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Eliminator

Note :
1
LeRôdeur
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Chronique



Yor, X-or, Ator, Kalidor, Musclor, Predator, Thor, Alligator, Exterminator, Michèle Torr (euh, non !) Turbo Interceptor, Ninja Terminator... Ce n'est pas aux habitués de Nanarland que j'apprendrai que tout ce qui se termine par "or" vaut souvent son pesant d'or.

En outre, voir une jaquette qui figure un bellâtre sur-musclé, bazooka dans chaque main, flingo dans le calbuth, sur fond de ciel rougeoyant où s'ébattent gaiement des hélicoptères est en général un très bon signe quant au potentiel nanar de l'objet filmique en question.

Si l'on ajoute à cela qu'il s'agit d'une production made in Philippines de la Silver Star Films, que le réalisateur est Teddy Page (l'auteur de "Laser Force, l'arme absolue") et que l'acteur principal est Richard Harrison ("Ninja fury", "Ninja terminator" ), dire de ce film qu'il s'agit d'un nanar résonne déjà comme une tautologie.



Richard Harrison. On notera au passage combien il ressemble au héros représenté sur la jaquette, laquelle n'est autre que le copié-collé de l'affiche du film Double Target de Bruno Mattei, avec Miles O'Keeffe.






Une jaquette alternative.


Méfions-nous cependant du délit de sale gueule. Ce n'est pas parce que ça ressemble à du nanar et que ça à la couleur du nanar que c'est nécessairement du nanar. Pour lever les derniers doutes, autant que par souci de déontologie, il convient tout de même de visionner le bestiau avant d'en livrer une quelconque chronique.

"Alors nanar ou pas ?" ai-je demandé à mon magnétoscope qui déglutissait Eliminator après une heure trente de décryptage haut en couleur.

"Bof !" m'a t-il répondu, avec cet air perplexe qu'ont parfois les magnétoscopes.


En effet, malgré tous les éléments à charge réunis contre lui dès le départ, Eliminator s'avère être un brin décevant. Il rejoint la cohorte de ces films un peu trop prévisibles, à classer entre nanar et navet, ne devant son salut qu'à sa crétinerie extrême et aux mimiques de Richard Harrison qui en profite pour faire un inventaire de ses plus belles têtes.



Le scénario est anorexique à souhait : la fille de Richard Harrison pique-nique avec son fiancé sur un carré de pelouse quand soudain surgissent des types très très méchants. Ils abattent le fiancé, violent la fille puis la laissent s'échapper. Celle-ci va se réfugier dans les bras de son père, mais les méchants la rattrapent. La fifille se prend une balle dans le dos et papa Harrison écope d'une balle dans la tête. Ce que les méchants ne savent pas, c'est que la tête n'est pas un organe vital chez Richard Harrison. Il en faut plus que ça pour abattre notre Tom Selleck de Prisunic, qui se relève et se met en chasse des méchants. Il les abat tous un par un. Sa vengeance accomplie, RH décide, comme le dit la jaquette, de devenir ELIMINATOR.



La fille de RH et son ami pique-niquent au milieu des zooms, quand soudain : le drame ! Des vilains sortent des buissons et leur tirent dans le yaourt. Ils abattent sauvagement le misérable jeune et violentent la fille de RH en lui faisant des bisous dans le cou. RH assiste à la scène avec un rictus d'impuissance.



Les méchants liquident froidement la fille de RH, puis ils s'en prennent à notre héros qu'ils visent entre les moustaches. Mais heureusement, la balle n'atteint que la tempe et ressort aussitôt. C'est à ce moment là que RH devient ELIMINATOR.


Etre Eliminator, en gros, c'est un boulot qui consiste à faire des trous dans les voleurs de sac à main et autres détrousseurs de banques. Dès lors le sujet est posé : des méchants font des méchancetés, RH arrive et leur tire dans la tête. C'est comme ça pendant une heure trente avec, de temps en temps, une scène de viol bassement complaisante pour détendre l'atmosphère. C'est difficile de faire plus con.



Vêtu du survêt' fatal, ELIMINATOR fait des trous dans les gredins.



Une bande de malfrats commet des incivilités en piquant le sac à main de la copine à ELIMINATOR ? (les effrontés !) ELIMINATOR les met hors de combat à grands coups de beignes.


Et pendant ce temps que fait la police ? Rien ! Que les petits voleurs "protégés par la constitution" se fassent salement zigouiller sans autre forme de procès, ça l'arrange, la police, "ça fait de la paperasse en moins" comme le dit si bien un flic.



Le FBI des Philippines : ils ont tous des têtes de vainqueurs, ce sont les as de la non-intervention.


Bref, on l'aura compris, l'idéologie qui sous-tend Eliminator ferait passer Charles Bronson pour un humaniste. C'est sans doute là que réside le gros problème du film : le nanar fascisant et ultra-sexiste a des limites, mais il ne faut pas exagérer. On a souvent du mal à rire, il faut bien le reconnaître.



Les chefs des méchants : Mike Monty et Jim Gaines.


Heureusement, Eliminator n'est pas seulement très con, il est aussi très mauvais. Le réalisateur fait tout ce qui est en son pouvoir pour foirer un maximum de scènes en enchaînant les zooms, les ralentis et les faux raccords ou en faisant traîner en longueur les dialogues les plus improbables. Notre héros moustachu, le sémillant Richard Harrison, est égal à lui-même : en roue libre, surjouant la moindre scène dans la grande tradition italienne (Alvaro Vitali, Aldo Maccione...).



Un peu de détente pour ELIMINATOR : "mmmh ! des raviolis philippins !.. Ouh, c'est chaud !.. Hé hé ! c'est amusant des raviolis !.. Hi hi ! Miam miam !"



"Bon allez, assez rigolé, au boulot !" BANG ! "voilà pour toi, canaille !"


Quant aux autres, il n'y a même plus de mots pour les décrire, où plutôt si : ce sont, entre autres, des gars comme Mike Monty et Jim Gaines, des familiers du nanar philippin. James Gaines se déchire sur ce film et nous délivre une très belle performance de méchant grimaçant, avec une attitude cigarillo-coolos empruntée à Fred Williamson. C'est sans doute lui qui a le rôle le plus débile, puisqu'il passe la majorité du film à filer discrètement ELIMINATOR en se cachant dans des bosquets pour le prendre en photo, tout ça pour finir par essayer de le dégommer au bazooka dans le dernier quart d'heure.



Mike Monty et Jim Gaines : "Patron ! ce moustachu est un traître ! Il est en train d'éliminatorer tous nos moustachus à nous ! Il faut faire quelque chose !..."


Le film est d'une hideur indescriptible, on notera à ce titre que les costumiers ont fait très fort : Jean's, baskets et polos aux couleurs criardes pour tout le monde. J'ai rarement vu autant de gens aussi mal habillés. Richard Harrison, torse-poil sous un haut de survêtement rouge 100% acrylique et 100% informe, est un héros du plus bel effet. En outre, le budget du film, très serré, n'a visiblement pas permis de recruter beaucoup de figurants chair-à-canon, ou du moins pas assez pour prétendre soutenir le rythme d'un meurtre toutes les trente secondes que le scénario imposait. Eliminator utilise donc le subterfuge classique du "figurant qui tient plusieurs rôles". Les cagoules sont de sortie et l'on voit quelques gus ressusciter au cours du film pour se re-faire "éliminatorer" par notre héros.



Mourez, maudits figurants !



"Tiens ! Encore des encagoulés !" BLAM ! "Tâtez de mon bazooka, satanés hommes de main ! Bien l'bonjour d'ELIMINATOR !" BOUM ! "Explose, maudit White Fire !" (euh...non, zut ! qu'est-ce que je raconte moi...)


Dans le détail, Eliminator contient son lot de scènes poilantes. Pour rompre la monotonie du script, les auteurs se sont creusés le ciboulot pour trouver des idées d'"éliminatorations" originales. Le résultat donne quelques séquences assez farfelues. Citons en vrac :

- Un gars qui en torture un autre en lui mettant la tête dans un urinoir puis en tirant la chasse.

