle de 6 films par an et que, pour la petite histoire, Drexl assure avoir vu à la FNAC Grenette de Grenoble où se sont tournées il y a peu quelques scènes d’un Bollywood que nous recherchons désormais activement.









Jaï Dixit, pas le genre à qui il faut baver sur les rouleaux !




Son problème, c’est une bande de braqueurs à moto qui multiplie les hold-up audacieux à Bombay. Cherchant à mettre la main sur ces as du guidon, il alpague Ali, un motard tchatcheur et rigolo, suspect idéal dans cette affaire, avant de s’associer avec lui lorsqu’il s’aperçoit qu’il n’est pas le responsable de ces attaques.



Les vrais braqueurs sont en fait une bande de pizzaïolos gaulés comme des chippendales qui prennent plaisir à rouler des mécaniques au ralenti pour bien montrer qu’ils sont coooools… Mesdames, la prochaine fois que vous voudrez une quatre saisons n’hésitez plus, appelez « Pizza Place » et vous ne serez pas déçues. Ils sont emmenés par Kabir, joué par la gravure de mode John Abraham, beau ténébreux et véritable piège à minettes (les sites de fans à sa gloire ne se comptent plus, même en France). Une icône de coolitude. Le genre de type dopé à l’adrénaline qui a toujours trois coups d’avance sur la police, et dont le regard torturé annonce que jamais il ne renoncera à sa liberté… (un motard, quoi)





La classe indo-italienne




Après quelques braquages où gendarmes et voleurs ne cessent de jouer à cache-cache, Jaï réussit à infiltrer Ali dans la bande. Celui-ci en profite pour draguer Sheena (Esha Deol, sœur de Sunny et Bobby Deol), la seule fille de l’équipe. Sentant l’étau de la police se resserrer sur son crew, Kabir décide alors de se lancer dans un dernier grand coup : quitter Bombay et braquer le plus grand casino indien à Goa… le dernier coup, celui qui doit permettre de finir en beauté. Celui qui doit forcément mal tourner…



Ce qu’il y a de bien avec Dhoom, c’est l’irrésistible fraîcheur qu’il dégage. Il y a une candeur presque touchante dans cette iconisation permanente des personnages héroïques de ce film. Bien que l’ensemble soit parfaitement commercial, il n’y a nulle trace apparente de cynisme ou de second degré. Le flic est un bloc d’intégrité dans un océan de corruption ou d’inefficacité policière à la manière d’un Eastwood, d’un Delon ou d’un Cüneyt Arkin. Le voleur est un Arsène Lupin moderne, viril et romantique, vivant selon ses propres codes de l’honneur, qui semble toujours avoir tout prévu et qui pourrait avoir les traits de Steve McQueen ou de Chow Yun Fat. On n’est plus dans la vraie vie mais dans un film de chevaliers où les deux adversaires s’admirent plus qu’ils ne s’affrontent, comme dans les grands westerns, les films de samouraïs ou les polars urbains hongkongais.









Kabir se débarrasse d'une voiture de flic en lui balançant son casque dans les roues...




Sauf que : Ne nous leurrons pas et ne nous laissons pas aveugler par toute l’indulgence qu’on pourrait avoir du fait des origines indiennes du métrage : à pousser cette iconisation jusqu’à l’extrême, cette cool attitude finit par devenir franchement ridicule à nos yeux d’Occidentaux nourris de cynisme et de démystification du cinéma d’action héroïque. Nous ne sommes pas dans l’œuvre d’un cinéaste mais dans un pur produit commercial où tout est fait pour mettre en valeur des personnages et des situations allégrement repompés ailleurs. On a beau aimer se faire prendre par des ficelles de la grosseur de câbles de téléphériques, les situations et les péripéties sont tellement déjà vues et téléphonées, les acteurs jouent leur rôle avec un tel sérieux, même dans les situation les plus grotesques, qu’on ne peut que ricaner. Surtout lorsqu’à la fin de chaque scène de tension, une petite musique vient susurrer Dhooooom, alors que l’image se fige dans un ralenti super esthétisant.



Une scène absolument démente illustre bien cette mise en place too much des personnages :



Lors d’un des braquages, les voleurs à moto protégent leur fuite en répandant de l’essence et en créant un couloir de feu, ce qui leur permet de traverser la foule présente. Alors que tout le monde fuit, Jaï, imperturbable, traverse le rideau de flammes et continue à vider son chargeur sur les motards alors qu’il est lui-même en feu. Un collègue se précipite, l’extincteur à la main pour l’asperger de neige carbonique sans que notre héros ne manifeste la moindre émotion si ce n’est la colère froide d’avoir laissé échappé son meilleur ennemi. Evidemment c’est à peine si sa chemise est légèrement roussie.













Ultimate classe !




De même, le film utilise tous les trucs de mise en scène à la mode en ce moment. Ainsi le split screen à la 24, démultiplié pendant les braquages. Bon évidemment c’est toujours gênant quand ça ne sert au final qu’à montrer la même scène sous des angles différents plutôt que de réellement signifier quelque chose en terme de mise en scène.







C'est beau mais ça sert à quoi ?




Pire encore, les effets de ralentis et d’accélération affreusement hype ces derniers temps et qui sont ici présents à la tonne, avec gros plans sur le visage déterminé du héros, arrière plan qui se distord, cadrage penché qui fait style. Sans parler des combats câblés à la « Matrix ». D’ailleurs, le film reprend des pans entiers du combat sur le camion de « Matrix Reloaded ».









Vous me direz Alors, qu’est-ce qui le différencie d’un « Transporteur » (surtout le 2 qui mérite objectivement sa chronique chez nous !) ou d’un « Bad Boys 2 » ?? A première vue rien, même dans la surabondance de cascades et d’effets pyrotechniques absolument délirants, si ce n’est une jubilation un peu naïve à voir des situations au parfait premier degré. On a même droit à quelques scènes totalement clichetonesques :





Non, pas le coup des livreurs qui traversent la rue avec une vitre !






Oh ! Des barils d'essences négligemment oubliés sur un ponton.




Et pour répondre à votre question : oui, à un moment ils font des sauts en moto au-dessus d’un train et oui ils passent à travers un marché et défoncent des étals (mais hélas pas de fruits). Mais bon je n’allais pas capser tout le film non plus.



Malgré son abus d’effets gratuits, les scènes d’action sont très bien tournées, restant toujours lisibles et rythmées (certaines sont réellement impressionnantes) au point que bien des productions occidentales pourraient venir prendre des leçons. Il faut aussi ajouter 4 numéros musicaux typiquement indiens, d’un érotisme absolument torride tout en jouant au maximum à cache-cache avec la censure. En gros, pas un seul plan nichon, mais une atmosphère moite et torride tout à fait bandulatoire.









Quant à l’humour ? Ma foi, si dans le rôle du side-kick comique, Uday Chopra (le fils du producteur, le népotisme n’étant pas le propre du cinéma français) fait un Diefenthal tout à fait acceptable, ce qui n’est pas dur puisqu’il suffit de prendre l’air demeuré ; il faut bien avouer qu’il n’est pas très éloigné du comique cantonais, c'est-à-dire assez lourdingue mais foncièrement marrant si l'on est indulgent.



Le résultat est un film indéniablement agréable et efficace, pour lequel on ne peut avoir que de la sympathie, mais qui finit quand même par être bien marqué par cette vague de l’action m’as-tu vu qui déferle sur nos écrans depuis Besson et Rob Cohen. Le plagiat outrancier des derniers succès du box office et cette volonté forcenée de prouver au monde qu’on ne craint personne à Bombay en ce qui concerne le cinoche populaire à grand spectacle en font à de nos yeux de petits Occidentaux blasés un régal de choix tant au premier qu’au second degré.





Ouais, et encore quelques numéros musicaux !




Méga succès en Inde, un « Dhoom 2 » avec Aishwarya Rai est déjà en boîte et un numéro 3 en préparation.



Alors tous en chœur : « Dhoom Dhoom Dhoom… »





Rico
Rico

Dhoom
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Les notes des membres

Moyenne : 2.96
avatar de Drexl Drexl : 3
avatar de John Nada John Nada : 3
avatar de Kobal Kobal : 2.75
avatar de Labroche Labroche : 3.5
avatar de Mayonne Mayonne : 3
avatar de Rico Rico : 3
avatar de Wallflowers Wallflowers : 2.5

Cote de rareté

Plus besoin d’aller chercher le DVD indien dans les boutiques spécialisées et de se fader les sous-titres français traduits directement sur google translater ou babelfish (du sous-titrage nanar source de bien des fous rires, mais qui nuit singulièrement à la compréhension du film). L’éditeur « Bodega film » le sort dans sa collection « Le Meilleur de Bollywood » avec V.O./V.F., le making of qui prouve que les Indiens n’ont de leçon à recevoir de personne en matière de langue de bois promotionnelle (Ca a été un super tournage et wahou, on avait de super motos), fin alternative et surtout les clips des chansons !





They will be back !
Cote de rareté : 1/Courant Consulter le barème de notation