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Chasseurs d'Hommes

  • Titre original : Sexo caníbal
  • Titres alternatifs : Chasseur de l'enfer
  • Réalisateur : Jesus Franco, (sous le pseudo de Clifford Brown)
  • Année : 1980
  • Pays : Espagne / France
  • Genre : Cannibalisme primaire (Catégorie : Cannibales)
  • Durée : 1h24
  • Acteurs principaux : Al Cliver, Ursula Fellner, Robert Foster, Antonio de Cabo, Gisela Hahn, Victoria Adams et Werner Pochath (casting de rêve non ?)
  • Producteur : Marius Lesoeur
Note :
2,5
Rico
Rico

Chronique



Il fallait bien un jour qu’on y arrive et que quelqu’un s’attaque au cas Jesus Franco, auteur nanar s’il en est. Près de quarante ans de carrière, plus de 200 films sous une trentaine de pseudonymes et toujours absolument aucun progrès !

Le petit Jesus filme n’importe quoi, n’importe comment avec n’importe qui pour des budgets microscopiques. Et le tout à un rythme effréné (jusqu’à 2 films par mois les grandes années) ! Pour tout dire, au moment où j’écris ces lignes (avril 2002), les sites spécialisés annoncent déjà le tournage et la sortie de deux films de Franco pour cette année. A part Mocky, je ne vois pas de cinéaste qui ait une telle frénésie de tourner (et, comme Mocky, en bâclant la plupart de ses films), c’est limite pathologique.



Franco a tourné de tout, du film d’espionnage (il a commencé par un Eddie Constantine) au porno sadomaso. Mais son truc essentiel, c’est le fantastique érotique, avec gore bas de gamme et nichons à l’air, qu’il a marqué de quelques productions difficiles à trouver mais qui ont toujours leurs amateurs (un petit nombre d’allumés notoires vouent d’ailleurs un véritable culte au maître...).



Du sang et de l'érotisme : la patte d'un Auteur.


« Chasseur d’hommes » ne fait pas vraiment partie des chefs-d’oeuvre de Franco et risque même de provoquer des crispations sur la touche avance rapide chez la plupart des spectateurs... Surfant sur la mode du film de cannibales initiée par le « Cannibal Holocaust » de Ruggero Deodato, Jesus nous livre ici un produit vite fait mal fait qui vaut surtout pour ses maladresses : action languissante, acteurs pitoyables, scénario confetti, effets de caméras comme personne d’autre n’ose plus en faire (la caméra subjective cachée dans des feuillages avec en fond la respiration du monstre, emploi effréné du zoom : la marque de fabrique de Franco !) et bande son bizarroïde signée Jesus Franco himself, mélangeant guitare flamenco et cris de femme.



On note l’absence des deux acteurs fétiches de Jesus : Lina Romay, sa femme, jamais avare de ses charmes jusque dans les pornos du mari, et Howard Vernon, véritable acteur classique abonné aux rôles de savants fous. Non, vraiment, cette petite bande tournée en mercenaire pour la célèbre firme Eurociné dont le catalogue contient le plus extraordinaire champs de navets de la cinématographie française (« Le Lac des Morts-Vivants », film réputé être le « Plan 9 From Outer Space » français), « L’Abîme des Morts-Vivants », « Les Amazones du Temple d’Or » qu’on dit tourné au Bois de Boulogne etc.) ne restera pas comme un chef-d’œuvre impérissable.



L'héroïne Ursula Fellner : à part être à poil, elle ne fait que crier et fuir pendant tout le film.


Tout commence par un montage parallèle d’une bonne quinzaine de minutes : d’un côté, dans la jungle, une femme nue est poursuivie par une tribu de primitifs. De l’autre, à Rio de Janeiro (reconstituée en Espagne), une jolie blonde, Laura Crawford (Ursula Fellner, vraiment mignonne et qui crie très bien pendant tout le film), star de cinéma, (qui se met à poil dès sa troisième scène) goûte aux joies des grands hôtels et de la célébrité (elle est notamment assaillie par une foule de cinq journalistes qui lui posent plein de questions). Après recherche, il semblerait qu’Ursula Fellner (Buchfellner en complet), belle Allemande playmate en 79, ait un lourd passif dans le nanar, puisqu’elle va récidiver plusieurs fois avec Franco (« Sadomania ») mais va tourner aussi dans « Salut la Puce » de Richard Balducci avec Jean Lefebvre !



La foule, la gloire : c'est trop la vie de star.


Dans la jungle, la fille finit par être rattrapée par quatre Noirs (dont certains portent des baskets au détour d’une scène !) qui l’attachent à un arbre avant de s’enfuir. Un peu plus loin, dans le village des primitifs, les tambours se mettent à battre et la tribu, menée par une prêtresse nichons au vent, prie une idole aux yeux curieusement blancs striés de rouge. Au passage, il faut quand même décrire les primitifs : recrutés sur place par Franco pour une poignée d'escudos, ces derniers, particulièrement peu motivés, reflètent toute la diversité des figurants trouvables sur place depuis le Noir d’ébène au Blanc maladroitement passé au cirage. Autant dire qu’à l’arrivée, la tribu de primitifs s’avère assez hétéroclite et pour tout dire bien peu crédible. Je recommande d’ailleurs le joueur de tam-tam, blanc à bouclettes, avec une chaînette en argent autour du cou et qui semble mâchouiller du chewing-gum en se foutant royalement de se qui se passe à l’écran.



Une tribu très bigarrée.


Pendant ce temps, la dame de compagnie de la starlette, une blonde au chignon sévère, va mystérieusement téléphoner dans une cabine... Tellement mystérieusement d’ailleurs que dans la rue tout le monde la regarde... elle et la caméra. On voit les gens à l’arrière plan s’arrêter et regarder, l’air étonné, le spectateur. C’est tout juste s’ils ne font pas coucou comme dans « White Fire » !



Dans le rôle de la félonne, Gisela Hahn : une habituée du bis qu'on peut voir dans « La Bataille des Etoiles » d’Alfonso Brescia ou « Contamination » de Luigi Cozzi


De retour dans la jungle, on a désormais droit à des plans en vision subjective sur fond de respiration lourde... Quelqu’un s’approche dans les feuillages et mate la fille nue qui hurle attachée à son arbre. C’est le monstre cannibale ! Un grand Noir aveugle et défiguré dont le maquillage se réduit à un masque de viande hachée avec des balles de ping-pong pour figurer les yeux. (Eh ! une seconde... s’il est aveugle, comment on a pu avoir des scènes de visions subjectives avant ???)



Le cannibale et sa représentation totémique. C'est pas dans un bouquin de Levy-Strauss qu'on aurait ça...


Celui-ci se met en devoir de dévorer la fille nue sur son arbre. Enfin... disons de mastiquer un bout de bidoche barbouillé de colorant rouge en très gros plan tout en faisant semblant de lui farfouiller le ventre (un peu de liquide rouge, une caméra mal placée et hop, l’affaire est dans la boîte). La tribu de primitifs, elle, continue à vénérer son idole et Franco laisse éclater son génie : allers-retours frénétiques depuis les yeux crevés de la statue jusqu’aux yeux en steaks tartares du cannibale... du grand art !



La grande prêtresse. Elle, elle ne fait que psalmodier et lever les bras vers le totem pendant tout le film. Ca et puis être à poil. Elle aussi le fait très bien.


Dans le même temps, à Rio, la starlette est enlevée par trois hommes cagoulés qui semblent dirigés par la dame de compagnie... Son producteur reçoit un message : s’il ne verse pas 6 millions de dollars aux ravisseurs, il la retrouvera en pièces détachées... suspense... Le producteur de la starlette convoque alors un baroudeur spécialiste de ce genre d’affaire, un type à qui on ne la fait pas, un dénommé Peter Weston auquel ce bon vieux multirécidiviste d’Al Cliver prête son inexpressivité légendaire. Nonchalant, moustachu, le brushing blond imperturbable, Al (de son vrai nom Pier Luigi Conti) est un habitué de Franco (« Mondo Cannibal » avec Sabrina Siani) et sera une figure marquante du post-apocalyptique italien des grandes heures (Nexus, le chef barbu de la centrale nucléaire de « 2020 Texas Gladiators » de Joe D’Amato – où il retrouve Sabrina – ou encore le héros taciturne du film « Le Gladiateur du Futur » du même D’Amato, décidément obnubilé par les jeux du cirque). Ici, visiblement peu motivé par ce qu’on lui fait jouer, il assure le strict minimum syndical. Heureusement, comme le reste du casting (et notamment les ravisseurs) en fait des tonnes, ça compense.





Al Cliver, mercenaire le plus neurasthénique du monde (Merci Jack Tillman !)


Ordre est donc donné à Peter de récupérer la fille sur la petite île où elle est retenue, de préférence sans avoir à payer la rançon. Pour l’aider, il embauche un pilote d’hélico, vétéran du Vietnam hanté par la vision de ses camarades morts au combat (retenez bien ce fait car on aura droit à plusieurs minutes d’explications quand aux cauchemars et aux angoisses du pilote... qui ne serviront à rien dans le film car on ne reviendra plus du tout dessus après !) et prend contact avec une émissaire des ravisseurs qui lui explique la marche à suivre. Grâce au Rôdeur, j’ai pu reconnaître sous le pseudo très porno-star (ou spice girl) de Victoria Adams, la vamp de l’émission « La Classe » : Muriel Montossey, grande habituée des nanars de Franco, et qui allait connaître la gloire (hum hum) au côté de Bezu et d’El Chato. Les hasards d’une carrière...



Al Cliver dans "Astérix chez les cannibales".


Pendant ce temps, les ravisseurs s’emmerdent en attendant la rançon (et ils ne sont pas les seuls... bon Dieu où j’ai foutu ma télécommande...). Pour s’occuper, le chef viole la starlette sous l’œil égrillard de la dame de compagnie tandis qu’un des complices se plaint des tambours qu’il n’arrête pas d’entendre et qui vont le rendre fou. Et c’est là qu’on réalise ! Ces ballots-là ont été se cacher sur l’île de la tribu cannibale (déjà une île, super bonne idée pour s’échapper facilement). D’ailleurs les joyeux anthropophages viennent d’être réveillés par le bruit de l’hélicoptère de Peter qui arrive pour le paiement de la rançon.



Vous êtes marrant vous, faut bien s'occuper quand on est coincé sur une île.


Bien évidemment, lors de l’échange, tout le monde truande tout le monde, les billets sont faux et les ravisseurs tirent sur tout ce qui bouge (il faut voir Al Cliver faire des galipettes et des roulades sur la plage pour échapper aux balles ! Hallucinant !). Dans la confusion, la starlette s’enfuit dans la jungle. Les héros tentent de s’esquiver mais l’hélico est touché, ils n’ont que le temps de plonger à la mer, l’appareil s’écrase sur l’île (le coup classique : l’hélico passe derrière une colline et on fait sauter trois pauvres bidons d’essence, sauf que là le plan de coupe n’est pas filmé avec les mêmes filtres et que soudain le ciel bleu devient gris !). Ravisseurs et gentils vont désormais tenter de retrouver la starlette, qui se fait bien entendu attraper par la tribu. Le monstre, entre temps, se met en devoir d’éliminer les 3 /4 du casting, ce qui nous vaut quelques éléments rigolos :

Un des ravisseurs se fait décapiter par le cannibale. Pour simuler un tel effet, Franco filme la tête du gars en gros plan, sauf qu’on voit bien que l’acteur a le corps caché sous les feuillages ! Un peu plus tard, il va bouffer la félonne dame de compagnie de la starlette : celle-ci ayant été surprise par les gentils, elle a été enchaînée là où ils gardaient la fille. Lorsque le grand Noir attaque, on s’aperçoit qu’elle a juste les poignets enroulés dans les chaînes, la production n’ayant probablement même pas pensé à acheter des bracelets !



Les poignets tout juste enroulés dans la chaîne et pourtant, impossible de s'en dépêtrer...


Peter et son pote découvrent le bateau avec lequel les ravisseurs prévoyaient de prendre la fuite, avec dedans l’émissaire des kidnappeurs (mais si, souvenez-vous, je vous en ai parlé il y a trois paragraphes... non mais si vous suivez pas faut le dire parce que si c’est comme ça moi j’arrête... bon ça ira pour cette fois.) Celle-ci est en petite culotte (ah ça y est, tout de suite ça vous intéresse à nouveau... vous voyez comme vous êtes...), raconte qu’elle a été forcée par les méchants à servir d’intermédiaire et à prêter son bateau et puis que sur l’île, y a une tribu de primitifs qui vénèrent un horrible monstre qui viole les jeunes vierges avant de leur dévorer le cœur. Comment peut-elle le savoir me direz-vous ? Je vous répondrai que je n’en sais rien et que le scénariste non plus mais que ça ne l’empêche probablement pas de dormir.



Victoria Adams alias Muriel Montossey. Au moins elle a eu une carrière en dehors du nanar (quoique...)


Peter décide donc d’aller retrouver la starlette dans la jungle et laisse le pilote batifoler avec l’émissaire en petite culotte sur leur bateau. Dès que le héros a le dos tourné, on a de nouveau des plans en vision subjectives du monstre : celui-ci a repéré le bateau et en profite pour aller en tuer les occupants à grands renforts de geysers de sang orange. Au passage, au détour d’un plan, alors qu’on est toujours en vision subjective (flou, respiration lourde et grognements...), on entrevoit le monstre lui-même (eh oh, ça devient n’importe quoi le montage !), monstre dont on s’aperçoit au passage… qu’il porte un slip de bain !



Qu'est ce qui est le plus affreux Muriel ? Fabrice ou le monstre cannibale ?


Peu de temps après a lieu sur la plage une bagarre entre Peter et le chef des méchants. Celle-ci est bruitée à la bouche et à la bassine : en effet je ne peux pas croire que les flics-flocs pitoyables, quand le gentil fracasse la tête du méchant sur des rochers à fleur d’eau, soient d’origine.

Revenons sur la starlette : celle-ci se réveille nue dans la tribu des sauvages, au milieu de trois prêtresses à poil qui la caressent avec des fleurs des champs. Aussitôt elle se met à hurler. On la prépare pour le sacrifice, baignade nue collective sous une chute d’eau, danse nue au son des tam-tams, puis on attache la fille nue à un arbre. Pour les besoins de cette chronique, j’ai repassé plusieurs fois cette scène, si c’est pas de l’abnégation.

Le monstre arrive et là, curieusement, au lieu de la boulotter sur place comme toutes les autres, il s’empare de la starlette évanouie dans une pose très Frankenstein (quoiqu’on en dise Franco respecte ses classiques) et s’en va se balader jusqu'à une falaise.



Quoi qu'on dise, un respect certain pour une imagerie traditionnelle.


Peter arrive alors (bien que le monstre soit visiblement arrivé à sa falaise bien tranquillement par un petit chemin, Peter préfère lui se débarrasser de son arme et grimper en rappel !) et entame un combat avec le monstre. Au passage, chose rarissime, Jesus, qui pense à son public féminin, nous montre le zguegue du grand noir (fort bien pourvu en la matière, il faut l’avouer). Voilà ce qui arrive quand on oublie son slip de bain...



Des effets chocs assez artisanaux...




Ceci est sensé être une tête décapitée


La toute fin du combat est un authentique monument de nanardise : après une succession de coups super mollassons accompagnés de bruitages parmi les plus pitoyables jamais entendus, Peter se retrouve suspendu à la falaise, avec un monstre qui essaie de le faire tomber. Il ramasse alors une branche et la plante dans la bouche du Noir, qui tombe... sauf qu’on voit très bien que c’est le cannibale lui-même qui, tenant la branche de l’autre côté, se la plante consciencieusement dans le maquillage !

La prêtresse, en transe, meurt avec le monstre. Quand au reste de la tribu, contemplant le corps du cannibale, elle préfère abattre son totem à l’effigie du monstre et se convertir au végétarisme. Peter, Laura et leur sac de 6 millions de $ peuvent donc partir en s’exclamant : « Bien content que cette histoire se termine » (et moi donc...).



Ca se termine bien finalement.


Alors faisons le bilan : les filles sont jolies et n’hésitent jamais à se mettre à poil, les acteurs surjouent avec enthousiasme, Jésus Franco nous régale de ses effets de caméras (zooms agressifs, flous grotesques) et surtout nous prouve qu’on peut faire un film pour moins de 1000 € en 3 jours. Pas un bon, certes, mais on peut...

Et le pire c’est que pendant que je rédigeais cette chronique, Franco a probablement eu le temps de tourner encore deux ou trois de ses chefs-d’œuvre...





Rico
Rico

Chasseurs d'Hommes
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Cote de rareté

Etonnement, alors qu’Eurociné a réussi l’exploit de ressortir en kiosque des titres aussi pitoyables que « Terreur Cannibale » ou « Mondo Cannibale », il n’a pas, dans sa lancée, réédité ce titre qui n’aurait pourtant pas dépareillé. Une édition DVD allemande (avec juste la version dans la langue de Goethe et de Rammstein) a tout de même été pressée chez "Laser Paradise" dans une "Blood collection" qui ne doit pas contenir "Mary Poppins". En vidéo, le terrible sens commercial des Lesoeur a fait son œuvre puisqu’on ne compte pas moins de 6 éditions différentes du film !





On remarquera quand même tout l’art du copier/coller dans les hélicos et la tête du personnage des deux jaquettes.


Tout d’abord sous un visuel très exotique (je me demande où ils ont été cherché ce guépard) chez « Mercury International Production » et chez « Select » sous le nom de « Chasseur de l’enfer », puis chez « Vidéo 5 » et « D.E.C. » sous une présentation ramboesque. Enfin sous des jaquettes plus classiques chez « Interfilms Production Video Distribution » en Suisse et « Century Stars » en France (grands pourvoyeurs du catalogue "Eurociné" en vidéo).









Un dernier mot Ursula ?

"- AAAAAAAAhhhhhhhhhhhhhh!!!!!!!!!!"

Merci Ursula.
Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

Affiches en plus

VHS québecoise.
VHS québecoise.