- Un méchant qui torture une fille en lui secouant une canette de bière sous le nez et en lui envoyant des giclées de bière tiède dans la figure.

- Une fille qui tente d'en tuer une autre en lui fracassant la tête contre... un matelas !



Le repos du warrior.



La meuf d'Eliminator dans ses oeuvres : "You Bitch ! Je vais te fracasser le crâne contre cet édredon !"



"Coucou ELIMINATOR !" "Héhé, salut ! T'as vu comment la voiture va bien avec mes moustaches ? !" KA-BOOOM ! "AAAArghl, ma copine ! Un attentat des vilains ! Vengeaaaaaance !!"



"Tu vas parler, ordure, ou je te fais le look-alike de Tom Selleck !"

"Mmmmmhfff !..."




"Tu l'auras voulu ! Gnééé hé ! "

Et deux magnifiques scènes au crédit du grand RH :


- Deux méchants jouent au golf. RH remplace la balle de golf par une balle piégée. Les deux méchants explosent. Certes, on a vu cette scène mille fois. Sauf que dans Eliminator, elle atteint le plus haut degré de ringardise. D'abord les figurants n'ont certainement jamais joué au golf de leur vie (c'est manifeste, ils se servent d'un club comme d'une batte de base-ball et envoient la balle à trois mètres en arrachant une motte de terre énorme !) et ensuite l'explosion a lieu dans le fond, derrière un arbre. Bonjour le trucage.



"Tiens, des golfeurs ! Comme ils sont laids ! Mais... Mon dieu ! quel swing lamentable ! c'est une mission pour ELIMINATOR..."


- La scène finale nous fait un remix de James Bond et de Rambo 2 : RH envahit le camp de Mike Monty et Jim Gaines à coups de bazooka. Mike Monty lui tire dans le dos. On croit que RH va mourir. Mais non, RH a une botte secrète, il relève la manche de son survêt' et en sort une espèce de jouet ridicule censé être un mini-bazooka. Il tire une mini roquette contre le chef des mafieux qui explose comme une baudruche (d'ailleurs c'est une baudruche).



James Gaines est très colère !



Belle feinte, mon petit ELIMINATOR !


Entre autres gâteries, on ajoutera que les doubleurs en VF maîtrisent comme personne l'art de la post-désynchronisation (exercice difficile qui consiste à doubler un acteur pendant qu'il ne bouge pas les lèvres), et que la traduction est pour le moins plate. Ainsi l'insulte "piece of shit !" est traduite par "morceau de merde !" et on entend des phrases aussi pleines de sens que celle-ci : "Qu'es-tu devenu ? Un chasseur de prime qui tue n'importe qui pour une prime ?"

En conclusion, je dirais que ce film apporte un argument supplémentaire à ceux qui soutiennent que Richard Harrison est un gars qui tourne parfois n'importe comment dans n'importe quoi avec n'importe qui et n'importe où. Il est à conseiller avant tout aux fans du grand RH, tout en sachant que c'est loin d'être le nanar du siècle. Il y a fort à parier que devant un tel étalage de bêtise crasse, de viols cradingues et d'exécutions sommaires, beaucoup resteront de marbre.



LeRôdeur
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Eliminator
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Cote de rareté





La jaquette de la VHS québécoise.


Au moins 4 éditions VHS d'époque existent aux flamboyants visuels : tout d'abord en 85 chez "Victory Video", puis quelques années plus tard chez "Atlantic Vidéo" et "Imperial", deux faux nez de nos chers amis escrocs de chez "Initial". Ont-ils rachetés les droits ou auraient-ils copié la version de chez "Victory" comme ça leur est arrivé à plusieurs reprises ? On n'ose y croire… Le mystère s'épaissit d'autant plus qu'on le retrouve affublé du titre "Commando Eliminator" chez "Colombus", autre société connue pour son manque de scrupule quant à ses éditions vidéo… Un beau panier de crabes, donc !
Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation

Affiches en plus

Affiche thaïlandaise
Affiche thaïlandaise
La VHS allemande, qui proclame fièrement :<br />
La VHS allemande, qui proclame fièrement :
"La star mondiale Richard Harrison est le chasseur Ninja" !