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Decapitron

  • Titre original : Eliminators
  • Réalisateur : Peter Manoogian
  • Année : 1986
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Retour vers le passé (Catégorie : Robots, cyborgs et androïdes)
  • Durée : 1h32
  • Acteurs principaux : Patrick Reynolds, Denise Crosby, Andrew Prine, Conan Lee
  • Producteur : Charles Band
Note :
2.5
Paul Gap
Paul Gap

Chronique





Quel titre ! Quel film ! Quelle jaquette !



A vrai dire, le titre original est "Eliminators", après 5 visions de ce petit joyau, je n'ai toujours pas bien compris pourquoi il avait été renommé chez nous "Decapitron", mais force est de reconnaître que sans ce titre aguicheur, je serais certainement passé à côté de cette Oeuvre. (Note de Nanarland: Voir en bas de la chronique pour comprendre ce double titre.)





La véritable affiche du film, qui dépote bien aussi...




Comme dans tout nanar qui se respecte, l'histoire est très simple et très compliquée à la fois. Grosso modo, on peut dire que le professeur Reeves veut devenir le maître du monde en faisant un petit saut dans le temps à l'époque de la Rome antique (plutôt en toc pour le coup) et donc modifier le passé, enfin le futur, enfin vous m'avez compris... Pour cela, il utilise un être mi-homme, mi-robot. Quel copieur, ce Verhoeven ! (Decapitron est de 86, Robocop de 87) Ce "mandroïde" se déplace dans le passé afin de faire le crashtest-dummy de la machine à voyager dans le temps du professeur. Une fois que celle-ci devient opérationnelle, le professeur n'a plus besoin de notre Robocop de fortune et veut l'envoyer à la casse. Et là, tout bascule...



Il faut reconnaître qu'après une séquence d'intro plutôt sympathique, avec une superbe maquette d'avion en perdition que Robert Conrad et ses stock-sh... euh, et ses têtes brûlées n'auraient pas reniée, suivie de l'évasion assez hallucinante de notre "héros" en ferraille (rahhh le véhicule !),
le film bande plutôt mou : ça oscille entre le naveton et le nanar soft / longuet : Roboflop rencontre une blondasse colonel de l'armée (faut le voir pour le croire...) qui joue avec un petit robot Bandaï, du même acabit de celui qui apporte des VHS nanardes à Richard Harrison dans Ninja Terminator... Ils décident à l'unisson d'aller empêcher le méchant d'exécuter ses plans et vont donc le poursuivre au Mexique. C'est un peu lent tout ça mais toutefois enrichi grâce à de petites saynètes nanardes qui relèvent la sauce (le robot de la nana, la baston dans le bar...).





C'eeest la chenille qui redémaaarre...





Non, ce n'est pas Stevie Ray Vaughan en arrière-plan...




Après cette rixe dans un infâme bouge perdu dans les confins du Mexique (et non, ce n'est pas parce qu'un certain Charly Bravo cachetonne que vous verrez Christine), on rentre dans la deuxième partie du film : une remontée de la rivière (un hommage à Apocalypse Now ?) en pédalo (non je déconne) avec l'aide du nouveau venu : Fontana, un baroudeur de l'extrême, croisement improbable entre le John Voight d'Anaconda et Looping de l'Agence tout risque. Tout un programme.



Ce personnage sympathique a toutefois le mérite d'apporter un petit côté "film d'aventure" qui est généralement le bienvenu dans les nanars SF : ça évite qu'il soit trop glauque, trop sombre comme beaucoup de croûtes SF (Super Fauchées) qui peuplent nos chères 80's. On a droit à de savoureux moments sur le rio nanardo avec des poursuites en bateau dantesques et des méchants vraiment très crétins (le coup du Quo Vadis...)





Harry Fontana, toujours à l'affût d'une connerie à dire





Vous voyez bien que j'invente rien




Bon jusque là, me direz-vous, c'est chouette, pas désagréable à voir mais pas très dense niveau nanardise... Ne vous inquiétez pas, mettez vos ceintures, ça va décoller ! Si je vous dis que les robots tombent à l'eau et rencontrent un ninja qui pêche ? Que la blonde et Looping se font enlever par des hommes préhistoriques ? Qu'ils vont tous se retrouver pour aller botter les fesses du professeur foldingue qui a ramené un déguisement de centurion du passé ? Non, vous me croyez pas ? Et pourtant...





Gogogadgetolaser ! (la scène suivante, il fait le coup du laser sur les parties génitales de ce Bud Spencer d'opérette)





Entre deux séances de pêche, Conan Lee pour vous servir




Les vingt dernières minutes du film sont au nanar ce que le Zaïre est au diamant : une putain de mine d'or (ou de diamant, faut voir). Tout s'enchaîne à une vitesse dingue, c'est du gros n'importe quoi. Il faut dire que l'ami Conan Lee n'est pas étranger à ce résultat : oubliez un instant Bruce Baron et autres Stuart Smith, Conan Lee est l'ultimate ninja, chacune de ses positions, chacun de ses mouvements est nanar, et je serais bath de pas cafter qu'il louche comme une otarie bourrée à la bière en plus. Mes deux scènes favorites sont celle du radeau et celle du ventilateur géant (quoi que je me tâte avec la mise à mort de Spot...), elles sont littéralement sublimées par les performances de ce ninja, même Looping hallucine (sa réplique sur le fait qu'il y a tous les éléments pour faire un film mériterait de figurer dans la section "ils l'ont dit"). Ces 90 minutes inégales mais allant heureusement crescendo se concluent bientôt sur le happy end nanar de rigueur.





Un méchant qui va pas être déçu de son voyage dans le temps...




J'aime beaucoup ce film, c'est le premier gros nanar que j'ai dégotté et je ne me lasse pas de le revoir. Donnez-lui sa chance si vous tombez dessus, je pense que vous ne regretterez pas, en tout cas pas la fin !





Addendum :



Après quelques recherches, l’explication de ce curieux montage nous permet de pénétrer dans le monde assez hallucinant de la série Z des années 80, et plus particulièrement du cas de la société Empire de Charles Band, un des plus gros fournisseurs du marché en productions fantastiques fauchées. Sa méthode de base pour se lancer dans la production était simple : arriver sur les marchés du film (comme Cannes par exemple) avec une flopée de projets alléchants dans des press books. Pour appâter d’éventuels investisseurs, il fait réaliser une affiche la plus attrayante possible avec des titres accrocheurs (Shoot to kill, Inhuman, Mechanizer - tout trois jamais tournés), des visuels chocs et si possible un ou deux noms d’acteurs connus (qu’on peut reprendre de projet en projet). Ensuite à vous de faire le bateleur pour vendre vos concepts. Résultat : sur vingt projets, deux ou trois aboutissent… et encore le résultat tient rarement les promesses de l’affiche ! Si "Eliminators", tourné au rabais en coprod' avec l’Espagne en 86, voit bien le jour, ce n’en est pas le cas de "Decapitron", projet de SF lancé en 89 et devant être tourné par Peter Manoogian là encore (c’est un des yes man favori de Band). Une belle histoire de robot tueur pourvu de cinq têtes interchangeables remplies de gadgets mortels. Un budget pharaonique de 10 millions de dollars est même envisagé. Las, les problèmes financiers d’Empire et l’échec de « Robot Jox », l’autre grosse production cybernétique du groupe, stoppe net le film en pré-production. "Décapitron" ne sera jamais tourné. Le design (et le nom) du robot serviront pour la série des "Puppet master"… Reste le visuel de l’affiche de pré-vente....



...et c’est là que rentrent en jeu nos grands amis de chez Initial. Si Fox a déjà édité le film en France fin 80 sous son nom d’"Eliminators", cela n’empêche pas Initial de refiler ce film aux supermarchés au début des années 90, histoire de gonfler son catalogue. Avec ou sans les droits ? Hum, quelque chose me dit qu’on ne s’est pas trop posé de questions chez cet éditeur vidéo connu pour sa totale absence de scrupules. Et puis comme chez Initial, on n’aime pas gâcher, on s’est souvenu de ce chouette titre et de cette belle affiche probablement repêchée au marché du film de Cannes. D’autant que les noms du producteur, du réalisateur et des scénaristes sont les mêmes. Ni vu ni connu je t’embrouille et hop, voilà un nouveau titre tout nouveau tout chaud…





Six, il détourne.






Paul Gap
Paul Gap

Decapitron

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Cote de rareté





Aucune ressortie en DVD de cette petite production Charles Band, ni sur le marché francophone ni aux USA. En France, "CBS Fox" a été le premier à sortir le film sous son vrai nom ("Eliminators"), suivi par l'éditeur Initial, prolifique en son temps, qui avait bien alimenté le territoire français avec deux éditions mal-titrées ("Decapitron") : en cherchant bien, vous devriez arriver à mettre la main sur l'une ou l'autre des deux versions VHS Initial existantes : celle estampillée "Mondial home vidéo" (visuel en début de chronique) ou celle labellisée "Aprovision / Power Collection" (visuel ci-dessous).



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