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Bad Boys 2

  • Titre original : Bad Boys 2
  • Réalisateur : Michael Bay
  • Année : 2003
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Bad ass motherfuckers (Catégorie : en devenir)
  • Durée : 2h17
  • Acteurs principaux : Will Smith, Martin Lawrence, Gabrielle Union, Jordi Mollà
Note :
4
Drexl
Drexl

Chronique



Beaux exemples de bad ass motherfuckers


Le cas Michael Bay est éminemment problématique. On peste ici contre Luc Besson et ses méthodes de formatage de l’outil de divertissement cinématographique, Michael (tu permets que je t’appelle par ton prénom) ça le ferait bien rigoler. Ca fait un petit bout de temps qu’il a pété les plombs (le premier Bad Boys annonçaient déjà de “ grandes choses ”, mais c’est dans The Rock qu’il parfait son style purement épileptique, où il faut dix plans pour montrer une main qui attrape une feuille de papier), se cachant derrière l’alibi fumeux stipulant que le cinéma est l’art du mouvement, alors que Nada répondrait en se gaussant qu’il s’agit en fait du ninjutsu, mais c’est une autre histoire.



La Bay’s touch atteint des sommets dans Armageddon, vaste partouze visuelle obsédée, dans un versant tout ce qu’il y a plus puéril, par les images de destruction massive. Le tout généralement filmé de façon tellement rapide qu’il se détache une incohérence permanente qui finit par contaminer l’ensemble du métrage, faisant avaler des couleuvres scénaristiques bigger than life jusqu’au bout, même jusqu’à la chanson putride I don’t want to miss a thing d’Aerosmith, l’un des morceaux les plus plats et beaufisants parvenus à nos oreilles ensanglantées.



Michael et sa grosse caméra


Probablement défoncé à je ne sais quelle substance vraisemblablement illicite, Jerry Bruckheimer, son producteur spécialisé action bourrine de toujours, décide d’en faire un cinéaste classique à la hauteur de David Lean ou Douglas Sirk en lui confiant le romantico-pouet-pouet-boum-boum Pearl Harbor. Deux heures de faux ménage à trois chiantissime, des scènes d’action fières de leur connerie manifeste, des transfusions dans des bouteilles de Coca-Cola, un Josh Hartnett définitivement insupportable. Michael Bay se dit que c’est pas mal, mais qu’il peut aller encore plus loin, lui l’artiste qui se paie un caméo dans chacun de ses films (scientifique furtif de la NASA dans Armageddon, l’Alfred Hitchcock américain se fait ici tirer sa caisse par Martin Lawrence). Il se décide fermement pour son prochain opus, la suite forcément inutile de Bad Boys, de pousser encore plus loin sa logique du chaos, dans le but peut-être avoué d’exploser la notion assez établie de produit mercantile.



Jerry Bruckheimer et Michael Bay prennent une bad ass pose devant des trucs en ruine


Bad Boys 2 est un objet chaotique, qui donne mal à la tête et s’achemine de toutes ses forces, sans laisser le temps d’appréhender une quelconque gradation, vers la plus grande foire au racolage, à la vulgarité, la putasserie, la complaisance la plus décontractée, qui veut vous pousser à trouver sexy tout ce qui constitue l’antithèse d’un projet filmique cohérent. Le scénario va dans à peu près tous les sens, essaie de se partager entre une intrigue moyen polar hard boiled (Tapia, un mafieux cubain en cheville avec la mafia russe, inonde les boîtes des nuits de Miami d’ecstasys frelatées), et une sous-intrigue à base de vaudeville à deux balles (Will Smith sort en cachette avec la sœur de Martin Lawrence, lequel essaie de juguler l’ardeur de son partenaire en suivant une thérapie où les malades doivent dire “ Whooza ” et se masser les lobes des oreilles pour se calmer ; et la sœur est en fait infiltrée dans le gang de Tapia pour le compte de la DEA, ces enfoirés).



Dire que la partie thriller policier est en reste est un euphémisme brutal. On ne comprend strictement rien à l’enquête menée par le trio, dont le climax est l’infiltration de la piaule de Tapia par nos deux Bad Boys astucieusement déguisés en dératiseurs. Tandis que Martin Lawrence explose de “ Fuck ” et de “ Whooza ” en voyant un couple de rats copuler, Will Smith dérobe une grosse poignée de documents passés au broyeur qui, miraculeusement réconstitués au gré d’une ellipse, leur serviront à on ne sait pas trop quoi.



Le casting dans ta gueule


Toutes les vingt minutes, Michael Bay ne se retient plus et jouit d’une grosse scène d’action à la portnawak dans l’œil souillé de son spectateur, avec un enthousiasme plus tellement puéril mais disons ado attardé à tendance malsain. Comme vous l’avez sans doute lu, le réalisateur joue encore plus dans la destruction massive de voitures, façades d’immeubles, camions, bateau, de cadavres (qu’on se jette dessus en bagnole pour se ralentir), et même de bad guys. Ces derniers se font tour à tour trouer la peau, exploser sous des trains, couper en tranches dans des petites boîtes, exploser sur des mines, le tout en gros plans montés très très très cut mais qui laissent bien le temps de se prendre une giclée de foutre sanguinolent dispensé par le jeune Michael. Du trash disséminé tout du long, en de mémorables explosions de mauvais goût incroyable. Non seulement les blagues sur l’homosexualité latente dans tout buddy movie sont lamentables, dans l’esprit de la série des Taxi, mais en plus certaines réussissent à être à la fois racistes et homophobes ; ou encore cette scène où les mauvais garçons vont fouiller des cadavres dans une morgue, et que Martin Lawrence, se cachant aux côtés d’un cadavre de blonde à forte poitrine, balance un élégant “ ne le répète pas à ma femme ”...



Will Smith et sa biatch


Michael Bay pousse la vulgarité jusqu’à faire le jeu de ses annonceurs publicitaires comme jamais, détournant à l’occasion sa caméra de l’action pourtant en plein cours pour filmer un camion Pepsi en mouvement, faisant faire des clins d’yeux mercantiles tellement affichés à Will Smith au volant d’une voiture de marque qu’on n’en croit pas ses yeux. Cinéphile de tout pays, sachez bien une chose : Michael Bay vous emmerde, il fait ce qu’il veut et il veut que ça se voit, que ça pète, que ça soit rapide, que l’histoire ne soit qu’un prétexte, que son humour racole de tous les côtés le plus violemment possible. Et l’air de rien il nous livre un incroyable film de merde où tout est absolument gratuit, pompeux, vulgaire. Ce qui ne rassure pas vraiment dans tout ça, c’est que Besson producteur est encore à la traîne d’une franche coudée.





Drexl
Drexl

Bad Boys 2
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Cote de rareté

Pour ceux qui hésiteraient encore à considérer Michael Bay comme le Orson Welles du XXIème siècle, le double DVD collector de chez "Gaumont Columbia Tristar Home Vidéo" n'hésite pas à proposer une analyse des séquences du film sous l'angle scénaristique et technique commentée par le maître lui même. On me souffle d'ailleurs à l'oreille que Pitoff et Uwe Boll ont tout appris du cinéma grâce à cet altruisme pédagogique. Merci qui ?
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