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Le Capitaine Cosmos

  • Titre original : Captain of Cosmos
  • Titres alternatifs : Johnny, Ranger de l'espace
  • Réalisateur : Roy Thomas (encore un pseudo bidon)
  • Année : 1989
  • Pays : Hong Kong / Corée du Sud
  • Genre : Ré-Animation (Catégorie : enfants)
  • Durée : 1h11
  • Acteurs principaux :
Note :
3
Rico
Rico

Chronique



Ne cherchez pas ces robots et ces personnages dans le film, tout ça c'est du pur bidonnage de jaquette.


A force de taper sur Godfrey Ho, on en finirait presque par oublier l’existence de Joseph Lai. Pourtant l’autre duettiste du couple IFD ne s’est pas montré moins roublard que son compère Godfrey dans l’art de la bouillie filmique destinée à l’export.

La légende veut même que Joseph Lai ait débuté sa carrière en héritant d’un garage rempli de vieilles bobines de films inachevés. C’est ainsi qu’après avoir ratissé large dans le kung-fu, le ninja, la kick-boxinguerie, Joseph Lai s’est lancé sur le marché du dessin animé. C’est vrai quoi, les films pour nains, c’est à la mode, c’est sympa, ça paye bien et puis les gosses, on peut leur faire gober n’importe quoi pour peu que l’emballage soit attractif ! D’où la naissance d’un département animation dans les studios Joseph Lai / Betty Chan.

Le problème c’est qu’un dessin animé c’est du boulot. Ca demande du temps, du personnel, de l’investissement… Ce serait mal connaître l’ami Joseph. Quand on a l’habitude de faire des films au rabais, hé bien on fait des dessins animés au rabais. Témoin ce « Capitaine Cosmos », pitoyable OVNI animé torché par quelques esclaves sous-payés enfermés au fond d’une cave de la banlieue de Séoul et affublés de ronflants pseudos américains pour l’occasion (qui fait le larron, c’est bien connu).

Dans le genre animation à la hache, voici un produit qui a de quoi laisser sur le cul les plus endurcis. Vous aussi, vous voulez vous lancer dans l’animation pour les nuls ? Suivez le guide, Tonton Joe vous met au parfum.

D’abord pourquoi s’embarrasser à créer des personnages et des designs quand il en existe déjà des tout faits par des types bien plus talentueux au Japon et ailleurs ? On est constamment frappé par la terrible impression de déjà vu qui nous assaille à la vision du film. Et pour cause, le design visuel est largement copié sur des séries japonaises déjà existantes. L’excellent site Anime et vous m’a aiguillé vers Gundam, dont les personnages et costumes sont purement et simplement reproduits en en changeant les couleurs. Mais on retrouve aussi des réminiscences de Goldorak, des vaisseaux spatiaux qui n’auraient pas dépareillé dans Albator etc. De même, certains personnages sont repompés sans retenue de comics américains tels X-men ou Daredevil (et Dar-des-champs... excusez-moi, ça m'a échappé).



Ensuite pourquoi s’embêter à faire bien ce que vous pouvez faire de façon grotesque ? Faux raccords à l’intérieur d’une scène, personnages qui changent de couleur d’une image à l’autre, visages déformés très au-delà du raisonnable, tailles des membres absolument fantaisistes, personnages et objets n’étant plus proportionnels d’un plan à l’autre, la liste n’est pas exhaustive mais donne une bonne idée de la précipitation et du manque de sérieux avec lesquels le projet a été expédié.



Puis, vous faites usiner le tout en Corée, par la même équipe de gros nazes qui nous ont régalés avec « Les Aventuriers du Système Solaire ». La Corée était à l’époque une terre bénie pour le dessin animé à bas prix : les prestigieuses productions américaines, au premier chef desquelles on retrouve « Les Simpson », y étaient réalisées. De même, les Coréens reproduisaient à la chaîne les productions japonaises en pompant sans vergogne design et animation. Le copyright est une chose aléatoire en Asie. Tous les pseudos anglophones utilisés sont, comme il se doit, largement bidons. Qui est véritablement derrière ce film, Joseph Lai est-il réellement co-producteur ou a-t-il encore racheté les bouts de pellicules d’un studio en faillite ? Le mystère est pour l’instant total.

FLORILEGE DE FAUX RACCORDS !




Des couleurs qui fluctuent d'un plan à l'autre.




Mes mains, mes pauvres mains ! Qu'ont-ils fait à mes mains ?




L'empennage du carreau d'arbalète rajouté en cours de route (carreau qui au passage prend des proportions de missile en frappant le vaisseau).




La hache de guerre de la reine de l'Empire Vert, un coup y a des trous, un coup y'en a pas !




Si, si, c'est censé être le même personnage !


Et puis animation, animation… on ne me fera pas croire qu’on est ici dans du 24 images secondes. Ni du 18 d’ailleurs… 12 images secondes ? 9… ? Parfois même du 1 image seconde avouons-le ! Même si certains dessins peuvent être relativement corrects lorsqu'ils sont filmés à l'arrêt, tout s'effondre dès qu'ils se mettent à bouger.

Pour faire bonne mesure, on retrouve un tas de trucs déjà largement utilisés par les forçats de l’animation japonaise bon marché. Pour l’exemple, revoyez un épisode de « Capitaine Flam » pour vous apercevoir que même des productions « de standing » peuvent être visuellement abominables. (La vache, les souvenirs d’enfance ont vraiment le don d’embellir la réalité, moi qui gardais un souvenir ému de ce dessin animé, j’ai vraiment eu un choc en revoyant l’animation absolument pourrave de cette série. En fait, t’as raison Joseph, les gamins on peut vraiment leur faire gober n’importe quoi).

Le truc le plus classique : la même scène de mouvement ou de raccord réemployée ad nauseam comme si on ne s’en apercevait pas. Mieux encore : les images fixes sur lesquelles on zoome ou on fait un travelling pour donner une sensation de mouvement. Ou, encore le plus drôle, l’arrière-plan totalement immobile alors que seuls un ou deux personnages bougent… Quand ce n’est pas juste la bouche qui remue. Prévoir 4 positions : fermé, mi clos, ouvert, ébahi et vous avez tout ce qu'il vous faut…





De toutes façons, qui regarde ce qui se passe à l'arrière plan...?


Mais on critique, on critique… ça raconte quoi, me direz-vous ? Si ça se trouve, tout est dans le scénar. Euh, non… En gros, dans le futur spatial, la terrible reine de l’empire vert et ses centaures diaboliques projettent de conquérir la galaxie. Pour se faire, elle s’empare des passagers d’un paquebot spatial (dont la taille et la forme ne cessent de changer tout au long du film). Face à cette menace, le dernier recours de l’humanité est l’escouade des guerriers du cosmos. Et surtout le capitaine Léo, un pur héros (quoiqu’un peu pleurnichard) accompagné d’une copine et d’un insupportable robot qui se prend pour un petit garçon. Une fine équipe qui va foutre la pâtée aux méchants.

De toutes façons, au bout d’un quart d’heure d’hystérie saccadée, on finit par renoncer à essayer de suivre les péripéties téléphonées des héros. Surtout qu'elles s'égarent au passage sur le personnage du petit garçon robot qui donne des envies de meurtre au bout de 5 secondes. On se concentre sur la non-animation absolument scandaleuse et surtout l’hallucinant travail de doublage. Car la V.F. en rajoute une sacrée couche. Que voulez-vous, s’ils sont 3 doubleurs au grand maximum à assurer vaille que vaille le doublage de la chose, c’est le bout du monde. Alors dans les scènes de foules, c’est totale roue libre et festival de voix rauques, nasillardes ou suraiguës pour essayer de masquer le désastre du manque de personnel. Une mention spéciale pour la doubleuse de la méchante reine de l'empire vert, qui éclate d'un rire sardonique toutes les deux phrases. Un film à voir absolument en V.F.

Au final, ce film est une expérience absolument unique dans le monde de l’animation crapuleuse. Joseph Lai nous prouve avec brio qu’aucun secteur de l’industrie cinématographique n’est à l’abri de sa mesquinerie d’exploiteur de la naïveté publique. Après avoir vu ce genre de production, un gosse moyen aura autant de chance de développer un redoutable esprit critique que d’être lobotomisé à vie. Mais d’un autre côté, ça vous apprendra à acheter les cassettes de vos mômes chez Babou.



Un grand merci à John Matrix, Nikita et Wallflowers pour leur érudition en anime et en comics !



Rico
Rico

Le Capitaine Cosmos

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avatar de Kobal Kobal : 1.75
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avatar de Mayonne Mayonne : 2.5
avatar de Rico Rico : 3

Cote de rareté

Hormis la version VHS de "Scherzo" et celle sortie chez "VIP" sous le titre "Johnny Ranger de l'Espace", vous avez toujours la possibilité d'aller acheter les droits du film chez IFD ! C'est en vente et c'est une affaire !



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