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Reptilicus le monstre des mers

  • Titre original : Reptilicus le monstre des mers
  • Titres alternatifs : Reptilicus le monstre des mers, Reptilicus Man
  • Réalisateur : Sidney W. Pink, Poul Bang
  • Année : 1961
  • Pays : Danemark / Etats-Unis
  • Genre : Reptilus Ridiculus (Catégorie : Monstres géants)
  • Durée : 1h21
  • Acteurs principaux : Carl Ottosen, Dirch Passer, Ann Smyrner, Mimi Heinrich, Asbjørn Andersen et plein de figurants danois
Note :
3.5
Paul Kersey
Paul Kersey

Chronique



Ah, les dinosaures, les terribles lézards, ces gigantesques et fascinants reptiles qui dominèrent la Terre durant 150 millions d’années et firent fantasmer plusieurs générations de gamins ! De Gertie le dinosaure à Sur la Terre des dinosaures, en passant par Godzilla et Un million d’années avant Jésus-Christ, le cinéma fut grandement inspiré par ces mystérieuses créatures, et parfois fort bien inspiré. Mais parfois aussi fort mal, comme en témoignent Le Dernier dinosaure, La Planète des dinosaures et autres Dinosaurs from the deep. Bref, entre le cinéma et les grands reptiles, c’est une longue histoire d’amour (on pourra lire la notule consacrée à ce sujet dans notre glossaire). Pur produit de son époque, Reptilicus penche assez nettement pour la deuxième catégorie, en cumulant suffisamment de tares pour susciter l’intérêt de l’amateur de mauvais films.



Une autre affiche où le monstre a des airs de dragon chinois.


Tout d’abord, une curiosité : Reptilicus est d’origine danoise (enfin, c’est une co-prod' avec les Etats-Unis, mais quand même). Dans la longue liste de films traitant des créatures préhistoriques, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne se sont taillés la part du lion, n’étant concurrencés que par le Japon et ses kaiju eiga (ainsi que, de manière plus relative, par la Tchécoslovaquie grâce aux efforts de Karel Zeman). Mais il n’y avait pas de raison pour que cette hégémonie ne soit jamais contestée. Donc, les Etats-Unis ont eu King Kong, le Japon Godzilla, la Grande-Bretagne Gorgo, la Tchécoslovaquie L'arche de monsieur Servadac (la France, quant à elle, se console comme elle peut avec les créatures de Norbert Moutier), eh bien le Danemark aura… Reptilicus ! Mouais, bon, avec un nom aussi ridicule, c’est déjà mal barré. C’est un peu comme si Les Dents de la mer s’était en fait appelé Squalus, vous imaginez ?



Reptilicus dans toute sa splendeur écaillée : vous pouvez commander la statuette en résine pour la modique somme de 99,95 $ sur ce site.


Allons-y pour l’histoire : en Laponie, une équipe de foreurs découvre un morceau fossilisé et congelé d’une créature gigantesque. Le vestige du fond des âges est ramené à Copenhague, dans le laboratoire du professeur Martens, qui l’identifie comme étant une espèce de dinosaure et le conserve précieusement en chambre froide pour l’étudier. Je précise qu’on ne verra jamais plus de cinq personnes à la fois dans ce laboratoire censé être réputé et que ce dernier ne peut compter en guise de gardien que sur un seul vigile, un certain Petersen, dont les compétences laissent d’ailleurs à désirer. Nous y reviendrons ultérieurement.







Un matériel de pointe et un personnel trié sur le volet : pas de doute, nous sommes dans un laboratoire scientifique danois de 1961 !


Mais le docteur Peter Dalby, assistant de Martens, provoque une catastrophe en laissant ouverte la porte de la chambre froide (enfin, plus ou moins, en fait on voit la porte s'ouvrir toute seule tandis que le docteur dort, l’homme invisible devait être de passage) ce qui fait que le vestige n’est plus protégé. Alors là, que pensez-vous qu’il va se produire ? Celui-ci va se décomposer misérablement et va être perdu pour la science ? Ben au contraire, cette action va permettre au morceau de bidoche inerte de se régénérer et de reconstituer une créature vivante. Bon alors, je sais bien que les films de monstre de série B ne brillent pas pour leurs explications scientifiques, mais là, ma patience a quand même des limites et il ne faut pas exagérer. Déjà qu’on essaie de nous faire croire que de la chair et de la peau d’une créature dinosaurienne aient pu parvenir jusqu’à nous. Alors, je veux bien croire qu’en 1961, les connaissances en sciences naturelles étaient moins poussées qu’aujourd’hui mais ça m’étonnerait fort qu’elles l’aient été à ce point. Le film est en fait farci d’inepties de ce genre qui ferait hurler tout étudiant en première année de biologie. Ainsi, plus loin, un savant nous informe que le monstre serait un croisement entre un brontosaure et un amphibien, rien que ça ! C’est sans doute pour essayer de nous faire avaler le fait que le monstre en question ressemble à tout sauf à un dinosaure !

D’ailleurs, le monstre, parlons-en. On le voit en action après qu’il se soit échappé en ayant tué Dalby. Et là les mots manquent pour le décrire. Il est vrai que les effets spéciaux de bon nombre de films de monstres sortis à cette époque ont méchamment vieilli, mais dans le cas de Reptilicus, lesdits effets spéciaux avaient déjà pris un sacré coup de vieux dès la sortie en salle.

Imaginez un tuyau d'arrosage particulièrement rigide et recouvert d’une côte de mailles, muni de chaussons pour enfants découpés en forme griffue en guise de pattes et d’une paire d’éventail en guise d’ailes, puis faites-le avancer tant bien que mal dans des maquettes de ville. Voila, vous avez un parfait exemple de craignos monster à l'ancienne.



Graaaaouououhhhhh !!!!



Coucou les pitits gnenfants, ze zuis caché !



Eh hop, un p'tit gueuleton pour la route ! Mâchez danois !


Ajoutons à cela que la bestiole, contrairement à son illustre homologue japonais, crache lui de l’acide mortel (à l’écran : une immonde gouache verdâtre) qui a la particularité… de ne toucher personne. Si, je vous assure, à l’écran vous ne verrez personne agonir de douleur ni même être ne serait-ce qu’incommodé par le jet d’acide. Le monstre crache le jet et puis c’est tout. A la place, vous aurez droit à une séance de dégustation de quidam par la bête qui vaut son pesant de cacahuètes. Inutile de préciser que chaque apparition de la bête booste le quotient nanar du film. En fait, ce sont de loin les scènes les plus intéressantes, celles concernant les dialogues entre les personnages frôlant souvent l’ennui.







Le glaviot de la mort.



Bien sûr, la bête est insensible aux balles des mitrailleuses et aux obus des chars lancés contre elle, dans la plus pure tradition du kaiju eiga. En revanche, elle craint le lance-flammes qui parvient à la juguler momentanément, allez comprendre. Le général en charge des opérations, comme tout bon officier américain qui se respecte, souhaite alors l’anéantir à coup de bombes, mais cela lui est impossible car chaque partie de la créature peut se régénérer. Ne reste plus alors que la solution de l'empoisonner, soit envoyer un missile chargé de poison dans la gueule du monstre, ce qui nous donnera droit à un ultime effet spécial navrant et rigolo.



Attention chéri, derrière toi, c'est affreux !!!



Pitié pour un pauvre craignos monster au chômage qui a cru en son film !


Tant que nous y sommes, parlons des personnages. Outre le fait d’être particulièrement stéréotypés (les scientifiques, le jeune premier, la fille du scientifique, le militaire) et globalement mal joués par les acteurs (je ne crois pas avoir vu une interprétation aussi monocorde), ils se signalent par leur inconsistance, pour ne pas dire leur bêtise. Ainsi, on apprend vite que la bête peut être, sinon tuée, du moins blessée par lance-flammes. Pourquoi diable ne pas recommencer avec d’avantage de feu lors de son attaque suivante ? D’autant plus que le monstre se montre en plein jour et qu’il n’est pas difficile à viser. De plus, cela réduit le risque de régénération. Eh bien visiblement personne n’y pensera.







Une vraie tête de vainqueur.



On passera sur le fait que le laboratoire censé abriter la plus grande découverte scientifique de tous les temps, mais aussi une créature potentiellement dangereuse, n’est gardé en tout et pour tout que par un gardien poltron et pas très futé. D’ailleurs, ce personnage de gardien, Peterson de son nom, est assez savoureux. Seul protagoniste à avoir un semblant de personnalité, il est censé incarner le personnage comique du film. Mais l’acteur en fait des tonnes et les gags tombent à plat de par leur simplisme sidérant. Surtout, le film rend le personnage très grotesque à tel point que cette image lui colle à la peau et qu’il est impossible de le prendre au sérieux par la suite, même lorsqu’il participe à des scènes dramatiques (notamment l’évasion du monstre). Le contraste est saisissant entre son cabotinage (pas le plus extraordinaire mais quand même assez consistant) et le non-jeu des autres acteurs. L’acteur en question, Dirch Passer, était un comédien danois très connu à l’époque et l’essentiel de la promo du film se fit sur son nom, à tel point que le titre faillit s’appeler « Dirch et le dragon ». Au demeurant bon comédien (il domine sans peine le reste du casting), il cabotine comme un diable et, s’il échoue à faire du personnage un véritable élément comique, il contribue cependant à donner un peu de vie et d’entrain à une histoire particulièrement stéréotypée et prévisible. La scène où il prend peur face à des anguilles et sonne une fausse alerte demeure assez croustillante.







Festival Dirch Passer !



Ajoutons que le film donne pas mal dans le remplissage de métrage, témoin cette scène de visite de Copenhague par le militaire américain et la scientifique qui nous offre un magnifique panorama touristique de la capitale danoise durant une bonne dizaine de minutes. Ou encore les scènes de discussion particulièrement oiseuses dans des bureaux.





Une vidéo promotion pour le tourisme au Danemark ? Nan, un film de monstre nul qui meuble.


Bref, ce sont bien toutes les caractéristiques du mauvais film de monstre de l’époque qu’on retrouve dans cette œuvre. Bon, alors, arrivé là, je devine toute de suite ce que vous allez me dire : « Ouah l’autre hé, mais c’est normal que ça ait mal vieilli, c’est le propre des films de monstres préhistoriques de cette époque d’avoir des effets spéciaux datés, des personnages stéréotypés et des scénarios remplis d’idées idiotes », ce à quoi je vous répondrais que, d’abord c’est faux et ensuite, n’insultez pas les films de monstres préhistoriques des années 1950-1960 ou alors ça va mal se passer entre nous parce que moi, j’les aime bien ces films qui ont bercé mon enfance. Rien qu’à titre d’exemple, Le Monstre des temps perdus d’Eugène Lourié, sorti huit ans auparavant, a de biens meilleurs effets spéciaux, un scénario plus solide et des acteurs convaincants. Alors oui, lui aussi a vieilli, mais il a su se bonifier avec le temps et est devenu un monument du cinéma de genre bis (au point même d’être référencé dans Gremlins 2 de Joe Dante) ! Pas Reptilicus, qui était déjà daté à sa sortie en salle et est resté au stade de la ringardise délectable.



Classe !




Pas classe !



Signalons enfin qu’il existe deux versions du film, une anglaise que j’ai pu visionner et destinée à l’international, et une autre danoise, comportant des scènes supplémentaires dont une romance entre Karen et Svend, une séance de vol du Reptilicus (il le faut !) et un numéro de comédie musicale avec Petersen (IL LE FOOOOOOO !!!!!!!!).

Le réalisateur Sidney W. Pink croyait sincèrement aux chances de succès de son film, et termine ce dernier sur une fin ouverte à une séquelle. Séquelle qu’il tenta de mener à bien 40 ans plus tard, en tentant de surfer sur la médiatisation du Godzilla de Roland Emmerich en 1998 (également un four soit dit en passant). Il ne put hélas mener à bien son projet et mourut en 2002 avant de le voir se concrétiser. Voila un réalisateur qui savait faire preuve d’optimisme. Ce fut également la seule tentative d’incursion du cinéma danois dans le genre très prisé des films de monstres destructeurs de villes, laissant désormais le champ libre aux Américains et aux Japonais, et retournant aux sempiternels tourments des pensums intello-porno-trashs à la Lars Von Triers. C’est fort dommage car un résultat aussi prodigieusement ringard laissait espérer bien des continuations. Vivement le remake américain (par Roland Emmerich ?) !



Des photos d'exploitation d'époque.


Note de Rico : A vous de voir si vous adhérez à ce côté vieux film de monstre naïf et grandiloquent. Lorsque la chronique est parue sur le forum, certains comme Kobal ont avoué ne pas avoir vraiment accroché à ce film, trop daté et limité par les effets spéciaux de l'époque. Pour ma part, ayant revu ce film pour mettre en ligne cette chronique, je rejoins Paul Kersey sur l'aspect vraiment cheap et mal joué de l'ensemble au regard des productions équivalentes de l'époque comme Gorgo ou le premier Godzilla. A voir, rien que pour la scène où des hordes de Danois à vélo fuyant le monstre tombent d'un pont ouvrant tels des lemmings !





Même dans une foule en panique, le Danois se doit de rester souriant et courtois.



Enfin... jusqu'à un certain point...



Si en Europe nous avons tendance à préférer les films plus connotés années 80, aux Etats-Unis, le public semble toujours très friand de ces vieilles productions qui sont considérées quasiment comme des œuvres de patrimoine (le site bad movies lui attribue gaillardement sa note maximum de 4 gouttes de slime sur 4).



Paul Kersey
Paul Kersey

Reptilicus le monstre des mers
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Les notes des membres

Moyenne : 3
avatar de Paul Kersey Paul Kersey : 3.5
avatar de Rico Rico : 2.5

Cote de rareté

Un DVD américain avec la version internationale est sorti chez "MGM" dans sa collection "Midnite Movies" avec la version française d'époque ! Tudieu ! Seul bémol, pas de bonus en dehors d'une bande-annonce.



Il existe pour les complétistes un DVD danois (mais uniquement dans cette langue) de "Saga Studio" dans la collection "Dirch Passer" qui met donc l'accent sur la présence de ce comique local. Au vu des photos à l'arrière de la jaquette, il s'agirait bien du montage danois d'origine, sorti en noir et blanc.



Malgré l'existence du DVD, un mot au passage des éditions vidéo françaises. En effet si l'édition de chez "Stemick Vidéo" est assez honnête sur le produit...



…comment décemment justifier cette ahurissante jaquette volante de chez "BM Production"...



…ou encore celle-ci de chez "Magic Entertainment"...



…et encore ça de chez "Broadway vidéo" (si vous êtes connaisseurs, vous vous doutez bien que ce sont en fait trois sous-marques de nos chers escrocs "d'Initial").

Cote de rareté : 2/Trouvable Consulter le barème de notation