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Les Défenseurs de l'espace

  • Titre original : Phoenix King / Bulsajo roboteu Pinikseu-King
  • Titres alternatifs : Les gardiens de l'espace, Robotor, Formator, Defenders of Space
  • Réalisateur : Sidney Charleston (pseudo bidon)
  • Année : 1987
  • Pays : Corée du Sud / Hong Kong
  • Genre : Louche (Catégorie : enfants)
  • Durée : 1h10
  • Acteurs principaux :
Note :
3,75
Barracuda
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Chronique





Quand on y pense, Joseph Lai est un homme extraordinaire. A lui tout seul, il a produit plus de nanars que n’importe qui d’autre, et de loin. A chaque fois qu’on croit le filon épuisé, qu’on pense avoir pressé le citron jusqu’à la pulpe et qu’on se sent prêt, enfin, à lui faire nos adieux avant de se tourner vers de nouveaux horizons nanars, nous découvrons un nouveau pan caché de sa filmographie qui nous emmène toujours plus loin dans l’absurdité, l’arnaque et l’incompétence.







Même les personnages ont honte !




C’est ainsi que, comme vous n’avez pas pu manquer de le remarquer, Nanarland a récemment exhumé au fin fond du rayon « enfants » de trocantes oubliées une série de dessins plus ou moins animés (coréens pour la plupart) qui nous ont sidérés par leur incroyable nanardise. « Les Défenseurs de l’Espace » qui nous intéresse aujourd’hui est un fier représentant de ces joyaux.







L’histoire en est aussi interchangeable que le titre du film. Un empire galactique maléfique s’attaque à une planète paisible. Le dernier espoir de ses habitants réside dans un groupe d’adolescents aux commandes d’un robot géant qui vont aller mettre une mémorable branlée aux vilains aliens.







Un petit côté Gaston Lagaffe chez certains personnages...




Dans « Les Défenseurs de l’Espace » toutefois il y a une subtilité. Le robot n’est pas présent dès le début, et toute la première moitié du film va consister pour les héros à partir à sa recherche. Ces héros justement, il est temps de les présenter plus avant.





On sent très vite la fine équipe.




Au début du film, ils sont au moins sept ou huit. Une peu plus tard ils se retrouvent à quatre, sans qu’on sache jamais ce qui est arrivé aux autres. Le chef de file, dénommé Henry, ne ressemble à rien, il est trop occupé à avoir le regard toujours tourné vers l’avant et on l’oublie très vite. Sa copine Mary retient déjà plus l’attention avec son regard irrémédiablement vide qui, allié à son visage souvent déformé par la nullité du dessin, lui donne souvent l’air handicapée mentale.





Si le film est classé dans le genre "louche", ce n’est pas seulement en raison des méthodes de Joseph Lai. C’est aussi beaucoup à cause de cette image.







Remarquez, quand je parle de regarder vers l’avant...




Pour les aider dans leur combat, ils peuvent compter sur leurs deux sidekicks comiques rescapés et sur le Professeur, qui en fait ne sert à rien, mais parle avec un accent allemand super mal imité (en tous cas dans la version anglaise, celle que nous avons visionnée). Il est tout de même le créateur d’un petit robot qui fait irrésistiblement penser à « Nono » de Ulysse 31, en plus pénible. Il faut encore citer le chef de la résistance, sorte d'inspecteur Columbo qui aurait volé le pull et la veste de Nicky Larson.







Le chef de la Résistance est très laid.




En face, les méchants sont largement à la hauteur. Leur chef est l’empereur Nicholas, c’est un vieux Parrain qui ne se lève jamais de sa chaise, certains disent pour ne pas qu’on voit qu’en fait il est tout petit. Il est secondé par deux généraux incapables, et surtout par sa charmante fille. Déjà pas un canon à la base, à moins d’apprécier les drag-queens maquillés comme des voitures volées, elle ne va pas cesser de s’enlaidir au cours du film pour devenir franchement monstrueuse à la fin, la faute toujours au talent proche du néant des dessinateurs.











L’empereur Nicholas (alias le Schtroumpf Parrain), sa fille et ses deux généraux.








La fille de l’empereur. Croyez-le ou non, les deux généraux sont en compétition pour savoir qui obtiendra la main de ce laideron…




Parlons-en, de ces dessins. Je ne dirai pas qu’ils sont plus mauvais que d’habitude car ils sont toujours nuls avec Joseph Lai, mais l’originalité ici est que cela va en empirant avec le temps. Les expressions faciales en particulier deviennent de plus en plus tordantes, dans tous les sens du terme, à mesure que le film avance. Il y a aussi un nombre incalculable d’erreurs de proportions et de perspective, et les robots en particulier n‘ont jamais leurs bras ni leurs jambes de la même longueur.











Des positions super naturelles et confortables.





Ce film est hallucinant : même le robot louche !




Malgré ça, les éléments cités jusqu’ici ne justifieraient pas à eux seuls une chronique. Alors, qu’est-ce qui rend « Les Défenseurs de l’Espace » si particulier ?



La « Joseph Lai's touch ».



En plus des dessins catastrophiques, de l’animation inexistante et des doublages de compétition, le film est émaillé d’incroyables moments de flottement, des séquences tellement absurdes que le cerveau met plusieurs secondes à se convaincre de la réalité de ce qu’il est en train de regarder avant d’ordonner au corps de se rouler par terre de rire. Ainsi, lorsque les gentils sont dans leur vaisseau au milieu de l’espace, poursuivis par un missile sur le point de les anéantir, le héros n’hésite pas une seconde. Il sort son pistolet, ouvre la fenêtre et tire sur le missile. Autre moment aux frontières du réel, quand l’un des personnages annonce que « il est neuf heures, le soleil va bientôt se lever » en regardant sa boussole…







"- Quelle heure est-il ?

- Nord-Ouest moins cinq !"






No comment.




Autre élément qui constitue la véritable signature de Joseph Lai : les faux raccords. Sans atteindre les sommets de « Les Aventuriers du Système Solaire », « Les Défenseurs de l’Espace » remplit plus que largement son quota. En particulier à partir de l’apparition du robot, c’est à un véritable running gag que nous assistons puisque le phénix stylisé peint sur sa "poitrine" disparaît et réapparaît constamment, pas un plan sur deux mais presque.







Nanarland présente : Le Jeu des Une Erreur.




Mais Joseph Lai n’est pas seulement incompétent (ou il n’en a pas seulement rien à foutre). Il est aussi très malhonnête. Fidèle à ses méthodes de margoulin, il a repompé le design de ses robots sur à peu près tout ce qui lui tombait sous la main. Le robot-phénix n’est autre que le jouet Transformers "Inferno", ce qui nous vaudra vers la fin d’assister à sa splendide et quelque peu déconcertante transformation en camion de pompier géant pour aller lutter contre les incendies provoqués par son combat contre les robots ennemis.







Robot-Phénix est tellement puissant en camion de pompier que ses roues n’ont même pas besoin de toucher le sol pour avancer !




Les robots ennemis, justement. L’un d’entre eux serait apparemment un croisement entre Goldorak et Getter Poseidon (un robot de la série "Getter Robot G"), tandis que les vaisseaux de l’empire du mal sont recopiés directement de « Mobile Suit Gundam ». Pour la musique, on a repris celle de « Bioman », y a pas de raison. Il est dommage que le look de ces robots soit sensiblement plus réussi que celui des gentils car ça contribue à nous faire souhaiter leur victoire alors qu’ils sont véritablement ignobles. Le grand combat entre le Robot-Phénix et les robot sbires est rendu parfaitement ridicule par l’usage de part et d’autre d’armes qu’on ne s’attend pas franchement à voir utilisées par des super-robots, ainsi que par l’inflation soudaine de faux raccords dans le film.







Casque-à-Pointe et Goldocrack, les deux robots des vilains aliens.







Nikita a fini par identifier ce qui pourrait être la raison de ce plagiat systématique, une justification dont je me méfie car elle exonèrerait Joseph Lai. Dans les années 70, de nombreux dessins animés japonais étaient sous-traités aux studios coréens, mais parallèlement la Corée boycottait les produits culturels japonais. Les dessinateurs coréens ne se privaient donc pas pour piocher dans les séries qu’ils fabriquaient pour les Japonais, puisqu’il n’y avait aucune chance qu’elles soient diffusées dans leur pays avant longtemps.





Un festival de tronches de cake !












En conclusion, « Les Défenseurs de l’Espace » est un film qui mérite très largement l’intérêt du nanardeur. Après un début presque normal, le taux de nanardise ne cesse de grimper et atteint des niveaux plus qu’honorables, avec même des pointes dans le Sublime. Pas le meilleur des dessins animés de Joseph Lai, il représente néanmoins clairement le dessus du panier et devrait faire passer un bon moment aux petits comme aux grands.





Ce général conclut le film par une phrase énigmatique : « Merci Henry, grâce à toi nous avons pu résoudre notre problème d’immigrés clandestins ! »






Barracuda
Barracuda

Les Défenseurs de l'espace
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Les notes des membres

Moyenne : 3.25
avatar de Barracuda Barracuda : 3,75
avatar de Kobal Kobal : 3
avatar de Nikita Nikita : 3

Cote de rareté

Malgré plusieurs éditions VHS, ce film n'a pas encore bénéficié d'une ressortie en DVD français. Il est par contre disponible aux Etats-Unis en DVD à un dollar, trouvable dans certains supermarchés.



En France, outre l'édition de "Scherzo" en en-tête de la chronique et celle d'"American Vidéo" qui trône au sommet de la fiche technique, on pourra encore trouver l'une des éditions VHS de chez "Magic Entertainment" qui nous proposait le film sous le titre alternatif « Les Gardiens de l'espace », avec une jaquette correspondant au contenu. C'est déjà ça...







...car on en trouva diverses éditions sous les énigmatiques titres de « Formator » (avec des visuels piqués à la dernière saison de « Transformers » et à la série « Gaiking ») et « Robotor » (avec en couv', un robot apparemment inventé par le graphiste et en quatrième de couv', des images de la série « Kingaizer »). Mais bon, il s’agit à chaque fois de sous marques d'"Initial", alors côté honnêteté...











Pour ceux qui pratiquent la langue de Goethe, un très précieux objet : le coffret DVD allemand "Masters of the future", chez "VZ-Handelsgesellschaft" qui regroupe le film, avec « Les Protecteurs de l'univers », « Le Sauveur et la Terre » et « Les Aventuriers de la galaxie ». Qui a dit "Il le fooooooo !" ? En plus y a une version anglaise...



Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation