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MSG: The Messenger

  • Titre original : MSG: The Messenger
  • Réalisateur : Gurmeet Ram Rahim Singh, Jeetu Arora
  • Année : 2015
  • Pays : Inde
  • Genre : Le gourou tourne (Catégorie : Action fantastique)
  • Durée : 3h17
  • Acteurs principaux : Gurmeet Ram Rahim Singh, Daniel Kaleb, Fllora Saini, Jayshree Soni
Note :
4
Barracuda
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Chronique



Août 2017. Guidé par une conscience aiguë des enjeux du monde, le nanardeur consulte la presse internationale. Il s'informe avec un air pénétré sur les conséquences des ouragans dans les Caraïbes. Le visage grave, il s'interroge sur une montée des tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord. La mine sombre, il apprend que des émeutes meurtrières ont éclaté en Inde suite à la condamnation pour viol d'un gourou local. Toute cette contenance et cette solennité volent en éclat lorsque le nanardeur apprend aussi que le gourou en question a fait des films. Et que ceux-là sont considérés comme des nanars kitschissimes et ridicules, même selon les critères qu'on imagine plutôt blasés de la critique indienne. Aussitôt, il se met en chasse…



Comment résister à cela ?


Tous les films existent dans un contexte, et celui de MSG - The Messenger est assez sombre. Le gourou en question s'appelle Saint Doctor Gurmeet Ram Rahim Singh Ji Insan, alias Gurmeet Singh pour les intimes. Sa bio Twitter le décrit humblement comme "Spiritual Saint/Philanthropist/Versatile Singer/Allrounder Sportsperson/Film Director/Actor/Art Director/Music Director/Writer/Lyricist/Autobiographer/DOP". Il produit, réalise et incarne le rôle principal dans cinq films, dont MSG - The Messenger est le premier. Il revendique 60 millions d'adeptes dans le monde (la vérité est certainement bien en-deçà) et son organisation "Dera Sacha Sauda" dispose d'une influence politique importante en Inde, en particulier dans le Nord du pays.



A l'époque il n'était pas encore Docteur.


Gurmeet Singh a été condamné en 2017 à 20 ans de prison pour deux viols (il a fait appel) et à cette heure attend encore son jugement dans d'autres affaires : une cinquantaine de femmes l'accusent d'agressions sexuelles et de viols, et il est également mis en cause dans deux assassinats (celui du frère d'une des deux femmes violées et celui d'un journaliste qui enquêtait sur les abus sexuels commis par les dirigeants de la secte). Les émeutes qui ont éclaté suite à sa condamnation ont causé la mort d'au moins 38 personnes, après que des dizaines de milliers de ses adeptes eurent semé la terreur dans les rues de plusieurs villes du pays, incendiant de nombreux bâtiments et véhicules et nécessitant l'intervention de l'armée.



Il a finalement fait la une des journaux pour de vrai, mais pour d'autres raisons.



Il est important de garder cela en tête au moment d'aborder ces films qui, s'ils sont de furieux nanars comme on va le voir, ne peuvent dès lors plus être qualifiés de mauvais films "sympathiques".





A ce casier déjà chargé, il faut ajouter ces horribles poils sur les bras qui frisottent, Gurmeet Singh semblant parfois recouvert de mini-dreads.


MSG - The Messenger (pour "Le Messager de Dieu" - la modestie n'est pas franchement la première qualité de Gurmeet Singh) se présente comme une biographie romancée revenant sur les opérations caritatives les plus médiatiques menées par le gourou au cours de 10-15 dernières années : entre autres choses, sa secte prêche ostensiblement œcuménisme, l'abolition des castes, l'hygiène et l'avancement des droits des femmes et des personnes transgenres. Des causes qu'il a promues avec un sens certain de la publicité, au cours de grands rassemblements de ses adeptes et de happenings plus ou moins appropriés, du style le record du plus grand nombre de personnes se lavant les mains en même temps. Bizarrement, le film ne retient pas les actions les plus polémiques du gourou, comme lorsqu'il a encouragé 400 de ses disciples à se faire castrer pour se rapprocher de Dieu !





Un gars simple, on vous dit.



Au milieu de cette hagiographie presque banale pour un gourou mégalomane vient alors s'insérer une intrigue délirante où les trafiquants de drogue du monde entier se liguent contre lui, car sa sagesse et sa dénonciation des méfaits de la dope sont en train d'assécher leur business. Pour se débarrasser du Saint Homme, ils font alors appel à Vin Diesel.



Enfin presque.

Un sosie, évidemment, mais je vous jure, tant qu'il n'enlève pas ses lunettes, la ressemblance est frappante. Cet assassin, presque aussi Rapide & Rageux que l'original, est un petit filou qui déploie toutes sortes de ruses pour attaquer Gurmeet en traître, mais rien n'échappe à l'oeil de lynx du "Messager" qui déjoue chaque attentat d'un revers de la main.



Sans les lunettes par contre, l'illusion s'effondre.




Vin Sansplomb a saboté les freins de Gurmeet, mais il en faut plus pour le vaincre !


La confrontation atteint son paroxysme nanar alors que Gurmeet participe à un match de "Gul-stick", un sport dérivé du cricket, mais en beaucoup mieux puisqu'il l'a inventé lui-même. Caché dans les tribunes au milieu de la foule des adeptes, Vin Kérosène prépare encore un coup fourré, lorsque l'oeil de lynx du gourou le repère à nouveau avant qu'il ne puisse nuire. Qualifier de "baston" la scène qui s'ensuit serait inapproprié tant ce pauvre Vin Gasoil dérouille sans jamais réussir à en placer une.



Passage à tabac en règle au stade du Gourou-dourou.


S'il n'était aussi fourbe et malfaisant, on aurait presque pitié de lui tellement Gurmeet lui met une raclée homérique, rappelant que le pacifisme c'est bien, mais qu'il ne faut pas trop pousser le gourou dans les hortensias. Peut-on vraiment lui en vouloir ? Après tout qui n'a jamais rêvé de se mettre en scène en train de (gou)rouer de coups un sosie de Vin Diesel à la batte de cricket au milieu d'un stade rempli de fans en pâmoison dans un film à sa gloire ? C'est humain...





"C'est trop pour moi, je retourne jouer dans Baby-Sittor !"


Vin Mazout à peu près neutralisé - techniquement il travaille toujours pour les trafiquants mais on ne le reverra quasiment plus - Gurmeet Singh peut reprendre une activité normale, en l'occurrence organiser un record de don du sang par quelques milliers de ses adeptes, ou se déplacer dans le quartier des prostituées pour leur proposer de sortir de leur vie honteuse en leur offrant plusieurs centaines de ses adeptes à épouser - c'est toujours facile d'être généreux quand ce sont les autres qui donnent (les deux séquences sont inspirées d'événements réels).



Tant de modestie devient presque embarrassant.


Ca nous vaut aussi une belle baston nanarde contre les proxénètes, ces derniers débarquant à toute berzingue en Toyota Yaris en agitant des sabres par la fenêtre pour tenter d'intimider Gurmeet, sans succès évidemment. Il envoie valdinguer leurs voitures d'une pichenette et leur marave la face sans transpirer, avec un melon pareil vous imaginez comme ses coups de boule sont redoutables au corps à corps. Tout de même, on finit par nourrir quelque petit soupçon mesquin en se disant que ces chorégraphies martiales simplistes ont surtout à voir avec le fait que le gourou n'a pas exactement le physique d'un gymnaste, impression encore renforcée dans les inévitables scènes de chant et de danse où il se contente d'agiter les mains et de taper du pied.



Un détail qui rend les bastons du film encore plus drôles, c'est cette expression du visage dont Gurmeet Singh ne se dépare jamais. Alors même qu'il distribue plus de pains que Jésus et autant de marrons qu'un châtaignier, le gourou affiche invariablement le regard affectueux du père que tu n'as jamais eu et le sourire en coin du sage indulgent envers la faiblesse des hommes, qu'on devine qu'il a pratiqués devant la glace pendant des années pour les perfectionner.





Gurmeet en plein tabassage de méchants.



Dans l'ombre toutefois, les trafiquants n'ont pas renoncé et une autre menace plane maintenant sur le Saint Homme. On apprend en effet qu'un kamikaze (horreur !) a infiltré son cercle le plus proche (malheur !) et attend son heure pour frapper (fatalité !).



