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Cross Mission

  • Titre original : Fuoco incrociato
  • Titres alternatifs : Mafia Power, Combat Attack
  • Réalisateur : Alfonso Brescia
  • Année : 1987
  • Pays : Italie
  • Genre : Dict'acteur nanar (Catégorie : Guerre)
  • Durée : 1h26
  • Acteurs principaux : Richard Randall, Brigitte Porsche, Peter Hintz, Maurice Poli, Nelson de la Rosa, Anna Silvia Grullon, Alex Vitale
Note :
1.75
Kobal
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Chronique



L'affiche française pour la sortie du film au cinéma.




Voici encore un bel exemple de film uniquement disponible par l'achat compulsif à la jaquette la plus racoleuse. Non mais sérieusement, un homme d'affaires qui mâchouille une grenade ? Un Jack Lang bellâtre hurlant tandis que son pubis s'illumine ? Une cime d'arbre décimée par une explosion avec un saut Tarzan ? Bien sûr, nul n'est dupe, ça sent la flying jaquette les yeux fermés, et il suffit de les rouvrir pour en avoir confirmation grâce au légendaire sceau de la falsification, INITIAL. Mais reconnaissons que cela n'enlève rien à la qualité graphique du visuel et au talent de ces hommes de l'ombre qui s'échinent à illustrer des films dont ils ne connaissent pas le contenu réel. Une petite pensée pour eux, ça ne fait pas mal.







Comme le contenant n'est pas tout, il se trouve que le film à l'intérieur est une rareté sur notre territoire, trouvable dans une unique autre édition VHS sous son titre international, « Cross Mission ». Du Alfonso Brescia en plus, un réalisateur qui gagne à être connu parmi les amateurs de mauvaises bandes italiennes (« Supermen Contre Amazones », « Star Odyssey », « La Guerre des robots », excusez du peu). « Mafia Power » est ainsi l'écrin de « Fuoco incrociato », un actioner lambda, voire dzéta, comme on en produisait au poids de pellicule dans les années 80. Enfin si j'en parle, c'est qu'il n'est pas si banal que ça...





Le général Romero vous souhaite la bienvenue dans cette chronique. Veuillez déposez vos droits de l'homme à l'entrée.




A quel support scénaristique avons-nous affaire ici ? Un général dictateur sud-américain fait son fayot auprès de l'ONU en déclarant publiquement la guerre à la drogue, et en brûlant personnellement à la bombe incendiaire quelques plantations de chanvre et de coca, les fameux "champs de la mort". Mais dès qu'il a le dos tourné, c'est un autre visage que montre le général Romero : avide de pouvoir et de richesse, il organise d'une main la revente internationale de sa camelote, préparant le triplement de sa production, tandis que de l'autre main, il tente d'écraser une bande de révolutionnaires en goguette. Heureusement pour la démocratie et la vérité, Hélène, une incisive journaliste, ne se contente pas de la propagande dirigeante et décide d'investiguer, aidée par un (ex-?)collaborateur du bad guy...





On a beau travailler dans l'industrie de la dope, ça n'empêche pas d'être de sacrés petits filous.





Richard Randall est William Corbette (y'a un look-a-like Stuart Smith ou c'est moi qui le voit partout ?)




Cette situation typique du continent hispanophone permet à Brescia de mener tranquillement son film, ignorant les incohérences et autres confusions de son scénario pour placer avec facilité des scènes d'affrontement armé peu avares en mort de figurants cabotins mais dont malheureusement la répétition se fait ressentir. Qui connait le bonhomme et ses mollassonneries spatiales sait qu'il n'est pas féru d'un rythme de montage effréné, et globalement, on retrouve dans « Cross Mission » ces habituels coups de mou qui peuvent saper la témérité du spectateur. Mais rassurez-vous, ce n'est pas pour autant qu'il faut jeter ce métrage aux orties.





Hélène à la découverte des geôles sud-américaines.




Il serait en effet dommage de faire l'impasse sur la niaiserie amusante de notre journaliste, shootant tout ce qui bouge avec son appareil photo et n'hésitant par ailleurs pas à se prostituer pour obtenir une interview de Romero. Elle obtient ainsi une fragile liberté de circulation qu'elle met aussitôt à mal dans un grand moment de n'importe quoi. Rencontrant une fillette et sa poupée dans un bus, elle tombe immédiatement sous son charme enfantin et se laisse aller à lui caresser les cheveux en lui susurrant des petits mots doux. Mais drame, des rebelles détournent le véhicule pour échapper à un contrôle militaire, et rapidement les tirs fusent. La gamine, allongée sous notre héroïne, se prend par un ricochet impossible une balle perdue, et meurt instantanément, un peu de sang séché au coin de la bouche (une mort enfantine nanar, c'est assez rare pour être signalé). Ni une ni deux, Hélène oublie son devoir de non-ingérence et elle laisse la moutarde lui monter au nez avant de se saisir d'un pistolet mitrailleur pour canarder les troupes du général. Ce comportement a bien entendu des conséquences immédiates sur la faisabilité de son reportage.





La petite choute avant et après. Heureusement, sa peluche a survécu.




Quant à William Corbette, il passe sans transition d'agent d'une organisation criminelle partenaire de Romero à véritable leader révolutionnaire et humaniste réussissant à remotiver les troupes grâce à son charabia libertaire et idéaliste abscons, jusqu'à finalement devenir un improbable warrior des forêts qui s'offre le luxe d'une séquence montage à la Rambo à même de renvoyer John Matrix à la maternelle. Ses motivations demeurent floues jusqu'au bout, malgré une misérable tentative finale d'explication sur le pourquoi du comment (balancée en quelques mots au détour d'une phrase, sûrement rajoutée au script au dernier moment). L'acteur Richard Randall qui l'interprète, quasi-homonyme du mythique producteur, a la juste tête de l'emploi du mauvais acteur tout en étant physiquement peu crédible dans son rôle de pur de dur, ce qui n'aura hélas pas permis à sa carrière de s'élancer plus en avant après ce film.





Ça sent la raclée.





Je ne sais pas si c'est une bonne idée de se dessiner une cible sur le visage.




Les doublages s'offrent le luxe de donner dans la vulgarité gratuite ("ah les salauds, ils nous en foutent plein la gueule !", "bordel de bordel", "pauvres cloches !"...), probablement pour masquer une pauvreté des dialogues qui virent régulièrement à la crème de la stupidité, comme ces gardes de la résidence du paranoïaque général, confrontés à un visiteur : -"Y'a un drôle de type qui veut voir le général Romero." -"Qu'est-ce qu'il lui veut ?"- "Je sais pas trop, je crois qu'il dit qu'il est un ami, voilà quoi" -"OK, fais le rentrer." On sent bien toutefois que le texte initial est très plat et sans trop d'imagination, et on remerciera une nouvelle fois nos doubleurs frenchies d'instiller une touche de folie salvatrice anti-ennui.





Le Gorille a mauvaise mine.




Mais tous ces petits détails ne sont rien à côté de la véritable raison pour laquelle il faut braver le manque de rythme de « Mafia Power », à savoir le gén(ér)ialissime Romero (campé par un Maurice Poli au sommet, déjà admiré dans « Black Cobra », « Les Mercenaires de l'Apocalypse » mais aussi l'excellent « Rabid Dogs » de Lucio Fulci), illustration parfaite du dictateur nanar. Complètement à la ramasse dans ses prises de position, ne sachant que choisir entre l'ami du peuple et le tyran sadique, magnifié par un doubleur au diapason de sa folie, il prend autant de plaisir à se la raconter en interview sur son enfance heureuse qu'à claquer mielleusement la gueule de ses officiers. Le summum est atteint lorsque Romero se vante de posséder des pouvoirs magiques télépathiques hérités de sa bonne vieille maman : "Oui, j'ai des pouvoirs - dit-il d'un air tristement vexé à ses interlocuteurs circonspects - croyez-moi sur mon honneur, et en plus je vous le dis en tant que général, et en tant que dirigeant de ce pays."





Dictateur, c'est la contraction d'acteur autodidacte ?





Romero et sa maman (noire).




Le pire est qu'il a effectivement des pouvoirs, de survenue surprenante pour ce genre de film. Héritage de la Macumba, il peut ainsi invoquer un nain, Nelson de la Rosa, usurpateur (?) du titre d'homme le plus petit du monde mais célèbre « Ratman », qui ici s'appelle Astaroth et balance des éclairs pourraves sur les ennemis de la tyrannie. Il peut aussi faire semblant de laver des cerveaux ou un truc du genre, ce n'est pas très clair tant les résultats de ses exactions sont confus. Mais malgré toute la terreur que peut inspirer un nain amorphe qui se réfugie sans cesse dans le giron de son dictateur d'invocateur, une bête poubelle en plastique suffira à révoquer cette engeance lilliputienne. Romero semble aussi pouvoir pratiquer l'imposition des mains à visée thérapeutique, mais il ne daignera pas soigner un lépreux de tout le film, trop occupé à soutirer magiquement des informations à des traitres pourtant désireux de tout balancer oralement sur la rébellion. Quoiqu'il en soit, ces capacités surnaturelles ne semblent pas surprendre notre journaliste qui, pas plus effrayée que ça, en vient à la logique conclusion que le général doit souffrir d'une double personnalité. C'est ça aussi de se former dans Jeune et Jolie.





Ça peut p'têt avoir des effets antidépresseurs ces séances d'électrochocs.





Une nain'vocation bien pratique en ces temps de pénurie énergétique.




Cet aspect fantastique grandiose est malheureusement sous-exploité par le réalisateur qui n'a probablement pas les moyens de filmer un Romero luttant du haut de sa tour à coups d'éclairs ensorcelés contre les guérilléros locaux. Dommage, cela aurait pu assouvir un de mes fantasmes. C'est pour cette raison que « Cross Mission » reste un nanar honnête mais de petite envergure, qui brille principalement par la merveilleuse idée de Brescia d'ajouter une touche de paranormal à ce qui aurait autrement constitué un classique actioner Chuck-like du pauvre. Merci Romero, et vive la Macumba !





Kobal
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Cote de rareté

Une édition existe chez Delta Vidéo sous son véritable titre Cross Mission, affichant avec orgueil Richard Randall en Matrix du pauvre sur sa jaquette. Quant à Initial (dissimulée derrière une de ses sous-maisons d'édition fantôme, Monitor Vidéo), c'est le doublé gagnant : titre fantaisie avec Mafia Power et flying jaquette nawak.



Le film existe peut-être dans un des packs 50 Movies, Suspense Classics (si quelqu'un le possède et peut confirmer).





L'édition Delta Vidéo.





Initial Power !





La VHS néerlandaise de Miami Home Entertainment.





Une VHS nippone.





Une VHS allemande qui contient Angel 2, tatanerie avec Moon Lee, et dont le visuel semble réellement correspondre à ce film.





Le pack zone 1 qui met en avant De Niro pour mieux refourguer Cross Mission.



Et attention à cette jaquette partiellement identique de chez Cine Budget qui contient le glauque navet Cobra Gang :



Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation