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Apocalypse Warriors (Raiders of the Sun)

Note :
1,75
John Nada
John Nada

Chronique



D’emblée, l’amateur est plongé dans un milieu ultra-familier, celui ô combien caractéristique, du cheapo-discount post-apocalyptique, sous-genre qui fit étrangement fureur dans les années 80, et qu’on associe presque toujours à la production italienne de quelques tâcherons un peu trop profondément marqués par Mad Max (et probablement aussi très sensibles à la non-nécessité de disposer d’un budget conséquent).







Village en carton, mitraillettes en plastique, épaves roulantes, drapeaux-serpillères, figurants aux abois : Cirio H. ressort ses jouets et les dispose dans sa carrière de gravier préférée sous l'oeil bienveillant de Roger Corman.


Sur fond d’images de voitures traficotées (on les a peintes en noires) roulant à toute berzingue et de bidons d’essence qui explosent dans des paysages désolés (une lande désertique ou, par défaut, une carrière de sable, pour donner une couleur « après la bombe » au film), une voix off jouant dans les graves nous annonce avec de savoureuses intonations hiératiques qu’ « Au lendemain de la grande guerre nucléaire, les radiations dévastèrent la Terre. Il n’y eut que peu de survivants. Recherchant désespérément nourriture et sécurité, ils se regroupèrent, formèrent des gangs ou inventèrent une nouvelle vie sociale. L’un des groupes resta fidèle aux lois et à l’ordre établi et créa la Ligue Alpha, une société démocratique. La ligue ne tarda pas à être attaquée par une bande de marginaux. Mais l’agression la plus meurtrière vint de l’intérieur... des traîtres au sein de la Ligue ! »







La trame du film est limpide : deux armées s’affrontent, la Ligue Alpha d’un côté et les « marginaux » de l’autre. Dans les deux camps, on se retrouve bientôt à cours de munitions et chacun part à la recherche de poudre à canon, la découverte de réserves ou d’un gisement pouvant s’avérer déterminante pour l’issue du conflit. Au cours de ses pérégrinations, Brodie, figure héroïque de la Ligue Alpha, sauve une jeune femme au fort accent mexicain dont la tribu s’est établie dans les montagnes, juste à côté d’une mine de phosphore...





Aussi étonnant que cela puisse paraître, le genre est toujours resté plus ou moins à la mode, certains projets de ces dernières années bénéficiant même parfois de budgets colossaux qui auraient donné le vertige à bien des auteurs de nanars fauchés (Waterworld et The Postman avec Kevin Costner, le Los Angeles 2013 de Carpenter et bientôt peut-être un Mad Max 4, sur lequel Mel Gibson serait en train de plancher). Ce n’est évidemment pas le cas du film qui nous concerne, produit par Roger Corman [la mention « Roger Corman Presents » constituant une sorte de label de (non-)qualité pour l’amateur de nanars sans-le-sou] et tourné quelque part aux Philippines.



Comme dans la plupart de ses post-nukes, Cirio H. se débrouille pour nous caser ses copains les nains...



...et grimer des vieux en Indiens post-holocauste.


Néanmoins, Raiders of the Sun étonne par l’importance – toute relative, certes – de sa figuration, qui se traduit à l’écran par la présence substantielle de hordes de gaillards, les uns, représentant l’armée officielle, équipés de casques de football américain peints en noir (la peinture noire semble avoir été beaucoup utilisée pour ce film) et dotés d’énormes épaulettes à la Ken le Survivant, les autres incarnant les affreux méchants sans foi ni loi, vêtus à l’image de leur absence d’idéologie, avec un peu tout et n’importe quoi, tous évoluant au milieu de petits feu de cagettes allumés à droite à gauche et de quelques carcasses de voitures en provenance directe de la casse du coin.

Apprenez à les reconnaître dans un post-nuke du Tiers-Monde (ça fait passer le temps) :



Richard Norton.





Nick Nicholson.







Henry Strzalkowski.







Jim Moss (le moustachu).


On y trouve des chevelus fanatiques au front ceint d’un bandeau flottant au vent se battant et mourant pour des bannières arborant des insignes abscons, d’invraisemblables guerriers ubuesques équipés de masques de ski et de lunettes de protection, beuglant dans des pick-ups poussifs ou sur des motocyclettes pétaradantes en donnant la chasse à des villageois fagotés avec des tuniques qui semblent avoir été découpées dans des sacs postaux. Du bricolage façon système D auxquels viennent se greffer quelques effets plus authentiques, de la poussière, de la sueur et de la crasse, de la moustache épaisse et de la tignasse graisseuse obombrant du jean limé ou du cuir usé.



En voilà un qui a l'air content de lui...


Certaines scènes laissent parfois entrevoir une certaine confusion chez ces acteurs d’un jour, notamment lors de l’inévitable affrontement final (imaginez plusieurs dizaines de figurants de tous bords courant en tous sens, une arme à la main, en hurlant « en avaaant ! ! ! »). D’ailleurs, on retrouve sans grande surprise les noms de nombreux acteurs parmi ceux des membres de l’équipe technique. Pourtant, ces scènes de combats, servies à peu près tout au long du film, n’empêchent pas le spectateur de s’ennuyer ferme.

Cirio H. adepte du recyclage... les preuves qui l'accablent :



Les Roues de feu (1985).



Raiders of the Sun (1992).



Dune Warriors (1990).



Raiders of the Sun (1992).



Nick Nicholson dans Equalizer 2000 (1986).



Nick Nicholson dans Raiders of the Sun (1992) : par la magie du stock-shot, on le retrouve à la fois acteur et figurant.


L'avis du Rôdeur à ce sujet : « oui, il y a l'air d'y avoir énormément de repompe de Equalizer 2000 : les acteurs, les costumes (notamment celui du maître du monde à lunettes de plongée), les bagnoles tunées sont identiques et certaines scènes sont clairement des stock-shots ou des retakes (Cirio devait tourner les scènes plusieurs fois sous des angles différents et réutiliser les prises dans différents films). »

Depuis la rédaction de cette chronique, nous avons eu l'occasion de poser directement la question à Joseph Zucchero, qui interprète le personnage de Shelton mais qui a surtout assuré le montage de "Raiders of the Sun". « Raiders of the Sun, which I edited, was a ton of fun. We used a lot of action footage from Cirio's previous movies: Dune Warriors, Wheels of Fire, Equalizer, etc., which of course saved Roger a ton of money. I'm sure he was delighted! » Effectivement, on imagine mal le producteur Roger "un sou est un sou" Corman s'indigner d'une telle méthode...

Pionnier de la Blaxploitation (TNT Jackson), spécialiste du film de guerre du Viêt-nam vite fait mal fait (Firehawk), le réalisateur philippin Cirio H. Santiago, déjà impliqué dans une vingtaine de films en collaboration avec Roger Corman (réalisations et productions), apparaît comme un véritable vétéran qui, bien des années avant ce Raiders of the Sun, versait déjà dans le nanar en général (le savoureux Attaque à Mains Nues, que je re-titrerais volontiers « Attaque à Moitié Nue ») et le post-apocalyptique de Monoprix en particulier (Stryker, Les Roues de feu, Equalizer 2000 ou Dune Warriors aux Philippines...). Malheureusement, ce film nous montre que dans ce genre précisément, une production Roger Corman des 90’s n'est pas aussi savoureuse qu’un bon vieux post-nuke made in Italy des 80’s...

Attention !


Ce film, Raiders of the Sun, datant de 1992, a été exploité dans nos contrées sous le titre Apocalypse Warriors en conservant le visuel de la jaquette originale.



Le hic, c’est qu’un autre post-nuke, Equalizer 2000, datant de 1986 et également réalisé par Cirio H. Santiago, s’était déjà vu apposé ce titre, ainsi que celui de Les Exterminateurs de l’An 2000, avec la fameuse jaquette qui pompe honteusement la belle affiche du film Le Gladiateur du Futur de D’Amato. Derrière la mention « Apocalypse Warriors réalisé par Cirio H. Santiago » se cachent donc deux post-nuke, Equalizer 2000 (1986) et Raiders of the Sun (1992).







John Nada
John Nada

Apocalypse Warriors (Raiders of the Sun)

Liens utiles

  • Nos interviews de Nick Nicholson, Henry Strzalkowski, Don Gordon Bell et du scénariste Tom Cleaver.

    Un article inédit et inestimable de notre confrère australien Andrew Leavold sur le cinéma bis philippin de ces 40 dernières années (qui explique notamment la présence récurrente de nains dans les films de Cirio H. Santiago !!!) : VO et VF.
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Un DVD zone 1 assez minimal (recadré, en anglais, pas de bonus) existe chez « New Horizon Home Video ». En France, il faudra là encore ratisser les Cashs et autres trocantes à la recherche d'une des deux vidéos de chez "Polygram" ou "Karussell" sous son nom d’Apocalypse Warriors.

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