On en vient rapidement à soupçonner l'une des trois "filles" (spirituelles ou adoptives, ce n'est jamais très clair) du gourou, qui vivent dans sa demeure où elles partagent une chambre tapissée de pas moins de 6 portraits de leur "père", une mise en scène que notre partenaire Malaise Magazine a qualifié "d'optimale, surtout au vu des accusations qui pèsent sur Gurmeet". Laquelle de ces filles est une traîtresse potentielle, on ne le saura toutefois qu'à la fin…







Le mec vit dans un palais, mais ses filles partagent une chambre pour trois.


La fin, justement, respecte l'adage qui veut que tout finisse par des chansons. Gurmeet organise un grand concert, dont il est évidemment la vedette et où il débarque descendant d'une montgolfière estampillée "Rock Star", histoire qu'on ne le confonde pas avec un joueur de kazoo pour bac à solde de la Foir'Fouille de Sarreguemines.



Quand il ne chante pas lui-même, Gurmeet a son propre thème musical avec chœurs à sa gloire pour les scènes d'action.


A peine a-t-il fini de pousser la chansonnette devant un modeste stade rempli de quelques milliers de ses admirateurs que la traîtresse se dévoile ! Mais dévoile aussi qu'elle a des remords parce que le Gurmeet Singh est vraiment un homme extraordinaire ! Dilemme, angoisse, tempête sous un crâne ! Que faire alors que sa ceinture d'explosifs va se déclencher ? Se jeter dans la foule pour protéger le gourou, ou se jeter sur le gourou pour protéger la foule ?



Six hommes et un bélier en toc contre le gourou et un coup de poing. Qui veut prendre les paris ?


Heureusement, en un éclair Gurmeet trouve la seule solution pratique possible. Evacuer la scène ? Que nenni ! Il attrape la ceinture d'explosifs, bondit sur sa moto, fait brûler la gomme jusqu'à ce que les roues prennent feu puis s'élance dans les airs avec un tremplin. Arrivé à 300 ou 400 mètres d'altitude, il retrouve sa montgolfière "Rock Star", y accroche la ceinture, coupe le filin avec la machette qu'il a apparemment toujours sur lui, puis retombe sur scène en souplesse tandis que la montgolfière explose sans faire une seule victime !



Un feu d'artifice de nanardise !


Épatés par la puissance du gourou, les trafiquants de drogue se convertissent alors spontanément à sa secte. Une conclusion dantesque, parfait point d'orgue d'un film qui aura tutoyé les sommets du ridicule avec une belle constance.









A pied, à moto, en voiture ou en trottinette, Gurmeet est le roi du bling en toutes circonstances.


Pris hors contexte, MSG - The Messenger est un nanar de premier rang, un des films les plus ridicules et drôles qu'il nous ait été donné de voir - et autant vous dire dès maintenant que les suites parviennent pourtant à élever encore le niveau, toujours plus haut, toujours plus fort, toujours plus ringard. Impossible toutefois d'oublier que cet ego-trip hallucinant de trois heures est tout entier consacré à la gloire d'un criminel. A défaut d'être sympathique, MSG - The Messenger reste drôle, et on assumera sans peine de rire de Gurmeet Singh sans tendresse, voire avec un soupçon de joie mauvaise.



"Don't rape people" aurait été pas mal non plus, Gurmeet.




Barracuda
Barracuda

MSG: The Messenger
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Cote de rareté

On peut trouver sur des sites de vente en ligne internationaux le DVD distribué par "Sony" copie bilingue anglais - hindi, avec des sous-titres anglais. Dépêchez-vous cependant de vous le procurer car avec les problèmes judiciaires et la réputation sulfureuse du bonhomme, il y a peu de chances que "Sony" continue à éditer les films du gourou...



Au passage, le forumer deathtripper21 nous signale qu'une des affiches de MSG - The Messenger repompe éhontément celle des Trois royaumes de John Woo. Ce n'est pas juste la composition qui a servi d'inspiration puisqu'il y a carrément des éléments copiés-collés : on remarque notamment que la frange inférieure noire du drapeau est exactement la même.



Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation