LE LAC DES MORTS-VIVANTS
Le Lac des Morts-Vivants


L'Histoire :Dans un petit village français, à la fin de la guerre, des résistants liquident une patrouille allemande et jettent les corps dans le lac voisin (enfin, disons plutôt une grosse mare). Manque de bol, ce lac avait été le lieu de rites sataniques au Moyen-Âge et dix ans après la guerre, les soldats devenus morts-vivants se réveillent pour aller dévorer des baigneuses qui ont la mauvaise idée d’aller nager nues dans l’étang. Comme à force plus personne ne vient se baigner dans le lac, les zombies envahissent le village pour aller faire leur courses.



Le châtelain local mène l’enquête (Howard Vernon, véritable acteur de la trempe d’un Price ou d’un Cushing qui a sciemment sabordé sa carrière dans les plus affligeantes productions de l’Histoire). Les villageois ont peur et sortent les fusils de chasse en cherchant un coupable (comme leurs ancêtres auraient sorti les fourches et les torches). La police envoie deux flics (dont Jean Rollin, vif et trépidant comme une après-midi à mater Derrick dans une maison de retraite) qui s’approchent du lac et se font bouffer (tiens Jean, ça t’apprendra à tourner n’importe quoi !).


Howard Vernon.



Pour donner une touche tragique au milieu du gore pauvret et des filles à poil, un des Allemands était tombé amoureux d’une villageoise. Laquelle est morte en accouchant d’une fille qui a désormais dix ans (jouée par Anouchka Lesoeur, la petite fille du producteur). Le zombie vient donc régulièrement rendre visite à la gamine et la protège de ses copains morts-vivants... La petite orpheline et le zombie, deux êtres profondément incompris qui cherchent leur place dans la société qui les rejette... Mouais, en fait tout cela se terminera au lance-flammes.


Anouchka Lesoeur.



Ce film traîne la réputation d’être le plus mauvais film français de tous les temps. Il est vrai que sa production a été émaillée d’incidents qui renvoient aux conditions de tournage d’Ed Wood : Le film aurait été commencé par Jesus Franco (d’où la présence de son acteur fétiche, l’inquiétant Howard Vernon) qui deux jours après le début de tournage se serait fâché avec le producteur-scénariste Marius Lesoeur. Celui-ci, en effet, réécrit continuellement le script pour le tirer vers l’économie. Franco, pourtant habitué à tourner des films dans une cave pour une poignée de cacahouètes, claque la porte et est remplacé par un autre vétéran du micro-budget, Jean Rollin, qui interrompt ses vacances et vient colmater les brèches. Il avouera par la suite qu’il ne savait même pas ce qu’il tournait vu que Lesoeur réécrivait son scénar au jour le jour.

Sur place, le tournage vire au cauchemar : le fond de teint vert qui tient lieu de maquillage pour les zombies n’est pas waterproof et dégouline dans le cou des victimes, les effets sanglants se résument à un seau rempli d’eau colorée, et la caméra se détraque et ne tourne pas à la bonne vitesse, d’où la nécessité de faire jouer les acteurs plus lentement que prévu pour compenser.



Les scènes sous-lacustres sont tournées après coup dans une piscine garnie de nénuphars (dont on voit les bords !!!) d’où des problèmes de raccords avec celles filmées en extérieur : les victimes barbotent dans cinquante centimètres d’eau puis dès qu’on passe sous l’eau les zombies (dont le maquillage n’est plus tout à fait le même que dans les scènes à l’air libre) attaquent par deux mètres de fond (quand il n’y en a pas un qui, dans le fond, remonte précipitamment par manque d’air).


Le film a été tourné en 2 versions selon le niveau de censure du pays visé à l'export, une habillée et une où les filles se baignent nues.


Dans le même style, Rollin ne disposant que de huit uniformes (à ne pas regarder de trop près) et un camion pour refaire la Seconde Guerre Mondiale, utilise des stocks-shots d’un film de guerre pour étoffer ses scènes de flash-back censées nous expliquer l’origine des zombies nazis. Manque de bol, toutes ces scènes volées sont sous la neige, alors qu’il a tourné les siennes en été par grand beau temps ! De même je recommande le moment où les Nazis sont attaqués par un avion qui se résume à un bruit de moteur. Les Allemands font alors semblant de tirer en l’air en courant dans tous sens et en prenant des airs affolés. Effarant !


Les villageois se rebiffent…


Toujours plus fort, l’action principale du film se situe dans les années 50, ce qui n’empêche pas les figurants d’arborer des cheveux longs et des pantalons pattes d’éph’ ou encore de rouler dans des fourgonnettes Renault des années 70. Figurants d’ailleurs visiblement recrutés sur place et dont l’amateurisme est assez phénoménal.


Allez viendez les filles... !!


Bref « Le Lac des Morts-Vivants » est un film incroyable, mais qui est l’archétype des productions Eurociné, société française responsable des films d’exploitation les plus terriblement fauchés de l’histoire, dont « Les Amazones du temple d’or » avec sa jungle reconstituée dans le bois de Vincennes, « Terreur Cannibale » où des Espagnols maquillés au brou de noix mastiquent des bouts de bidoche en rigolant comme des bossus, « Lorna, la Lionne du Désert » où Richard Harrison et Gordon Mitchell échangent les pires jeux de mots tout en faisant le coup de poing contre des étudiants avec des torchons sur la tête censés jouer les dangereux fanatiques arabes... Bref un pan entier de l’exception culturelle française curieusement passé sous silence par les encyclopédies du cinéma. Une véritable injustice !



Quand à Jesus Franco, je vous rassure, il n’est pas resté fâché très longtemps avec Eurociné puisque peu de temps après il tournait pour eux l’encore plus fauché et grotesque « L’Abîme des Morts-Vivants » où cette fois-ci des zombies nazis hantent une oasis en dévorant les touristes tout en protégeant le trésor de guerre de Rommel...



Bonus : les extraits d'une interview de Jean Rollin publiée sur le web dans laquelle il s'étend sur sa collaboration avec Jess Franco et sur ses relations avec la compagnie Eurociné :

« Jess Franco était supposé faire "Le Lac des zombies" pour Eurociné mais le jour précédant le tournage, il a disparu. Plus de traces de lui nulle part. J'étais sur le point de partir en vacances quand mon téléphone a sonné. C'était la production d'Eurociné qui m'a demandé si cela me disait de réaliser un film pour eux. J'ai dit "Pourquoi pas ? Quand auriez-vous besoin de moi ?" Ils me répondent : "Vous commencez demain !" »

« Je n'avais pas lu le script, je savais simplement qu'il s'agissait d'un film de zombies et le producteur m'expliquait chaque matin ce que j'étais censé tourner dans la journée. Je n'ai jamais considéré ceci comme un projet sérieux. Tout comme l'acteur principal Howard Vernon, avec qui je me suis beaucoup amusé. »

« Eurociné était une compagnie étrange. Ils étaient réellement convaincus que des films comme "Le lac des zombies" étaient de très bons films d'horreur ! Ils vivaient sur une autre planète ! C'était tellement étrange que cela devenait merveilleux. »

« J'ai fait quelques autres trucs pour eux. Des scènes de zombies qui - à ce que j'en sais - ont été incorporées dans un autre film de Jess Franco, "Christina chez les morts-vivants", puis un film court intitulé "Chasing Barbara" que j'ai fait à Madrid dans le jardin de l'hôtel où j'étais descendu ! Bien sûr, le jardin était supposé représenter une jungle ! "Tu vois ces pots de fleurs ? Tournons un film d'aventures ici !" »

« Le seul point commun qu'il puisse y avoir entre Jess Franco et moi, c'est notre marginalité. Nous travaillons tous les deux sur de petits budgets. Je n'ose porter une appréciation générale sur Jésus Franco. J'ai vu "L'Horrible Dr. Orloff " qui m'a paru très bien, puis après des films érotiques, du genre "Célestine bonne à tout faire", etc. Je n'ai pas trouvé de point commun avec mon travail. En plus chaque plan commence par un zoom et se termine par un zoom. Au bout d'un moment j'attrape mal à la tête. »

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