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Le Congrès des belles-mères

  • Titre original : Le Congrès des belles-mères
  • Réalisateur : Emile Couzinet
  • Année : 1954
  • Pays : France
  • Genre : En ce temps-là, on savait rire, Môssieur ! (Catégorie : Comédies pouet-pouet)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : Jeanne Fusier-Gir, Pierre Larquey, Simone Max, Georges Rollin
Note :
3
Nikita
Nikita

Chronique

Article de presse retrouvé dans un grenier :




LA GAZETTE DES CHAUMIERES (décembre 1954)



La rubrique culture de Jean-Gaston Lacroute.

Cette semaine, cinéma : « Le Congrès des belles-mères » (projection lundi prochain dans la grange du père Mufflard à Promizoulin-les-deux-étangs).




« Tonton-ton-thé-t’a-t-il-oté-ta-toux ? » répliquait volontiers ma mère quand on lui parlait du Président Félix Faure. Cette manière essentiellement française de prendre les choses les plus sérieuses avec une piquante désinvolture, je l’ai retrouvée avec plaisir dans la nouvelle œuvre cinématographique de Monsieur Emile Couzinet, le sympathique réalisateur girondin justement apprécié du public populaire et familial. Après « Ce coquin d’Anatole », « 3 Vieilles filles en folie » et « Le Curé de Saint-Amour », Couzinet s’affirme comme l’une des valeurs sûres d’un humour français sain et de bon aloi, idéal pour la saine détente du travailleur et de la ménagère. C’est au sujet grave du bouleversement des mœurs et de l’inversion des valeurs que s’attaque ici le cinéaste et il le fait avec son habituelle verve de turlupin gai luron.











Jeanne Fusier-Gir







J’aurais bien voulu vous faire moi-même un résumé mais j’avais perdu mes lorgnons et donc, pour suivre le film avec précision et lire le programme, c’était macache bono bézef. Heureusement, j’avais emmené ma nièce, qui m’a aidé à résumer le film. L’action trépidante du « Congrès des Belles-mères » prend place à Courtebise, village dont la paisible vie se trouve perturbée par les actions d’une association féminine menée par la Baronne locale (Jeanne Fusier-Gir).





Un flash-back avec le Baron, décidément pas difficile.




Ancienne femme de chambre enrichie par son mariage avec feu le châtelain, la Baronne de Courtebise a fondé une véritable ligue gynocratique destinée à permettre aux belles-mères du Canton de dominer à la maison les hommes en général et leurs gendres en particulier, ce qui nous vaut quelques scènes hilarantes où mari et gendre font la vaisselle pour se faire, en cas de rébellion, terrasser par la matrone en quelques prises de judo. C’est décidément le monde à l’envers et le spectateur ne manquera pas de succomber à une rafraîchissante hilarité.









Fort heureusement, certains hommes résistent, comme le jeune gendre de la Baronne et le Maire (Pierre Larquey), ancien soupirant déçu de la châtelaine. La Baronne, qui a sous sa responsabilité sa fille et la fille de feu son époux, voit d’un mauvais œil la romance entre cette dernière et un garçon du coin : la majorité et le mariage de sa belle-fille risquent en effet de la priver d’une partie du patrimoine qu’elle a accaparé grâce à la complicité de son notaire.





La belle-fille de la Baronne et son soupirant.





La demi-soeur, dans une scène très hot pour l'époque.




Elle va donc à la fois tout mettre en œuvre pour empêcher sa pupille de se marier et tenter de prendre le pouvoir dans la commune en défiant le maire aux élections municipales. Les femmes au pouvoir ? Allons bon, déjà que ce jeune inconscient de Général de Gaulle leur a donné le droit de vote (on n’aurait pas vu ça du temps du bon Président Doumer) et qu’elles prétendent donner leur avis sur la marche du monde, faudrait aussi qu’elles viennent nous commander à la mairie ! Mais comme disait mon vieux copain le Révérend-Père Deloche, « Femme en culotte, pas d’ça mon pote ! » et c’est avec joie et gaillardise que le pote Couzinet nous remet à leur place les rombières et chaisières un peu branques qui venaient nous escagasser les esgourdes et je peux garantir à tous mes lecteurs qu’on se dilate bien la rate, tout en restant dans un esprit sain et rafraîchissant.





Paf ! C'est encore le majordome qui prend les assiettes sur la tête !





Le Maire (Pierre Larquey)



LA CHANSON DES BELLES-MERES :







Ah, les belles-mères, ah les belles-mères

C’est la bonté, c’est la pureté !

On a beau leur faire des misères,

Elles n’disent rien, elles font tout bien !

Car pour prêcher l’amour, pour embellir les jours,

Des belles-mères y’en aura toujours !




LA CHANSON DES GENDRES : (en écoute sur notre radio-blog)





Ah, les belles-mères, ah les belles-mères

C’est des poisons, c’est des faux-jetons !

Elles sont la cause de nos misères,

On le sait bien, on n’y peut rien !

Car comme les puces les rats et puis le choléra,

Des belles-mères toujours y’en aura !




Couzinet nous régale d’une série de bons mots qui feraient pâlir de jalousie jusqu’à Sacha Guitry. Par exemple, cette scène de dispute entre un gendre et sa belle-mère, cette dernière refusant d’entendre ses arguments : « Que vous faut-il donc pour vous avouer vaincue ? » « Vingt culs ? Pas davantage ? » Et je ne parle pas des répliques comme « Vous ne m’avez pas crue, et maintenant vous êtes cuites ! » ou « Elles ont du culot, mais nous garderons nos culottes ! ». Je ne m’étais pas esclaffé comme ça depuis la fin de mon abonnement au « Charivari ».





Le tract des belles-mères : « L’expérience a prouvé qu’à l’âge mur, la femme se virilise et se place au sommet des valeurs civiles et morales. Tout au contraire, l’homme qui vieillit se rapetisse, témoin monsieur le Maire, qui est gâteux. Quant aux freluquets nos gendres qui prétendent nous en imposer, nous disons qu’ils sont tout au plus dignes de nous cirer les bottes et de torcher les marmots. Nos gendres sont des lavettes et nous voulons le prouver ! »










Baston dans la salle du conseil municipal ! Heureusement, les femmes ont peur des souris (c'est génétique).




Evidemment, comme j’avais été obligé d’emmener ma nièce, qui est une petite zazou existentialiste de Paris, j’ai eu droit à une sérénade de reproches, m’assurant que le film était « odieux », « rétrograde » et « misogyne ». Allons bon, encore une qui a trop lu Simone de Beauvoir. Qu’est-ce que les jeunes viennent nous enquiquiner, je vous le demande, mes chers lecteurs ?





Tandis que les belles-mères perfectionnent leur judo...





...gendres et maris s'initient au catch pour leur résister.




LA SECONDE CHANSON DES BELLES-MERES :





Qui devra se montrer sage, soumis et respectueux ?

C’est eux, c’est eux, c’est eux !

Qui dirigera le ménage et dépensera tous les sous ?

C’est nous, c’est nous, c’est nous !






Qui lavera les culottes et fera cuire le pot-au-feu ?

C’est eux, c’est eux, c’est eux !

Qui ira faire sa belote et boira de bons p’tits coups ?

C’est nous, c’est nous, c’est nous !






Qui donc torchera les mioches, sur une fesse et même les deux ?

C’est eux, c’est eux, c’est eux !

Qui s’ra général d’armée, avec des galons partout ?

C’est nous, c’est nous, c’est nous
!





Qui de janvier à décembre tricotera au coin du feu ?

C’est eux, c’est eux, c’est eux !

Qui siègera à la Chambre et n’fichera plus rien du tout ?

C’est nous, c’est nous, c’est nous
!




Ma pimbêche de nièce ferait mieux de prendre exemple sur les jeunes sympathiques et charmants qui prennent le parti de la fraîcheur et de la morale, c’est-à-dire de leurs maris et de leurs pères, contre la subversion féministe incarnée par leurs belles-mères. Et d’ailleurs, les belles-mères sont toutes vieilles et laides, c’est bien la preuve qu’elles ont tort ! Couzinet aurait même pu s’abstenir de faire de la Baronne une voleuse d’héritage pour la rendre encore plus méchante, car le personnage était suffisamment burlesque comme ça. Mais pour faire entendre raison à ma nièce, va te faire lanlaire. Voilà qu’elle m’a dit qu’elle voulait lancer elle aussi sa liste aux élections cantonales. Mais ma pauvre Cécile, lui ai-je dit, tu ne pourrais même pas te faire élire présidente du club de tricot ! Non mais franchement, on s’inquiète en voyant la réaction de certaines jeunes femmes : même une comédie énergique et bien sentie comme celle d’Emile Couzinet n’arrive pas à leur faire entendre raison sur le ridicule de la soi-disant libération des mœurs. Franchement, pourquoi pas une femme ministre ou un nègre qui présente les actualités radio-diffusées ?





Un gendre se travestit pour infiltrer le clan des belles-mères.







Le Maire contre-attaque en faisant venir de vraies femmes au village !




Il est en tout cas très agréable de retrouver des comédiens comme Jeanne Fusier-Gir et Pierre Larquey, bien meilleurs ici que quand ils tournent avec des cinéastes trop intellectuels comme Sacha Guitry ou subversifs comme Henri-Georges Clouzot. Mon collègue de la rubrique nécrologique me dit que c’est parce qu’ils ont des impôts à payer et qu’on mange bien sur les tournages de Couzinet qui est aussi restaurateur, mais c’est un grincheux qui n’aime pas les films divertissants (au vu de son métier, on le comprend).







La fanfare de la milice des belles-mères.




En tout cas, n’hésitez surtout pas à venir vous esbaudir devant le nouveau film d’Emile Couzinet : quelque chose me dit que dans vingt ans, on n’aura plus guère d’humour de cette qualité ! C’est quand même autre chose que ce cinéma d’apaches et de zazous que veulent nous imposer les parisiens et les étrangers. Comme le dit le slogan de toutes les comédies de Couzinet, « On y rit…on ira ! »



Addendum de Rico :




L'argument du film ressemble fortement à « L'assemblée des femmes », une pièce d'Aristophane écrite au Vème siècle avant J-C, où l'auteur imagine que les femmes, déguisées en hommes, menées par une harpie nommé Proxagora, prennent le pouvoir à Athènes et veulent renvoyer les hommes aux tâches ménagères, en les obligeant également à honorer toutes les femmes, en commençant par les plus laides. Evidement, cela se terminera en fête, car tout ça n'était que comédie. Ca faisait beaucoup rire il y a 25 siècles mais, déjà, les critiques notaient que ce n'était pas la meilleure pièce d'Aristophane...





Nikita
Nikita

Le Congrès des belles-mères
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Les notes des membres

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avatar de LeRôdeur LeRôdeur : 1.5
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avatar de Wallflowers Wallflowers : 4

Cote de rareté

Comme un nombre incalculable de rogatons du cinoche de notre beau pays, le film a été réédité en vidéo par René Château Vidéo dans sa collection « La Mémoire du cinéma français ». Pas encore de DVD, mais vous pouvez acheter encore la VHS sur le site de l’éditeur : 18€ dans les dents ! Bah oui, bande de sales jeunes, le patrimoine n’a pas de prix !



Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

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