ROCKY IV
- Réalisateur : Sylvester Stallone
- Année : 1985
- Pays : Etats-Unis
- Genre : Le combat de trop (catégorie : Sportif)
- Durée : 1h30
- Acteurs principaux : Dolph Lundgren, Sylvester Stallone, Brigitte Nielsen, Carl Weathers
- Liens utiles : Un site membre de l'AFR (Alliance Francophone de Rocky) qui fourmille de données sur la célèbre saga.
La série des Rocky est fantastique parce qu'elle exploite toute la palette des films de boxe : du bon avec le premier, du moyen avec le second, du nanar sympathique avec le troisième, du nanar de haute volée avec le quatrième et enfin du gros navet avec le cinq. Comme vous vous en doutez, l'objet de notre étude sera le quatrième volet de cette série.
Sly, fils du peuple...
Surenchère oblige, il fallait dans cet épisode un méchant encore pire que dans les précédents. Or, pour l'Américain moyen, qu'y a t-il de plus méchant qu'un Noir (filon copieusement exploité dans les trois premiers) ? Je vous le donne en mille : un ignoble Russe, communiste de surcroît... Yvan Drago de son petit nom, interprété par le nanaresque Dolph Lundgren.
Attention, communiste méchant
On découvre aussi Brigitte Nielsen, épouse de Drago dans le film et épouse de Sylvester dans la vie au moment du tournage.
Un petit côté "Ilsa, Tigresse du Goulag", non ?
Comme le grizzly de Sibérie doit vraiment faire peur, le scénariste lui fait gâcher une fête digne d'un 4 juillet : James Brown chantant "Livin' in America" tandis qu'Appolo Creed danse devant la bannière étoilée déguisé en Oncle Sam. En effet, lors de cette petite sauterie, l'indestructible russe (avant que Rocky n'entre en jeu) va tuer Appolo... Cette scène permet d'admirer l'unique expression que peut prendre le visage de Stallone, non pas l'intelligence mais la colère. Bien entendu l'Étalon italien ne peut en rester là car c'est l'honneur des Ricains et du monde libre face aux cocos qui est en jeu, alors, tel un chevalier des temps modernes, Rocky décide d'aller affronter le grizzly sur ses propres terres.
Décadante Amérique ! Le communisme va vous remettre sur le droit chemin !
Comme dans tout Rocky digne de ce nom, il faut une séance d'entraînement où Sylvester fait l'apanage de sa force et comme la surenchère est de mise, il se met à lever des charrettes, à faire des abdos dans le vide et à courir dans l'air frais et pur (et rare) des hautes montagnes - les marches d'un monument ne suffisant plus - en levant les bras et en criant comme à son habitude. Pendant ce temps notre cher Yvan, lui, s'entraîne en intérieur sur du matériel HiTech coûtant aussi cher que toute la flotte russe d'aujourd'hui, se fait plein de piquouzes et gobe de petites pillules tel un Richard Virenque de la grande époque. Entre le boxeur américain qui s'entraîne à l'ancienne dans un cadre bucolique et le boxeur soviétique qui a recours aux machineries électroniques et à la chimie de synthèse, qui va l'emporter ???
Technologie de pointe contre méthode populo à la dure, saine Amérique contre URSS dopée... En fait le vrai défenseur de la classe ouvrière, c'est Sly (SYMBOLE)
C'est dans une arène survoltée où trônent les portraits de Marx et Lenine (pour ceux qui avaient oublié que l'on est dans l'antre du démon) que va se dérouler le fameux combat dont dépend l'avenir du monde. Là encore la magie opère, non seulement comme à son habitude Rocky commence mal, mais grâce à son courage exemplaire il retourne la situation à son avantage, arrivant par la même occasion à mettre le public soviétique de son côté ! Rocky est au sommet de son talent, la série au sommet du nanardisme et cerise sur le gâteau (ou plutôt sur le steak si l'on regarde le visage de Rocky) on a droit à un discours comme seul Stallone sait nous gratifier avec la splendide réplique : "Si moi j'ai changé et que vous avez changé, alors TOUT le monde peut changer !"
