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Atomic Cyborg

  • Titre original : Vendetta dal Futuro
  • Titres alternatifs : L'Enfonceur (Québec), Fists of Steel, Hands of Steel, Return of the Terminator, Mani di Pietra (Italie)
  • Réalisateur : Sergio Martino (sous le pseudo de Martin Dolman)
  • Année : 1985
  • Pays : Italie
  • Genre : Resucée de Terminator mais pas trop (Catégorie : Robots, cyborgs et androïdes)
  • Durée : 1h34
  • Acteurs principaux : Donal O'Brien, George Eastman, Daniel Greene, John Saxon, Janet Agren, Claudio Cassinelli
Note :
3
John Nada
John Nada

Chronique



Lorsqu’il met en chantier Atomic cyborg, Sergio Martino est déjà l’auteur d’une flopée de films hauts en couleurs, certains aux titres aussi évocateurs que 2019, Après la Chute de New York, Le Continent des Hommes-Poissons ou La Montagne du Dieu Cannibale. Authentique artisan de la série B transalpine, il a touché à tout : documentaires, westerns, comédies, aventures exotiques, thrillers et giallos (polars fantastico-horrifiques à l’italienne), avec toujours beaucoup de rythme et un savoir-faire certain.





Autrefois créatif, inventif, en un mot : original, le cinéma italien abandonne progressivement toute authenticité au début des années 80 en commençant à produire à la pelle des sous-succès américains, inondant bientôt le marché du film avec une horde bâtarde de succédanés de Mad Max, d’ersatz de New York 1997, de mornes tribulations héroico-fantaisistes hantées par des barbares d’opérettes attifés de moumoutes extravagantes, de polars mous du genou, d’aventures de jungle tournées en forêt napolitaine avec des figurants recrutés à la hâte à la sortie des usines, d’indigentes monstruosités aquatiques ou encore d’improbables guerres des zétoiles dont l’univers surréaliste et la nanardise désarmante continuent aujourd’hui encore de ravir des générations entières de cinéphiles.



« Je sais bien que tous mes films sont conditionnés par le box-office, des motifs commerciaux, mais si on veut un produit vendable, on doit faire ce que le marché demande ! » expliquait un Martino un peu désabusé aux journalistes de Mad Movies pour la promo d’Atomic cyborg. « On ne peut faire ce genre de productions que si un Américain a déjà lancé la vogue. Pour avoir des financements, on a besoin de quelques films américains similaires qui font un malheur au box-office. » Ainsi, Atomic cyborg n’aurait jamais vu le jour sous la forme qu’on lui connaît sans le succès de Terminator, une parenté impossible à désavouer et dont l’évidence saute aux yeux à travers certaines scènes, notamment celle qui nous montre le héros réparer son avant-bras exactement comme Schwarzy dans le film de Cameron (même plan, même trucage). D’ailleurs en Malaisie, où l’on n’est jamais très regardant sur la question du copyright, le film est carrément sorti sous le titre Le Retour du Terminator !



Reste que ce genre de production ne se présente jamais non plus comme une copie carbone du modèle original, leurs auteurs ayant plutôt tendance à s’inspirer plus ou moins ouvertement de deux ou trois gros succès en même temps (ainsi, derrière celle de Terminator, on devine parfois aussi l’influence de Blade Runner) en s’efforçant d’adapter le tout à la hauteur de leur budget. Du coup, l’intrigue d’Atomic cyborg ne se révèle pas aussi servile qu’elle n’y paraît : Paco Querak, individu mi-homme mi-robot conditionné à tuer, est envoyé zigouiller le leader d’un mouvement écologiste. Mais le cyborg renâcle à la tâche : frappé d’aboulie au moment de commettre son forfait, il ne fait que blesser la cible et s’enfuit. Aussitôt, son commanditaire – un gros consortium industriel – lance d'autres tueurs à ses trousses. Impitoyablement coursé à travers les Etats-Unis et en quête de son passé, Paco se rend dans l’Arizona et trouve refuge dans un boui-boui perdu, s’envoyant la jolie patronne esseulée au passage et tuant le temps en faisant des parties de bras de fer avec les camionneurs du coin.



Plutôt sympa et divertissant, ce film n’a rien de l’affreux nanar auquel on pouvait s'attendre ! Certes, on y retrouve toutes les constantes et les facilités qui font le charme des B-Movies italiens, avec toujours ce côté « sans complexe », mais rien dans l’ensemble de véritablement nul ou ringard. Même si, dans leur immense majorité, les productions italiennes des années ’80 ont toujours été beaucoup trop fauchées pour pouvoir accéder à une position plus valorisante dans l’histoire du cinéma que celle qu’on leur connaît aujourd’hui, Atomic cyborg ne souffre pas trop de la rigueur de son budget. Le film a quand même bénéficié d’un tournage de huit semaines en Arizona, la grande classe pour ce genre d’entreprise ! Les paysages arides et désolés semblent d’ailleurs avoir été une bonne inspiration pour Sergio Martino qui s’offre quelques magnifiques extérieurs dans la grande tradition du western, genre vénéré dont il reprend au passage quelques éléments thématiques (la fuite, le désir de justice, la vengeance).



Daniel Greene, un costaud recruté par Sergio Martino dans une salle de muscu de Los Angeles, sur Sunset Boulevard.


Finalement, le plus gros de la teneur nanarde du film est assuré par les dialogues, jamais très inspirés. Ainsi, en guise de morceaux choisis, celui entre des scientifiques perspicaces mais pas trop :

Elle (touchée par la grâce) : « J’en suis sûre, l’arme utilisée est une MAIN !

Lui : C’est impossible ! Aucune main ne peut provoquer une telle blessure !!

Elle : Non, pas une main normale… mais une main qui serait capable d’exercer une pression EXTRAORDINAIRE !

Lui (de plus en plus agité) : Ca n’existe pas !!! C’est humainement impossible !!!!

Elle : C’est impossible pour un homme, mais une main ARTIFICIELLE le pourrait…

Lui (intrigué) : Que voulez-vous dire ?

Elle (patiente) : Savez-vous ce qu’est un CYBORG ?

Lui (un peu honteux) : Euh… non, pas précisément.

Elle (pédagogue) : Un CYBORG est un corps humain dont certains des organes intérieurs, fonctions et structures ont été remplacés par des substituts à la fois électroniques et mécaniques. Il est humain dans ses comportements et aspects mais il est doué d’une force et d’une capacité de survie démesurées.

Lui (en pleine prise de conscience) : Alors ce serait… un TUEUR BIONIQUE !?!?»



Et celui entre le cyborg et sa belle, avec un Paco Querak d’anthologie qu’interprète un Daniel Greene monolithique, le visage inexpressif en parfaite symbiose avec la voix grave et monocorde, dépouillée d’inflexions du doubleur, et la mâchoire basse m’évoquant un peu ces géants granitiques qu’on trouve sur l’île de Pâques :

Paco (sur un ton proche de la confession, tout de même) : « Tu as devant toi le résultat du projet HS-01 : 70% de moi-même ont été re-fabriqués électroniquement…

Linda (dépassée) : Ca veut dire quoi ?

Paco (le regard perdu dans le vague) : Tu dois te demander si je suis un homme… et bien je me pose constamment cette même question ! »



En proie au doute, notre gaillard ferrugineux traverse une véritable crise d’identité, comme n’importe quel adolescent boutonneux. Heureusement, comme toujours, l’amour des gentils et la mort des méchants seront célébrés, sans triomphalisme excessif mais quand même. Au-delà de ses influences évidentes, le reste du scénario, habité de personnages tous plus stéréotypés les uns que les autres (la brute au grand cœur, l’affreux revanchard, le savant fou et autres méchants bien repérables) n’est pas franchement d’une facture plus originale, entre le coup du complot politico-industriel et la romance convenue. De même, niveau action, Atomic cyborg n’offre que du déjà-vu : fusillades, explosions, courses-poursuites en voiture, en camion, en hélicoptère... que du classique, mais habilement mené donc supportable.



La chatoyante jaquette québécoise... (merci au forumeur "Bolo Yeung" pour cet envoi)


On retient malgré tout pas mal de petites séquences savoureuses, notamment celles mettant en scène George Eastman, figure emblématique du nanar rital qu’on retrouve ici dans la peau d’un méchant camionneur mexicain, et quelques actes de bravoures testostéronés façon Over the top avant l’heure. Comme souvent, la compo de Claudio Simonetti est entraînante et apporte indiscutablement un plus au film, tout comme les effets spéciaux de maquillage de Sergio Stivalleti (surtout lors de la séquence finale, qui voit Paco Querak arracher d’une poigne vigoureuse le cœur de son ennemi !).



Pour la petite histoire (tragique, quand même), sachez que Claudio Cassinelli a été victime d’un accident mortel sur le tournage. Alors que les trois-quarts du film étaient déjà en boîte, l’acteur s’est tué en hélicoptère en passant au-dessus d’un pont, obligeant Sergio Martino à modifier son scénario en toute hâte puisque Cassinelli devait figurer dans le final avec John Saxon face au cyborg.



Claudio Cassinelli, un fidèle des tournages de Martino


En guise de bonus, un petit commentaire de Jean-Pierre Putters, ancien rédac’ chef de Mad Movies : « On retiendra surtout l’excellente scène du militant écologiste et non-voyant à qui les enquêteurs demandent ex abrupto le signalement du tueur. Avec une bonne volonté des plus louables, l’aveugle confirme qu’il n’a rien vu du tout… »





John Nada
John Nada

Atomic Cyborg
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Les notes des membres

Moyenne : 3.44
avatar de John Nada John Nada : 3
avatar de Kobal Kobal : 2.75
avatar de MrKlaus MrKlaus : BF
avatar de Peter Wonkley Peter Wonkley : 5
avatar de Rico Rico : 3

Cote de rareté

On aurait pu espérer une meilleure exposition DVD pour ce film longtemps resté symbolique des soirées nanardes de la défunte Cinq. Aux Etats-Unis, on peut le retrouver dans un pack plutôt étrange, "Future cop" qui réunit sur 2 DVDs double face des versions anglaises de "Les Nouveaux Barbares", de "L’Exécuteur du Bronx" (le fond du panier du post-apocalyptique italien, qui recycle plein de scènes de la "Final Executor – La Chasse aux morts-vivants", un autre post-nuke déjà pas terrible) et "Assassin", un film de méchant cyborg qui trucide tout le monde avec Robert Conrad. Plutôt roboratif tout ça ! Si votre lecteur de DVD est d’accord et qu’il tolère le zone 1, on trouve ces films autour de 8 $ les 4 sur les sites de vente en ligne. On retrouve encore ces 4 films joints à d’autres sur un pack à 10 métrages du même acabit : "Thin line between life and death". Ou carrément sur un pack 50 films de SF de chez "Mill Creek Entertainment" aux côtés de R.O.T.O.R. Là ce n’est franchement plus très raisonnable pour votre santé mentale.

Le film a bien marché en Europe puisque une édition allemande existe chez "X-cess" ou en Pologne chez "23th Century". Il s'agit à chaque fois d'éditions simples dans la langue du pays avec au mieux un bout de bande-annonce.

En France, pas de DVD mais les cassettes de chez "René Château", ainsi que chez "Oscar Vidéo" ou "VDS" en Belgique.

Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

Affiches en plus

VHS britannique.
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VHS turque.
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