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Douce nuit, sanglante nuit 2

  • Titre original : Silent Night, Deadly Night Part 2
  • Réalisateur : Lee Harry
  • Année : 1987
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Ce qui arrive quand vous avez été très vilains... (Catégorie : Slasher)
  • Durée : 1h24
  • Acteurs principaux : Eric Freeman, James Newman, Elizabeth Kaitan
Note :
3.5
Rico
Rico

Chronique



Ô Douce Nuit, ô Sainte Nuit

Tout est mort, rien ne vit,

Avec sa hache, Papa Noël vous poursuit

A être méchant, vous allez être puni...


Y a-t-il plus esprit des fêtes qu’un maboul à la hache qui massacre les gens qui n’ont pas été sages ! Nous sommes d’accord, il est temps de rappeler au gens les vraies valeurs de Noël : tenez-vous à carreau sinon ça va mal tourner pour vous.

Dans cette optique il est l'heure de se pencher sur la saga "Douce nuit, sanglante nuit" qui va mettre un point d’honneur à teinter de rouge sang les festivités de fin d’année. Cinq films qui s'étalent de 1984 à 1992 plus un remake en 2012 qui exploitent sans complexe les bonnes grosses ficelles du slasher. Penchons-nous tout de suite sur le second opus de la série pour... Quoi ? Pourquoi commencer directement par le deux et pas par le premier film ? Ah ah, pas besoin, rassurez-vous, vous n'allez rien rater du numéro 1 et vous allez bien vite comprendre pourquoi.



Le Père Noël est une ordure, c'est bien connu.

C'est ce que rappelle le pauvre Ricky, enfermé dans un hôpital psychiatrique, à son thérapeute. Il faut dire que tout bébé, ses parents ont été assassinés la nuit de Noël par un voyou déguisé en Santa Claus. De quoi vous traumatiser grave, surtout si après vous êtes élevé dans un orphelinat catholique dirigé par une bonne sœur rigoriste plus portée sur les coups de ceinture que sur la pédagogie différenciée. Aussi, quand devenu adulte le premier emploi que l'on trouve est magasinier dans un magasin de jouets, avec obligation de se travestir en Papa Noël en période de fêtes, forcément on pète un peu les câbles et on se met à massacrer tout le monde en grommelant "Punition !" à qui mieux-mieux.



C'est Papa Noël qui demande de l'aide parce qu'il a eu une panne de traineau...





J'ten foutrai moi de la magie de Noël !



Alors forcément, quand t'es gosse, ça traumatise un peu.


"- Triste ! Et c'est donc ça qui t'es arrivé, Ricky ?

- Ah non, pas à moi ! A mon frère Billy, le héros malheureux du premier film. C'est même ce que je viens de vous raconter au travers de 30 mn de flash back qui viennent directement de "Douce nuit, sanglante nuit" numéro 1 !

- Quoi ? Toute la première partie n'est qu'un montage de scènes du 1 ? Mais tu te moques de moi Godfrey, je veux dire Ricky !

- Mais non, c'est juste pour rappeler qu'à la fin mon grand frère Billy a été abattu sous mes yeux d'enfant par la police, c'est pas le genre de chose qui pourrait me traumatiser.







Laissez-moi vous raconter une histoire, docteur...


- Sûrement pas, Ricky, et d'ailleurs je te déclare parfaitement apte à reprendre une vie normale mon grand. Évite juste les chocs psychologiques un peu violents, c'est plus prudent.

- J'en prends bonne note docteur ! Ah au fait, je vous ai dit que dernièrement j'ai tué un type en lui plantant un parapluie dans le ventre ?

- Aaah, on va reprendre un peu les séances alors..."







Ricky est vénère et le montre de façon imaginative.


Après 40 mn de foutage de gueule consistant à compiler les meilleures scènes choc du premier entre deux échanges psychiatre-patient, le vrai film commence enfin, se proposant de nous montrer comment le gentil Ricky - qui traîne son traumatisme originel et sa mine de six pieds de long dans une banlieue proprette - va se retrouver à l'asile. Pourtant tout allait bien, il s'était même trouvé, le veinard, une petite copine en la personne de la mimi Elisabeth Kaitan. Mais hélas ses blessures psychologiques vont vite resurgir quand il va croiser quelques loulous mal dégrossis et l'ex particulièrement relou de son nouveau crush...











Faut pas essayer de défier Ricky dans une compét' de tronche de cake et de cabotinage.






Même la pauvre Elisabeth Kaitan (une des rares à jouer correctement) l'apprendra à ses dépens.


Tellement de gens méchants, tellement de gens à punir. Ricky va reprendre la noble tâche de son frère consistant à massacrer tout ceux qui n'ont rien compris à l'esprit de Noël (c'est-à-dire tout le monde !) et, après s'être évadé de l'institution psychiatrique, partir plus particulièrement à la recherche de la vilaine nonne qui a gâché son enfance revêtu de l'habit rouge du gros barbu.







Mother, I'm home !


On le voit, ça s'est pas foulé côté scénario puisqu'il s'agit de reprendre peu ou prou l'argument et la moitié des scènes du premier film, qui était déjà passablement excessif et ridicule. Mais cerise sur la bûche, le film est transcendé par le sur-jeu magnifique de son interprète principal. Eric Freeman, qui joue Ricky, tient ici le rôle de sa vie (littéralement, il n'a quasiment rien fait d'autre à part un troisième rôle dans "Murder Weapon" du zédard David DeCoteau, et quelques figurations dans des séries télé) et va nous le montrer dans un festival de mimiques et de ricanements outranciers qui magnifie complètement le film. Alors que tout le casting est déjà largement dans l'acting sans nuance, Freeman relève vaillamment le gant quand il s’agit de montrer que son personnage est un fou homicide. Une scène est devenue particulièrement emblématique au point de devenir un cri de ralliement aux Etats-Unis pour tous les fans de nanars : "Garbage day !"









Eric Freeman : trop n'est jamais assez !


A tel point qu’avec le temps, le film a acquis un statut littéralement mythique aux Etats-Unis, lui offrant une seconde jeunesse et la possibilité pour Eric d’ouvrir un site internet à son nom : theericfreeman.com, pour participer à des conventions ou vendre autographes et mini poubelles dédicacées.

Lors d’interviews, Freeman a avoué que la confection du film avait été plutôt houleuse, le réalisateur crédité Lee Harry ayant délégué la quasi-totalité du tournage à un certain Joseph H. Earle, véritable tête pensante du projet qui cumulait déjà les postes de producteur, scénariste, monteur, preneur son et réalisateur de la seconde équipe. Au départ, l'inexpérimenté Freeman était juste venu au casting pour un rôle secondaire de flic, celui de Ricky ayant été prévu à l'origine pour David Heavener - un acteur/réalisateur/chanteur qui tracera son sillon dans la série B dans les années 90 et 2000 (Reactor, Jurassic Woman, Dragon Fury 1&2…). Lors de l'audition, Heavener aurait volontairement surjoué son rôle de psychopathe en en faisant une sorte de Hannibal Lecter bodybuildé, avec suffisamment de talent pour enchanter les deux responsables du projet qui décident de conserver cet aspect du personnage.



Mais Heavener quitte le projet en cours de route et Eric, probablement moins cher, hérite du rôle en étant poussé à en faire des caisses par le scénariste, alors qu'il avoue lui même n'être pas un comédien expérimenté et aurait préféré le jouer beaucoup plus en retenue. Qu'à cela ne tienne, de toute façon tout le tournage est fait à l'économie pour moins de 100 000 $ dans des conditions de guérilla filmique évidente. Tournage sans autorisation, figurants recrutés dans le quartier, costumes achetés sur le moment dans le K-mart local, nombre de prises limitées à 2 grand maximum par scène…

Résumons-nous : des acteurs qui surjouent, un tournage à la va vite, un film 2-en-1, je commence à me demander si Joseph H. Earle - qui n'a pratiquement fait que ce film avant de disparaître dans les limbes - ne serait autre que Godfrey Ho en vacances dans le coin au moment du tournage. A creuser...







Sans compter que le film n'a pas pu récupérer la plupart des acteurs qui jouaient dans le premier opus, utilisé en flash-backs. Le résultat, c'est qu'un même personnage se retrouve parfois interprété par des comédiens complètement différents d'une scène à une autre - c'est le cas par exemple de la nonne sadique.


Comme son prédécesseur et malgré des critiques assassines, "Silent Night Deadly Night part 2", sans être un carton intersidéral, se rembourse rapidement en salle et fait son petit effet sur le marché de la vidéo. La franchise est lancée et trois autres films vont suivre, bénéficiant d'un (tout petit peu) plus d'argent et de réalisateurs plus compétents. En 1989 sort ainsi "Douce nuit, sanglante nuit 3 : coma dépassé" de Monte Hellman, dans lequel Ricky (joué cette fois-ci par Bill Moseley) est ramené à la vie par un savant fou un peu trop enthousiaste, et reprend sa quête de punition vengeresse le cerveau à l'air. Avec le 4ème opus, "Initiation", signé Brian Yuzna en 1990, on s'éloigne du concept pour s’intéresser à une secte de féministes vengeresses qui frappe à Noël, avant de boucler en 1991 par un N°5 "Les jouets de la mort" signé Yuzna et Martin Kitrosser avec des pères Noël robots tueurs.

Il y aura aussi un sympathique et très graphique remake en 2012 avec Malcolm Mc Dowell, tout en clins d'oeil décomplexés à la série (dont l'inévitable "Garbage Day !").





A noter pour l'anecdote que le premier film fera scandale dans son usage d'un Père Noël assassin. Aux Etats-Unis, des ligues de vertu appelèrent officiellement à son boycott. Ce qui ne fit bien entendu que rameuter encore plus de monde dans les salles.


Dernier détail et chose rare pour un nanar, le film s’apprécie encore mieux en VO qu’en VF. En effet cette dernière, plus plate, atténue un peu le sur-jeu effréné de notre Père Noël meurtrier.

On le voit, l'esprit de noël est toujours difficile à tuer. Alors maintenant vous savez ce qu'il vous reste à faire: garnissez le sapin, réunissez la famille, sortez la dinde du four et priez pour que Papa Noël reste dans son asile cette année !



Rico
Rico

Douce nuit, sanglante nuit 2
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Cote de rareté

Le film se trouve en DVD avec son auguste prédécesseur chez "Swift". Bizarrement, si le premier film est proposé en français, le deuxième est en V.O. sous-titrée ce qui, pour une fois, n'est pas un mal puisque la version anglaise est bien plus chtarbée que le trop sage doublage français qu'on retrouve sur les VHS de chez "Scherzo", "Sunset Vidéo" ou "Lange vidéo".



La première version du coffret DVD, avec une jolie faute d'orthographe corrigée dans les rééditions ultérieures.
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