Le moment de vérité...
Malheureusement, le changement n'apporte rien de bon car le cinquième opus qui suivra ne mérite même pas qu'on en parle. Alors restons en ici car vraiment, ce Rocky IV occupe une place de choix sur ce site.
America first !
Sur le plan de l'idéologie, si Rocky 4 n'a pas la portée quasi-propagandiste des productions Cannon de l'époque (celles portées à bout de bras par le barbu Chuck Norris), il demeure un pur film reaganien. Le côté va-t'en guerre, Stallone le réserve pour Rambo 2 et 3 : la saga des Rocky tournant autour de l'univers de la boxe, il s'agit avant tout ici d'exalter les saines valeurs du sport et du pugilat d'homme à homme dont Rocky, symbole du sportif simple, honnête et travailleur, sortira vainqueur. Le nationalisme caricatural du film est indéniable, même si certains voient dans le discours naïf de Rocky en fin de match une tentative maladroite mais réelle d'atténuer le clivage USA/URSS. On pourrait aussi déceler dans cette séquence le désir de Sylvester Stallone de se donner le beau rôle, Rocky incarnant alors le héros vainqueur qui, au lieu d'enfoncer son adversaire, sait se montrer noble et vertueux et lui tendre la main pour fraterniser, se montrant au final une deuxième fois supérieur à lui.
Reste que, derrière son manichéisme plus ou moins primaire selon les interprétations, Rocky IV incarne avant tout le cinéma populaire sacrifié sur l'autel du vendage de soupe. Dans Rocky III, la chanson "Eye of the tiger" du goupe Survivor s'était révélée être un immense succès en 45 T qui avait rapporté une substantielle quantité de brouzoufs à la production. Du coup, celle-ci en remettra une triple couche dans le 4è opus en incluant 3 chansons tubesques ("Burning hearts" par Survivor, "Living in america" par James Brown et "Feel the Heat" par Jean de Beauvoir) qui furent chacune l'objet d'un matraquage intensif sur toutes les TV et les radios. D'une part les gens qui voyaient le film achetaient les disques, d'autre part les clips servaient de promotion au film beaucoup plus efficacement qu'une bande annonce qui n'a pas une durée de vie aussi longue qu'un clip. De la pure grosse ficelle de cinéma mercatique sans une once de subtilité. En s'autorisant un raccourci aussi subjectif qu'audacieux, on peut donc considérer que ce n'est pas tant le contenu thématique du film que cet aspect mercantile qui fait de Rocky IV un symbole célébrant la victoire triomphante du modèle capitaliste américain...
Symboles insolents de réussite matérialiste à la sauce yankee : Rocky a sa villa, sa limo et, pour parfaire son bonheur consumériste, un robot domestique qui parle. Heureusement, il retrouvera vite le sens des vraies valeurs en soulevant des charettes dans la neige... MERCI DE NOUS AVOIR OUVERT LES YEUX SLY !
En terme de réalisation, Rocky IV est un très mauvais film et Stallone un bien piètre cinéaste. Le fait qu'il se livre à de la charcuterie au niveau du montage obéit autant au principe, général à l'époque, de la multiplication des plans par simple effet de mode sous l'impulsion du clip et de la pub, qu'elle ne trahit son incompétence dans la mise en scène (les combats finals de Rocky II et IV comptant à mon avis parmi les plus nazes jamais réalisés dans l'histoire du cinéma de fight à gros budget, surtout celui du II d'ailleurs). Ces effets de montage rapide sont assez caractéristiques du gros cinéma de tâcheron de base. C'est un moyen de "donner du rythme" à peu de frais quand on n'est incapable de faire autre chose et/ou que les acteurs sont à la ramasse (il suffit de voir les films récents de Steven Seagal qui, depuis qu'il a trop saucé la mie, fait découper ses scènes de combat en plans de 1/2 seconde pour faire croire aux gens qu'il est super rapide ! C'est un peu comme l'imparfait du subjonctif dans les romans Harlequin : un gimmick facile qui abuse le gogo à bon compte).
Mayonne : 4
Moyenne : 2.72
