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Le Couteau Sous la Gorge

  • Titre original : Le Couteau Sous la Gorge
  • Réalisateur : Claude Mulot
  • Année : 1986
  • Pays : France
  • Genre : Giallo d'en bas (Catégorie : Crimes et délits)
  • Durée : 1h27
  • Acteurs principaux : Brigitte Lahaie, Alexandre Sterling, Jean-Pierre Maurin
Note :
1
Shimano
Shimano

Chronique





Le milieu des années 80 a vu fleurir en France un certain nombre de films policiers de seconde zone. Ces films, généralement à faible budget, sont bien souvent l'oeuvre de réalisateurs de films X des années 70 qui ont cherché à tourner la page. Citons entre autres « L'Exécutrice » de Michel Caputo, « Brigade des Mœurs » de Max Pécas, « Police des Mœurs » de Jean Rougeron où encore « S.A.S. à San Salvador » de Raoul Coutard. Claude Mulot n'est pas de ceux-la. Cet excellent ami de Max Pécas (dont il a écrit plusieurs scénarii), par ailleurs ancien du X (Frédéric Lansac, vous connaissez ?), se démarque et se lance dans un genre peu répandu en France mais bien implanté en Italie : le giallo. Et oui... Claude n'a pas peur, les Ritals n'ont pas le monopole, il faudra compter sur lui désormais. Hélas, ce giallo à la française ne connaîtra jamais d'essor, Mulot décédant tragiquement d'une noyade un an après la réalisation de son film. Retour sur « Le Couteau sous la Gorge », ce précurseur éphémère.







Avant d'entamer un survol de ce film, il est bon de se pencher sur ce genre totalement à part qu'est le giallo. Signifiant « jaune » en italien, le nom vient de la couleur donnée à une collection de romans policiers très prisés en Italie. Initié au cinéma par Mario Bava, le giallo est popularisé par la suite par son fils Lamberto, Lucio Fulci et surtout Dario Argento. Mélange de suspense, de fantastique et d'épouvante, le giallo met généralement en scène un tueur qui traque l'héroïne dont il décime l'entourage. Il tue à l'arme blanche et, détail important, ne doit pas être indentifiable avant la fin du film, évidemment. Reste à Claude Mulot à reprendre ces codes, et le film sera une réussite totale, mais y parviendra-t-il ?



Se fiant aux dires de la jaquette, le spectateur lambda sent qu'il va passer un bon moment de cinéma. En plus, Claude Mulot oblige, on aura droit à des plans nichons, sans toutefois tomber dans le film érotique. Nous sommes sur les traces de Dario Argento, pas de Just Jaeckin ! Fidèle au giallo, le film nous relate les aventures d'une jeune femme mannequin qui vit une véritable psychose. Traquée par un tueur, elle voit son entourage disparaître jour après jour. Aucun personnage n'étant très clair (héroïne comprise), la liste des suspects est longue et confuse. Heureusement, l'éditeur du film a eu la magnifique idée de raconter quasiment tout le film, en dévoilant le nom des victimes et en allant même jusqu'à dire qui est le tueur ! Elle est pas belle la vie ?





Après la flying jaquette, la jaquette spoiler ! Heureusement, elle ne décrit pas le quart d'heure final...





Claude Mulot est fier de son équipe, et il y a de quoi :





Claaassse...




Florence Guérin (Catherine Legrand) : L'héroïne, la première raison qui m'a poussé à regarder ce film. Son dernier premier rôle dans le cinéma français. Elle connaît bien Claude Mulot, qui la dirigée dans « La Venus Noire », un film érotique de 1983. Sans langue de bois, elle éclipse les autres acteurs. Cela n'est pas bien difficile puisqu'elle joue 90% des scènes (ceci dit c'est l'héroïne). Elle fait tout dans ce film : elle mange, elle dort, elle enfile son pyjama Mickey, elle fait des cauchemars, elle téléphone, elle se douche... Le film est un joli prétexte pour étaler ses belles formes.





Claaassse...




Brigitte Lahaie (Valérie Landis) : La patronne de l'héroïne, la deuxième raison qui m'a poussé à regarder le film. A l'instar de Florence Guérin, elle a aussi déjà tourné sous la direction de Claude Mulot en 1976 et 1980, dans, euh… « Jouissances » et « Les petites écolières », deux petits films sympathiques mais dont les chroniques ne sont hélas pas prévues ici. Mais bon c'est du passé tout ça, et pour Mulot aussi, ces deux repentis tentent désormais de s'ancrer dans le cinéma traditionnel.





Pas Claaassse...




Jean-Pierre Maurin (J-B) : Le photographe, la troisième rai... euh non, en fait je m'en serais bien passé de celui-là ! Boiteux et alcoolique, il contribue au côté malsain du film. Il est franchement lourdingue, sale, vulgaire, mais comme il sait bien faire des photos, Valérie Landis l'a employé. A noter qu'il s'agit du grand frère de Patrick Dewaere, dont le vrai nom est Maurin [Note du Rôdeur : beaucoup l'ignorent, mais le vrai nom de Patrick Dewaere n'est pas Maurin. Il s'appelait Bourdeau (Jean-Marie), Maurin étant le nom de sa mère (Mado Maurin) et Patrick son deuxième prénom. Il a débuté dans le métier, à l'âge de 4 ans, sous le nom de Maurin mais c'était déjà un "pseudo". Il a ensuite changé pour De Waere qui était le nom de sa grand-mère belge]





Accepteriez-vous de m'accorder une interview, c’est pour Nanarland… Non ? Tu ne sais pas ce que tu rates...




Natasha Delange (Florence Guerland) : La copine mannequin de l'héroïne. Pas grand chose à dire, si ce n'est qu'elle ne joue pas très bien ; du reste c'est son seul film. Qui est-elle, d'où vient-elle ? Impossible de retrouver sa trace. Vous remarquerez au passage le nom de son personnage, Florence Guerland, qui a une syllabe près donne Florence Guérin (ça ne vous intéresse pas ce que je vous dis ?).



Si vous avez bien lu la jaquette, vous savez donc qu'ils meurent tous, à l'exception de Florence Guérin (pas Guerland !), il ne reste donc qu'à présenter le tueur...





Premier film à 14 ans, dernier film à 20 ans...




Alexandre Sterling (Nicolas Béraud) : Le seul qui paraissait clean, trop clean. C'est donc lui, l'homme qui réconforte, et qui accessoirement tue. La dernière fois que j'ai vu Alexandre Sterling à la télé c'était lors de la promo de la sortie de « La Boum » en DVD prestige, où les protagonistes étaient réunis 20 ans après. Alexandre Sterling jouait Matthieu, le petit copain de Vic. A l'inverse de Sophie Marceau, sa carrière est partie en quenouille puisque depuis « Le Couteau sous la Gorge », plus rien, si ce n'est des disques qui font le bonheur de bide-et-musique.com.





Le premier flirt de Sophie Marceau, qui sait bien les choisir !






En bas à droite ce n'est pas Christophe Lambert, mais bien Alexandre Sterling pour la photo anniversaire.






Il est beau hein ?




Sinon, en vrac, une galerie de personnages pas nets présents dans le film :





Le gardien du cimetière. Signes particuliers : surjoue pas mal.






La concierge, qui à l'inverse sous-joue.






Mieux que le bobo, le obob : un bad boy sapé comme un bourgeois.




L'histoire débute une nuit, dans les rues parisiennes. Catherine Legrand court à toute allure, à en faire pâlir Maurice Greene. Elle se trouve poursuivie par des agresseurs, et se dirige donc vers le commissariat. Le problème, c'est que les policiers ne la croient pas et lui rient au nez. En effet c'est une mythomane, car personne ne la suivait. On voit donc Florence Guérin déambuler durant 3 minutes à demi-nue, ce qui au vu de sa vitesse équivaut à la traversée totale du 19ème arrondissement. Quelque chose nous dit que le film va traîner en longueur.





Bonsoir Madame, que puis-je faire pour vous ?






Commissariat en mousse.




Le côté mythomane de l'héroïne semble seulement présent pour renforcer la touche "trash" du film. Ainsi, le soir, elle rêve (enfin façon de parler) de viols fictifs dont elle est victime. Car la trame du scénario est ailleurs, heureusement.





Mon Dieu ! Une séance photo dans un cimetière !




Voici la véritable histoire : le photographe J.B et sa patronne Valérie ont le goût des photos "choc". Vu leurs mines, les mannequins ne sont pas trop chauds mais bon... Le cadre de leur prochaine séance sera un cimetière. Alors que nos amis font tranquillement leur travail, un homme pète sa pile. Cet homme, c'est le gardien du cimetière. Il est furieux, choqué, bref... il va commettre un massacre !





Ca va ? T'as pas l'impression d'en faire un peu trop ?




Ainsi, le lendemain, il passe à l'action et au terme d'une course poursuite époustouflante, tue Florence Guérin. Je sais, c'est trop facile. Ok, en fait il s'est planté et tue une fille qui lui ressemble. Blasé, il se tue, en se jetant sous un camion. Faute de mannequin en mousse, il se jette à côté, mais ne vous attardez pas sur ce genre de détails, il est présumé mort, ok ?





Manquerait plus que le matelas apparaisse à l'écran...




Maintenant référez-vous à nouveau au dos de la jaquette et vous pourrez suivre la suite du film dans des conditions optimales. Enfin, après 20 bonnes minutes, le film est lancé, le tueur va pouvoir traquer sa proie tranquillement.





Pour l'anecdote, les photos décorant la chambre n'ont pas été faites pour le film. Ce sont simplement des extraits des magazines « Lui » pour lesquels Florence Guérin posa.




Celui qui n'a pas lu la jaquette pourrait se prendre au film, bien qu'il aura alors bien du mal à saisir la première demi-heure, au vu de la pléthore de types pas nets rencontrés par l'héroïne. Heureusement le jaquette n'établit pas le lien entre le gardien du cimetière et les raisons qui poussent le tueur à semer la psychose. Car oui, c’est un gros psychopathe. La preuve, il harcèle Catherine au téléphone : « Tu dois savoir que je me sers de tes photos comme d'un kleenex ! » Oohhh... Tout ceci n'est pas très convivial !



* Florence Guérin répondant nue au téléphone, ne comptez pas sur moi pour illustrer la scène…







** désolé, j’ai subi des pressions…



Cependant, il n’est pas question ici de slasher, n'oubliez pas que le film se prétend héritier du giallo. Le rythme n'étant finalement pas aussi soutenu que chez Argento, malgré une musique riche en percussions (quelque chose d'horrible, proprement inimaginable !), il faut donc meubler. Vous verrez donc :



Alexandre Sterling qui nettoie la salle de bain.







Le photographe qui picole (mais pourquoi s'appelle-t-il J.B. ? Jacques-Benoît ? Jean-Boubacar ?).







Florence Guérin qui mange.







Une traversée de Paris en voiture.







Brigitte Lahaie qui fait des cadeaux.







La concierge qui taille une haie sans feuillage.







Florence Guérin en cagoule.







Un robinet qui coule.







La copine qui tricote (amusant lorsque l'on sait que Brigitte Lahaie et Florence Guérin adoraient tricoter sur les tournages).







Florence Guérin qui se promène.







Brigitte Lahaie qui prend un bain (un meublage plus salutaire).







Par ailleurs, je tiens à insister sur l'atmosphère à vocation malsaine qui règne tout au long du film.



Séance de photos dans une décharge, sans doute avec des figurants récupérés sur « Le Lac des Morts Vivants » :







Ne faites pas comme moi, ne vous attardez pas sur les détails. La Peugeot 305 du commissaire est la même que celle des agresseurs fictifs de l'héroïne. Et alors ?







Le couple de l'année. Le type en question est l'ex de Catherine Legrand. Il a besoin d'argent et ne sais pas trop comment en demander.







Le commissaire qui fume dans une chambre d'hôpital. C’est du propre !







Tout ceci nous faire alors réaliser que non, définitivement non, nous ne sommes pas dans le giallo, mais tout simplement dans l’univers trop familier du polar fauché qui veut choquer.



Au bout du compte, « Le Couteau sous la Gorge », demeure un film à voir pour les fans (des corps) de Brigitte et Florence, un nanar policier pour le reste, mais en aucun cas un digne successeur du cinéma d'Argento, de Bava et consorts. Outre les raccords foireux, l'éclairage pauvre et la musique bien lourde, on touche le fond niveau performance des acteurs exception faite du tandem Guérin-Lahaie, qui sera reconduit dans « Les Prédateurs de la Nuit » de Jesus Franco deux ans plus tard. Brillant aux pôles extrêmes de la médiocrité, les autres acteurs surjouent ou sous-jouent. Sans cela, et avec une mise en scène plus soignée, le film aurait sans doute fini navet. Retirez les séquences de flash-back et les rêves de l'héroïne, et le film tient en une heure ! Mais grâce à un meublage pertinent, des séquences de remplissage tournées dans une bonne quinzaine d'endroits différents, l'ennui ne m'a pas atteint (appréciation à tempérer si l'on n'aime pas les acteurs du film).





Un curseur en forme de couteau de toute beauté, sans doute réalisé avec Paint.




Le nanar français étant surtout reconnu pour ses comédies (auquel Claude Mulot aura quelque part contribué grâce à sa collaboration avec Max Pécas), le nanar policier, bien plus rare, reste digne d'intérêt, mais dans le cas du « Couteau sous la Gorge », ne mérite vraiment pas plus.





La jaquette italienne, qui recycle des photos promos pour "Le Déclic" sorti un an plus tôt.






Shimano
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Le Couteau Sous la Gorge
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Cote de rareté

Edité en DVD deux fois par "Fravidis" en 2005, dont en pack 2 DVD avec « L'Exécutrice » de Michel Caputo avec Brigitte Lahaie. Vendu en kiosque. La qualité de l'image est franchement médiocre.





Pour les plus gourmands...




Attention de ne pas le confondre avec ce film de 1955...



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