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MSG-2: The Messenger

  • Titre original : MSG-2: The Messenger
  • Réalisateur : Saint Gurmeet Ram Rahim Singh Ji Insan, Jeetu Aror
  • Année : 2015
  • Pays : Inde
  • Genre : Le gourou cool (Catégorie : Action fantastique)
  • Durée : 2h15
  • Acteurs principaux : Saint Gurmeet Ram Rahim Singh Ji Insan, Arpit Ranka, Honeypreet Insan, CharanPreet, Shan-E-Meet, Rooh-E-Meet
Note :
2.5
Drexl
Drexl

Chronique



Septembre 2015. Sorti six mois plus tôt, le film MSG: The Messenger a explosé le box-office indien, fait accoucher des femmes enceintes prématurément en les détournant de la drogue et de la prostitution, rendu le monde, oh, un tout petit peu meilleur. Les foules béates n’attendent que la sortie du deuxième épisode des aventures du gourou messie prophète limite dieu tout puissant sur les bords, l’omnipotent omniscient leader œcuménique Saint Gurmeet Ram Rahim Singh Ji Insan. Enfin, ça, c’est pour la version officielle des productions de la secte. Selon les observateurs traditionnels de la cinématographie indienne, le film aurait rapporté 12 fois moins qu’annoncé, en dépit d’une promotion grandiloquente et de croyants mandatés pour inonder le moindre forum internet de troisième zone de commentaires élogieux. Si tu ne crois pas aux bienfaits des films MSG, catin ou pourceau de peu de foi, va donc faire un tour sur leurs pages imdb, tu y trouveras une bonne centaine de critiques extatiques totalement objectives. Les rageux peuvent rager, rien n’empêchera la plus grosse saga cinématographique de notre temps de se répandre sur les écrans.







Dont acte. Guruji, notre héros, LE héros, continue à sauver des vies comme d’autres beurrent des tartines. Pour n’importe quelle baltringue hollywoodienne, les premières minutes de MSG-2 seraient un climax haletant à l’issue incertaine. Pour notre gourou, LE gourou, c’est une pause déjeuner. Deux bambins éplorés sont immobilisés au milieu d’un bâtiment en flammes. Deux baskets trop classe jaillissent du ciel. En quelques foulées puissantes, Guruji traverse le brasier, écartant les planches enflammées d’un revers de la main. Hop, les deux gamins sont sauvés. La bande-son techno scande « M-S-G ! M-S-G ! ». Le gourou, littéralement en feu, court au ralenti, plonge dans un bassin, en émerge en suspension à dix mètres de hauteur, son immuable sourire bienveillant rivé au visage. Plusieurs milliers de fidèles l’applaudissent à tout rompre, bien sages. Le mécréant se rappelle subitement de la mention « inspirés de faits réels » sur l’affiche et doute comme il n’a jamais douté. Enchaînement on ne peut plus logique sur toutes les dernières actions humanitaires de Guruji, sur la semaine écoulée, hein, on n’a que deux heures devant nous.









Guruji sauve la société indienne avec humilité, mais non sans style.


Guruji est bon, Guruji est juste, Guruji définit le swag à son image, les vannes de Guruji font rire aux larmes : le disciple du premier film est en terrain connu. Introducing la thématique politique pas piquée des hannetons de ce second opus. Une tribu de sauvages terrorise la population civilisée alentour, l’armée indienne gronde, les naseaux fumant revanche. Guruji n’étant qu’amour, il s’en va jouer les intermédiaires à sa si personnelle façon – arrêtez de les traiter de terroristes, laissez-moi leur péter la gueule un bon coup pour leur apprendre les bonnes manières.



L’introduction enflammée n’était qu’un tour de chauffe, nous voilà rendus au premier vrai morceau de bravoure de ce second volet plus calme, plus apaisé car plus politique. La politique selon Saint Gurmeet Ram Rahim Singh Ji Insan, bien sûr. Le gourou, tout apprêté dans ses habits de lumière, débarque en plein combat en éclatant un gros rocher, tel un Cüneyt Arkin de l’ère fossile numérique.



Impassible face à ce qui n’est même pas une menace pour lui, il affronte une centaine de sauvageons à lui tout seul, casse d’autres rochers. Il impose son style. Puis se paie une pause détente dans une deuxième chorégraphie luxuriante (passons la première sous silence, par pudeur). Côté chant, ça se laisse complètement aller à des intonations lascives en fin de refrain à faire rougir Rihanna. Petit déhanché, regard coquin, caresse de saxophone… on peut être un gourou castrato-violeur barbu en surpoids et être sexy, après tout [la démonstration en vidéo ici !].



Le ton monte entre l’armée indienne et la tribu, mais Guruji reste cool, avec toujours ce foutu sourire de plus en plus inapproprié vues les circonstances. Le processus de domestication paternaliste des barbares se poursuit, avec le passage à tabac complètement hors de ce monde de leur chef.





La position du lotus mal à l’aise.


L’ambiance semble se déliter mais la glace finit par se rompre lorsque Guruji sauve le gosse du chef de tribu en retenant la patte d’un éléphant, puis en envoyant bouler l’animal sur le côté, sans reculer d’un centimètre ou même suer une seule goutte. Soudain, l’évidence pour les sauvages : Guruji ne peut qu’être la divinité qu’ils vénèrent de génération en génération. Monsieur charisme mystique 2015 ne nie pas.





Ah ah mais relevez-vous donc, bande de chiens.


Puis c’est une autre tribu adepte du sacrifice humain sous gros rocher qui vient foutre sa zone, avec un leader au physique quelque part à mi-chemin entre Steven Bauer et Pascal Elbé, qui ne manquera pas de s’agenouiller devant la puissance de Guruji.







Pas de bol, Guruji parle très bien le buffle.


La suite ne fera que répéter les mêmes scènes où le gourou l’emportera systématiquement sur ses adversaires terrorisés, dévastés par son assurance placide de déité invincible et réconciliatrice. Guruji est le plus fort, il défonce tout sur son passage sans même forcer ne serait-ce qu’une seconde. Au cas où l’once d’un doute plane encore sur ses capacités, il enfonce le clou rouillé dans un interlude musical où il excelle à tous les sports, transformant chacun de ses projectiles en boule de feu.







Des Adidas série limitée aux dieux vivants.


Plus sage que les trois autres volets de la saga MSG, ce second épisode n’en demeure pas moins l’œuvre ahurissante d’un mégalomane au-delà de toute pathologie connue qui se voit, non, qui se SAIT au-dessus de tous les hommes. Saint Gurmeet Ram Rahim Singh Ji Insan peut, non, il DOIT se permettre le plus criard des mauvais goûts dans ses choix vestimentaires comme dans ceux de ses véhicules. Il esquive les tirs de tank d’un saut agile, corrige les faquins par centaines. Il éclipse le soleil car il est le soleil.





MSG-2 ne corrige pas le tir côté mise en scène et nous gratifie des mêmes tics pompiers pour surligner la toute puissance de son héros. De l’accéléré-ralenti façon stagiaire de 3e de Zack Snyder, de la bidouille numérique pour compenser l’évident manque de souplesse de notre héros des temps pas si modernes, des créatures de synthèse approximatives à dresser entre deux cours de civilisation… petit ajout : des plans où le héros se démultiplie en pleine action, car un gourou averti en vaut au moins trois.



Dans les séquences finales, Saint Gurmeet Ram Rahim Singh Ji Insan glisse un démon numérique proprement dégueulasse en teasing de la suite de ses aventures cinématographiques, avant d’honorer ses ouailles d’un ultime tour de chant encore plus infâme que les précédents. Le gourou castrato-violeur conforte son aura de figure fédératrice dans la modeste lignée d’un Gandhi, présent en portrait au détour d’un plan. Il semble qu’il n’ait retenu que les aspects les plus controversés de la vie du Mahatma, tant dans sa vie intime que dans son discours politique à la « vous allez vous aimer les uns les autres bordel de merde, ou je vous fous sur la gueule ? ». Reste zen, ô leader craignos, de grands combats t’attendent dans les prochains films.





Guruji guérit les infections à la force de la prière et de la modélisation 3D.







Drexl
Drexl

MSG-2: The Messenger
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Cote de rareté

On peut trouver sur des sites de vente en ligne internationaux le DVD distribué par "Sony" copie bilingue anglais - hindi, avec des sous-titres anglais. Dépêchez-vous cependant de vous le procurer car avec les problèmes judiciaires et la réputation sulfureuse du bonhomme, il y a peu de chances que "Sony" continue à éditer les films du gourou...





Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation