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Black Dynamite

  • Titre original : Black Dynamite
  • Réalisateur : Scott Sanders
  • Année : 2009
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Yes we can (dig it) (Catégorie : au-delà du nanar)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : Michael Jai White, Salli Richardson, Byron Minns, Kevin Chapman, John Salley, Arsenio Hall, Roger Yuan, James McManus
Note :
B.F.
Drexl
Drexl

Chronique

Nanarland, c'est le site des mauvais films sympathiques, mais pas que. Ainsi, notre catégorie "au-delà du nanar" existe pour nous permettre d'aborder, entre autres, des oeuvres gravitant dans la sphère du cinéma de genre populaire, du bis, des films d'exploitation. Réussies ou non, ces oeuvres jouent avec les codes du cinéma que nous aimons et apparaissent à nos yeux "Nanarland compatibles", méritant de fait notre attention. Après avoir rendu compte du décevant Cinéman, le fougueux Drexl s'enthousiasme ainsi pour Black Dynamite, parodie hommage jubilatoire de la Blaxploitation.






Début du XXIe siècle. Tel Jodie Foster dans Les Accusés, le genre parodique a subi les assauts de butors sans âme, et tente vaille que vaille de se battre pour son honneur et sa dignité. OK, la métaphore vous semblera sûrement mal placée, mais foutredieu, ce n'est rien comparé aux outrages infligés à ce qui fut, autrefois, à une époque que les moins de vingt ans ne veulent surtout pas connaître, une façon divertissante de rendre hommage au cinéma populaire tout en soulignant avec acuité ses défauts de plus en plus envahissants. La déréliction du genre s'est entamée avec l'ingérence des terribles frangins Weinstein sur le deuxième opus de la saga Scary Movie, et allait malheureusement faire florès dans les années à venir : exit le semblant d'histoire, on enfile les sketches comme des perles malodorantes en dépit de toute cohérence narrative et surtout rythmique.



Avec l'irruption regrettable du terrible tandem composé d'Aaron Seltzer et Jason Friedberg (responsables – c'est le mot – des nauséabonds Sexy Movie, Big Movie, Spartatouille et Disaster Movie), le genre parodique ne touche même plus le fond mais tente désormais d'en redéfinir la profondeur. Son credo débilitant ne repose sur rien d'autre que la simple réappropriation des derniers grands succès du box-office, dont on reproduit des scènes emblématiques (même plus besoin de se faire chier à se coltiner le film entier, suffit de s'envoyer la bande-annonce) en y rajoutant des fluides corporels / des pets / des chutes / des chorégraphies hip hop, et pouf pouf, le tour est joué. Bon, comme il faut gonfler le métrage pour obtenir une durée justifiant un minimum le prix du ticket (et encore, Spartatouille ne s'encombre même pas de ce principe en atteignant péniblement l'heure de film !), on n'oubliera pas d'y greffer des références à des émissions de real-tv ou à des frasques people récentes, qui deviendront rigoureusement incompréhensibles au bout de six mois.



Ces sinistres sires, avec leur cynisme mercantile effrayant, ont quasiment sabordé à eux seuls le principe de la parodie cinématographique en lui enlevant toute substance (pour être honnête, on citera également les contributions tout aussi déprimantes de David Zucker, l'ultime Z de la trinité comique ZAZ : les pathétiques Scary Movie 3 et 4 et le tétanisant An American Carol, parodie des exactions de la chienlit démocrate, sortie un mois avant l'élection d'Obama, mettant en scène un faux Michael Moore recevant la visite des spectres de Kennedy, Patton et Washington – comme on dit, il faut le voir pour le croire). Aussi, à la vision de Black Dynamite de Scott Sanders, autant vous dire que tout ne fut que joie, allégresse, petits anges tout nus jouant de la lyre, femmes enceintes accouchant prématurément. Après tant d'années passées à attendre, en retenant des sanglots dans des coins sombres, voici enfin une parodie hollywoodienne digne de ce nom, qui a la décence de ne jamais prendre son spectateur pour un con ; un hommage sincère, honnête et souvent hilarant à la Blaxploitation.



Un pan cinématographique qui connut son heure de gloire dans les années 70, grâce au retentissement de Sweet Sweetback's Baadasssss Song de Melvin Van Peebles, microbudget qui voyait enfin la communauté noire américaine sortir des habituelles caricatures des productions hollywoodiennes, notamment à la grâce d'un discours revendicatif soulignant la corruption des pouvoirs en place et les discriminations tous azimuts. Orientés vers le pur cinoche d'exploitation, les productions du genre se posaient comme des exaltations de la culture afro-américaine, de la virilité comme du sens moral accru de ses héros, généralement prêts à tout pour sauver leurs brothers et bitches des suckers en tous genres.



Michael Jai White, acteur de seconde et parfois même de troisième zone, surtout prisé pour ses talents martiaux (sa plus grande contribution au 7ème art fut une apparition dans Kill Bill pour une joute l'opposant à David Carradine, mais la scène fut coupée au montage...), propose un beau jour à son camarade Byron Minns – lui aussi quelque peu frustré de sa non-carrière – de prendre leur destin en main en s'écrivant un script où ils se tailleraient la part du lion. Avec l'arrivée d'un troisième larron, le réalisateur Scott Sanders, le projet prend sa forme définitive.



Soit l'histoire de Black Dynamite, véritable machine à tuer, retiré des missions de barbouze qui ont failli avoir raison de son black ass, forcé de reprendre du service quand son frangin, taupe dramatiquement incompétente des services secrets, se fait descendre en pleine rue par de mystérieux gangsters. Quelques fatales mandales plus tard, il tombe sur O'Leary, son vieux collègue de la CIA qui lui rend son précieux permis de tuer ; il n'oublie pas de séduire au passage la belle Gloria, activiste politisée soucieuse de débarrasser les rues de ces enfoirés de dealers souillant les orphelinats du ghetto de leur merde addictive. Flanqué de ses bros et de sa hoe, Black Dynamite va mettre au jour un complot crapuleux ourdi dans les plus hautes sphères du pouvoir...



La Blaxploitation avait déjà eu l'honneur d'un film parodique moquant sous l'angle de la pantalonnade décomplexée les clichés incunables du genre, le très attachant Opération Funky (Undercover Brother en VO) de Malcolm D. Lee. Le travail accompli par Scott Sanders sur Black Dynamite explose sans conteste son sympathique prédécesseur – rien que la photo du film (tourné sur une pellicule Super 16 Color Reversal Kodak, très peu prisée en raison de ses contraintes écrasantes liées à la luminosité) témoigne à elle seule du soin esthétique apporté à l'ouvrage. Impression qui se confirme dans l'utilisation de tous les effets caractéristiques de ce cinéma d'exploitation : zooms intempestifs, splits-screen inutiles, raccords hasardeux, montage cut, décadrages brutaux, jingle accompagnant les moments forts du héros (« Dynamite ! Dynamite ! »)... Scott Sanders dissémine ces codes avec parcimonie, ne se repose pas uniquement sur eux mais procède avec la même élégance stylistique que Michel Hazanavicius dans les deux OSS 117, les intégrant de façon signifiante dans une logique narrative qui leur fait prendre tout leur (non-)sens.



Car oui, Black Dynamite nous raconte une histoire qui, toute logiquement couillonne soit-elle, fait preuve d'une compréhension plus qu'appréciable du genre moqué. Ajoutée au soin apporté à la forme, cette dimension contribue à faire de Black Dynamite un film moins facile qu'il n'y paraît, ce que ses écarts grivois semble atténuer en surface. Refusant bon nombre d'effets attendus dans le registre, Scott Sanders maintient un rythme appréciable, en variant les plaisirs coupables. Et en procédant avec intelligence – les talents d'acteur très relatifs de Michael Jai White sont parfaitement intégrés à l'action, laquelle fait reposer l'essentiel de son humour sur un tempo comique très bien géré, comme peuvent en témoigner des dialogues irrésistibles. Un véritable florilège d'expressions argotiques typiques (dont le fameux « Can you dig it ? » popularisé par la mythique bande-son de Shaft, répété ici avec une savoureuse constance), que les comédiens jubilent visiblement à ressasser.



Bien sûr, on pourra adopter une attitude circonspecte vis-à-vis d'un film tout à fait conscient de sa propre légèreté. Mais bordel de merde (désolé), voir une parodie aussi bien menée, à laquelle ses artisans ont apporté un tel soin dans le plus strict respect du matériau de base, fait un bien fou. Si le film se retrouve sur votre site sûrement préféré, c'est, une fois n'est pas coutume, pour le plaisir immédiat qu'il procure, pour l'intégrité salutaire de ses maîtres d'œuvre, bien éloignée des cuistres ayant très peu savamment dévoyé le genre parodique avec un acharnement opportuniste tout ce qu'il y a de plus méprisable. Pierre Dac avait raison, l'humour est une chose trop sérieuse pour la confier à des rigolos...



PS : Un petit bisou en passant à Joachim Lepastier des Cahiers du Cinéma, qui cite Nanarland dans sa critique (négative) du film.



Drexl
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Le film est sorti en France chez "M6 vidéo", dans une édition DVD reprenant (c'est assez rare pour être célébré) les nombreux bonus de la version américaine : des scènes coupées, des featurettes et des commentaires audio. Cool man ! Seul bémol, pas de Blu-ray pour l'instant, contrairement aux States ou à l'Allemagne...

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