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Les Machines du Diable

  • Titre original : Les Machines du Diable
  • Titres alternatifs : The losers
  • Réalisateur : Jack Starrett
  • Année : 1970
  • Pays : Etats-Unis - Philippines
  • Genre : Bikers au front manipulés par les salauds de Washington ! (Catégorie : Bikesploitation)
  • Durée : 1h35
  • Acteurs principaux : William Smith, Bernie Hamilton, Adam Roarke, Paul Koslo
Note :
2
Zord
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Chronique

Attention, rareté ! Ce n’est pas tant que les films de guerre montrant l’héroïque jeunesse américaine face au péril bolchevico-bridé dans les jungles du Viêt-nam soient rares – loin de là (un certain Mr Chuck N. d’Austin, Texas, nous signale qu’il doit sa carrière à ce genre de films) – mais il est rarissime que ces oeuvres sortent sur les écrans alors même que les boys sont encore au front ! Lors de la toute première mouture de cette chronique, Rico m’avait fait remarquer que 1970 semblait une date un peu avancée pour un film traitant du Viêt-nam… puisque cette guerre allait se poursuivre trois années encore.







Tournant et retournant la jaquette dans tous les sens, cherchant l’information sur le Net, plaçant la famille de Starrett sur écoute et infiltrant des taupes franc-maçonnes au cœur de la CIA, je suis en mesure de vous révéler la vérité : ce film a bien été tourné trois ans avant la fin de la guerre, ce qui, avouons-le, est surprenant. Imaginons par exemple un film sortant sur les écrans et traitant d’un milliardaire saoudo-afghan planifiant une série d’attentats aux Etats-Unis, ce serait pour le moins à côté de la plaque, pour ne pas dire odieusement cynique (un certain Mr Chuck N. d’Austin, Texas, nous signale qu’il l’a fait, ça s’appelle « L’Homme du Président 2 - A line in the sand », et il ajoute qu’il nous emmerde !).



Et pourtant « les Machines du Diable » est bien un pur produit estampillé 1970. Ce qui rend d’ailleurs le titre original « The Losers » plus que prophétique (et lui rend tout son sens d’ailleurs, ce que je n'avais pas forcément vu au premier visionnage).







Alors, suite à un second visionnage, la question est en droit d’être posée : nanar, navet ou bon film ? « The Losers » n’entre carrément PAS dans la catégorie des nanars Viêtnamo-revancho-patriotico-neuneus (un certain Mr Chuck N. d’Austin, Texas, nous signale que hé l’aut’ c’est même pas vrai !). C’est même plutôt un manifeste pro-pacifisme. Une bande de pseudo-hippies à mille lieues des 12 salopards se fait recruter par l’armée pour une mission-suicide. Pour parachever le tout, une balle dans la tête sera la seule récompense du dernier survivant, avec la bénédiction de l’Oncle Sam.



Toutefois, si l’idée de base n’est absolument pas nanare (disons qu’il s’agit plus d’un nanar par maladresse, non d’un nanar par destination) le film lui, dans son traitement, l’est incontestablement. Ouf, pour un peu, on se serait cru en train de lire une chronique des Inrocks ou de Télérama !



Le film en lui-même : prenez un technocrate de Washington, un conseiller militaire de la CIA en Asie du Sud-Est, par exemple. Sortez-le de ses bureaux climatisés et de ses grandes artères de DC pour le placer « sur le terrain » : que se passera-t-il invariablement ?







Le pauvre va être tellement tourneboulé dans les jungles moites du Cambodge ou du Viêt-nam, loin de sa climatisation et de ses collègues ronds-de-cuir, qu’il va connement se paumer et tomber entre les mains crochues et griffues de vils bridés communistes qui vont le maintenir en captivité dans une case en roseaux ! Et le pauvre vieux, incapable de s’en sortir seul (foutues chiffes molles de Washington, yep !) va attendre, comme un gland, qu'un vaillant homme de guerre, un vrai, un dur, un tatoué se tape des kilomètres de jungle sous le cagnard et les piqures de moustique pour le ramener à bon port en massacrant les 3/4 de l'armée vietnamienne au passage et... oui, hein ? pardon ? Excusez-moi, qu'entends-je ? Des objurgations ? « On a déjà vu ça 137 fois ? C'est vieux comme le monde, ce scénario !? C'est pourri ton truc !?!! »







Certes, et alors ? Ma grand-mère disait que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes. Et en matière de soupe, Les Machines du Diable - The Losers se pose bien ! Car, cette fois, ce n'est pas un Authentique Chien de Guerre labellisé GI 1ere qualité, qui va mettre ses pieds où il le veut (et souvent dans la gueule), mais… un commando de hell's angels !



Oui, vous avez bien lu, des hell's angels.



Si, si, ces sacs à bière amateurs de grosses bécanes.



Et bien devant le danger, c'est à ces gars-là que l'armée américaine va confier la délicate tâche d'aller rechercher l'otage retenu par les Khmers Rouges... À MOTO ! Oui, messieurs, à moto dans la jungle du Cambodge, il fallait oser, d’autant que ces types, c’est bien connu, sont de sales marginaux crasseux qui disent des gros mots et portent les cheveux longs et sales ! Des types qui attendent perfidement la nuit que toutes les mamans de tous les petits Bobby et les petites Sandy d’Amérique se soient couchées pour CORROMPRE les gosses ! Leur faire fumer des CIGARETTES DE DROGUE ! Leur faire écouter du HARD ROCK ! Les transformer en SATANISTES PARRICIDES ! Leur faire regarder des films issus du cerveau malade de PORNOGRAPHES NOTOIRES !



Et serait-ce tout ce que la glorieuse armée américaine aurait trouvé pour sauver l’un des siens prisonniers ? QUELLE HONTE POUR LE PAYS !



Malgré tout, les fameux Losers sont recrutés par l'armée américaine et placés sous les ordres du Capitaine Jackson, un officier black à moustaches et à couilles grosses comme ça, interprété par Bernie Hamilton. Bernie Hamilton, ça ne dit rien à personne, mais si je vous dit : "Starsky ! Hutch ! Bande d'incapables ! Dans mon bureau en vitesse !", vous aurez, bien entendu, reconnu le Capitaine Dobey, le type qui a le record de gueulantes sur les deux flics aux pattes d’eph' les plus célèbres du monde ! (Starrett, réalisateur sur plusieurs épisodes de Starsky et Hutch, l’aurait recommandé aux producteurs de la série.)





A gauche : méchant militaire (noir et moustachu).

A droite : gentil militaire (WASP et souriant).




La première crise de fou-rire arrive très vite avec la vision de nos 5 Hell’s (Link, Speed – qui arbore une magnifique croix gammée sur son bandana vert soit-dit en passant – Limpy, Dirty et Duke) roulant fièrement en formation en V sur de splendides 125 cm cubes Yamaha. Parfaitement, pas des Harleys, pas des Triumphs... des YAMAHA : des motos JAPONAISES, l’hérésie pour tout bon biker qui se respecte. Autant dire aussi que la vision de ces types assez carrés d’épaules - quand ils ne sont pas carrément obèses - sur des 125 trop petites pour eux fait prendre tout son sens à l’expression « crapaud sur une boîte d’allumettes » (le flm s’appelle The Losers, je le rappelle…). Je ne critiquerai pas les performances des bécanes nippones, mais chacun sait qu’en matière de Machines du Diable, on a fait mieux et que leurs pétrolettes sont pour tout dire un peu ringardes. Ça tombe bien, exactement à l’image de leurs propriétaires, d’ailleurs...





Yeeehaaaa, faites péter la 125 les mecs !






Il est grand, il est beau, il sent bon le sable chaud... c'est Link, le Bioman Rouge, leader des Losers !






Le regard rêveur, un coeur gros comme ça... vous aurez tous reconnu Duke, le très sentimental Bioman Rose.






Chien de guerre, déterminé mais désabusé, c'est bien évidemment Speed, le Bioman Vert au chouette bandana !






Il dit des gros mots, il va aux putes... mais reste malgré tout fidèle à ses amis. On aura tous reconnu Dirty, le Bioman Noir, rude boy.






Et enfin, que serait une bande de potos sans le p'tit rigolo, hein ? Voici donc Limpy, le Bioman Bleu, l'élément comique des Losers, indispensable Sidekick rigolard aux vannes foireuses.






Pour la postérité...




Bref, comment transformer ces humbles véhicules en quasi Méga-Fighters « des motos qui sont de véritables bombes » ? C’est bien simple, dans son infinie générosité, l’armée des Etats-Unis met au service de nos tuners même pas dignes du Jacky de base une grange malpropre et trois outils pourris pour la customisation des 125. On a connu plus impressionnant niveau effort de guerre, surtout venant de nos amis d'Outre-Atlantique, d'autant qu'ils ont quand même des tanks et des hélicos à côté. Mais bon, pour des crasseux comme eux, c’est déjà bien assez. Le contribuable américain ne paye pas pour des pouilleux pareils.



Et là, j’avoue, on commence à se faire un peu chier pendant 45 minutes car entre deux coups de clé à molette dans le cambouis, nos héros ne font pas grand-chose, sinon se bagarrer avec des autochtones, boire d’énormes quantités de bière, aller aux putes dans d’exotiques et sordides bordels, ou aller revoir de vieilles copines du temps du Viêt-nam. Bref, il ne se passe quasiment rien et on s’ennuie ferme ! On a droit à quelques beaux plans de figurants asiatiques jouant les partisans Khmers rouges mal filmés dans de belles fumées jaunes et vertes, et à la mort de Duke, flingué par des Communistes (ce con a été trop près de leur camp avec sa 125, mais il faut dire qu’à vue de nez le camp des Américains et celui des Khmers sont distant d' à peu près 20 mètres l’un de l’autre. Si; si, je vous jure, il y a juste une petite butte entre les deux. Frais de décors, quand vous nous tenez...) mais à par ça, que dalle !



The Losers se conclut par la scène de l’attaque du camp ennemi et la libération de l’otage ! Et là, nous découvrons nos baltringues chevauchant hardiment leurs motos transformées en redoutables engins de guerre (c’est-à-dire avec une plaque métallique à l’avant, une mitrailleuse et repeintes en noir, mais avec quand même un beau buggy noir au look très madmaxien du pauvre que n’aurait certes pas renié une production bis italienne) virevoltants sous les balles de l’ennemi…













Les Machines du Diable... un peu rapiat sur les bords le Diable.




Je passe sur cette scène amplement résumable par « boum-boum », « panpanpan » et « tacatacatac », mais sachez simplement que sur les quatre motards, trois vont trouver la mort avant que Link, leur chef beau gosse, n’arrive à libérer le ponte du Pentagone (joué par Starrett lui-même) qu’il connaissait-bien-sûr-déjà-avant-et-qu’il-n’aime-pas-mais-le-patriotisme-est-le-plus-fort (par ailleurs, les circonstances exactes de leur "première rencontre" seront complétement éludées).





Méchant technocrate de Washington (modèle négligé et barbu)




C'est beau. C’est encore plus beau lorsque Link, filouté par le type du Pentagone, lui saute dessus tel un félin qui vole et se fait lamentablement flinguer dans le dos par le Capitaine Jackson, salaud de tueur noir à la solde d'un salaud de technocrate de Washington qui a envoyé de courageux Américains à la mort ! D’ailleurs, Jackson himself sera mitraillé peu de temps après par l’autre officier (WASP, celui-là). Aux quatre coins des Etats-Unis, un ouf de soulagement est poussé par tous les Mr Johnson du pays, rassurés, non l’héroïsme ne rachète pas la racaille ! Dieu bénit encore l’Amérique, et croyez-le si vous le voulez, c’est vachement rassurant !





Mais... c'est L'Homme Puma !?!






Hop, en plein vol... T'as gagné la bouteille de mousseux !




2/5 parce que bon, merde, on s’ennuie au milieu.





Zord
Zord

Les Machines du Diable

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Cote de rareté

Grand spécialiste des films de Hell's Angels, Jack Starrett a longtemps attendu avant de voir son oeuvre passer en numérique. C'est chose faite en zone 1 chez "Dark Sky" avec une version très correcte qui se paye même le luxe d'un commentaire audio de William Smith et Paul Koslo. Par contre chez nous, il faudra essayer de débusquer dans votre Cash préféré l'une des deux versions connue chez "MPM production" ou "Delta Home Video".







Attention, attention : il existe un film de 1988 pratiquement similaire signé Cirio H. Santiago avec Vernon Wells (Commando ! Mad Max 2 ! L'Aventure intérieure !) nommé "Nam Angels" et qu'il ne faut surtout pas confondre avec ce "Nam's Angels" (comme le fait IMDB !). Bon, on vous met quand même la jaquette du DVD parce que franchement elle le mérite !



Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

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