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Persée l'Invincible

  • Titre original : Perseo l'Invincibile
  • Titres alternatifs : Perseo e Medusa, Medusa Vs the Son of Hercules, El Valle de los Hombres de Piedra
  • Réalisateur : Alberto De Martino
  • Année : 1963
  • Pays : Italie / Espagne
  • Genre : Mythologie en carton-pâte (Catégorie : Péplum)
  • Durée : 1h35
  • Acteurs principaux : Richard Harrison, Anna Ranalli, Arturo Dominici, Elisa Cegani, Leo Anchoriz
Note :
2
Nikita
Nikita

Chronique





Chroniquer un péplum n’est pas toujours évident tant la naïveté fait intrinsèquement partie du genre, du moins dans son incarnation italienne. On a parfois le sentiment de se moquer à bon compte d’une œuvre qui ne mérite pas tant d’indignités. Pourtant un certain nombre de films de ce genre méritent indéniablement leurs galons de nanars, ne serait-ce que par leur tendance à basculer dans un certain délire pour compenser leur manque de budget.







Les péplums italiens, comme plus tard les westerns spaghetti, se distinguent par une forte tendance des cinéastes à assécher le genre à grande vitesse. A savoir que, dès le succès du premier péplum d’après-guerre made in Cinecittà, tout le monde a voulu faire le sien, d’où un épuisement du filon dès le milieu des années 60. Globalement, on peut séparer les péplums italiens "riches" (« Sous le signe de Rome », « Ulysse », « Les Travaux "d’Hercule »…) d’une foule de suiveurs largement fauchés, tournés dans les restes des décors des films précédents, avec des costumes à trois lires et des acteurs à cinq dollars : « Hercule contre Moloch », « La Colère d’Achille », « Goliath et la conquête de Bagdad » et autres « Maciste contre les monstres ». Autant de nanars souvent charmants, bien que leur simplisme soit parfois un peu agaçant.







« Persée l’invincible » appartient nettement à la seconde catégorie, malgré un certain effort d’imagination. Le film est réalisé par Alberto De Martino, réalisateur tout-terrain du bis italien et spécialiste du suivi balourd des modes. Avec la vague des James Bond, notre homme réalisera « Opération Frère cadet », avec Neil Connery, le frère de Sean ! Après « La Malédiction », il nous servira « Holocaust 2000 » où Kirk Douglas découvre qu’il est le père de l’Antéchrist. Et surtout, la sortie du « Superman » avec Christopher Reeve lui donnera l’occasion de tourner ce que beaucoup voient comme son chef-d’œuvre nanar : « L’Homme-Puma » !







Mais nous n’en sommes pas encore là et au début des années 60, notre Alberto est encore un spécialiste du péplum, qui a eu notamment le privilège de révéler Richard Harrison dans « Le Gladiateur invincible ». C’est ce même Richard qu’il va retrouver pour « Persée l’invincible », témoin de la décadence du péplum vers une bêtise et une pauvreté toujours plus intenses. Le film qui nous occupe actuellement se signale en effet dans mon souvenir, et par rapport à d’autres péplums, par une pauvreté assez exceptionnelle en matière de décors et de costumes, à croire vraiment que l’on avait commencé à atteindre les fonds de stocks à Cinecittà ! Les économies de bouts de chandelle semblent avoir atteint à peu près tous les niveaux de la production, y compris en ce qui concerne le casting, peuplé, si l’on excepte Richard Harrison, de troisièmes couteaux de vingt-cinquième ordre.





Richard Harrison, très concentré sur son rôle




Passons au scénario – absolument révolutionnaire, vous allez voir – co-écrit par le vétéran du bis Mario Caiano. Un royaume reculé dans la Grèce Antique est persécuté par un vil Roi usurpateur et son fils, encore plus méchant. Persée (Richard Harrison) est l’héritier légitime du trône, mais il l’ignore. Tombé amoureux de la Princesse Andromède, convoitée par le fils du tyran, Persée va passer à l’action et étaler tous les méchants grâce à ses énormes biceps, non sans avoir au passage terrassé un dragon et la terrible Méduse. Ajoutons au passage que Persée porte une marque de naissance (trois gros points noirs disposés en triangle sur son épaule !) qui permettra de l’identifier comme souverain légitime, prélude à sa montée sur le trône au cours du grand final.





C'est pas qu'on veut y mettre de la mauvaise volonté, mais les couleurs rajoutées au pochoir sur les photos publicitaires d'époque c'est trop...




Si vous pouvez concentrer davantage de clichés en un seul paragraphe, vous êtes très fort… Inutile de dire que « Persée l’invincible » ne va pas miser sur l’originalité de son scénario, qui ne conserve que le squelette du mythe, mais au contraire sur un furieux délire qui en fait tout le sel !









Contrairement à beaucoup de péplums, le film n’a pas un rythme lent mais se montre au contraire plutôt dynamique dans l’enchaînement des scènes d’action, bénéficiant de la présence d’un Richard Harrison en pleine possession de ses moyens. Notre ami RH n’a en effet pas encore l’air désabusé et la moustache triste qu’on lui connaîtra dans ses films de ninjas made in Hong Kong : barbu, large comme une armoire à glace, énergique comme pas deux, Richard Harrison est au top de sa forme et domine le casting par sa présence physique, même si son jeu d’acteur est ici surtout concentré dans ses crispations de mâchoire.





Là franchement les flammes au crayon de couleur, on y croit plus du tout !




La vraie source de nanardise de « Persée l’invincible » est en fait dans le profond simplisme de son sujet, que le dynamisme de l’action ne fait que souligner davantage. On a vraiment l’impression de se trouver devant un épisode mal dégrossi de dessin animé américain qui ferait de la mythologie antique une espèce de comic-book écrit avec les pieds ! La pauvreté extrême des décors (carton-pâte recyclé à gogo) conduit à une espèce d’épure quasiment pop-art, où les mythes grecs se trouvent réduits à une heroic-fantasy délirante et sans aucun souci de vraisemblance. Nous sommes ici dans le péplum finissant, qui semble vouloir se redynamiser par une fantaisie grotesque absolument jubilatoire.





C'est clair, on est médusé...




Mais le véritable joker de «Persée l’invincible s’appelle… Carlo Rambaldi ! Le futur concepteur graphique d’ « E.T.» faisait ici ses débuts au cinéma : co-auteur des effets spéciaux en collaboration avec Armando De Ossorio, le moins qu’on puisse dire est qu’il ne laissait pas apparaître grand-chose de son futur talent. Ce qui nous confirmerait que le père Rambaldi (créateur pour le remake de « King Kong » d’un robot géant qui ne fonctionna jamais et ne fut presque pas utilisé !) serait bien un peu surestimé… Rarement en effet aura-t-on vu un dragon aussi ringard que celui que terrasse notre héros Richard Harrison. Rarement aura-t-on vu une créature aussi absurde que cette Méduse, qui n’est pas ici une femme à la chevelure de serpents, mais une créature alienne, sorte d’arbre sur pattes à l’œil de cyclope et aux tentacules pendouillants. La conception graphique de la créature est certes originale, mais à l’écran, le résultat final est un craignos monster de la plus belle espèce ! On pourra toujours admettre, pour excuser Rambaldi, que le budget ne pouvait pas vraiment suivre ses idées…







Vous l’aurez compris, « Persée l’invincible » est un must du péplum crétin : son scénario tenant sur une feuille de papier à cigarettes, ses acteurs ringards, la pauvreté squelettique de son budget et surtout ses effets spéciaux aussi ambitieux que ratés en font un excellent nanar estampillé sixties qui garde au final, par sa pauvreté même, davantage de charme que d’autres produits plus prétentieux. On est en plein cinéma de quartier, destiné à un public de six ans d’âge mental, ce qui nous ramène à une époque finalement bien sympa où le cinéma populaire ne se posait pas de questions. Car finalement, que ce soit au premier ou au second degré, De Martino parvient ici à divertir le spectateur. Et n’est-ce pas là ce que l’on demande à un film grand public, nanar ou pas ? Nanar, vieillot, raté… mais extrêmement sympathique ! Et voir le superbe Richard Harrison, toutes dents et tous biceps dehors, affronter le dragon en agitant un tronc d’arbre en carton, cela vaut bien d’autres expériences nanardes !





Nikita
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Persée l'Invincible

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Lorsque nous avons chroniqué ce film, aucun DVD n'existait pour ce film. Cela a changé depuis. Mais commençons par les vieilles éditions exotiques. Ce film a fait l'objet dans sa version anglaise ("Medusa Vs the Son of Hercules") d'une édition chez l'éditeur américain "Trimark Home Video", accompagné d'un réjouissant "Triomphe d'Hercule" ("Triumph of Hercules") du même De Martino avec Dan Vadis (de son vrai nom Constantine Vafiadis, un culturiste aux airs de ravi de la crèche). Ne vous attendez à rien de plus en dehors des films, il s'agit ici d'une édition économique pour amateurs de films de gladiateurs.







Sur le marche francophone, le film a eu droit à pas moins de trois sorties VHS sous des labels assez obscurs (tout d'abord chez "CK Vidéo" puis chez les Belges d'"A Video Group Distribution") mais dont les jaquettes richement colorées méritent le coup d'oeil. Quoiqu'il en soit, 3 pièces rarissimes...











Attention toutefois à ce petit piège tendu par l'éditeur taquin "Stars" qui reprend l'habillage de "Persée l'Invincible" pour vendre, sous le titre de "L'Invincible", un autre péplum avec Richard Harrison, "Le Gladiateur invincible".







Ah dernière minute : fin 2007 est apparu un DVD de "Persée l'Invincible" dans la collection "L'âge d'or du péplum", édité par "FIP". Par contre le prix a un peu de quoi rebuter (10 € pour une édition sans bonus ni bande-annonce).



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