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Dune Warriors

Note :
1.75
John Nada
John Nada

Chronique



1/ Mise en bouche (un rien bavarde) :

Parviendrons-nous jamais à épuiser le genre ? Le titre vous aura sans doute mis la puce à l’oreille : Dune Warriors se range dans la catégorie pléthorique, boursouflée, hypertrophiée des nanars post-apocalyptiques, un sous-genre dont les facilités scénaristiques et le dépouillement esthétique en ont séduit plus d’un, accessible qu’il est à tous les faiseurs de films dès lors que ceux-ci parviennent à réunir un peu de matériel, une poignée de potes et quelque menue monnaie. Cet état de fait, le cinéaste-producteur Cirio H. Santiago l’a bien compris, apportant régulièrement sa pierre à l’édifice en jetant une nouvelle caillasse dans le tas (Stryker, Les Roues de Feu, Apocalypse Warriors (Equalizer 2000), Apocalypse Warriors (Raiders of the Sun) etc.). Aux dernières nouvelles, ce Philippin de 68 ans serait toujours en activité malgré un dossier nanar très chargé étayé par des preuves accablantes (le monumental Attaque à Mains Nues), et serait plus que jamais abouché avec ce roublard de Roger Corman, affidé matois également fiché au Grand Nanardisme. A l’occasion d’une interview pour Mad Movies (N°80, p.44), Corman évoquait leur rencontre pleine d’un émoi réciproque dans les années 70, à l’origine de leur longue et fructueuse collaboration. « Il tourne tous les ans un ou deux films pour moi, ce qui lui demande six semaines au pire. On potasse les scripts ensemble, je lui fournis cinq ou six comédiens américains et, là-bas aux Philippines, il travaille avec ma bénédiction ». Une affaire qui roule.



- Cirio H. chéri, je ne retrouve plus mon joli paréo, tu sais le rouge et vert, tu ne l’aurais pas vu des fois ?

- Heu… non, non !


Dune Warriors est le fruit de cette love story comme on n'en fait plus, un petit fruit parmi tant d’autres au milieu d’un cageot bien rempli, daubasse un rien fadasse dont l’intérêt principal reste la présence du vétéran David Carradine, reconverti depuis quelques années déjà en mercenaire du nanar. Promu d’office grande star du film, David a sans doute dû tuer le temps entre deux prises en signant des autographes pour toute l’équipe en pleine adoration, Cirio H. inclus. Une ambiance à lui tout seul, ce Carradine. De loin le plus renommé du clan parmi Keith, Robert et Papa John, David, le cheveu blanc et le visage marqué, n’apparaît pas aussi fringuant qu’à l’ordinaire, un peu comme si, au fond du gouffre, clopinant de sous-production en sous-production, il se résignait soudain à bouloter son pain noir en se pinçant le nez. Après quelques ultimes quignons rassis (au hasard : Femmes ou Maîtresses de Jean-Marie Pallardy, 2000), il trouvera pourtant la lumière au bout du tunnel en la personne de Quentin Tarentino qui le recueillera comme un enfant pris dans le froid de l’hiver (Kill Bill, 2003), ravissant au passage le titre de "l’acteur qui revient de loin" à Christopher Lee (Le Seigneur des Anneaux).







David Carradine : quelques miettes de bravoure dans un monde de lâches…


2/ La critique (épistolaire, ça change un peu) :

Cher Cirio H.,

Je viens de voir ton film là, ce, humpf, « Dune Warriors », que tu te targues d'avoir produit et réalisé, et j'ai alors ressenti le besoin, pressant comme une envie de pisser, de t'écrire cette petite lettre. Je t'invite tout d'abord à ne pas t'offusquer outre mesure de ce que le ton de cette missive pourra avoir de pédagogique, avec tout le côté rébarbatif qu'implique ce terme. Et, bien que tu n'aies sans doute plus mis les pieds dans une école depuis bien longtemps, autant t’annoncer tout de suite que je me suis vu dans l'obligation de sanctionner tes excès sur pellicule par une note. Oui je sais c'est dégueulasse mais c'est comme ça. Commençons donc par le commencement : le synopsis de ton film.

« En l'an 2040, la Terre n'est plus qu'une vaste planète desséchée et couverte de poussière. Les hommes se battent pour l'eau qui représente l'unique espoir de survie. Une armée de guerriers sauvages décide alors de prendre le pouvoir pour s'approprier l'eau [euh... à moins qu'il ne s'agisse de s'approprier l'eau pour prendre le pouvoir ??]. Une jeune femme va se rebeller avec l'aide de cinq guerriers, les Dune Warriors... »

Mon Dieu mon petit Cirio H, mais où vas-tu chercher tout ça ? Je devine les ficelles de ton scénario, attention, je les devine ! Comment, ce scénario n'est pas de toi mais de Thomas McKelvey Cleaver ? Mmmh, admettons et passons au casting alors : pour la présence de Carradine, je veux bien te mettre un bon point, parce que c'est une bonne innovation – la seule, certes, mais pas des moindres. Même s'il n'y a rien de noble à humilier un vieillard, j'avoue avoir été séduit par ce personnage au look d'une sobriété exemplaire (pyjama blanc sale et déchiré, mocassins philippins et corde à sauter nouée autour du front), au background substantiel (Guerrier des dunes N°1 : « Mais... qui est-il ? » Guerrier des dunes N°2 : « William et ses boys ont brûlé sa ferme après avoir massacré sa famille... depuis il les poursuit sans relâche… ») et aux répliques qui font souvent mouche (« Tais-toi ou tu vas avaler ta moustache ! »), toujours appréciable au milieu des jacasseries vaseuses que constitue le reste des dialogues. Comme d’habitude, on se raccroche à ce qu'on peut…



Papy David en action


Pour ce qui est du reste des acteurs fantabuleux de ton film, outre ceux qui cumulent diverses responsabilités (Rick Hill joue "John" mais est également réalisateur de 2nde équipe, Joseph Zucchero interprète Reynaldo mais est par ailleurs impliqué dans le montage et la production du film etc.), preuve éclatante que même les membres d'une équipe technique peuvent être recyclés, c'est toujours un plaisir de retrouver les bonnes bouilles de Blake Boyd ou de Nick Nicholson. On ne change pas une équipe qui gagne, mais une équipe qui perd non plus parce que les copains c'est pour la vie. Concernant la présence de l'emblématique Nick Nicholson, j'irai même jusqu'à dire que la démarche se double d'une action charitable. Et puis Nick est un ami de Max Thayer alors ici tout le monde l'aime bien.



Nick Nicholson (bouche fermée, bouche ouverte)


De même, pour ce qui est d'avoir fait jouer les liens du sang (un Christopher R. Santiago par-ci, un Bobby Santiago par-là), je ne te blâmerai pas, parce que, n'est-ce pas, c'est bien normal d'aider un peu la famille quand on peu. Maintenant pour le reste... je vais te coller un 1/5 et tu l'auras bien mérité petit cancre ! Parce qu'il semble vraiment que tu ne te sois guère amélioré depuis ton premier pâté de sable filmique.



A gauche une gentille ‘dune warrior’, à droite un méchant voleur d’eau. D’un côté comme de l’autre, c’est à celui qui aura les plus belles épaulettes !



Le vil William (Luke Askew)… la classe philippine !



L’avenir de l’automobile



Déjà, dans mon évaluation de ton devoir précédent, celui intitulé Apocalypse Warriors / Raiders of the Sun [réalisé deux ans plus tard en fait… mais bon, qu’importe], je décrivais l'ampleur du désastre en ces termes : « On y trouve des chevelus fanatiques au front ceint d’un bandeau flottant au vent se battant et mourant pour des bannières arborant des insignes abscons, d’invraisemblables guerriers ubuesques équipés de masques de ski et de lunettes de protection, beuglant dans des pick-ups poussifs ou sur des motocyclettes pétaradantes en donnant la chasse à des villageois fagotés avec des tuniques qui semblent avoir été découpées dans des sacs postaux. Du bricolage façon système D auxquels viennent se greffer quelques effets plus authentiques, de la poussière, de la sueur et de la crasse, de la moustache épaisse et de la tignasse graisseuse obombrant du jean limé ou du cuir usé. » Ayé, j'entends d'ici tes "ouah, l'autre hé, comment il s'embête pas, il me ressort des pans entiers de son ancienne chronique" indignés, mais j'ai envie de te répondre que merde Cirio H., c'est toi qu'a commencé, t'as qu'à pas refaire sans arrêt les mêmes films !





A l'attaaaque ! La liberté ou la mooort !!! (hé oh, poussez pas derrière !)



« Bon, vous mettez le chargeur comme ça, là, c'est très simple, puis vous arrosez sans viser dans un mouvement continu »



Un combattant au sommet


Premièrement, entre nous Cirio H, tu pourrais au moins faire l'effort de changer de carrière de gravier d'un post-nuke de supérette à un autre. Parce que tu as beau nous raconter qu'un coup il s'agit du nord de l'Alaska 100 ans après la fin de l'holocauste nucléaire (Apocalypse Warriors / Equalizer 2000), un coup le lieu d’affrontement futuriste entre une improbable Ligue Alpha et des « marginaux » (Apocalypse Warriors / Raiders of the Sun) ou cette fois-ci la Nouvelle Californie en l'an 2040, moi les petits cailloux de ton terrain de jeu je commence à les connaître par coeur.



Imperméable, ignifugé et robuste : le carton est la matière idéale pour réaliser vos remparts de jardin



Un magnifique village de niches


Et, nom d’un Peso, QU’EST-CE QUI T’AS PRIS de balancer au regard torve de ton spectateur, après seulement neuf minutes de métrage, l'attaque d'un troupeau de nains post-apocalyptiques (ils sont recouverts de peaux d'écureuils et grimacent tous comme Jim Carrey mangeant des huîtres à la framboise), les mêmes que tu avais déjà ridiculisés dans Stryker (oui, Stryker, souviens-toi de ce vilain petit post-nuke anémique que tu as commis en Italie en 1983 ! TU SAIS QUE LA PRESCRIPTION N'EXISTE PAS POUR CE GENRE DE CRIME CIRIO H. !!!), l'originalité résidant sans doute dans leur temps d'apparition – 30 secondes exactement –, faisant de toi le premier cinéaste responsable d'un caméo de nains post-apocalyptiques.



Désemparés par le charisme de Carradine, le gang des nains opère un repli stratégique


Et puis qu'est-ce que c'est que cette idée saugrenue de faire signer la musique de ton film par « The Score Warriors » ? Tu t'es cru malin, hein ?? Et bien moi je vais te dire un truc : pendant les 1h15 de cache-cache-tacatac-argh dans les dunes que dure ton film, je n'ai pu me défaire d'une impression foncièrement désagréable : le sentiment tenace d'avoir mon arrière-train magistralement sanctifié par l'empreinte de tes pieds boueux.







Parce que les figurants pullulent, ce brave Cirio H. fait tout pour réguler l’espèce



Comme sur celui du téléspectateur, le désarroi se lit sur le visage de ce figurant moustachu (argh, ‘Cirio H. m’a tuer’)



Ah la la, il y en aurait encore des choses à dire... Néanmoins, je ne t'accablerai pas plus aujourd'hui. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, ton film a réussi à m'émouvoir. En effet, aussi vrai que je m'appelle John Nada, de t'imaginer avec ta mine chafouine émerveillé comme un gosse de pauvres derrière ta grosse caméra ronronnante filmant les ébats de cour de récréation auxquels se livraient tes grands gamins d'acteurs, zigzaguant fusil en plastoc à la main entre les murs en carton de ton village en kit façon maisons Mundia, j'ai eu l'impression fugitive de me revoir à 7 ans, crapahutant pistolet à pétards dans la pogne dans les montagnes drômoises de mon enfance, époque bénie durant laquelle, selon qu'on ait un chapeau de paille trop grand sur la tête ou une plume de poule glissée derrière l'oreille, on s'imaginait cow-boy ou indien pour de bon.







Tiens, mais… le pot d'échappement de cette moto ne pourrait-il pas servir à fabriquer… mais oui, bien sûr, un puissant lance-flammes ! Dune Warriors, le film et le making-of 2 en 1.



La version ‘tuyau de poêle’…


En outre, le budget global alloué à ton Dune Warriors avoisinant visiblement le devis buffet-restauration d'une soirée chez Michou, réputé il est vrai pour l'excellence incomparable de ses petit fours que le tout Paris se boulotte entre deux éclats de rire délétères, je me sens accablé par une lassitude nauséeuse quand je songe à la saga que tu aurais pu nous pondre rien qu'avec ce que ces salonnards oisifs et ces pétasses demi-mondaines se mettent dans la panse en amuses-bouches goûteux. Méditez là-dessus, m'ssieurs dames, dites non aux toasts caviar-saumon qui gâchent le teint et oui au cinéma indépendant : en plus de vous éviter une méchante crise de foie ponctuée d'intempestifs renvois couleur rouille, vous pourriez vous enorgueillir d'avoir accompli une vraie bonne action en faveur du Tiers-Monde. Et vous, messieurs les rois de la Formule 1, au lieu d'arroser la vile multitude de vos semblables avec du champagne hors de prix pour consacrer vos épanchements motorisés, si vous consentiez ne serait-ce qu'une petite fois à troquer vos magnums de demi-secs contre de la limonade et à envoyer un chèque à Cirio H. au passage, un Dune Warriors 2 pourrait voir le jour et vous auriez au moins la satisfaction d'avoir rendu le sourire à un petit Philippin moustachu.

Poursuit tes efforts Cirio H., et prend ton temps pour me rendre ta prochaine copie.

Bien à toi,

John Nada



Mission accomplie pour David, il est maintenant temps d’aller se porter au secours d’autres tâcherons en détresse…


PS : Je viens de revoir la scène du caméo de nains quasi-subliminal et je me dis que vraiment il faut avoir du culot pour filmer ça, aussi j'ai décidé de revaloriser ta note d'1/2 point. Mais attention Cirio H., tâche de trouver autre chose la prochaine fois !





John Nada
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Liens utiles

  • Nos interviews de Nick Nicholson, Eric Hahn, Henry Strzalkowski et du scénariste Tom Cleaver.

    Un article inédit et inestimable de notre confrère australien Andrew Leavold sur le cinéma bis philippin de ces 40 dernières années (qui explique notamment la présence récurrente de nains dans les films de Cirio H. Santiago !!!) : VO et VF.
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Si le film a bénéficié chez nous de deux éditions vidéo successives soignées chez "Columbia Tristar Home Vidéo", il a été depuis consciencieusement oublié... Sauf aux Pays-Bas où l'éditeur "B-unlimited Musics" l'a mystérieusement réédité en anglais avec sous-titres néerlandais. Pourquoi cette passion soudaine pour ce film chez nos amis néerlandophones ? Allez savoir ce qu'ils ont encore fumé là-bas...

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