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Dragon Force

  • Titre original : Shen tan guang tou mei
  • Réalisateur : Michael Mak
  • Année : 1983
  • Pays : Hong Kong
  • Genre : Les Bruce Brothers font la java (Catégorie : Bruceploitation)
  • Durée : 1h38
  • Acteurs principaux : Bruce Baron, Bruce Li, James Barnett, Mandy Moore, Frances Fong
Note :
3
Nikita
Nikita

Chronique





Beau morceau ma foi que ce « Dragon Force » : non content d’être le film le plus ambitieux de toute la filmographie de Bruce Baron, cette cavalcade joyeusement ridicule dégage avec puissance les délicieux effluves de la série B d’autrefois, naïve et colorée comme un livre d’images. Un peu de sous-James Bond, un peu d’« Opération Dragon », des ninjas en pagaille, des coups de tatane à n’en plus finir ; « Dragon Force », c’est un véritable pot-pourri du cinéma bis ! A l’époque où le cinéma de Hong Kong entrait dans sa phase la plus explosive et créative, « Dragon Force » tentait de reprendre les recettes du film d’action des années 1970, en les assaisonnant d’une démence dont on ne saurait trop dire si elle était au second degré.







Tout commence à Hong Kong, où un super-agent américain du nom de Jack Sargent accomplit une mission nébuleuse contre d’obscurs trafiquants de diamants. Jack Sargent, c’est notre héros : il est beau (que même qu’il se tape deux nanas à la fois dans sa piscine), il fait du kung-fu (que même Michael Dudikoff il est moins doué que ça). Et en plus, cerise sur le gâteau, c’est Bruce Baron, la classe incarnée, qui joue le rôle.





Notre héros : on a failli avoir Chuck Norris, mais finalement, non.




Après avoir brillamment réussi une mission dont on ne nous dira guère en quoi elle consistait, Jack ne va pas avoir le temps de goûter au repos du guerrier que lui promettaient deux demoiselles pas farouches : on a enlevé la princesse héritière de Bolgravie ! Le kidnapping est l’œuvre d’une obscure organisation internationale, apparemment communiste [un doute à ce sujet subsiste, du fait d’une certaine confusion du scénario] et en tout cas dédiée à la perpétration du mal sous toutes ses formes.









Les ninjas savent tout faire, même kidnapper des femmes à poil.





Le grand méchant : on a failli avoir Orson Welles, mais finalement, non.




Dirigée par un barbu obèse, la bande des affreux est en tout cas, pour notre plus grand plaisir, une annexe de l’empire ninja, puisqu’elle fait exécuter l’ensemble de ses basses œuvres par des guerriers des ténèbres aux tenues d’un rouge pimpant (un indice supplémentaire sur la couleur politique naturelle des méchants !). Une grande partie du film va donc consister en une succession hystérique de combats de ninjas, sautant comme des zébulons dans tous les sens. « Dragon Force » appartient en effet à la catégorie des nanars vitaminés : la baston ne s’arrête virtuellement jamais, du début jusqu’à la fin, dans une débauche d'échanges de mandales parfois bien chorégraphiés, parfois totalement ridicules, mais toujours marqués du sceau de la dinguerie la plus décomplexée.











Pour venir à bout de l’armée de ninjas des méchants, Jack Sargent a besoin de l’aide de spécialistes en coups de tatanes : c’est pourquoi ses supérieurs l’orientent vers un mystérieux groupes d’artistes martiaux, la « Dragon Force ». A la recherche de ses alliés, Jack doit livrer une série de combats qui se révèleront en fin de compte faire partie d’une épreuve initiatique pour faire partie de la Dragon Force : quant à Tan Lung, le maître de la Dragon Force, ce n’est autre que Bruce Li, dont le sérieux imperturbable tranche avec la frénésie ambiante.









On a failli avoir le vrai Bruce Lee mais pour raisons de force majeure, finalement, non.




Il faut dire que le film dispose d’un atout de poids, qui lui permet de franchir la ligne jaune séparant la série B du nanar. Cet atout, c’est Bruce Baron.







Très athlétique, et plutôt crédible dans les scènes d’action (bien qu’il ne soit pas un véritable artiste martial, et que cela se voie parfois), Bruce dispose d’un talent particulier pour décrédibiliser un film dont il tiendrait le rôle principal : il joue épouvantablement mal. Bruce ne nous en voudra pas de le signaler, lui qui, dans l’interview qu’il nous a accordée, ne s’illusionnait pas sur ses qualités d’acteur ; mais force est de constater que dans un film où il est visible sur toute la durée (et non un 2 en 1 bricolé dans son alambic par Godfrey Ho), son non-talent apparaît dans toute sa splendeur !







Avec Bruce Baron, c’est un véritable festival de mimiques en tous genres, de sourires crispés et de regards bovins qui en disent long : dans certaines scènes, chaque plan pourrait donner lieu à des captures d’écran nanardes tant notre ami joue absolument comme une savate. Cela est d’autant plus frappant que l’auteur de ces lignes, pour avoir vu « Cruel Horizon », a pu constater que Bruce, sans être un très bon comédien, pouvait s’avérer nettement moins mauvais pour peu qu’il soit concerné et mieux dirigé. Mais, dans « Dragon Force », c’est une véritable fête à neuneu !







Bruce n’est cependant pas, et de loin, le seul élément nimportequouesque d’un film qui empile les clichés à une vitesse de stock-car. « Dragon Force » s’acharne en effet à emprunter à tous les succès du cinéma populaire et d’action : un coup de James Bond (avec un vieil Asiatique reprenant le rôle de Q), un coup d’ « Opération Dragon » pour le final, un peu de la séquence d’ouverture de « L’Implacable ninja » multipliée par dix, tout y passe, avec un bonheur à peu près constant pour l’amateur de kitsch frénétique.







Le sbire du méchant : on a failli avoir Bolo Yeung, mais finalement, non.




Ajoutons-y une pincée d’humour particulièrement peu subtil, et des passages complètement loufoques : citons pour l’exemple le lavage de cerveau que les méchants font subir à la princesse, à l’aide d’acupuncture et de tatouages sur le corps. C’est le « body art » au service du mal !





Certaines mauvaises langues diraient même : le tatouage au service du plan nichon...




Parmi les petites énigmes du film, je n’ai toujours pas compris pourquoi les Dragon Force portent des chemises à col Mao : s’habiller en Communistes alors qu’on est censé lutter pour la liberté, voilà qui témoigne d’un sens aigu du paradoxe.









Ajoutons que le réalisateur semble avoir pris conscience du fait que Bruce Baron, malgré ses efforts, était un artiste martial nettement moins crédible que Bruce Li et l’ensemble de la troupe des Dragon Force : notre héros cède quelque peu la vedette à ses partenaires lors des grandes scènes de combat de la dernière demi-heure, où sa présence à l’écran se fait soudain discrète, pour laisser des kungfuteurs vraiment doués occuper l’écran. Bruce B. n’en disparaît pas pour autant, et continue de donner de sa personne lors d’un final explosif qui fracasse toutes les limites communément admises de clichés à la minute.





Vite, allons nous battre avec les ninjas au milieu des bidons explosifs avec « danger » écrit partout !







On a failli avoir un vrai artiste martial à la place de Bruce Baron, mais finalement, non.




Film hyperactif et sans complexes, cette survivance du kung-fu seventies est un mirifique exemple de série B asiatique surexcitée, se vautrant suffisamment souvent dans l’absurde pour satisfaire l’amateur de bizarreries. Une occasion de plus de voir les multiples sources d’inspiration de « Kill Bill », à la différence près que Michael Mak, contrairement à Tarantino, tournait en grande partie au premier degré. Un peu aigri par le résultat de « Dragon Force », Bruce Baron nous a d’ailleurs confié être parvenu à l’apprécier en comprenant, à la vision de « Kill Bill », ce qu’il pouvait avoir de jouissif. On ne peut qu’espérer qu’à l’exemple de Bruce, le public mondial aura l’occasion de redécouvrir cette perle : à exhumer d’urgence !









Nikita
Nikita

Dragon Force
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Les notes des membres

Moyenne : 3.2
avatar de John Nada John Nada : 3
avatar de Kobal Kobal : 4
avatar de MrKlaus MrKlaus : 3.5
avatar de Nikita Nikita : 3
avatar de Wallflowers Wallflowers : 2.5

Cote de rareté

Encore un chef-d’œuvre en péril : trois éditions VHS ("Vidéofilms", "Cine+" et "Dynasty films" en France, c'est marqué en gros sur les trois photos qui suivent) mais toujours pas de DVD.











Aux Etats-Unis existe un DVD-R chez "Shocking Video", en anglais uniquement, sous son titre américain : "Powerforce".





Attention, un autre film de Hong Kong, sorti en 1982, porte également le titre international de « Dragon Force ».
Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

Affiches en plus

VHS espagnole.
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VHS suédoise.
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