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Dark Mission, les Fleurs du Mal

Note :
2,5
John Nada
John Nada

Chronique



Dark Mission, les Fleurs du Mal (Gros Sèb au vidéo-club : Ah mais ça c'est une sacrée référence à, euh… comment qui s'appelle déjà ce poète là… ah oui, Rimbaud ! Marcel Rimbaud ! Haha, ça t'en bouche un coin ça Micheline, hein ?!), ou une des plus réjouissantes dream team jamais mise au service d'un nanar. Jugez plutôt : à la production Daniel Lesoeur – fils de l'illustre Marius – pour Eurociné (clap clap clap), à la réalisation Jesus Franco (yeeeeehaa !) et côté interprétation Christopher Lee, Christopher Mitchum, Brigitte Lahaie et Richard Harrison (standing ovation, hurlements des groupies hystériques, évanouissements). Autant dire que quand j'ai mis la main sur cette perle dans un Cash Converters de la banlieue d'Annecy (merci John Matrix !), je ne l'ai plus lâchée jusqu'à la caisse, me sentant couvé par le regard un rien jaloux de Rico.



Richard Harrison cabotine un brin.


Le film s'ouvre sur des images d'archives de la révolution cubaine et de la prise du pouvoir par Fidel Castro le 1er janvier 1959, finement commentée par une voix synthétique genre super robot nanar. Sans prévenir, l'objectif zoome brutalement sur un proche du leader communiste situé un peu en arrière-plan, le visage mangé par une paire de lunettes opaques et une moustache épaisse. Cet homme, c'est… Christopher Lee !





Alors Mr. Lee, où étiez vous le 1er janvier 1959 ?


Ou plus exactement Luis Montana, cousin lointain de Tony Montana (car depuis Scarface, tout bon trafiquant de drogue cubain se doit de porter ce nom-là, ce que n'ont pas compris les Ricains puisque dans leur version du film ce personnage s'appelle Luis Morel – un nom qui sonne plus français !). Don Luis est en fait un ex-guérillero communiste reconverti dans le trafic de stupéfiants pour se venger des Américains, qui ont fait de lui un veuf inconsolable lors d'une attaque contre Che Guevara (je veux dire par là que son épouse est morte durant l'assaut et non pas que lui et le Che entretenaient une quelconque liaison amoureuse).



Christopher Lee, surpris en pleine lecture.



Christopher Lee ne boit que d'un oeil !



Christopher Lee interpelle son chauffeur avec la classe et la dignité d'un Lord anglais.



Christopher Lee se laisse doucement tomber dans l'herbe, en bon méchant victime de la CIA.


Pour empêcher cet américanophobe virulent de corrompre la pimpante jeunesse étasunienne, la CIA décide d'envoyer un homme, un seul. Pesant soigneusement le pour et le contre, son boss Richard Harrison décide de jouer la carte de la discrétion, préférant envoyer Chris Mitchum plutôt que Chuck « kick drugs out of America » Norris. C'est alors le début d'une looongue enquête, trèèès tranquillement menée par notre héros.





En visite dans un "centre pour victimes de la drogue", Chris Mitchum se la joue safari-photo et mitraille tout ce qui bouge. Petite flexion des genoux, clic, c'est dans la boîte.


Parlons-en du héros : second fiston de l'acteur Robert Mitchum, Chris se démène tout au long du film avec la vigueur de l'autopsié et une cruelle absence de charisme, preuve éclatante que l'hérédité a ses limites. Profitant de la notoriété de papa – avec qui il entretient une vague ressemblance – pour cachetonner autant qu'il le peut, petit Mitchum vivote entre l'Espagne, Hong Kong, l'Indonésie et les Philippines en gratifiant de son visage mou comme un marshmallow passé au micro-ondes d'obscures et indigentes productions, les années 80 se déclinant pour lui en une longue succession de titres outrageusement bis.



Chris Mitchum… il les fait toutes craquer !



Christopher Mitchum et Cristina Higueras. Des acteurs en pleine (dé)composition.


Les paupières effondrées sur un regard blasé, le maintien flasque et la démarche avachie, Chris Mitchum est une incarnation patente de l'anti-héros, une sorte de Droopy défoncé à la ketamine qui ne semble pas trop comprendre ce qu'il fout là. Certains trouveront peut-être que j'y vais un peu fort mais la capture d'écran suivante et là pour convaincre les deux ou trois irréductibles du fond que Cricri Mitchum est MAUVAIS à un point qui dépasse l'entendement (c'est-à-dire qu'on peut légitimement se demander s'il ne le fait pas un peu exprès).



Chris Mitchum au cœur de l'action. Terrassant d'inconsistance.


Comme toute bonne production Eurociné, Dark Mission se pare des mêmes grosses constantes qui font depuis toujours le cachet de la firme : exotisme bon marché, avec cet inévitable côté « poudre aux yeux » (hôtels chics, plage et palmiers plus quelques voitures « luxueuses » pour masquer la misère), acteurs qui assurent le minimum, figurants ahuris, dialogues qui se veulent sans doute classieux mais qui s'avèrent ridiculement ampoulés (écrits par Jess Franco lui-même sous le pseudo de A. L. Mariaux), réalisation plate, pour ne pas dire archi-nulle, montage ultra-académique façon « mon premier téléfilm » (toujours Jess Franco mais cette fois sous le pseudo de Rosa Maria Almirall… quel modestie chez cet artiste !), semi-amateurisme récurrent, rythme digne d'un gastéropode sous Tranxène, musique d'attente téléphonique vaguement latinos pour faire couleur locale et, bien entendu, recours salvateur au sacro-saint stock-shot, ici en ce qui concerne les « batailles époustouflantes appuyées par des escadrilles de redoutables hélicoptères très sophistiqués » mentionnées au dos de la jaquette, l'Aérospatiale étant gentiment remerciée au générique.



Brigitte Lahaie essaye d'y croire...


En cherchant un peu à droite à gauche, je suis tombé sur une interview que Brigitte Lahaie avait accordée il y a quelque temps en anglais à des fans, avec notamment cette question :

Q: You returned to work with Jess Franco again, first in Dark Mission, and then, in Faceless, what do you recall about these two movies ?

BL: As for Dark Mission, it was a good experience. We had a lot of weapons and ammunition, it was fun, although I think the story is a little loose, not, how do you say...

Q: Tight ?

BL: Yes.


Jamais très méchante, Brigitte (je vous conseille quand même au passage de lire le reste de l'interview, dans laquelle elle évoque notamment une dispute antérieure avec Jesus Franco, sa collaboration avec Jean Rollin et où elle semble également confirmer le portrait que Richard Harrison nous faisait d'Helmut Berger, à savoir en gros celui d'un indécrottable cocaïnomane un rien lunatique !).





Sacrifié pour l'amour du 7ème art, ce 4x4 a la mauvaise idée d'exploser longtemps avant l'impact.



Scène tournée à la va-vite, absence d'indications et c'est la déroute parmi les figurants.


Beaucoup plus intéressante en revanche est l'anecdote narrée par son boyfriend, le célèbre éditeur René Chateau (dont tous les vidéovores associent le nom avec la fameuse panthère noire sur un disque doré) dans le Starfix hors-série N°2 de Juin 88 et trouvée sur une excellente page en forme de portrait-hommage à Jesus Franco qui réunit aussi des commentaires de Christopher Lee, Götz George et Klaus Kinski sur le maître [à lire !] :

« Ma rencontre avec Jess s'est passée étonnamment. Une amie m'a invité sur un tournage en Espagne avec Christopher Lee (NDLA : vraisemblablement Dark Mission). J'ai sauté sur l'occasion. En débarquant, j'ai trouvé Jess en train de filmer une attaque de guérilleros dans un jardin. L'action était censée se dérouler en Amérique Latine. Pendant dix-huit ans, j'ai suivi tous les tournages de Belmondo. Je n'avais jamais vu ça. Franco ne pouvait déplacer son cadre à droite - il y avait une maison de campagne - ni à gauche - il y avait des cantonniers au boulot - ni vers le haut - il y avait des fils électriques. Il a trouvé presque instantanément la solution pour tourner dans ce carré de verdure... Et sans autorisation. D'ailleurs, en plein tournage, la propriétaire a fait son apparition en hurlant. Jess a joué celui qui ne comprenait pas un mot et il a bouclé le plan. Je l'ai engagé le soir même. »



René Chateau (à gauche), aux côtés de Telly Savalas, Brigitte Lahaie et Chris Mitchum, sur le tournage des "Prédateurs de La Nuit" de Jess Franco (crédit photo : renechateauvideo.com).




La VHS grecque.


De son côté, Richard Harrison évoquait brièvement le tournage de Dark Mission dans l'excellent bouquin Gods In Spandex (dont Nanarland a interviewé les auteurs ICI). « Le réalisateur, Jesus Franco, voulait que je joue mon rôle comme si mon personnage était un imbécile. Je sentais bien que ça n'allait pas être un bon film, alors j'ai fait ce qu'il m'a demandé. C'était ridicule. Le contact est bien passé avec Chris Mitchum, mais je n'ai pas vraiment eu l'occasion de faire connaissance avec Brigitte Lahaie, et je n'ai pas croisé Christopher Lee, car nous n'avions pas de scènes en commun. J'ai tourné mes scènes et je suis parti immédiatement. »





Richard Harrison sort de la douche, le cheveu humide et la moustache fringante. L'occasion pour l'acteur de 52 ans de montrer qu'il a plutôt de beaux restes !


Si le potentiel nanar stratosphérique que laissait espérer une telle réunion d'acteurs ne se concrétise jamais pleinement (la faute à une réalisation amorphe et à ce côté « mou du bide » récurrent chez Eurociné), Dark Mission demeure un nanar racé qui mérite incontestablement d'être vu par tout bon fan qui se respecte. Comme quoi, même s'il s'avère sans aucun doute létal à haute dose, le bis franchouillard sait néanmoins se faire apprécier entre un post-nuke d'arrière-cour et une séance de cabrioles ninjas.





John Nada
John Nada

Dark Mission, les Fleurs du Mal
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avatar de MrKlaus MrKlaus : 2
avatar de Rico Rico : 2.5

Cote de rareté





La VHS française.


Cette perle doucettement vénéneuse – une des dernières productions Eurociné – n'est disponible qu'en VHS, chez TF1 Vidéo en France (collection "Les Films de l'Astre") et chez l'éditeur Caroline International en Belgique.



La VHS belge.
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