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Attention au Blob !

  • Titre original : Beware! The Blob
  • Réalisateur : Larry Hagman
  • Année : 1972
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Spongieux (Catégorie : Rencontres du troisième type)
  • Durée : 1h31
  • Acteurs principaux : Robert Walker Junior, Gwyne Gilford, Carol Lynley
Note :
2
LeRôdeur
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Chronique



"Il est rouge, il respire, il dévore tout.



Un échantillon bizarre ramené du Pôle Nord s'avère être une masse vivante engloutissant tout sur son passage. Heureusement, on réussit à la geler mais tout à coup la chaleur des projecteurs redonne vie à des particules de la "chose"... Est-ce vraiment la fin ?
"







Cette accroche, si courte soit-elle, a le mérite de résumer la totalité du film. C'est dire s'il y a des longueurs. On assiste pendant 90 minutes à une suite de scènes mal jouées, mal filmées, aux dialogues proprement surréalistes et qui se terminent systématiquement par l'engluage des acteurs dans de la gélatine rougeâtre (mon dieu, comme j'ai eu peur !). Notons tout de même que pas moins de 4 scénaristes ont participé à l'écriture du film. Et à la vue de celui-ci, on se dit qu'il fallait en effet s'y mettre à plusieurs pour avoir l'idée que finalement, le blob qui ne supporte pas le froid irait se geler tout seul comme un grand en décidant d'envahir une patinoire. Un conseil en passant à nos amis les blobs : la prochaine fois que vous envahissez la Terre, pensez à être un peu moins cons ou alors évitez les patinoires.









Au début, il se contente de petites proies...






...puis il grandit peu à peu...






...jusqu'à engloutir tout ce qui bouge.




Mais "Attention au Blob" n'est pas seulement un film qui fait rire en prétendant faire peur. C'est aussi un film qui fait rire en prétendant faire rire mais pas au bon degré. En effet, notre affreux JR de réalisateur a dû se dire qu'entre les scènes de terreur pure (angoisse !), ce serait bien de détendre l'atmosphère en y glissant un peu d'humour (rires !). C'est là qu'on atteint une sorte de sommet dans le genre et que le navet devient nanar. Comme un petit extrait vaut mieux qu'un long discours, je vous ai recopié intégralement les dialogues d'une scène du début du film qui se passe chez un coiffeur. La transcription ne rend malheureusement pas compte de l'atmosphère nanarde qui s'en dégage, du jeu bigger than life des acteurs et de la lenteur hypnotique de la réalisation (8 minutes 40, chrono en main pour cette seule scène) mais c'est tout même assez informatif quant à la qualité des dialogues :







(La scène se passe dans un salon de coiffure et met en scène un hippie joué par un acteur sous tranxène affublé d'une moumoute comme on n'en voit plus guère que dans Dar l'Invincible opposé à un coiffeur hystérique doublé en VF avec un accent de fofolle efféminée pathétique)



Le hippie : Salut, je viens me faire couper les tifs

Le coiffeur (avec un air de dégoût surjoué) : Se faire couper les tifs ! Vous n'avez pas l'air de savoir qui je suis. Je ne suis pas un coiffeur, sachez-le, jeune homme. Je suis un artiste.

Le hippie : Je m'excuse...

Le coiffeur : ...que venez vous faire ici ?

Le hippie : C'est pour une coupe

Le coiffeur (avec un air étonné) : Une coupe ? Vous êtes sûr ?

Le hippie : Oui

Le coiffeur : Je ne coupe pas les cheveux, je les sculpte ! Vous voulez que je vous sculpte ?

Le hippie : Oui

Le coiffeur : Ca sera 400 dollars ! (soit à peu près un SMIC de l'époque)

Le hippie : OK !

Le coiffeur : OK ? Je peux les voir ?

(L'acteur sort un billet de sa poche et, s'apercevant que la production a oublié de lui filer la somme correspondante, il se met a chercher dans toutes ses poches pendant deux bonnes minutes avec un air con ce qui force l'autre à improviser)

Le coiffeur : Bon ! Nous fouillerons les autres poches plus tard mais il ne faudrait pas que les billets se mouillent pendant le shampooing.

Le hippie : Un shampooing ?

Le coiffeur : Oui, c'est 200 dollars pour le shampooing, en général je sculpte avant le shampooing mais dans votre cas le shampooing est urgent. J'ai l'impression que je suis le premier être humain à toucher vos cheveux.

Le hippie : Oui, sauf ma mère, une fois...

Le coiffeur : La matière de Michel Ange était le marbre, moi c'est le cheveu.

(puis commençant le shampooing) incroyable de voir tout ce qui sort de cette tignasse ! Vous êtes sale ! Vous avez une tête absolument répugnante !

Le hippie : Oui

Le coiffeur : Vous savez que vous sentez l'encens ?

Le hippie : C'est la première fois qu'on me dit ça.

(le coiffeur lui masse les cheveux, le hippie pousse des hurlements de plaisir)

Le coiffeur : Vous êtes bruyant, on dirait une chatte en gésie...



(à ce moment là on voit le blob sortir de l'évier. Attention : effet spécial ! Il s'agit d'un pauvre paquet de gélatine rouge qu'on a fait couler dans le siphon d'un lavabo, le tout filmé à l'envers pour qu'on ait l'impression que ça remonte. On entend des hurlements puis on voit le gros plan de l'avant bras du coiffeur barbouillé de confiture de groseille. Et puis... euh ben c'est tout ! Rendez-vous dans un quart d'heure pour la prochaine scène "gore" !).





La police est sur l'affaire.






Non, ben finalement comptez pas trop sur eux !




Et tout le film est du même tonneau dans le genre "nanar comique à double effet" se décomposant en trois phases :



1) on assiste à une scène sensée être drôle mais on ne rit pas

2) on est consternés

3) on rit tellement on est consternés



C'est un exploit assez difficile à réaliser et cela demande une nanar touch bien particulière que très peu possèdent, fondée sur l'art de faire du n'importe quoi, très mal, mais en pire. Beaucoup se sont risqués au nanar comique à double effet, notamment en France (Max Pécas, Michel Gérard, Philippe Clair, Richard Balducci) mais bien peu ont réussi à mon sens.





Vas te faire shampouiner !






C'est fou ce qu'on peut faire avec de la gelée de fraises.




Il y a bien d'autres bonnes surprises dans ce film : la scène où l'acteur Dick van Patten (un petit gros chauve souvent vu dans les séries télé comme "La croisière s'amuse") est déguisé en chef boy-scout, le doublage français en "petit nègre" des acteurs de couleur, les nombreuses erreurs qui vont se nicher jusque dans l'incrustation vidéo du titre français qui comporte une grossière faute de frappe (on y lit "attention au BLOOB") et un tas d'autres trucs n'ayant rien à voir avec la choucroute du film...





Ils sont trop forts chez Initial Vidéo !




"Attention au Blob" est également intéressant d'un point de vue sociologique (eh non ! cette chronique n'est pas finie... Qu'est-ce que vous croyez ? Je me suis fait chier pendant 2 heures à regarder cette daube pour vous, maintenant c'est à vous de souffrir !).





La foule est aux abois.




Notre JR nanardeur s'est en effet heurté à un problème de taille : tout bon film d'horreur se doit d'aller crescendo dans l'épouvante. Or, quand on a montré une fois dans le premier quart d'heure le seul effet spécial du film (rappel : de la gélatine rouge qui coule à l'envers), il devient difficile de ne pas sombrer dans la redite dans les scènes suivantes. Après avoir demandé conseil à sa femme Sue Ellen qui en a discuté de longues heures avec Pamela Ewing un dimanche à South Fork, il a été décidé deux choses :



1) Pour aller toujours plus loin dans l'horreur, il suffit d'augmenter la quantité de gélatine tueuse au fur et à mesure du film. Ainsi, lors des premières scènes d'attaque gluante, notre blob tient dans un pauvre bocal. Il enfle de plus en plus tout au long du film et finit lors de la scène ultime par occuper une surface équivalente à un hectare. "On a explosé le budget gélatine mais putain qu'c'était beau !"





Le blob serait-il apparenté à Alf ?




2) Pour aller toujours plus loin dans l'horreur, il faut que les scènes d'étouffement poisseux des victimes soient de plus en plus insupportables pour le spectateur moyen, donc il faut que le spectateur moyen s'identifie de plus en plus aux victimes du blob. C'est là qu'intervient le facteur sociologique. Pour commencer soft, on entame donc le nanar par l'engluage d'un chat, puis vient le tour d'un couple de Noirs, puis un hippie, puis un coiffeur homosexuel nanar, puis un clochard, puis un gars qui commet le péché de luxure dans sa bagnole, puis finalement des bons Américains blancs aux dents blanches (comme le spectateur moyen). Vous noterez que cela est tout à fait révélateur de la manière dont les Américains blancs aux dents blanches (sourire machiavélique de JR !) classent par ordre de mépris le reste de leurs concitoyens. Dont acte, comme dit le notaire.





Même les monstres extraterrestres gélatineux font de la discrimination !




Bon voilà c'est fini (ouf !). Il me reste à attribuer une note de nanardise à l'affaire : je dirais 2/5 (parce que c'est quand même souvent beaucoup plus éprouvant que magnifiquement mauvais). La prochaine fois je développerai la thèse suivante : Robert Ginty ne serait autre que le fruit du croisement transgénique entre Michael Douglas et une tête de porc à qui le savant fou du film Flash Gordon a greffé la moumoute de Dar l'invincible (j'ai les preuves !). En attendant, il va de soi que je tiens à votre disposition tout document gluant se rapportant au blob de JR.









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Cote de rareté

Avec son statut de film cuculte aux Etats-Unis, ce nanar a été réédité chez « Image Entertainment » en zone 1 avec une unique version anglaise. Sinon il reste toujours deux éditions vidéo d'assez bonne qualité chez « Initial » (collection « Imperial Vidéo » et « Prism Vidéo »). Signalons un détail rigolo au passage : la version « Prism Vidéo » affiche une jaquette d'un autre remake du blob, tourné lui en 88 par Chuck Russell. Un dernier remord les pousse tout de même à indiquer le bon casting pour éviter toute erreur…







On nous a aussi signalé l'existence d'une version supplémentaire chez "3M vidéo", un éditeur habituellement plutôt spécialisé dans le dessin animé. Une vraie rareté semble t-il.



Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation