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La Croce dalle sette pietre

  • Titre original : La Croce dalle sette pietre
  • Titres alternatifs : La Camorra contro il lupo mannaro, The Cross of the seven jewels, Talisman
  • Réalisateur : Marco Antonio Andolfi
  • Année : 1987
  • Pays : Italie
  • Genre : Voir Naples et mourir de rire (Catégorie : Epouvante)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : Gordon Mitchell, Marco Antonio Andolfi, Annie Belle, Zaira Zoccheddu
Note :
3
Nikita
Nikita

Chronique

(Traduction littérale : La Croix aux sept pierres)




Ce qu’il y a de bien avec la quête de nanars, c’est qu’on tombe régulièrement sur des monstruosités qui éclipsent sans peine les précédents records de nullité. Une des premières chroniques du site, « White Fire », se demandait si Jean-Marie Pallardy était un riche amateur de cinéma qui aurait voulu financer son propre film. Maintenant que nous savons que JMP est un cinéaste tout à fait professionnel et que nous avons vu infiniment pire que lui, le même genre de question peut légitimement se poser sur Marco Antonio Andolfi, qui, avec « La Croce dalle sette pietre » signait à la fois son unique film comme réalisateur et le tréfonds du nadir du fond de la poubelle du cinéma bis italien.







Œuvre démentielle d’un amateurisme à peine croyable, tentative invraisemblablement minable de film d’horreur napolitain, ce machin inqualifiable nous permet également d’assister aux derniers soubresauts de la carrière de Gordon Mitchell, tout en agitant les restes délabrés d’autres visages familiers du bis italien (Annie Belle, Giorgio Ardisson…). Si le titre de pire film d’horreur de tous les temps peut être l’objet de contestations, l’objet qui nous occupe remporte sans nul doute la palme du bricolage le plus approximatif.







Le film débute par une scène de messe noire ahurissante : un grand sorcier, interprété par Gordon Mitchell, mouline des bras en bramant du baragouin en faux latin pendant que des figurants hagards s’agitent dans tous les sens en simulant maladroitement une partouze. Surgit le démon invoqué par Gordon, sorte de vieille paillasse au visage de singe dégoulinant de ketchup.









Déééééémon !




S’ensuit ce qui se révèlera être une ellipse temporelle (la messe noire étant en fait un flash-back, bien que cela soit assez confus) : de nos jours, en Italie, un nommé Marco (joué par le réalisateur, sous le nom d’Eddy Endolf) rend visite à sa cousine de Naples.





Marco Antonio Andolfi, réalisateur/acteur/technicien des effets spéciaux. Qu’il soit béni !




Manque de bol, la métropole sudiste étant particulièrement malfamée, notre héros se fait rapidement voler par un individu à moto son – énorme – pendentif cruciforme, orné de sept bijoux (a-t-on idée, par ailleurs, de se balader à Naples avec un truc manifestement précieux bien en évidence sur la poitrine ?). Ce larcin semble particulièrement l’inquiéter, et il ne va pas tarder à mener une enquête dans les bas-fonds de Naples pour retrouver son voleur. Mais pourquoi cette croix lui tient-elle tant à cœur, au-delà de son éventuelle préciosité ? C’est ce que nous allons découvrir, après un premier quart d’heure assez poussif. Une fois la révélation passée, le ridicule le plus profond ne va pas cesser d’imprégner la moindre seconde du film.





Le tombeur de ces dames mène l’enquête.



La fameuse croix.




Ceux qui ont lu le sous-titre italien, « La Camorra contre le loup-garou », ont triché : notre homme est en effet… un loup-garou, que seule sa croix aux sept pierres empêche de se transformer à minuit ! L’histoire nous révèlera que Marco est en fait le fils du démon invoqué jadis par Gordon Mitchell, dont l’accouplement, au cours de la messe noire, avec une jeune adepte de la secte, a donné naissance à un enfant poursuivi par une malédiction.





Après « Le Retour du Jedi », Chewbacca en a été réduit à tourner du porno…







Sauf qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle malédiction, mais bien d’une malédiction à double épaisseur. Marco n’est pas seulement condamné à se transformer en loup-garou, mais en l’un des monstres les plus ridicules de tous les temps : il s’agit en effet du premier loup-garou à pilosité variable. Notre homme devient ainsi, à chaque transformation, un être tout nu, velu de la tête, des mains….et du zguègue (enfin, disons qu’il porte une touffe de poils à l’endroit stratégique). Bon, trêve de plaisanteries, passons aux images parce qu’il n’y a que ça pour vous faire réaliser l’horreur de la chose :



TRANSFORMATION !!!






















Les victimes du loup-garou fondent (ne me demandez pas pourquoi, c’est comme ça…)




Non content d’être un monstre grotesque, Marco est également un héros particulièrement piteux, qui passe l’essentiel du film à commettre des impairs souvent dramatiques. Ainsi, notre ami, désespéré de ne pas retrouver sa croix, va voir un orfèvre pour qu’il lui en confectionne une identique. A ceci près qu’il va réveiller l’orfèvre à minuit moins dix, la transformation ayant lieu à minuit ! De là à dire que le pauvre artisan ne va pas faire de vieux os…





Notons que l’acteur a du mal à garder son sérieux.




Marco, ne retrouvant toujours pas sa croix ni son voleur, décide d’aller voir le parrain de la Camorra plutôt que de se risquer à étriper un par un tous les orfèvres de Naples. Il ne se doute évidemment pas que la Camorra va trouver un peu suspect de le voir débarquer pour réclamer un bijou perdu et tenter de lui faire un mauvais sort. Bref, que dire ? Marco a vraiment de la mozzarella di bufala à la place de la matière grise.





Un sbire du Parrain, troublant sosie moustachu de Rowan Atkinson.




L’action du film est régulièrement interrompue par des visions/métaphores/flash-backs (rayez les mentions inutiles) totalement incompréhensibles dans un style que les mauvaises langues pourraient qualifier de pseudo-godardien : des scènes précédentes du film (notamment de la partouze) sont montées façon clip histoire de gagner du métrage, des hallucinations douteuses se succèdent, entrecoupées de plans de Gordon Mitchell faisant des grimaces à la caméra.











Puisque nous parlons de Gordon, il faut noter que son rôle est l’un des éléments les plus énigmatiques d’un film au récit pourtant très linéaire : la scène de la messe noire ayant eu lieu trente ans auparavant, ses apparitions lors des scènes d’hallucination semblent être des flash-backs ; mais non, nous découvrirons ensuite qu’il est bel et bien vivant dans le présent de l’action (mais sachant qu’il n’a pas vieilli en trois décennies), sans que son rôle nous soit expliqué en quoi que ce soit. Le réalisateur semble avoir bénéficié de Gordon Mitchell pour une journée de travail, et lui a peut-être demandé, une fois le tournage de la messe noire achevée, de marcher dans la rue en se laissant filmer : « Alors voilà, Gordon, tu regardes à gauche, puis à droite… Maintenant tu regardes la caméra et tu fais des grimaces… Oui, voilà, comme ça ! Maintenant fais-moi un rire satanique… Génial ! » Tout simplement effarant de ridicule nimportequouesque.









Festival Gordon !




Le film suit les tribulations de Marco cherchant à se libérer de sa malédiction, jusqu’à une conclusion dont le sens fait encore débat auprès de l’équipe de nanardeurs parisiens ayant pu admirer la chose. Le seul élément à peu près certain est que le final se situe au diapason d’une œuvre marquée du triple signe de l’improvisation, de la confusion et du crétinisme. Scène après scène, « La Croce dalle sette pietre » fait passer le spectateur de l’étonnement à la stupéfaction et de la stupéfaction à l’accablement, en passant par les spasmes nerveux, tant la bêtise nous saute au visage au rythme de 24 images/seconde.





Ici, Marco est allé consulter une voyante (oui, oui, elle reçoit ses clients dans cette tenue).





Ouéééé ! Du cul !




Pétrifiant d’amateurisme, d’une pauvreté esthétique piquant littéralement les yeux, le film fait figure de point extrême de la décadence du cinéma d’horreur italien, son côté « régionaliste » constituant une originalité qui ne le sauve en rien de l’idiotie la plus totale.







Après quelques recherches, il semble que Marco Antonio Andolfi ait effectivement été une personne assez fortunée, qui aurait gagné de l’argent dans la production de films. Gordon Mitchell disait avoir accepté de tourner le film « pour lui donner un coup de main » et parce qu’il trouvait amusant de jouer un personnage démoniaque.



On regrettera seulement un début franchement languissant, la mise en scène échouant à donner du rythme à une action « normale », sans loup-garou, ni hallucinations zarbies ni Gordon Mitchell. Mais le déclenchement de la malédiction signe le départ d’une action dont le crétinisme ne va pour ainsi dire pas cesser jusqu’à la fin, au rythme de transformations risibles et des initiatives du héros, toutes plus débiles les unes que les autres : « La Croce delle sette pietre » se positionne, malgré son dilettantisme un peu trop visible, comme un nanar des plus intéressants, constituant une aberration même dans le contexte d’une production italienne alors en complète déshérence. Allez-y voir, vous n’en reviendrez pas !





Nikita
Nikita

La Croce dalle sette pietre
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Cote de rareté

Jamais sorti en France, mal distribué en Italie même (où il ne semble être sorti qu’en VHS), le film a bénéficié d’une redécouverte grâce au développement des réseaux peer-to-peer et… à sa réédition en DVD au Japon, chez "Sony" ! Merci à nos amis nippons d’aider ainsi l’exception culturelle européenne !



Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation