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Le Bourreau des Coeurs

  • Titre original : Le Bourreau des Coeurs
  • Réalisateur : Christian Gion
  • Année : 1983
  • Pays : France
  • Genre : Philippe Clair-ploitation (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h29
  • Acteurs principaux : Aldo Maccione, Anna Maria Rizzoli, André Nader, Nico Il Grande
Note :
3
Shimano
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Chronique





En matière de réalisateurs, dans le petit monde du cinéma comique des années 80, le public connaît bien Claude Zidi, Gérard Oury et Jean-Marie Poiré, pour ne citer qu'eux. Pourtant ce pan du cinéma français ne se limite pas à ces "dieux de l'humour", loin s'en faut. Il y en avait d’autres, bien d’autres, ceux dont on n’avait pas retenu le nom en voyant leurs films, films dont on n’avait d’ailleurs pu retenir le titre. Parmi eux : Christian Gion. A défaut d'être le plus connu, il était certainement l'un des plus mauvais. Né en 1940 comme Jean-Marie Pallardy, Christian Gion commence comme d'autres (Pallardy en tête) à tourner des films un peu chauds dans le milieu des années 70, tels « Les couples du bois de Boulogne » ou « Le Jardin des supplices ». Prenant ensuite conscience de son potentiel comique, notre ami se lance un objectif : faire marrer le public français. Ce « Bourreau des cœurs », sorti en 1983, fait partie de la douzaine de films dits "drôles" qu'il a réalisés et qui, faute de faire rire la France entière, m'a fait passer un bon moment.



Pour mieux comprendre le chef-d'oeuvre que représente « Le Bourreau des cœurs », il est bon de se référer aux « Diplômés du dernier rang », sorti un an plus tôt. Ce film illustre joliment l'expression "ça sent le réchauffé" dans la mesure où il se révèle être un pur plagiat des « Sous-doués en vacances » de Claude Zidi, mais en bien pire.







Le résultat étant généralement piteux lorsqu'on se met à copier un réalisateur plutôt reconnu, imaginez ce qu'il peut se passer lorsqu'on copie un réalisateur réputé être l'un des maîtres du nanar, en la personne de Philippe Clair... Et bien Christian Gion l'a fait, car « Le Bourreau des Cœurs » s’apparente en bien des points à une suite de « Tais-toi quand tu parles » !



Visuellement parlant, on retrouve beaucoup (trop ?) de « Tais-toi quand tu parles » dans cette production. A commencer par l'acteur vedette, l'inégalable Aldo Maccione qui, il faut le dire, assure une fois de plus une bonne part de la nanardise de ce film.



Christian Gion a fait coup double en écrivant également le scénario (oui, même dans cette situation, cela s'appelle un scénario). L'histoire met en scène Vittorio Garibaldi, modeste acteur de troisième zone, qui rêve d'être Aldo Maccione, future star de cinéma. Par le biais de différents pistons et coups de pot, notre héros se voit proposer un premier rôle (à l'origine en tant que doublure) sur une super-production en tournage à Tahiti. Le film en question s'appellera... « Le Bourreau des cœurs ». Pour un peu on croirait à un making of d'un film autobiographique sur Aldo... Mais non, Christian Gion est bien trop intelligent, son scénario se veut cohérent.



Les similitudes avec « Tais-toi quand tu parles » se poursuivent. La Philippe Clair's touch s'étend sur tout le casting.





Aldo Maccione (Vittorio Garibaldi a / Aldo Maccione)




Toutes les caractéristiques du Aldo que l'on aime sont présentes dans l'oeuvre de Christian Gion : la classe, la séduction, la Fiat 500, les gamelles... Il est véritablement au sommet de son art. De gros loser au début du film, il termine en apothéose, et c'est tant mieux. L'acteur italien retrouvera ce réalisateur deux ans plus tard dans « Pizzaiolo et Mozzarel ».





Anna Maria Rizzoli (Ginette)




Cette ancienne habituée des couvertures de Playboy n'a véritablement rien à envier à sa consoeur Edwige Fenech, si ce n'est sa carrière, car physiquement, j'ai trouvé ma préférence ! C'est le genre d'actrice que l'on aimerait voir plus souvent. « Le Bourreau des Cœurs » est malheureusement le seul film français de cette compatriote d'Aldo, et également son dernier film à ce jour. Et dire qu'elle n'avait que 29 ans.





