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Danger : Diabolik

  • Titre original : Diabolik
  • Titres alternatifs : Fatal mission
  • Réalisateur : Mario Bava
  • Année : 1968
  • Pays : Italie / France
  • Genre : Fantômas psychédélique (Catégorie : au-delà du nanar)
  • Durée : 1h39
  • Acteurs principaux : John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Terry-Thomas
Note :
BF
Nikita
Nikita

Chronique



Bon, alors là je ne prendrai pas de gants particuliers et assumerai dès les premières lignes de ma chronique mon parti-pris le plus absolu : ATTENTION CHEF-D'ŒUVRE ! Ce film est une véritable BOMBE artistique, que je considère avec le recul ni plus ni moins que comme l'origine de mon intérêt pour le nanar ! Je ne suis d'ailleurs pas le seul, car ce film de Mario Bava fait depuis un certain temps l'objet d'un petit culte, notamment chez certains cinéphiles anglo-saxons, qui y voient le summum du style sixties à son apogée la plus délirante. Avec raison, d'ailleurs : voyez « Danger : Diabolik », puis voyez des films aussi différents qu' « Austin Powers » ou « CQ » : ces hommages à l'esthétique des années 60 croulent sous les références et les emprunts – d'ailleurs avoués – à ce monument de délire. Il n'y a tout simplement pas de mots pour décrire l'imagination pétaradante dont font preuve les auteurs pour nous offrir l'un des plus beaux nanars volontaires qui soient.



Diabolik, le ninja du crime !


Précisons l'origine du film, qui a son importance : « Diabolik » est en Italie une B.D. (fumetto) célèbrissime : créé en 1962, et toujours en activité via des aventures disponibles tous les mois en kiosque, Diabolik est un voleur invincible dans la tradition de Fantômas, accomplissant les coups les plus audacieux au nez et à la barbe de la police tout en jouant à l'occasion, paradoxalement, les redresseurs de tort contre plus méchant que lui. Secondé par sa maîtresse Eva Kant, l'homme à la légendaire cagoule noire use de toutes les techniques du crime pour s'emparer des trésors les plus fabuleux. L'autre héros de la série est l'Inspecteur Ginko, qui depuis plus de quarante ans ne désespère toujours pas de l'arrêter un jour. Monument de la B.D. italienne au même égard que « Tex », « Diabolik » fut également édité en France, sans jamais atteindre de succès comparable ni le même statut de culte.



Le succès en Italie ayant été énorme dès les premières années, une adaptation cinéma ne pouvait qu'être en projet. C'est là qu'intervient le producteur aux plus gros sabots de l'Univers, Dino De Laurentiis, l'homme de la démesure et du kitsch inconscient ! Ayant acquis les droits, De Laurentiis confie les rênes du projet à Mario Bava, l'un des meilleurs artisans du cinéma bis italien, connu pour son sens de l'image et surtout sa capacité à tourner vite en économisant sur les budgets. Le film, co-produit avec la France, se veut ambitieux, et des castings luxueux sont envisagés (Alain Delon dans le rôle de Diabolik, Catherine Deneuve en Eva Kant…).



A l'arrivée, le rôle de Diabolik sera tenu par John Phillip Law, jeune premier américain également connu pour son rôle d'ange extraterrestre aveugle dans le « Barbarella » avec Jane Fonda (une autre production De Laurentiis) et futur stakhanoviste des séries B et Z. Eva Kant est jouée par l'Autrichienne Marisa Mell, et – trouvaille ébouriffante du casting ! – l'Inspecteur Ginko, par Michel Piccoli ! On note également la présence de deux figures familières des années soixante : Adolfo Celi (le méchant du James Bond « Opération Tonnerre ») tient le rôle du gangster Ralph Valmont, ennemi de Diabolik, et le comique Anglais Terry-Thomas (l'officier moustachu de « La Grande vadrouille ») fait une apparition en Ministre de l'Intérieur demeuré.



Adolfo Celi, alias Ralph Valmont, look-alike inattendu de Jean-Pierre Raffarin.





Le Ministre de l'Intérieur. Et après, on s'étonne que l'insécurité sévisse !





L'Inspecteur Ginko est perplexe et Michel Piccoli n'en mène pas plus large.


Mais le casting – très connoté sixties – ne serait rien sans le style du film. Et là, comment dire… c'est tout bonnement inouï ! Mario Bava, habitué à utiliser des couleurs vives, voire criardes, s'est ici totalement lâché et signe des images fracassant toutes les frontières connues et imaginables du kitsch, des scènes d'action en accéléré, des cascades abracadabrantesques dont certaines furent d'ailleurs reprises telles quelles dans « Le Magnifique », parodie de James Bond avec Belmondo.



Le tout est accompagné d'une musique d'un Ennio Morricone à son sommet, qui contribue grandement au sentiment de surprise, puis d'incrédulité, puis de délire que l'on ressent à la vision de « Danger : Diabolik ». Il est tout de même permis de s'interroger sur les intentions exactes de l'équipe du film, ce qui m'a amené à me demander s'il était très pertinent de le classer en nanar volontaire. Mais à la réflexion, oui, car l'œuvre apparaît comme étant dans la droite ligne d'autres adaptations de B.D. de l'époque, comme le « Batman » sixties avec Adam West. Les B.D. n'étant pas des choses "sérieuses", il est évident qu'on ne va pas se fatiguer à raconter des histoires crédibles. Or, si un tel raisonnement donne parfois des résultats pénibles, « Danger : Diabolik » offre le cas inverse, où le matériau de départ est totalement sublimé par son traitement narquois pour se muer en un véritable objet d'art unique en son genre.



Scandaleux : l'inspecteur Ginko somnole pendant le service... Après, faudra pas s'étonner si Diabolik arrive à feinter la police !



Consternation : on a confié la surveillance du radar à Gilbert Montagné.

Là encore, il faudra pas s'étonner si Diabolik arrive à voler des lingots d'or de 160 tonnes et à les remorquer impunément dans sa cave pour les faire fondre !




La glamoureuse Eva Kant (Marisa Mell).


Scénariste et réalisateur, considérant qu'ils n'étaient nullement liés par des choses ennuyeuses telles que vraisemblance et sens de la mesure, se sont totalement lâchés pour nous offrir des séquences génialement grotesques : il faut voir Diabolik et Eva Kant, après leur larcin, faire l'amour en se roulant dans les billets de banque qu'ils ont étalés sur leur lit ; Diabolik monter dans sa voiture après avoir fait un salto totalement inutile sur le capot ; Adolfo Celi cabotiner à mort dans son rôle de méchant gangster en grognant des dialogues du genre « J't'avais dit que j'te ferai avaler ton extrait de naissance ! »



Le repos du guerrier.





Variante : une cagoule blanche !


Mais ce « Diabolik » est un film qui offre comme précieuse particularité d'être un nanar à plusieurs couches, à la fois volontaire et involontaire. Je m'explique : si la démesure de certaines situations ne peut pas ne pas être voulue, le film a acquis avec le poids des ans une patine furieusement datée qui augmente encore le plaisir qu'on peut ressentir à le voir. En effet, Dino De Laurentiis a visiblement voulu faire un film "mode", d'où la musique de djeun's 60's, les couleurs qui flashent, les motifs psychédéliques. Or, le propre des modes est qu'elles se démodent… Mais si le passage du temps rend certaines œuvres insupportables, l'accumulation du kitsch en amène d'autres aux confins du génie. C'est cet aspect que De Laurentiis avait certainement négligé, mais qui, grâce au traitement totalement décalé de Bava et à la géniale musique de Morricone, fait de ce Diabolik, pour reprendre une expression anglo-saxonne vue à son sujet, "the guiltiest pleasure of them all !" (Le plus coupable de tous les plaisirs coupables !)





Un figurant superbement moustachu, en pleine créativité corporelle à "l'endroit où on distribue la drogue" (oui, d'après la police on n'en trouve que dans ce cabaret psychédélique de Valmont et nulle part ailleurs dans la ville).


Enfin, le talent particulier de Mario Bava contribue grandement à la réussite du film : le cinéaste était en effet avant tout un homme d'image, relativement peu doué pour diriger des comédiens et bâtir une histoire crédible. Ses films sont donc à voir comme des exercices de style qui se déployaient – parfois brillamment – dans les limites du cinéma de genre. Or, Bava a visiblement transposé telles quelles ses méthodes de travail dans le contexte d'une grosse production, et l'on a parfois l'impression de voir des êtres humains en carton-pâte s'agiter dans un décor qui lui, paradoxalement, éclate de vie !





Les personnages sont réduits à des épures, et le jeu des acteurs renforce cette impression : John Phillip Law, dont le personnage se résume à sa qualité de voleur génial, est d'un hiératisme et d'une inexpressivité tout bonnement hallucinants, qui amènent parfois à s'interroger sur le bon fonctionnement de ses muscles faciaux. Marisa Mell a l'air en plastique. Enfin, Michel Piccoli fait monter en flèche le plaisir nanar du spectateur français tant l'acteur, à l'aise comme un kangourou sur la banquise, a l'air totalement éberlué de se retrouver dans un film pareil ! Volontairement ou non, le film en arrive à ressembler à la fois à un véritable manifeste décalé du cinéma de genre et de l'esthétique délirante des sixties, poussée ici à son paroxysme le plus aveuglant. Notons d'ailleurs que le niveau même du délire du film fait qu'il n'est pas toujours très apprécié des fans de la B.D. originale, assez sobre, qui y voient parfois de l'irrespect.



Nanar volontaire et involontaire, jouissif aux premier, second et trente-sixième degrés, « Danger : Diabolik » est plus qu'un film, c'est une somme. Un nanar pop-art, sans queue ni tête, sans complexes et sans limites, que je classerais pour ma part en "Bon Film" (B.F.), mais qui pourrait tout aussi bien mériter la note maximale de 5/5. Tout simplement indispensable !





Le grand John Phillip Law et son regard de braise !



Après avoir vu le film, Michel Piccoli songe à se défenestrer.



Tout compte fait, il préfère sombrer dans la boisson.



Avant de se résoudre à en rire.





Des couvertures de la B.D. originale (à noter qu'un dessin animé assez moyen et très édulcoré a été diffusé ces dernières années)






Nikita
Nikita

Danger : Diabolik

Images en plus

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Les notes des membres

Moyenne : 0.5
avatar de John Nada John Nada : BF
avatar de Kobal Kobal : B.F.
avatar de MrKlaus MrKlaus : BF
avatar de Nikita Nikita : BF
avatar de Peter Wonkley Peter Wonkley : 1

Cote de rareté

Voilà qui est particulièrement rageant... il existe un DVD de chez "Paramount" absolument somptueux avec pléthore de bonus : commentaire audio de John Philip Law, docu sur la bande déssinée d'origine, clip "Body Movin" des Beastie Boys et de Fatboy Slim (qui utilisent des images du film, preuve supplémentaire du statut de culte de cette oeuvre) etc. etc.

Problème tout est en anglais que ce soit le zone 1 ou le zone 2.



En français ? Rien. En VHS ? Bonne chance pour trouver "Fatal mission", le titre vidéo français de chez "America", éditeur au rabais...

Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

Affiches en plus

Affiche américaine.
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Variante psychédélique...
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Affiche finlandaise.
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