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Le Dossier érotique d'un notaire

  • Titre original : Le Dossier érotique d'un notaire
  • Titres alternatifs : Dossier érotique d'un notaire, Le Journal érotique d'un notaire, Erotisme à l'étude
  • Réalisateur : Jean-Marie Pallardy
  • Année : 1972
  • Pays : France
  • Genre : Amours parallèles (Catégorie : Erotique)
  • Durée : 1h21
  • Acteurs principaux : Jean-Marie Pallardy, Angela Hensen, Evelyne Scott, Claude Sendron, Georges Guéret, Reine Thirion, Jacques Insermini, Marie-France Broquet, Jean Luisi, Alice Arno
Note :
3.5
Drexl
Drexl

Chronique



Le film est ressorti en Italie sous le nom élégant d'"Erotic Sex Orgasm" semble t-il caviardé d'inserts porno et mettant en avant Alice Arno et Gilda Arancio qui n'ont pourtant qu'un rôle très secondaire.


Au cœur d'un village qui ne dira jamais son nom, Michelle et Evelyne entretiennent une liaison sulfureuse, dont la violence des sentiments n'est malheureusement pas réciproque. En effet, Evelyne fréquente aussi le notaire du village, vibrant érotomane dont les partouzes organisées dans sa cave ne sont plus un secret pour grand monde. Il souhaite calmer les rumeurs sur son compte, elle profiterait bien de sa fortune amassée au bout de vingt années de besogne, un mariage les tirerait donc tous deux d'affaire. Mais Michelle s'oppose à cette union, et tous les coups qu'on pourrait lui porter ne ferait qu'assouvir ses penchants masochistes. Le notaire ira-t-il jusqu'à commettre l'irréparable ? Yvan, le châtelain lubrique rôdant non loin de l'action, découvrira-t-il le pot aux roses ?





Michelle et Evelyne : une passion de tous les dangers.



Le notaire (Claude Sendron), pervers décadent qui fait jaser le village.



Yvan, le châtelain queutard (Jean-Marie Pallardy).


Autant vous prévenir tout de go : Dossier érotique d'un notaire est une pierre angulaire de l'œuvre de Jean-Marie Pallardy, une "œuvre de jeunesse" brassant bon nombre de ses obsessions - conscientes ou non. Sa description d'une communauté décomplexée sexuellement, mais en même temps très soucieuse du qu'en dira-t-on et des cachotteries les moins avouables, la figure fatale du triangle amoureux, la folie entraînée par un amour interdit et impossible se retrouveront plus de trente ans plus tard dans son roman Amours Parallèles. L'hallucinante réplique / twist scénaristique (léger SPOILER, le "retournement" arrive au bout de six minutes) « Dommage que tu sois ma sœur » se retrouvera au cœur du nœud gordien dramatique de White Fire. Le non-sens artistique liant toutes les séquences entre elles au petit bonheur la chance se retrouvera… dans tous ses autres films.





"Dommage que tu sois ma soeur" [NdlR : à noter aussi la réplique "dommage qu'elle soit votre belle-soeur" prononcée par le personnage du notaire un peu plus tard].



L'indispensable Jean Luisi.


Pour rebondir sur ce dernier point, il faut savoir que Dossier érotique d'un notaire est l'un des tous premiers longs-métrages de son auteur, et que celui-ci expérimente avec violence les possibilités offertes par ce nouveau joujou qu'on appelle "caméra". Dès la première scène, le spectateur se voit ainsi infligé des zooms extrêmement brutaux à chaque réplique choc ; viendront par la suite des décadrages particulièrement osés, des faux raccords en pagaille grossièrement dissimulés par un montage approximatif (voir à ce titre la scène de la première dispute entre Michelle et Evelyne, à la douzième minute du film – un véritable festival), ou encore une image gérant très mal les changements de luminosité (un élément imputable à Pallardy himself – il signe la photo sous son pseudo Boris Pradllay, anagramme de "Pallardy" qu'il transformera plus tard en Pradlay voire Pradley). Le tout étant assorti du doublage apocalyptique des deux actrices principales, massacré par des interprètes sous Valium depuis trois semaines.





Michelle, personnage torturé au milieu d'une déco furieusement 70's.



Evelyne, qui ne pense qu'au fric.



Tiens, c'est curieux, il fait soudain chaud par ici.


Jean-Marie Pallardy livre sa propre interprétation de l'Affaire de Bruay en Artois, qui venait alors de défrayer la chronique. Il brode tout autour de ce glauque canevas une chronique de mœurs où le déchaînement des sens et des passions mènerait, forcément, à l'irréparable. Son rôle dans le film n'est d'ailleurs pas aussi anodin que cela. En bon queutard à l'abri du besoin, le châtelain Yvan comprend le notaire et ne le juge donc pas. Il le poussera à faire taire les rumeurs ricochant sur les murs et les toits du village, précipitant ainsi un enchaînement de situations dont il sera sans le savoir le témoin. La fin du film (oups, pardon SPOILER) voit en effet Yvan se trouver à quelques mètres du drame, le montage oppose eros et thanatos avant de se conclure sur un freeze sur le visage, lourdement dubitatif, d'Yvan / Jean-Marie Pallardy. Cet ultime plan dévoile que l'auteur n'a finalement cure du fait divers dont il s'inspire, que son seul intérêt est finalement d'en exploiter le pouvoir d'évocation pour broder des gimmicks narratifs qu'il n'aura de cesse d'explorer par la suite.



Jean-Marie, sa meuf et son chien Rosco.




Drexl
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Le Dossier érotique d'un notaire

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Les notes des membres

Moyenne : 3.58
avatar de Drexl Drexl : 3.5
avatar de John Nada John Nada : 4
avatar de Kobal Kobal : 3.25

Cote de rareté

L'éditeur Le Chat qui Fume a accompli un travail de restauration, allez, disons-le, remarquable pour l'ensemble de la collection. Comme expliqué dans le bonus Le Journal d'une Restauration, le processus a été assez périlleux : après avoir numérisé toutes les copies d'un même film, il a fallu 1/ faire le tri entre les versions érotiques et les versions hard, 2/ gérer tous les problèmes de copies souvent issues de plusieurs chutes de pellicules, comme des bandes noires pas droites (d'où des recadrages parfois assez hardcore !), des couleurs délavées, des bandes-son désastreuses, des restes de scotch, témoins de la précipitation du montage… Et on en passe. Un travail de longue haleine, dont on savoure le résultat en tirant chapeau bas aux félins clopeurs.



Sur l'édition de Dossier érotique d'un notaire, niveau image, rien à redire : le rendu de la copie est impeccable. La bande-son souffre d'un léger soufflement persistant, mais tout de même moins envahissant que sur Règlements de femmes à OQ Corral. Un unique problème est à déplorer, et encore, pour les puristes les plus sourcilleux - les premières images du générique de début manquent à l'appel. Notons cependant une donnée cruciale, effaçant illico toute trace de mécontentement : le grand Jean-Marie se double lui-même dans cette version.



En bonus, on peut trouver un entretien d'une heure avec le réalisateur, Le journal érotique de Jean-Marie Pallardy. L'interview est filmée en plan fixe, dans un décor rococo, émaillée d'extraits "sulfureux" donnant furieusement envie au fan hardcore de s'envoyer l'intégralité de sa filmo dans la foulée. Le réalisateur y revient brièvement sur ses origines (pas vraiment la période de sa vie sur laquelle il est le plus disert…), ses débuts au cinéma, les conditions de tournage épicuriennes de ses œuvres érotiques, ses diverses collaborations, ses démêlés avec la censure. Le tout avec une verve typiquement pallardienne : une lecture totalement premier degré de sa filmographie, réfutant toute tentative d'analyse (voir comment le pauvre interviewer est rudoyé en fin d'entretien !), n'admettant ses fautes qu'à demi-mot (notamment sur le traitement, pas toujours très correct, de ses actrices), tout en assumant coûte que coûte ses œuvres. Son unique regret reste de n'avoir pas su demander plus d'argent à ses producteurs pour que ses films soient de meilleure facture… L'entretien ne couvre que le volet érotique de sa filmographie, et passe malheureusement outre ses films plus "traditionnels".



Outre Le journal érotique de Jean-Marie Pallardy et Le Journal d'une Restauration, cette édition DVD concoctée par Le Chat qui Fume propose également les 10 bandes-annonces de la collection Pallardy (qui ne sont malheureusement pas des bandes-annonces d'époque) ainsi qu'une galerie de cent photos issues de la collection privée du réalisateur.
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