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Challenge of the Tiger

Note :
3
Nikita
Nikita

Chronique



L’affiche allemande qui proclame fièrement : Bruce Le dans son plus grand rôle.


La confusion géopolitique, associée à un certain craquage des conventions cinématographiques, était propice à tous les débordements : les seventies, c’était l’époque la plus funky pour vivre des péripéties exotiques, des histoires à la SAS ! Tentative de fusion entre le phénomène Bruceploitation et la série des James Bond, qui s’ébattait alors dans une démence semi-parodique, « Challenge of the Tiger » est un splendide spécimen de cette série B à l’ancienne qui s’éteignait alors sans gloire sur les écrans jaunis des dernières salles de quartier.



Cette affiche contient une magnifique faute. Comment ont-ils fait pour laisser passer ça ?



Une des deux affiches ciné françaises d'époque, celle utilisée à Paris (en Province, le film a été exploité sous le titre « Le Défi du tigre »).


On ne s’étonnera pas de voir le film porter la griffe de Dick Randall, vibrionnant producteur américain expatrié en Italie sous le signe de la série B la plus frappadingue : sans limites ni inhibitions, « Challenge of the Tiger » est un cinéma d’exploitation à la fois crétin et joyeux, égrillard et enfantin, dérivatif et original par son étrangeté même. Il nous offre enfin la rencontre au sommet entre deux véritables monstres sacrés du cinéma trash, Bruce Le la contrefaçon vivante et Richard Harrison le survivant de toutes les modes du cinéma bis. Ballottés par un scénario aussi basique et déstructuré qu’un roman de gare écrit sous acide, le champion du Karaté où y’a qu’à réattaquer et le héros du sexpionnage à la OSS 117 fusionnent de manière aussi explosive que déconnante.







L’action s’appuie pour démarrer sur la technique bien connue du Mac Guffin théorisée par Hitchcock, à savoir un prétexte totalement bidon qui ne servira qu’à faire avancer l’intrigue. Ledit Mac Guffin est ici réduit à sa plus simple expression : il s’agit d’une simple formule scientifique contenant le secret susceptible de stériliser l’humanité entière. Les savants responsables de la découverte ont à peine le temps de se congratuler en anglais mal post-synchronisé que des tueurs cagoulés surgissent pour les occire et subtiliser la formule. Voilà donc que l’arme absolue susceptible de rendre stériles tous les hommes de la planète se balade entre des mains mal intentionnées !





Fort heureusement, les voleurs ne sont pas des adeptes fous furieux du planning familial, mais des malfaiteurs huileux désireux avant tout de se faire un max de blé en vendant la formule au plus offrant. Ce qui permettra la mise en scène, dans le plus grand désordre, d’une série de poursuites, bastons, chausse-trappes et rebondissements, alors que gentils et méchants (ces derniers étant éclatés en groupes rivaux) tentent de se procurer la formule. On se croirait parfois dans un récit d’espionnage en bande dessinée destiné aux 7-10 ans, mais avec un peu plus de violence et – surtout – de sexe (nous y reviendrons).





Ouééééééé !


La CIA met sur le coup ses deux meilleurs agents : l’artiste martial chinois Huang Lung (Bruce Le) et l’Américain Richard Cannon (Richard Harrison) qui vont se trouver confrontés à forte partie et devoir affronter, outre les mafiosi responsables du vol de la formule, les agents communistes rivaux (Soviétiques, Chinois, Vietnamiens…) désireux de se procurer l’arme absolue pour détruire l’Occident chrétien. De Madrid à Hong Kong, en passant par Macao, nos héros vont devoir déjouer les pièges de leurs ennemis et faire triompher le bien grâce à leur vigueur corporelle et à leur endurance sexuelle. Vous avez bien lu : si « Challenge of the Tiger » est un film plein d’action, il compense avantageusement le simplisme un peu infantile de son récit par une surdose en sexe, jusqu’à ressembler parfois à la version cinématographique d’une de ces BD de gare que publiaient les éditions Elvifrance. Si Bruce Le ne se déshabille pas, Richard Harrison, lui, donne amplement de sa personne avec une joie non dissimulée et culbute la quasi-totalité du casting féminin dans une succession de scènes dans le plus pur style « sexy-comédie italienne ».







Le film est en effet marqué par un déséquilibre prononcé quant à l’importance des protagonistes : là où l’on pourrait s’attendre à un duo harmonieusement réparti entre Bruce et Richard, force est de constater que c’est le petit dragon du pauvre qui se taille la part du lion. Co-producteur, co-scénariste et co-réalisateur du film, Bruce Le exécute à peu près 60% de l’action, avec un crescendo au fur et à mesure du récit. Si la plupart des scènes tournées en Espagne furent réalisées par Luigi Batzella (vieux bisseux crevard, déjà responsable de « Holocauste Nazi : Armes Secrètes du IIIème Reich » et de « Lorna la Lionne du Désert »), la partie du film se déroulant en Asie fut laissée aux bons soins de Bruce Le : la part d’action assurée par Bruce passe donc progressivement de 60 à 70%, avant d’attendre 80%, puis 100% ! Une véritable OPA sur le film, qui laisse Richard Harrison complètement sur le carreau. Ramené au rang de sbire moustachu, presque réduit aux vacances forcées, notre RH se console en suremployant sa testostérone débordante et tripote à peu près tout ce qui bouge et arbore une paire de nichons. Ca figurait peut-être dans son contrat : « Monsieur Harrison n’aura rien de plus fatigant à faire que de tripoter le casting féminin ».







James Bande 00sexe !





Et pendant ce temps, Bruce se tape tout le boulot. Honteux !


Parmi les clous du film, nous citerons évidemment la scène célébrissime où Richard Cannon, en goguette avec trois filles à poil dans sa somptueuse villa, dispute un match de tennis avec une jeune femme mamelue et fièrement topless. Cette scène a une histoire : Dick Randall, désireux de rajouter du piquant au film, demanda à Luigi Batzella de rajouter une séquence un peu coquine. Le pauvre Batzella pédalant dans la semoule, c’est Richard Harrison lui-même qui se chargea de la réalisation de la scène et improvisa la miraculeuse séquence du tennis seins nus, filmée dans un ralenti rythmé par le ballottement de somptueuses paires de loches. Manifestement en plein délire hédoniste – quand on vous disait qu’il semblait être comme en vacances dans ce film – RH multiplie les plans égrillards sur ses partenaires aux allures d’effeuilleuses, tripote allègrement le trio de pouliches et se vautre dans le stupre avec un plaisir communicatif. Pour un peu, on s’attendrait à ce qu’il se mette à les traire. (Voir l'onglet "images" pour admirer un résumé plus complet de cette séquence dantesque)





Bientôt interrompu dans ses ébats pornophiles par un coup de fil de ses supérieurs, Richard Cannon part rejoindre son partenaire Huang Lung pour retrouver la formule miracle. S’ensuit une succession effrénée de péripéties et bastons diverses où Bruce jouera des poings et Richard du flingue pour réduire à merci les malfaisants qui veulent stériliser le monde libre. Les bagarres mettent bien sûr en valeur Bruce Le qui, tendu comme un arc alors qu’il dresse un piédestal à sa propre gloire, va jusqu’à tuer un taureau à mains nues pour nous prouver à quel point il est super fort.













Crack !


Face à des cracks pareils, les méchants se devaient d’être à la hauteur : les amateurs de bis auront donc le plaisir de retrouver un défilé de trognes improbables et de visages connus de la série B comme Hwang Jang Lee (dans le rôle du chef des Viêts), Bolo Yeung (assez sous-employé dans le bref rôle d’un sbire de Lee), le patibulaire Kong Do et Brad Harris, ex-héros de péplum, ex-star de la saga des « 3 Fantastiques Supermen », qui grimace magistralement dans le rôle d’un agent soviétique aux muscles saillants. Ce qui nous donne l’occasion d’une série de bagarres oscillant entre le cartoonesque et le franchement brutal, entrecoupées de scènes sexy dont le caractère complètement dispensable renforce encore le charme.



Hwang Jang Lee alias Wong Chen Lee, alias Wang Jang Lee (oh et puis, écrivez-le comme vous voulez !)



Kong Do, alias Donald Kong, alias Chiang Tao, méchant récurrent dans les films de la Shaw Brothers.



Brad Harris.



Brad contre Bolo Yeung !



- Et si on montrait la nana en train de se passer de la crème, comme ça, pour passer le temps ?

- Ouéééé, bonne idée, chef !




Dick Randall, content de son film, s’offre un petit rôle de méchant.


En vedette féminine, il est à noter la présence de Nadiuska, actrice d'origine allemande mais qui fera quasiment toute sa carrière en Espagne où elle fut une des premières à oser se montrer nue dans les productions érotiques ibériques des années 70. Son titre de gloire au-delà des Pyrénées fut d'avoir incarné la mère de Conan dans le film de John Milius avec Arnold Schwarzenegger. Elle reste pour les Espagnols une icône de la liberté sexuelle (et politique) des seventies et de l'après franquisme, un peu comme Sylvia Krystel chez nous.



Nadiuska, l'atout charme.




Sharon Schirra, l'autre atout charme, qui eut une minuscule carrière dans la comédie érotique allemande.


Il convient cependant de noter que le malheureux Richard Harrison subit un véritable bizutage en règle : non seulement son expérience des bastons cinématographiques de Cinecittà n’est pas adaptée à des combats à la chinoise, chorégraphiées par Bruce lui-même, mais les auteurs du film semblent prendre plaisir à infliger à son personnage une série de vexations, mésaventures et torgnoles diverses, jusqu’à le faire ressembler à une sorte de Donald Duck malchanceux qui passerait son temps à se prendre des tartes à la crème. Prenant apparemment le film à la rigolade, notre RH joue le jeu avec classe et décontraction, donnant à Richard Cannon un cachet savoureusement parodique. On en vient à regretter que l’agent secret séducteur mais poissard n’ait pas connu d’autres aventures. RH s'était apparemment bien amusé sur le tournage - ça se voit - et se souvient de Bruce Le comme quelqu'un de compétent et sympathique.



Aï-euh !



Putain, ça fait mal !



Et ça y est, maintenant je me fais frapper par Wong Chen Lee !



Rhô lô lô, quel métier !


Complètement délectable de gratuité, de complaisance et de bonne humeur, « Challenge of the Tiger » est un véritable monument du cinéma d’exploitation. Du cul totalement gratuit, de l’action couillue et débile, de l’exotisme de carte postale et des trahisons en série : on ne sait pas qui est le tigre et en quoi consiste son défi, mais on le suit avec un très grand plaisir, à condition d’apprécier le cinéma d’espionnage crétin et sans complexes et le charme de la série B sympathiquement ringarde. A déguster avec le même plaisir coupable qu’un bon vieux Gérard de Villiers.



De l’exotisme !



De la baston !



Du muscle !



Des coups de tatane !





Des plans cul qui ne servent à rien !



Des costumes affreux !



Sacrés Bruce et Richard, vous êtes bien les plus forts !




Nikita
Nikita

Challenge of the Tiger

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Les notes des membres

Moyenne : 3.25
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Cote de rareté

Sorti laborieusement en salles dans nos contrées cinq ans après sa réalisation, sous les titres de « L’Implacable défi » (pour Paris) et « Le Défi du tigre » (pour la Province), ce film ne semble pas avoir connu en France les honneurs de la sortie vidéo, que ce soit en VHS ou en DVD. Ou alors, on n’est pas au courant. Heureusement, les Américains de Mondo Macabro l’ont ressorti en DVD multizones, en bonus de « For Your Height Only » avec Weng Weng (une autre production Dick Randall). L’image est superbe : malheureusement pour les non-anglophones, seule la piste sonore anglaise figure sur le DVD et il n’y a pas de sous-titres. L’avantage de cette VA d’époque (délicieusement mal post-synchronisée, soit dit en passant) est en outre de proposer la voix de velours de Richard Harrison, qui se double lui-même.





Le DVD italien.
Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation

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Le DVD espagnol.
Le DVD espagnol.
VHS néerlandaise.
VHS néerlandaise.