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Diesel

  • Titre original : Diesel
  • Réalisateur : Robert Kramer
  • Année : 1985
  • Pays : France
  • Genre : L'Instit dans une carrière de graviers (Catégorie : Post apocalyptique)
  • Durée : 1H25
  • Acteurs principaux : Gérard Klein, Agnès Soral, Richard Bohringer
Note :
2
Labroche
Labroche

Chronique





Il est des nanars qui se bonifient non pas avec l'âge, mais avec le temps qui sépare le spectateur de la vision du film. Cette introduction un peu confuse est pourtant véridique. Voir ce Diesel fut pénible, très pénible. Heureusement la fine fleur des nanardeurs était là pour se soutenir mutuellement. Quand l’un d’entre nous flanchait, un autre trouvait la phrase juste, le trait d'esprit piquant et salutaire pour remonter un moral parfois au plus bas.

Nous étions quelque fois tous au bord de la crise de nerfs, mais nous avons tenu bon, et nous avons réussi. Nous avons vu Diesel d’un bout à l’autre, sans nous arrêter ! Je ne vais cependant pas résumer précisément l’histoire, pour la bonne et simple raison que je n’ai pas compris grand chose. Le pitch est pourtant des plus simplistes : une fille veut venger sa sœur (à moins que ce ne soit le contraire…) et pour cela elle se fait aider par Diesel, camionneur de son état. Le film est un post-apocalyptique français, ce qui est bien sûr lourd de sens ! Les habituelles cascades à moto, l’esthétique cyber punk, les barbus armés de laser cèdent ici leur place à des dialogues pesants, de vagues prétentions auteurisantes et un manque d’action aussi flagrant que létal. Bohringer fait son Bohringer. Tout le casting se croit au théâtre et déclame des textes ineptes dans des décors pseudo futuristes d'une rare laideur. Heureusement pour l'harmonie du post-nuke international, le film se termine dans une carrière abandonnée.

Voilà, le contexte est planté. Venons en maintenant à l’essentiel, pourquoi voir ce film, puisque, à première vue, c’est tout pourri ?

D’abord le casting est ahurissant. Outre Bohringer cité plus haut, on a droit à la fine fleur de nos acteurs nationaux. Le rôle principal, celui de Diesel, roi de la dépanneuse du futur et vétéran d'on ne sait trop quel évènement, est tenu par un Gérard Klein au mieux de sa forme. Oubliez son rôle de Victor Nova dans L’Instit ! C’est un Gérard de folie qui joue ici, un Gérard Klein qui justifierait presque à lui seul la vision du film, et ce pour une raison…

LA MULETTE DE GERARD KLEIN !!!




Voyez vous-mêmes : non mais sans rire, vous en avez vu souvent des mulettes de ce calibre ? Que même MacGyver et Roch Voisine, les deux plus célèbres ambassadeurs de cette coupe, n’ont jamais osé en porter des comme ça ! Si l’on part du principe que Gérard mesure… allez, 1m75, sa mulette mesure au moins 40 centimètres ! Bref, sa nuque longue est grandiose.

Comme si ça ne suffisait pas, Agnès Soral est loin d’être en reste. Monde futuriste oblige, Agnès est elle coiffée de manière très originale : elles est affublée d’une brosse et d’une coupe au bol en même temps. Un peu comme si Mireille Mathieu avait fusionné avec Desireless.

Le film étant un pur fleuron du made in France, on a bien sur droit à nos traditionnels dialogues grandiloquents, assortis de quelques envolées aussi lyriques qu'ampoulées… Et comme c’est un nanar, on a aussi notre lot d'aberrations non-sensiques, tel Richard Bohringer dissimulant un flingue sous une table… en verre transparent (véridique !).

Pour conclure, je dirais que Diesel est un nanar pour le moins singulier, et qui ne plaira sans doute pas à tout le monde. C’est un film assez élitiste qui demande beaucoup de force de caractère. Cependant, une fois que c'est fini, c’est un peu comme le service militaire, on ne se remémore plus que les bon souvenirs, et l’on se prend à en reparler en rigolant, on sentirait même presque poindre l’envie de s’en rematter quelques petits bouts. C’est dans ces moments là que l’on réalise que Diesel mérite finalement son 2/5.

!

Juste pour le plaisir...




Et un bonnet ridicule en prime !


Addendum : le nanar et la mode, zoom sur Thierry Mugler (co-responsable de la nanardise de Diesel)

Je vous propose un petit addendum à votre ancienne chronique de Diesel car, si j'en juge par les approximations qui la parsèment, vous avez eu un petit peu de mal à le suivre jusqu'au bout... Et je vous comprends !



Pas besoin d'être une huile de la critique pour capter l'essence de ce film qui délire plein pot : Diesel, c'est pas Super.


Pourtant avec Terminus et Diesel, la SF française fait honneur au style "Custom Bus en carton mâché" avec un bel unisson qu'il convient de fêter dignement. Donc je me suis accroché comme un chancre pour y comprendre quelque chose et au bout de quatre tentatives j'ai fini par arriver jusqu'au générique de fin sans ronfler ! Et j'en ai tellement chié des ronds de chapeau que j’estime qu'il faut que ça serve ; je vais donc vous en faire profiter oune poquito. Par ailleurs ça rendra justice à l'Histoire du Grand Cinéma...

Donc dans Diesel, Agnès Soral incarne une prostituée qui cherche à venger une copine à elle (et non sa soeur), elle même également pute, naguère tuée par Roger, le frère du méchant proxo joué par Bohringer (qui sue). Elle charge à mort sa déposition de témoin du crime en criant "C'est lui qui l'a tuée" tout en jetant vaillamment son petit torse ceint d'un plastron de plexiglas contre le grillage de la cellule de garde à vue. On sent qu'elle en chie mais l'émotion ne passe pas, ça fait peine à voir.



Agnes dubitative...


Evidemment tout ça n'est pas du goût du méchant Bohringer qui, pour couvrir son frangin Roger, fait pression en haut lieu pour qu'on lui coupe son kiki à la pupute. En plus ça fait mauvaise presse et les clients se raréfient au "Building", une boîte de strip logée dans une carrière à craie quelque part près des catas du 13ème où tout ce petit monde sue allègrement. C'est alors qu'elle se fait délivrer par un groupe de résistants un peu maoïstes sur les bords dont le nom de code est Liberté. Ils l'aident à s'évader vers la surface (boueuse) où elle s'enfuit en Citroën Méhari magistralement tunée pour l'occasion de quelques pochoirs façon schémas de circuits électroniques.



Bohringer, vaguement menaçant.


A partir de là, Bohringer pète un câble sans qu'on sache trop pourquoi et la fait poursuivre par Nelson (Niels Arestrup : un croisement génétique entre Dominique Pinon et Klaus Kinski). Ce dernier, méchant tueur à gage à la houpe ridicule, a pour tâche de la ramener vivante, ce qui n'est pas la moindre des incohérences du scénario. Pourquoi pas morte puisqu'elle empêche de proxénéter en rond depuis le début ? On ne le saura jamais. Mais, j'oubliais... on s'en cogne et aux aussi.

Nelson est secondé dans sa basse besogne par un apprenti tueur à gage habillé en Albal ainsi que par un émissaire de Bohringer, sorte d'inspecteur des travaux finis chargé de surveiller la bonne marche des opérations, et c'est Roland Blanche. Et, incroyable, Roland Blanche aussi sue comme un goret ! Tant et si bien qu'il pue, et il a parfois peur aussi, et du coup il le dit. A eux trois ils forment un trio bien inspiré.

Extraits de dialogues (à peu près) :

Roland Blanche : Putain je pue.

Un ami : Ben tu devrais te prendre une p’tite douche...

Roland Blanche : Non j'ai besoin d'être sale, j'ai besoin d'être moi même, j'ai eu trop peur, ils auraient pu me faire bouffer de la merde tellement j'avais peur de ces deux là...

Ha ouaaais d'accord fallait le dire tout de suite : il se chie dessus ET il est coprophage... pratique !

Enfin (vous suivez toujours ?) Agnès Soral croise en chemin une communauté de hippies boueux mais cools qui l'hébergent et la consolent de toute cette misère humaine. Là elle rencontre enfin le Diesel du titre (Gérard Klein, l'homme à la mulette féroce comme vous l'avez si finement observé) qui l'aide à se débarrasser des méchants qui suent (d'une force ! A la fin la boîte est tout inondée !) et ils finissent heureux dans la joie capillaire la plus totale.



We need another hero... (et au plus vite !)


Dans le plan final, tout le monde rigole cheveux au vent à l'avant d'une dépanneuse customisée qui laisse supposer un avenir merveilleusement radieux. Voilà, ça c'était pour préciser l'histoire, maintenant il reste un élément d'une importance capitale afin de bien comprendre pourquoi Agnès Soral et toute la cohorte sont aussi mal fringués. Car il y a une bonne raison ! Ou plus exactement un coupable... D'ailleurs s'il y avait un genre non encore exploité, car sûrement par trop élitiste, où ce coupable ferait bonne figure, c'est sûrement le Nanar de Mode, ou Nanar Modiste. Et s'il fallait un chef de file à ce genre c'est bien lui, Thierry Mugler, qui s'y collerait ou je ne m'y connais pas...



Thierry Mugler


Thierry a été sollicité, à l'instar de ses illustres prédécesseurs (tel Paco Rabanne pour le mythique Barbarella) ou successeurs (tel Jean-Paul Gaultier pour Le 5ème élément), pour imaginer ce à quoi ressemblerait une garde-robe post-apocalyptique et, pareillement à ses coreligionnaires, il s'est méchamment gaufré sur toute la ligne, mis à part peut être le blouson de cuir de vachette avec la poche ventrale qui doit toujours se vendre aux puces mais je n'irai pas vérifier.

Comme Paco, Thierry a imaginé qu'après la bombe, toutes les nanas porteraient des plastrons en plexi avec des élastiques (ou bien le second a plagié le premier) et force est de constater que ça court pas les rues... on me dit que c'est parce qu'y a pas eu la bombe... bon d'accord on va attendre encore un peu.

Dernière petite précision : Mugler a l'air de planer à 100 000 comme bon nombre de ses condisciples. Pour s'en convaincre, un petit tour sur son site New Age permettra de vérifier qu'il ne s'est jamais totalement remis des années 80 (ce qui pour un Nanardeur Styliste est plutôt bon signe) et de fait il a récidivé plusieurs fois au cinéma, ainsi que l'attestent les crédits en tant que Chef Costumier qu'il cumule de Accion Mutante de Alex de la Iglesias à A.I. de Steven Spielberg. J'aurai dû m'en douter. C'est donc pour ça que Jude Law y a l'air d'un parfait tartuffe !



Last but not least, j'ai également trouvé sur son site qu'il a "designé" jadis une robe façon Tron. C'est presque touchant à quel point ils peuvent être ringues et perchés dans la Haute Couture. Un peu comme des Nanardeurs de haut vol, ils se prennent d'ambitions visionnaires qu'ils ratent avec une belle régularité, et ce quelle que soit la notoriété du bonhomme. De fait, il me semble qu'on les oublie trop souvent mais les costumiers participent à l'édifice du Nanar avec une conviction qui force le respect !

Et c'est là, à n'en pas douter, le signe que le Nanar est plus un état d'esprit qu'un simple genre de cinéma. Ainsi tapis dans l'ombre de toutes les grandes créations avortées, et grâce à Diesel, je n'ai plus peur de l'affirmer : Nanar est partout, Nanar est dans tout et tout est dans Nanar.

Reste à le décrypter.

cdk_ouane



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Cote de rareté

Ce film, de l'aveu même des amis de Kramer, fut considéré comme un ratage dès sa sortie, et les cinéphiles préfèrent considérer ce faux-pas comme un accident dans une carrière par ailleurs bien remplie et l'oublier bien vite. De par son casting, le film eut les honneurs de deux éditions vidéos, l'une chez "Proserpine" et l'autre chez "Film Office" (curieusement dans une collection polar) mais attend toujours une très hypothétique réédition DVD.

Cote de rareté : 5/Pièce de Collection Consulter le barème de notation