Jean Paredes (Max)




Il fait partie de ces gens dont le coeur s'est hélas arrêté de battre le soir où la France a étalé le Brésil un dimanche 12 juillet 1998. A l'instar de Jess Hahn dans « Par où t'es rentré on t'as pas vu sortir », on se demande comment il s'est retrouvé là, lui qui assura un grand nombre de seconds rôles du cinéma français depuis les années 40.





André Nader et Nico Il Grande (Pédro et Jésus)




Ce tandem est éclipsé par l'éblouissante performance d'Aldo. Déjà vus dans « Tais-toi quand tu parles », ces Eric et Ramzy des 80’s sont chers à Philippe Clair comme à Christian Gion. A noter que Nico Il Grande est à l'affiche de cinq films d'Aldo Maccione, c'est presque du vice ! Le duo est très complémentaire : l'un est grand et fin stratège, l'autre est petit et débile. Sans la présence d'Aldo, il est clair que ces deux-la méritaient la palme.





Florence Guérin (Starlette)




L'un de ses tout premiers films. Sa présence en haut de l'affiche pourrait surprendre, tant je trouve (en toute objectivité, cela va sans dire) qu'on ne la voit pas assez. A 18 ans à peine, Florence nous montre qu'elle a le niveau pour jouer chez Christian Gion, et qu'elle peut désormais viser bien plus haut (Jess Franco et Jean-Marie Pallardy par exemple).





Ma, donne-moi trois pétites minoutes et yé fais rire tout lé monde !




Tout commence un soir où Vittorio Garibaldi, devenu Aldo Maccione et couvert de gloire, accorde une interview à Guy Lux, où il décrit comment il est parvenu à ce résultat : "Un peu de talent, beaucoup de travail, énormément de chance et surtout, le physique". La scène se passe à la première de la projection de « Bourreau des cœurs ». Voilà déjà la confusion, le film parle d'un film qui porte le même nom, dont l'acteur principal utilise en pseudo son propre nom d'acteur, différent du nom du personnage qu'il interprète... Aïe ! Si en plus Christian Gion commence à vouloir brouiller les pistes, on ne va pas s'en sortir.





Guy Lux aussi avait du succès avec les filles... Mais pas autant qu'Aldo !




Mais voilà, tout ceci n'est qu'un rêve, et Vittorio Garibaldi n'est pas encore Aldo Maccione, même si c'est bien Aldo Maccione qui incarne Vittorio dans le film (ça va, vous suivez ?). La réalité est toute autre : notre ami est loin d'être une star, mais juste un figurant basique qui pointe à l'ANPE. Issu d'une famille italienne nombreuse, ses parents comme ses amis ne se font guère d'illusion quand à son avenir. Tous sauf lui.





Aldo avance volontairement son réveil de 20 minutes pour se dire qu'il n'est pas en retard, mais il est bien en retard et s'en rend compte.





Aldo la classe, même au réveil ! Les amis d'Aldo aussi ont la classe !





Texte d'Aldo : Tu sais que tu es mon acteur préféré toi ? Bientôt il y aura Belmondo, Alain Delon... et Aldo Maccione.




Dès le réveil, Aldo s'étale par terre à cause d'un skateboard qui traîne. Le ton est donné : Christian Gion peut faire dans le lourd. Ce type de gag hilarant se retrouve en surabondance tout au long du film. Morceaux choisis :



















Vittorio sait que tôt ou tard il sera une vedette. Hop, embarquement dans son bolide et direction les studios de Billancourt, où un petit rôle historique l'attend.







C'est bien connu : "Qui roule en Fiat, rentre à pattes".




Allons bon, Aldo va incarner un personnage historique. Cherchez bien, voici le nom de ses partenaires : Churchill, Napoléon, De Gaulle, Henri IV, la Reine d'Angleterre, Mussolini, Jimmy Connors (?)... et oui, il manquait Adolf. Un comédien déguisé en Hitler, ça fait marrer, Christian Gion le sait, et il n'invente rien. A croire que Philippe Clair a co-scénarisé le film, lui qui avait déjà tenté l'expérience dans l’infernal « Le Führer en folie » avec un Henri Tisot monumental dans le rôle du dictateur allemand. Le « Aldolf » n'est pas mal non plus, bien que ce soit un rôle, il prend très à coeur son personnage et nous offre une belle démonstration : imaginez un Italien parlant français avec un accent germanique... effectivement, comme disent les jeunes branchés : ça déchire sa race !





Sérieusement, je n'ai pas d'explications à fournir concernant la présence de Jimmy Connors dans cette fresque historique.





Aldo plus fort qu'Henri Tisot ?





A fond dans son rôle, ici en discussion avec Benito.




Il est tellement à fond dedans que lorsqu'il rentre chez lui, il ne peut s'empêcher de faire le salut nazi, au grand dam de son père, ancien résistant, qui appréciera moyennement la blague. Le top du top c'est quand Aldo tente de draguer avec son uniforme, à croire que ça fait craquer les filles. En tout cas une fille n'y est pas insensible, elle s'appelle Ginette. A la base elle s'appelle Samantha, mais ses imprésarios, Pédro et Jésus, lui ont dit que c'était mieux car aujourd'hui, toutes les filles s'appellent Samantha ou Edwige (tiens, un clin d'oeil ?).





Vous remarquerez que la maman de Vittorio salue également son fils...





La plaisanterie est de très mauvais goût pour le père.





Devinette : dans quel autre film chroniqué sur Nanarland peut-on voir ce genre de blague ? (réponse)





Devant un tel génie, impossible de ne pas craquer.




Grâce à Ginette, Vittorio va faire connaissance avec le monde du cinéma. Ainsi il rencontrera Max, ancien industriel des pâtes reconverti dans la production de films, mais aussi par accident les fameux Pédro et Jésus. Car mine de rien ces deux là sont de vrais truands : leur but est de faire pression sur Max pour disposer d'un gros budget pour le film (le tout en liquide dans une valise bien sûr). Aldo étant au courant de la combine car se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment, le duo aura également pour mission de le tuer.





A force de ne faire que répéter tout ce que dit le grand, le petit m'agace au plus au point, mais ça va passer...




En attendant la gloire, notre héros continue d'écumer les studios en quête de petits rôles, se met à fréquenter d’improbables look-alike de Corbier et de Charly Oleg, tout en pensant à Ginette. La situation ne peut plus durer, les perspectives de progression sont quasi-nulles. L'occasion de se faire connaître aux yeux du grand public lui est donnée à l'occasion du jeu télévisé "Le Roi du cinéma". Au terme d'un duel épique arbitré par Jacques Rouland en personne, Vittorio l'emporte et bascule dans une autre dimension : alors que Max et son équipe s'apprêtent à partir à Tahiti pour tourner le film, Aldo rejoint la bande à la dernière minute, grâce au forcing d'investisseurs japonais (!). Il ne sera pas acteur, mais doublure du premier rôle.





Désolé Charly, j'ai déjà un synthé chez moi...





T'es sûr que la barbe ça connote pas un peu... enfin par rapport aux gamins ?





Tentative d'homicide sur Aldo, qui échoue.





Devinette : dans quel autre film chroniqué sur Nanarland peut-on voir ce genre d'effet très spécial ? (réponse)





Aldo est aussi une mémoire du cinéma...





Cherchez pas, ce sont vraiment des Japonais !




La mécanique Aldo Maccione se surmultiplie alors, et rien ne pourra l'arrêter. Festival de quiproquos, de gags cocasses et de séductions low-cost garanti ! Contrairement à « Mon curé chez les thaïlandaises », qui a honteusement reconstitué la Thaïlande en banlieue parisienne, « Le Bourreau des Cœurs » se déroule réellement à Tahiti. S’agissait-il pour Christian Gion d’un moyen pour appâter le casting ? Plus élaboré que les scénarios de Philipe Clair, Gion a en tous cas réussi à créer un sacré complexe d'embrouilles autour d'Aldo Maccione. Ainsi, à la suite d'un malencontreux échange de valises, Aldo se retrouve avec la valise pleine d'argent liquide, Max se retrouve avec les affaires de Pédro et Jésus, et les deux compères ont en leur possession les affreuses chemises d'Aldo, alors qu'ils ont loupé l'avion pour Tahiti. De toute façon cela ne change rien à l'intrigue puisque, bon seigneur, Aldo ramène la valise au propriétaire, un brin énervé d'avoir perdu ses chemises. Il se voit pour l'occasion confier la clé de la valise du producteur…





Notez qu'Aldo à la classe même aux toilettes...





Le quiproquo dans toute sa splendeur : Tout le monde possède la même valise !




Dans le même temps les péripéties amoureuses de notre séducteur se poursuivent, et il ne sait plus où donner de la tête, entre Anna Maria Rizzoli, magnifique, Florence Guérin qui lui fait des avances et Arnold, le premier rôle du film dont Aldo assure les cascades. Et oui, Aldo plaît aussi aux hommes !





Vous rentrez chez vous et trouvez Florence Guérin nue sur votre lit, que faites-vous ?

A/ Vous la dégagez, on est pas chez mémé !

B/ Vous faites appel à une amie.

C/ Vous restez là comme un con, à vous demander si c'est vrai.






Involontairement, Aldo choisit les trois réponses... et perd ses deux rancards.





Heureusement, deux de perdues, vingt de retrouvées... Le summum est atteint lorsque Arnold débarque en slip dans sa chambre, chaud comme la braise.




Le lendemain, Pédro et Jésus débarquent en Polynésie assouvir une vengeance qu’ils souhaitent impitoyable. On assiste alors à une cascade de gags foireux provoqués par les multiples tentatives des compères pour se débarrasser d'Aldo et lui prendre la clé. Vous avez forcément déjà vu un dessin animé de « Bip-Bip et le Coyote » : et bien là c'est pareil, il n'y a rien à faire, Aldo leur échappe.



Mais finalement Aldo va perdre, je vous laisse deviner comment, même si c'est dur à accepter. Pédro et Jésus vont finalement s'emparer de la valise. Fort heureusement Aldo est sain et sauf, juste choqué. On va quand même terminer le tournage du film, et le film aussi par la même occasion.





Leur but est également d'infiltrer le tournage incognito... Et ça marche !




La scène finale (du film dans le film) nous montre "Aldo la Classe" conclure avec Ginette, et en dehors du tournage (du film dans le film, mais pas en dehors du film de manière générale, enfin pas dans la vie réelle... ok stop !).





Y'avait pas une scène similaire dans d'autres films ? Certes non, pas avec la classe d'Aldo !




« Le Bourreau des Cœurs » se termine comme il a commencé, par la projection du film éponyme. Vittorio est parvenu à concrétiser ses rêves, il est devenu… Aldo Maccione.





Pour l'affiche du film, Gion a tout simplement repris la véritable affiche du film. En gros André Nader, Nico il Grande et Jean Parédes apparaissent alors qu'ils n'ont pas participé au tournage à Tahiti. Et le réalisateur, ce n'était pas Christian Gion, mais J.R. Ewing !





Le réalisateur ressemble fortement à J.R. de Dallas, et Aldo ne manquera pas de lui faire remarquer à plusieurs reprises.




Comme tout nanar comique, il est impossible de relater tous les faits du film supposés faire rire, mais sachez que pêle-mêle, on peut voir entre autres Aldo faire du ski nautique, Aldo recueilli par une tribu tahitienne, Aldo souffler si fort sur des bougies qu'il explose le gâteau d'anniversaire... bref, ça a le goût du Philippe Clair, l'odeur de Philippe Clair, même si cela n'est pas du Philippe Clair.



Au final, « Le Bourreau des Cœurs » demeure un bon nanar comique, certes moins percutant qu'un film de Philippe Clair mais plus digeste car moins vulgaire. La copie ne peut faire mieux que l'original même si les clichés ringards de l'humour français sont tout de même présents et qu’il ne se passe pas une minute sans que le rire gras du spectateur ne soit sollicité (bien qu'il ne réponde pas toujours). Le Aldo Maccione est quant à lui tout ce qu’il y a de plus véritable, fidèle à lui même, et ne décevra pas les fans.



J'ai oublié quelque chose, mais quoi… Ah, oui : le plan nichon ! Allez, c'est cadeau :





Anna Maria Rizzoli prenant son bain.






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Le Bourreau des Coeurs
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Cote de rareté

A contre courant de bon nombre de comédies nanardes des années 80, le film a bénéficié d'une édition DVD grâce à la collection Ciné-Rire, trouvable à la FNAC moyennant 10 €. Sinon il existe bien sûr la VHS de chez "Metropole Home Video", certes plus difficile à dénicher.



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