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Dumbbells

  • Titre original : Dumbbells
  • Réalisateur : Christopher Livingston
  • Année : 2014
  • Pays : USA
  • Genre : Sudaf Punk (Catégorie : Teenage comédies)
  • Durée : 1h32
  • Acteurs principaux : Brian Drolet, Hoyt Richards, Taylor Cole, Mircea Monroe, Fabio
Note :
4.5
Kobal
Kobal

Chronique

Le mot du jour : Dumbbells.

Alors pour les nuls dans le fond comme moi, Dumbbells ne signifie pas les cloches du débile, mais les haltères, ce qui est un terme plutôt adapté pour désigner un club de sport. D'un autre côté, mal traduire le titre de ce film avec un mot-à-mot littéral (et pas totalement dénué de pertinence quand on est allergique à l'ambiance moite qui suinte de certains temples du muscle) s'avère plutôt être un bel hommage au nanar qui nous intéresse ci-présent. Mais gare à ne pas aller trop vite en besogne, mieux vaut démarrer par un bon échauffement si on veut éviter le claquage. Commençons donc par le commencement du début.



Une affiche alternative encore plus vulgaire.


Chris Long (Brian Drolet) est un jeune espoir du basket promis à la NBA, mais dont la success story est stoppée nette par une blessure au genou qui lui fait perdre sa place dans son équipe universitaire... et dans le cœur de Kim (Mircea Monroe), sa pom-pom girl de fiancée. Cette dernière se doit en effet d'honorer les mœurs de la culture jock qui ordonne d'abandonner à leur misère tous les louseurs. Une déchéance sociale plus tard, voici désormais Chris employé comme coach sportif au Sweat Hard Fitness Club, club de gym minable peuplé d'autres éclopés de la vie, avec pour seule passion le stalking de la vie facebook de son ex. Ne lui restent plus que les remarques acerbes des clientes sur sa gloire fanée et le maigre espoir de pécho un jour Rachel (Taylor Cole), sa collègue wanabee psychothérapeute dont l'a-propos des citations de Freud rivalise avec son travail musculaire des fessiers.



Chris Long, victime d'une fracture du cœur.



Le même 2 ans plus tard avec une confiance en soi aussi endommagée que ses ligaments croisés.



Gag récurrent : Chris souffre d'une sudation axillaire excessive qui le pousse à tous les stratagèmes pour limiter les dégâts. C'est aussi l'occasion pour le film de se la jouer wikipedia en précisant que cette pathologie se nomme l'hyperhidrose, comme dans "Hyperhidrosis a failli tuer ma carrière avant qu'elle ne débute".



La fine équipe du Hard Sweat Fitness Club comprend que le misérabilisme de leur lieu de travail risque de conduire au plan social.


Heureusement pour nos âmes en peine, le club au bord de la faillite est repris en main par l'ex-gravure de mode des 90's, Jack Guy (Hoyt Richards), qui lorsqu'il entre quelque part, est précédé par une musique envoûtante scandant son nom (prononcez Djack Gaille) et par des inserts vidéo de ses performances passées de mannequin et d'acteur de publicité (tout un spectacle). Jack Guy, dont on nous dit que ses fossettes guérissent du cancer, renomme aussitôt son nouvel investissement Dumbbells - histoire d'être cohérent avec le titre du film - et compte bien en faire le laboratoire de ses idées disruptives du nouveau monde : 1 - réaliser l'accouplement sans leur consentement du fitness et de la téléréalité. 2 - faire du fric avec leur progéniture bâtarde.



Jack Guy. La start-up nation, c'est lui.





Par contre, je veux voir ce film !


De rebondissements comiques en irruption de petits culs remuants, sondant les tourments amoureux d'une jeunesse qui voit lui échapper le rêve américain et dont la seule perspective de sublimation personnelle repose sur la psychothérapie, Dumbbells suit son petit bonhomme de chemin balisé : le film met en scène son microcosme de salle de gym, malmené par une exhibition médiatique aussi vulgaire que ringarde, sans se refuser pour autant quelques sorties de route scénaristiques, telle la présence d'un culte de vénération des extra-terrestres, officiant sous couverture des cabinets de dentiste et vivant de la généreuse crédulité des stars qui la rejoignent (ou comment vanner scientologues et raëliens en même temps). Bref, une comédie pour teenagers avec un esprit loufoque semi-stoner à la "Hé mec elle est où ma caisse" comme il en existe tant d'autres, pensée comme un feelgood movie inoffensif par son auteur/scénariste/producteur/acteur principal Brian Drollet, et qui aurait pu totalement passer sous le radar.



Des petits culs outrageusement exploités qui ont dû représenter un budget plus conséquent que prévu car ils disparaissent totalement dès la moitié du film.



Fabio, le chouchou cinquantenaire de ces jeunes dames.



Le "leader bénévole" arcturien qui aurait tout aussi bien pu s'appeler Raël Hubbard. Bon, en vrai, il s'agit de Jaleel White, alias Steve Urkle. De là à savoir si ce choix est une autre sorte de dénonciation...


Sauf que...

Sauf que Dumbbells a un argument définitif qui lui permet de s'extirper de la masse anonyme de ses semblables pour connaitre une postérité éternelle. Et plus fort encore, tout cela à l'insu de ses créateurs ! En effet, Dumbbells est véritable accident industriel du doublage français comme on n'en a rarement vu (et soyons honnêtes, on en a vu beaucoup à Nanarland). L'équivalent de la déflagration d'une explosion Seveso sous tsunami d'eaux usées provoqué par un Godzilla beurré à la liqueur de plutonium frelatée, de celle qui donnera ensuite l'envie à notre lézard atomique de faire tendrement l'amour aux débris fumants avant de sombrer dans le coma du juste (oui, je fais des rêves chelous). Une sorte d'échec consciencieux et méticuleux de tous les aspects possibles de cette discipline qu'est le doublage, et dont l'ambition serait d'incarner le cahier des charges ultime du foirage voxographique, sans aucun regard ni remord pour le film victime de ses exactions.



Rachel, nièce de Jack Guy et conseillère psychothérapeute sur le tournage du reality show, à qui tout cela rappelle que "l'égo n'est pas maître en sa demeure" (feat. MC Gmund).



Par contre, son mec semble lui avoir un gros égo dans le porte-feuille car il roule en Armani (si j'ai bien tout compris).


Il est toujours délicat de parvenir à rendre par écrit une expérience aussi violemment sensorielle. Mais à Nanarland, nul ne saurait reculer devant l'exigence de notre mission de témoins des pires apocalypses cinématographiques. Alors isolez-vous dans un endroit calme, fermez les yeux, faites vous lire cette chronique par Fabrice Drouelle et laissez venir à vous les images, les ressentis, les traumas en devenir.

Les personnages de Dumbbells souffrent tous de prosodies étranges, qui vont de l'apathie paralytique et désaffectée à l'histrionisme sur-cocaïné, dont l'exotisme hors de ce monde est renforcé par des accents aussi divers qu'improbables, dans une collision inter-ethnique fracassante. Ne soyez pas étonnés d'entendre un papy blanc comme un cul parler avec une intonation clairement africano-sub-saharienne (drame de la michel-leebisation), tandis que la plupart des bodybuildés semblent avoir des ascendances germanico-flamandes très marquées. Et il serait cruel de passer sous silence les enfants qui s'expriment avec des voix adultes outre-dimensionnelles. Mais la palme revient sans barguigner à Kim, alias Kimmy Poo pour son chéri, alias Princesse pour son papounet, ex-moitié et en même temps futur re-moitié de Chris, qui jargonne un sabir proprement inintelligible, catégorie bouillabaisse phonatoire.



Kim qui possède le record mondial de la meilleure prononciation du mot "pourquoi", qu'on pourrait péniblement tenter de retranscrire par "pouhwkwaah". Fière de son talent, elle use et abuse de ce mot qu'elle projette hors d'elle tel un missile SCUD.



Papy l'Africain est en fait Carl Reiner, star de la comédie US mais aussi père de Rob Reiner.



Manny qui, en plus de parler comme s'il était dans le plan astral d'à côté, imite très bien le poulet (sans doute en hommage à Tommy Wiseau).


Mais comme le massacre se veut total, le contenu des propos est au moins à la hauteur de ce chaos prosodique. La traduction opte ainsi pour une approche littérale voire rigoriste de tous les idiotismes anglo-saxons, donnant naissance à des barbarismes fantastiques ("Je suis mort à l'intérieur", "Il est un beau, non ?") aux allures de retranscription audio des sous-titrages de DVD pirates de films indiens de la belle époque, celle où les policiers étaient appelés des "cannettes de fil" et où l'interjection "mais quoi que pour !" était communément employée (authentique !). Quand ce n'est pas tout simplement le traducteur qui abandonne le navire et laisse passer en fraude quelques mots franglish noyés dans le masse, une ambiance outre-atlantique que favorise par ailleurs la prononciation très anglo-saxonne des prénoms (d'aucun dirait "à la québécoise") ou de certains termes (Djack adore ainsi parler de "dgym"). La syntaxe n'est évidemment pas plus épargnée que le reste et ressemble souvent aux expérimentations maladroites de ma fille de 4 ans quand elle veut parler comme les grands ("Mec, tu rends le sol tout mouillé"). Le tout pouvant être exprimé avec un bel enthousiasme qui retombe d'autant plus à plat que les termes employés ne sont pas adaptés à l'oral ("OUI ! OUI ! IL ME TARDEUUUH !" ou "Tout le monde aime les feux de la rampe !").



Ivana, propriétaire acariâtre du salon de coiffure, parvient même à employer des insultes inédites, telles que "bande de malossans !". A part une mutation vraiment délabrée de "mollasson", je vois pas.



Ma méthode d'apprentissage du franglish petit nègre, par Kimmy Poo et Tod :

"Tu spécialized en arte."

"Tu te fais delusive, réveille-toi !"

"C'est l'heure de la péééééé. Parlez-vous sporte ? Vous savez, je pas mal joué de mon temps. On devrait installer un paniède, hein ?"

"Je sais que tu penses que je pas être gentle avec vous par le passé."


Le cerveau du spectateur peine à tenter sans cesse de redresser les expression tordues pour leur redonner un tant soit peu de sens, et ce toujours avec un temps de retard impossible à jamais combler, entrainant ainsi une telle accumulation de fatigue psychique que l'expérience vire à la déréalisation psychotique : on comprend les mots (sauf ceux de Kim), on comprend leur association, on devrait en comprendre la signification, et pourtant bug, on ne comprend pas. Comme si la nature même du monde connu nous échappait soudainement et se vidait de son contenu pour devenir une frêle coquille prête à s'effondrer sur elle-même. Le Big Crunch à portée d'oreille en somme.

Les passages les plus ravageurs sont à attribuer au banquier dont la logorrhée vanneuse s'avère un raz-de-marée destructeur pour l'esprit sain, sidéré par tant de conneries débitées dans une novlangue semi-compréhensible et unique au monde. Incontournable mais définitivement inoubliable (comprendre source de reviviscences psychotraumatiques). Dumbbells devient alors une banque de données des pires répliques improbables à se tatouer sur le front pour s'exclure à jamais de l'humanité et ainsi rejoindre la confraternité damnée de ceux qui savent ("Vous sentez l'ambiance dans l'atmosphère ?").



Cette image de l'évolution Etoile Solitaire de Jack est l'occasion d'évoquer les nouvelles déclinaisons de l'adjectif ému avec : "Oh mon Dieu, tu me fais l'émotion encore" et "Tu deviens tout émouvant avec moi".



Transcription méticuleuse d'une conversation entre le banquier (Jay Malone) et Chris, à déguster comme un bon cigare de Bourgogne.

(Au téléphone) - C'est clair, très bien, à plus tard. (fin de conversation)

Très bien, monsieur Long. Donc. Oui, ici. Heuuu, ça c'était mon patron au téléphone, désolé que c'est pris si longtemps, ce n'est pas juste votre affaire. J'ai un procès pour harassement sexuel contre moi, bref vous voyez, les filles sont folles, en rien. Les femmes n'aiment pas qu'on les appelle des filles. En salle de réunion. Donc vous vivez et vous apprenez. Quoi qu'il en soit, j'ai des bonnes nouvelles pour vous, il pense au moins que vous ressemblez à un joueur de basket.

- Super, donc, ça veut dire que j'ai le prêt ?

- Quoi ? Ho, non, mon Dieu non. Vous étez sérieux là ? Nooon. Vous heuuuu, vous n'avez aucune affiche à proprement parler. En dehors de votre popularité. Pour demander une avance. En fait il pense que c'est une arnaque immobilier.

- Non, non, non, nooon, ce n'est pas une arnaque. Et heuuu, écoutez, j'ai besoin de ce prêt, OK ? Jeeeee... j'ai beaucoup de loyer et...

- Aubaine, voilà ! Prenez l'argent, pourquoi pas, quoi, non, si noon, si nooon. Je n'essaye d'où vous venez, ici c'est la mairie, OK ? Et en Amérie, les institutions financiers travaillent avec des règles et des règlements. Je veux dire, en fait c'est ça qui nous conduit à la crise économique, à l'heure actuelle, en ce moment, voilà, c'est notre faute, je dois dire, certainement, mais nous avons appris, probablement c'est parce qu'on donnait de l'argent à des gens comme vous, soyons honnête, je dis juste. Et enfin je n'apprécie pas votre regard. Danc je vous suggérais de changer d'attitude et de quitter les lieux. Mais écoutez heuuuu... Je comprends, OK vous êtes despérés. Si je peux vous donner quelques conseils, si vous dérange pas, dinguez un autre. OK, heuu, tu peux sortir de mon bureau".


Et comme si tout cela ne suffisait toujours pas, l'adaptation s'autorise en sus des initiatives hors-sol, comme faire causer en Anglais un réalisateur à la ramasse, censément français et vague sosie de Lagaf' qui plus est, et l'affubler de cet accent africain si typique. Cerise sur le gateau, le gus s'exprime par des borborygmes enfantins ("Teuteu !", "Bwabwa !") ou sinon, il ne fait que répéter en Anglais ce qu'on lui dit en Français, mais en y ajoutant des sur-caisses d'acting (c'est un artiste). A ce stade de dinguerie, vous pouvez être convaincus d'avoir atteint le seuil de l'avant-dernier cercle de l'enfer. Oui, vous réserverez le dernier cercle pour le bêtisier du générique de fin, que la perversion de nos grands détourneurs a poussé à intégralement traduire et doubler, y compris les impros vulgos et les éclats de rire sur le plateau (avec du rab de banquier, ouééééé !).



Sterling Lebouf Jones (un nom typiquement d'chez nous), le réalisateur du show télé Dumbbells qui parle comme un Lapin Crétin. Un de mes chouchous.



Tom Arnold vient également faire son caméo en papa gâteau de Princesse qui fout la pression à son gendre, dans une séquence de doublage anthologique de tous les côtés.



Intrigant personnage que ce faux Tom Cruise (Evan Ferrante) qui semble avoir fait de sa très maigre ressemblance son fond de commerce (10 occurrences Tom Cruise dans sa filmo plus 1 Ethan Hunt).


Mais la véritable force de ce doublage cataclysmique est de transformer en profondeur le film, au point de créer un nouvel objet cinématographique totalement indépendant de son matériel originel, à l'image des détournements comme "La Dialectique peut-elle casser des briques" ou plus récemment la VF polémique de "What we do in the shadows" (alias "Vampires en toute intimité"). Si ce n'est que contrairement à ces exemples dont la démarche était militante ou artistique (quitte à être loupée), l'édification d'un avatar français inédit de Dumbbells est totalement involontaire, via un processus complexe qui ne pouvait qu'attirer l'intérêt nanarlandais. Il devient alors impossible d'évaluer le degré d'humour qui nous saisit lors du visionnage du film car ses aspects consciemment comiques voire autoparodiques, comme l'idiotie benêt et macho du personnage de Fabio, prennent une toute autre dimension avec l'apport crétinisant de nos doubleurs. On se marre mais on ne sait plus trop si c'est avec ou sans le film, si telle vanne était vraiment pensée comme telle, si elle est sublimée par la traduction ou s'il s'agit juste d'une réplique normale massacrée, bref, on est paumés dans nos têtes mais après tout, du moment qu'on y rigole, même tout seul, y'a pas de quoi psychoter, non ? N'est-ce pas messieurs en blouses blanches ?



Y'a des répliques qui font authentiquement mouche comme : "Je courrais dans les bois, nu, uniquement vêtu d'une peau d'écureuil et de ma dignité pour me tenir chaud", "J'parierais que même son pénis à des abdos", ou cette pseudo-pub pour le COC (Créatine Oxygène Cellulaire), à la diction tellement précipitée que je suis incapable d'en comprendre la moitié.


Comme souvent, confronté à une telle singularité cinématographique, la question qui harcèle les rescapés est : pourquoi ? Le bref buzz médiatique qui a accompagné la révélation Dumbbells permet d'en éclairer une partie des coulisses. Selon un article des Inrocks, Netflix avait passé commande de l'adaptation française du film à EarCandy, une société de doublage sud-africaine. Cette dernière aurait embauché à cet effet des Français en vadrouille dans la région. Mais dixit un des concernés, le boulot aurait été abordé avec d'autant plus de désinvolture que leur inexpérience en la matière était totale. Une amorce de premier jet aurait été pondue en 2 après-midi de rigolade, avant que EarCandy n'annonce l'abandon du projet. La suite est plus floue car nul ne s'explique la diffusion de la fameuse VF sur le réseau de Netflix, EarCandy précisant même ne pas en avoir été informée.

Ce sont de fait les retours d'abonnés partagés entre revendication et hilarité, et le communiqué outré de l'ATAA (l'Association des Traducteurs et Adaptateurs de l’Audiovisuel) qui font prendre conscience du drame au network qui prend alors la décision criminelle de retirer la VF, donnant immédiatement à celle-ci un statut collector que se partageront sous le manteau les cinéphiles les plus vicieux. Netflix se permettra toutefois une belle pirouette en s'excusant dans une vidéo parodiant un mauvais doublage en Français.





1 - Le thérapeute doit être capable de mettre son âme à nu pour initier une relation de confiance.



2 - La prise de note est indispensable pour recueillir les éruptions émotionnelles que déverse le patient (et faire des petits mickey dans les marges quand on s'ennuie).



3 - Une fois l'abréaction obtenue, une binouze et un peu de yoga pour s'aérer la rondelle et consolider la relation thérapeutique.


Si l'incompétence ou le jeanfoutisme radin peuvent également avoir joué leur rôle, ces explications, pour confondantes qu'elles soient, demeurent tout de même insatisfaisantes car de nombreuses questions restent en suspens : pourquoi choisir une société de doublage sudaf, spécialisée dans les localisations sub-sahariennes (cf son site web) ? Pourquoi confier le travail à des amateurs ? Pourquoi l'homme interviewé par les Inrocks et qui semble faire la voix de Chris Long parle-t-il de cette manière ? Comment des Français pourraient-ils rédiger un texte aussi incohérent dans leur propre langue et comment expliquer dans le casting vocal la présence d'autant accents si prononcés, sauf à considérer la participation de Sud-Africains plus ou moins francophones (hypothèse renforcée par la tonalité germanique de l'Afrikaans, langue issue de la colonisation néerlandaise) ? Et pourquoi perdre son temps à réaliser une synchronisation labiale qui a dû prendre bien plus que 2 jours ? Le mystère n'est donc pas entièrement dissipé, ce qui laisse toute leur place aux conjonctures et autres fantasmes. Si un protagoniste lit ce texte et veut bien apporter son témoignage, qu'il se manifeste.



Ces 2 mecs au bout de leur vie artistique ont tout de même écrit et co-produit un film qui a obtenu 58 prix (!) dans divers festivals aussi exotiques que le High Desert International Film Festival.


A la lecture de cette chronique, vous aurez sans doute compris que Dumbbells ne plaira pas à tout le monde car il faut avoir la peau dure et le goût des choses difformes pour apprécier de bout en bout cette expérience qui parvient encore à offrir de l'inédit dans un segment pourtant riche en incunables (listons brièvement pour les ceusses intéressés : "Jaguar Force", "Eaux Sauvages", "Wendigo", "Le Bras armé de Wang-Yu", "2 soeurs à en(bip)er", etc.). De plus, il faut bien dire que le film connait plusieurs passages plus planplans et moins chargés en délire vocal. Pour ma part, Dumbbells est un pur coup de coeur que je n'ai eu de cesse de partager avec tout ce qui restait d'innocents dans mes cercles amicaux, une oeuvre qui n'existe que par une conjonction rarissime d'événements qu'il aurait été impossible de créer volontairement en laboratoire, ce qui est probablement la preuve qu'il existe bien, au-delà de l'agitation humaine, une force transcendante aux plans impénétrables. Amen.



En hommage à cette force transcendante...

(au téléphone) - "Oui, sûr, OK." (fin de cnversation)

"Wahou, un petit Asiatique en colère. OK, bien, monsieur Guy, heu c'est Guy ? Ou Gui ? Gui ?

- Guy !

- Guy, très bien. Vous ressemblez pas à un Français, mais je vous donnerai une chance, si vous l'étez, je vous virais immédiatement. Ecoutez, c'était mon patron, et il vous a vu arriver et heuu, félicitations, il pense que vous ressemblez à une star de cinéma. Un film d'action, veut dire "Gang gang gang gang, pouf, noooon, papa je t'aime !". Super truc.

- Est-ce que ça signifie que j'ai le prêt ?

- Non ! Dieu non ! Non, c'est tout. Vous étez vraiment loin d'obtenir un prêt, vous n'avez pas vraiment d'affiche, en fait, c'est presque honteux, en fait, pour un homme de votre âge. Heuuu, il n'y a grand chose qu'on peut faire pour un homme comme vous, heuu. Vous devez beaucoup d'argent à beaucoup de personnes. J'espère pour vous qu'elles sont pas éternles.

- Je, je, je ne pense pas que vous comprenez, j'ai, j'ai vraiment besoin de ce prêt.

- Vraiment besoin ? Je ne savais pas ça, je ne savais pas. Charlie, il y a un monsieur qui a vraiment besoin d'une prêt. Ouiii ! Reste. Charlie est parti. Charlie est renvoyé. Il y a 3 semaines, je pense que son bureau est en fait vide. Soyons honnêtes, regardez vous dans le miroir. Vous n'avez aucune chance à vendre et de quitter votre appartement, et vous le savez. J'ai dit appartement ? Il n'y pas de chance que vous avez une maison, on vous l'a saisie, alors. C'est dommage, c'est dommage que vous vous êtes vraiment retrouvé dans mon bureau. Heu, je me sens, je ressens quelque chose maiiis... mais... je pense que j'ai juste faim."




Bordel, faudrait que je pense à relancer ma carrière, moi.





Dumbbells met également à l'honneur l'acteur italo-américain Fabio (Lanzoni de son patronyme peu employé), dont la filmo consiste majoritairement à s'incarner lui-même dans diverses productions... dont d'ailleurs "Hé mec elle est où ma caisse". Fabio est en effet devenu un incontournable de la culture pop américaine, célébré pour tout un pan de littérature à l'eau de rose à destination des ménagères en manque d'érotisme (imdb parle de 250 ouvrages !) : sa plastique de bellâtre y est complaisamment exploitée sur des couvertures d'un mauvais-goût kitschissime (googlisez "fabio book covers" et jouissez des yeux), jusqu'à le convaincre de devenir lui-même l'auteur de fantaisies dans lesquels il se met directement en scène au travers d'avatars performants au plumard. Mais l'argument vente imparable de l'époque semble reposer sur l'hygiénisme forcené, qu'il passe par l'éradication du tabagisme et du sexe non-protégé chez les pirates ou la diététique hypolipidique chez les vikings ! Oui, je crêve d'envie de lire ça.



Une petite sélection de couvertures de livre.


Parmi ses multiples business, Fabio a également réalisé un CD (Fabio after dark), compilation de musiques langoureuses à laquelle il adjoint ses propres réflexions philosophiques sur l'amour, et il été l'égérie d'une marque de margarine au titre éloquent (I can't believe it's not butter !) dont les pubs surfaient déjà sur le caractère too much du bonhomme. Dumbbells lui réserve donc un rôle de macho narcissique aux répliques fantastiquement douteuses, là encore sublimées par les errances de la traduction et par une voix de profond débile germanisant : c'est ainsi qu'interrogé sur son secret pour entretenir sa chevelure équine, il répond qu'il la shampouine... "au jus de chat". Ami.e.s de la délicatesse, au revoir.





Fabio provoque par sa smple présence des explosions de foufoune.



Si t'as pas une VHS de fitness à 50 ans, t'as raté ta vie.



Plus exotique, Fabio a également posé pour une jaquette de jeu vidéo.




Kobal
Kobal

Dumbbells
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Cote de rareté

Alors oui, le film est toujours disponible en VOD ou sur Netflix. Mais la fameuse VF, elle, est devenue inaccessible par des moyens légaux.

Vous trouverez néanmoins des compilations d'extraits sur Youtube...
Cote de rareté : 7/Jamais sorti Consulter le barème de notation