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Blood Hands

  • Titre original : Blood Hands
  • Titres alternatifs : Justice à coups de poings
  • Réalisateur : Teddy Page, (sous le pseudonyme Ted Johnson)
  • Année : 1990
  • Pays : Philippines
  • Genre : Qui veut faire genre (Catégorie : Tatane)
  • Durée : 1H30
  • Acteurs principaux : Nick Nicholson, Jim Gaines, Sean P. Donahue, Ned Hourani, Christine Landson, Jim Moss
Note :
2.5
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Chronique

Qu’est-ce que je pourrais bien regarder ce soir... Mmmh, "Blood hands"... Un film de Ted Johnson... Avec Sean Donahue... Ces noms ne me disent rien. Bon, voyons ça.







Le générique défile. Tiens, un film produit par Silver Star Film, avec James Gaines et Jim Moss comme acteurs. Ça ne dira sûrement rien à l’amateur de cinéma nourri à Studio Magazine ou à Télérama, mais pour le nanardeur averti, la coïncidence est trop grosse.





Une VHS québécoise, et un titre qui claque !




En effet, vérification faite, c’est bien devant un film de Teddy Page que l’on se trouve, avec en tête d’affiche l’acteur/cascadeur Sean P. Donahue (cascadeur sur des oeuvres aussi estimées que "Omega Cop" avec Ron Marchini et Adam West, le calamiteux "Werewolf" avec Jorge Rivero, "Atomic College 2" de la firme Troma ou les films de son père Patrick G. Donahue comme "They Call Me Macho Woman" ou "Kill Squad", avec également son frère Mike). Après avoir tâcheronné dans le film de guerre, Teddy Page décide cette fois de s’attaquer, les modes évoluant, au film de kickboxing, avec toujours cette même absence de moyens et de talent qui le caractérise. Sous la houlette du peu amène producteur K. Y. Lim, la méthode reste identique : on prend un acteur occidental de passage aux Philippines, on le fait jouer dans une histoire bidon torchée à la va-vite, entouré de seconds rôles moustachus, et on essaie de faire croire au pauvre spectateur naïf qu’il est en train de regarder une production 100% américaine. Le résultat final est, sans surprise, bien en dessous des maigres ambitions du projet.





Les méchants, une bande de durs sans savoir-vivre.





L'épicier, un homme pourtant charmant et serviable.





Pas évident de jouer la surprise et la souffrance en même temps, surtout quand on est simple épicier.





Ah merde, on l'a tué accidentellement en le tapant super fort !




L’histoire est une énième variation sur le thème de la vengeance, thème que l’on retrouve souvent chez Teddy Page, et qui a le mérite de nécessiter peu d’imagination pour l’écriture d'un scénario. Le film raconte les aventures de Steve, jeune héros ne faisant rien d’autre dans la vie que du kickboxing. Avant que Teddy Page ne décide de venir le filmer, on suppose que la vie de Steve est plutôt belle : il a une copine qu’il aime et qui l’aime, des parents qu’il aime et qui l’aiment, et un entraîneur qu’il aime et qui l’entraîne... Donc tout baigne.

Mais c’était sans compter Teddy Page et sa manie de foutre le bordel là où tout va pour le mieux. Car au moment où Teddy Page installe ses caméras, des méchants ivres décident d’aller tuer accidentellement un pauvre gars qui ne demandait rien d’autre que de s’occuper de son épicerie. Pris de panique, les méchants décident de fuir, et par une habile coïncidence scénaristique que je ne vous dévoilerai pas car elle est sans intérêt, ils se retrouvent chez les parents de Steve, qu’ils décident aussi de tuer (à moitié accidentellement et à moitié parce qu’ils sont méchants). Et c’est là que la terrible vengeance commence. Enfin pas vraiment encore, parce que d’abord Steve va voir la police. Mais comme elle ne fait rien et que d’autres meurtres accidentels se produisent, Steve décide que la terrible vengeance doit se bouger un peu le cul. Enfin, elle peut commencer ! Dans les années 90, la vengeance était passée au diesel, donc avant de démarrer, il fallait que ça chauffe un peu.





La mère de Steve...





...et son père, auquel l'inénarrable Nick Nicholson prête ses traits usés par une vie d'excès.









Ah merde, on les a tués accidentellement en leur brisant la nuque ! C'est balo.




On l'aura compris, le scénario n’est qu’un prétexte à déballer une suite de combats mal cadrés qui se nourrissent d'un n’importe quoi très approximatif et de l’incompétence des acteurs, bien en peine de faire semblant de donner un coup de pied. C’est d’ailleurs amusant de constater que celui qui se bat le plus mal, c’est l’entraîneur de Steve. Il est censé être un maître en arts martiaux, mais c’est à peine s’il arrive à lever la jambe (et pourtant, c’est lui qui a le plus beau jogging). Mais ne soyons pas trop mauvaise langue, car en poussant l’analyse un peu plus loin, on se rend compte que derrière cette apparente simplicité se cache une remarquable observation de la société moderne : les flics, c’est que des fainéants ! Alors que l’inspecteur en charge de l’enquête se fait tuer « accidentellement » par deux des méchants, on n’entendra plus du tout parler de la police. A croire que c’était le seul inspecteur de la région ou que tous les autres étaient partis en vacances. En même temps, c’est peut-être mieux ainsi, parce que les flics, ils z'aiment pas trop ceux qui se font justice avec leur poings (c’est vrai, c’est idiot, les armes à feu c’est pas fait pour les chiens !), et ils lui auraient sûrement mis des bâtons dans les roues, à la vengeance à Steve ! Pfff, fainéants, morts, et du côté des méchants. Non mais dans quel monde on vit, y a plus d’justice ma pauv’ dame !





Sean Donahue, un acteur au jeu très limité.





James Gaines...





...et feu Jim Moss, deux habitués du cinéma bis philippin et du réalisateur Teddy Page.









Le chef des méchants (Ned Hourani), qui n'est pas dentiste malgré ce que pourrait laisser penser l'image.




Mais un tel script, aussi mince et débile soit-il, ça ne fait pas forcément un nanar me feront remarquer les plus pertinents d’entre vous. Mais si je vous dis que les dialogues sont aussi stupides et indigents que le scénario, vous la ramenez moins, là ! Parce que vous croyez peut-être que le scénariste allait s'enquiquiner à rédiger de somptueux dialogues, alors qu’il vient juste de bâcler son travail d'écriture ? Entre les blablas gnangnans de Steve et de sa copine, ses lamentations sur l'existence qu’elle est trop injuste, et les leçons de vie de l’entraîneur façon sagesse populaire de bar PMU, le spectateur n’est pas gâté. Le pire étant cette scène, aussi incongrue qu’inutile, dans laquelle le fils d’un des méchants vient se plaindre que son père l’étouffe et ne l’a jamais compris, et que lui, il veut juste être lui-même. C’est mal joué, d’une banalité affligeante, et ça a aussi peu sa place dans le film qu’un poil dans une soupe.





Steve et sa copine. Même une huître seule a plus de charisme que ces deux-là réunis.





Petit jeu : en te basant sur l'expression du visage de Steve, peux-tu nous dire ce que raconte le dialogue ?




Outre le scénario et les dialogues débiles, "Blood Hands" n'est pas en reste concernant le casting. Je ne sais pas qui s’en est occupé mais je le remercie grandement. Aucune faute de goût, que de bonnes têtes de vainqueurs, et pas une seule scène sans au moins un moustachu. On se demande si Teddy Page n’a pas fait exprès de prendre les plus mauvais acteurs qu’il a pu trouver. Ted serait-il un cinéaste expérimental tentant par sa mise en scène de questionner le jeu d'acteur ? En y réfléchissant bien, peut-être bien que non, en fait. En tous les cas, pour ce qui est du jeu d'acteur, là encore la palme revient à l’entraîneur (oui j’ai pas honte de le dire, j’adore ce mec). Si seulement il s’était contenté de réciter son texte, il aurait pu être, à l'instar de ses camarades de plateau, d'une interchangeable médiocrité. Mais non, pour notre bonheur, il faut qu’il en rajoute en mimiques grotesques et décalées. On n'a qu’un seul regret, c’est qu’il ne soit pas plus présent.



Malgré tout, notre héros Steve n’est pas en reste : pour péter la gueule aux méchants, il y a du monde, mais dès qu’il s’agit d’exprimer un ou deux sentiments complexes ne nécessitant pas de mettre les pieds et les mains dans la tronche de quelqu’un d’autre, là, le Steve, il fait moins son malin. Mention spéciale aussi à James Gaines, le roi du cabotinage, et dont le doubleur français a eu la bonne idée d’en faire une pâle copie d’Eddy Murphie, introduisant chacune de ses répliques d'un « hey mec » des plus ringards.





L'entraîneur de Steve. LA révélation du film !





Ma moustache est plus belle que la tienne !









Répète ça si t'es un homme !





Décoration d'intérieur très tendance en ce moment : la plante devant la porte.




Un dernier point mérite d'être évoqué, qui je pense n’a pas dû vous échapper si vous avez regardé les photos accompagnant ce texte : le total manque de goût en matière vestimentaire dont sont victimes la plupart des protagonistes. Même à l’époque où ça a été tourné, je suis sûr qu’Emmaüs n’en aurait pas voulu. Encore une fois, mon chouchou reste l’entraîneur, qui même avec le pire jogging du monde remonté jusqu’au nombril, sait garder toute sa classe. Chapeau bas, l’artiste !





Si tu veux je peux te prêter mon jogging pour te remonter le moral ?









La mode vestimentaire aura connue deux catastrophe : les années 80 et ce film.




En conclusion, voici un petit nanar agréable qui saura séduire autant les nanardeurs les plus exigeants que les débutants voulant s’initier au joli monde du mauvais film sympathique. Car même s'il n'est pas le plus délirant du genre, "Blood Hands" distille une chouette ambiance sur toute sa durée et a la politesse de ne jamais être ennuyeux, un fait suffisamment rare pour qu'on s'y attarde. Deux ans après "Blood Hands", Sean P. Donahue gratifiera de sa présence aussi rigide que musculeuse une autre production Kinavesa/Silver Star, "King of the Kickboxers 2" (Fighting Spirit en VO), toujours avec Ned Hourani, Jim Gaines et Nick Nicholson (plus Mike Monty et le tatanneur Loren Avedon en micro-vedette), toujours produit par le roué K. Y. Lim mais cette fois réalisé par un certain John Lloyd. S'agit-il d'un pseudonyme ? Nous nous pencherons probablement sur cette question brûlante à l'occasion d'une prochaine chronique.





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Cote de rareté

Pas de DVD français existant à ma connaissance, mais le film a connu 2 édition VHS, chez FIP et Fox Vidéo. Il a par ailleurs été édité en DVD outre-atlantique.







Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation