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L'Empire des Ninjas

  • Titre original : Silver Dragon Ninja
  • Réalisateur : Don Kong
  • Année : 1986
  • Pays : Hong Kong
  • Genre : Technique du poil ninja dans la main (Catégorie : Ninjas)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : Paulo Tocha, Eric Neff, Pedro Ernyes et pour le reste il s'agit de pseudos bidons
  • Producteur : Tomas Tang
Note :
1.5
La Créature du Lac Gris
La Créature du Lac Gris

Chronique





D'emblée, ça calme !


Bon, d'accord aujourd'hui on rigole sur les ninjas. Mais fut un temps où les ninjas c'était top moumoute ! Moi qui vous parle, j'inventais des chorégraphies démentes sur le générique des Tortues Ninjas ! J'avais un stock non négligeable de leurs figurines ! Et Giraya, hein ? On l'oublie, Giraya le Prince Ninja, avec Dorothée en guest-star surprise, déclamant que "les seuls vrais ninjas sont au Japon de toutes façons" ! Vous allez pas me dire que ça en jette pas ça, si ? Je m'égare, pardonnez-moi. En ce temps-là moi, j'avais dix ans et je trouvais ça trop cool d'habiter dans les égouts ou d'avoir un corps complètement caoutchouteux qui colle au plafond... Entrons donc dans le vif du sujet. De quoi t'est-ce que cela se cause t-il ? Et bien tenez vous bien, c'est un 2-en-1 made in Tomas Tang Enterprises. Étonnant non ? Hmm...Tiens d'ailleurs, le Tang, c'était pas cet infâme jus d'orange en poudre qu'on nous servait ? Comme quoi, même un nanar peut nous envoyer une madeleine à la face.



Tout ça c'est blanc ninja et ninja blanc... enfin...


Bien, disons-le d'emblée, cet Empire des Ninjas s'avère un peu en deçà de ce que les écuries IFD ou Filmark pouvaient produire habituellement. Forcément, après un Clash of the Ninjas qui nous laisse littéralement sur les rotules, difficile de goûter à un fruit plus fade. Ce film ne va pas vraiment très loin dans le délire et quelques grands classiques manquent à l'appel. Ici, je vais en décevoir plus d'un, mais foin de mannequins en mousse. Quelques petites bombinettes à fumée, balancées histoire de, le minimum syndical quoi. Je vois d'ici vos regards déçus et j'en vois même certains partir. Mais ne baissez pas les bras, il y a d'autres aspects qui méritent que l'on s'attarde un peu sur cet opus.



Vous pensez que cet homme est un cadre normal ?






Pouf ! Eh bien non, c'est le chef de la plus grande organisation criminelle ninja au monde !


Les premières images font saliver. Deux ninjas en pyjamas blancs font leur gym ninja matinale, Paul Tocha faisant de la méditation sous un kiosque. J'ouvre une parenthèse ici pour émettre l'idée qu'il faudrait un jour faire une étude approfondie sur cet élément urbain, tant il semble prendre une importance ô combien capitale dans la vie nanarde de tous les jours. Mais revenons à nos ninjas. Après quelques minutes, un élément nouveau vient sortir du lot ce chouette petit métrage. Il y a... une voix off ! Pour ceux qui se poseraient déjà la question, non ce n'est pas Jean Topart. Cette voix off grandiloquente nous explique comment sont nés les ninjas, comment ils ont mal tourné et comment l'ami Paul (ici dans le rôle de "Jerry Braun" alias Le Dragon d'Or !) et son copain noir Fred (joué par le nigérian Eric Neff) vont remédier à tout ça. C'est vrai, des ninjas au service du mal et qui passent leur temps à enfreindre la loi, ça fait mauvais genre…



Fred le ninja, joué par le nigérian Eric Neff alias Omoade Falade. Il jouait déjà le sidekick de Paulo Tocha dans Clash of the Ninjas, et apparaît également dans Bloodsport avec Jean-Claude Van Damme et, à nouveau, Paulo Tocha.


Bien sûr, Jerry est ninja ET membre d'Interpol. Depuis maintenant des années il traque Roger Kimsky (joué par Pedro Ernyes, un habitué), leader des terrifiants Black Ninjas. Ce brave Roger est, il faut bien l'avouer, le principal atout de ce film. Je n'ai malheureusement pas pu mettre un nom sur la tête de ce mystérieux gweilo mais force est de constater qu'il est saisissant de réalisme en grand maître fourbe. Il passe le plus clair de son temps à mugir des "mouhahaha" sardoniques ou à haranguer ses sbires avec le charisme d'un bigorneau. Son principal souci est de conquérir le monde, surtout Manille et Hong Kong (!). Pour cela il fait appel à Turkey, un tueur sans pitié. C'est de cette manière que la liaison se fera avec le métrage chinois cannibalisé par Filmark (rappelons qu'ils s'agit d'un "2-en-1").



Un film France friendly.



A Hong Kong, le commissaire s’appelle Maurice.


En ce qui concerne ce dernier, la principale chose qui laisse perplexe c'est qu'il y a des gweilos dedans. Non, je veux dire, il y a VRAIMENT des Occidentaux qui se baladent dans le film chinois, qui parlent en face à face, sur le même plan avec d'autres acteurs, notamment un commissaire caucasien nommé Maurice. C'est sûr, ça déroute... Le fil rouge du film asiatique est banal, pour ne pas dire assez chiant, ce qui constitue un des défauts majeurs de cet Empire des Ninjas. Alex est donc policier, contrarié par la mort de deux collègues. Ces derniers ont été assassinés par Turkey, le tueur mentionné ci-dessus. Alex est malheureusement déchargé de l'affaire, qui est confiée à son équipier Bo Long. Mais il va bien entendu, comme cela est d'usage dans les forces de police des années 80, désobéir à ses supérieurs et faire régner sa propre justice. Le seul petit problème c'est que plus le film chinois avance et plus on constate que le fil rouge devient peu à peu une corde de marine. Trafic de passeports, puis d'AK 47... Personnellement j'ai du mal à comprendre ce que Roger et ses sbires feraient avec des mitraillettes, ou alors les traditions ninjas foutent le camp !



Disparition ninja de haut vol (mur + fumée).



Et la partie ninja alors, justement ? Eh bien, c'est à la fois une grosse déception et une source de franche rigolade. Les ninjas n'en foutent pas une de tout le film ! Les sbires de Roger se contentent de traverser le film chinois en regardant ce qui se passe, n'intervenant quasiment jamais. Ils espionnent, patrouillent, parcourent les rues en zigzagant, hochent la tête, avant d'aller faire leur rapport au grand maître, poing levé, croyant dur comme acier au triomphe de la cause de l'empire des Black Ninjas ! Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas les gars, mais faut pas s'étonner de voir votre patron vous engueuler si vous passez votre temps à regarder. Autant se mettre en civil et passer nonchalamment dans la rue, l'illusion sera totale. Il faut préciser au passage que l'empire de Roger Kimsky tient avec une dizaine de ninjas à vue de nez, "d'autres étant retenus ailleurs" d'après les propos d'un des sbires. C'est toujours ça de gagné sur le budget figurant, remarquez...





Ninja la glandouille : des guerriers de la nuit qui passent leur temps à se planquer derrière des buissons ou des voitures pour observer ce qui se passe dans le film chinois sans jamais intervenir...


Quant à Paulo Tocha, c'est bien simple, on ne l'a jamais vu autant au téléphone. Un vrai télé-opérateur d'Interpol. Preuve toutefois que le réalisateur a voulu y mettre de la bonne volonté, il n'est pas habillé pareil et arbore un téléphone différent à chaque fois. On pourra noter aussi que visiblement, les locaux d'Interpôle sont trop éclairés puisque l'ami Paulo y arbore des lunettes de soleil, ces mêmes lunettes qui l'ont rendu célèbre dans son look-alike de la jaquette de Cobra ! Hormis ses brèves apparitions au téléphone, aucune trace de monsieur Tocha dans le milieu du métrage. Il faut d'ailleurs souligner que ces passages téléphoniques ne sont même pas encombrés d'interlocuteurs ! Non, Paulo parle tout seul, débitant son texte comme s'il n'y avait personne pour l'écouter au bout du fil. Par moments c'est vraiment flagrant, ou alors il parle à quelqu'un qui a un débit de parole de commentateur de course de lévriers.



Du coté du métrage chinois, les choses s'accélèrent quand ce bon Paulo demande à Jane, une policière collègue d'Alex (et non pas une vendeuse comme le dit le bidonnant résumé de la jaquette) d'infiltrer le gang de Marc Mo, un odieux trafiquant qui adore lorgner sur n'importe quel jupon qui passe. Ce même Marc Mo est bien sûr manipulé par le maître des Black Ninjas, ce qui facilite bien les choses pour l'export du film sur le marché occidental. Voyant qu'Alex se mêle trop de ce qui ne le regarde pas – ce qui n'est jamais bon pour l'ennemi d'un ninja, même indirectement – les Black Ninjas font en sorte d'assassiner son gamin, en faisant exploser une voiture téléguidée ! Dès lors, la furie d'Alex ne connaîtra plus de limites et ce sera l'escalade dans la violence.



une antédiluvienne VHS américaine.


Le film se termine dans une heureuse apothéose ninja qu'on n'attendait plus vraiment, il faut bien l'admettre. Fred, le copain black de Paulo/Jerry, fera un retour complètement inutile puisqu'il se fera démonter en 30 secondes montre en main. Le temps pour Jerry le héros de démonter à son tour quelques ninjas au passage dans les bois et, après une course-poursuite dans un champ, Roger Kimsky se fera pourfendre par le glaive de la justice. Mais on n'arrête pas ainsi un méchant de cette trempe et alors que l'on croyait le film terminé, Roger se dresse, magnifique, sabre levé, Hong Kong derrière lui, à ses pieds, déclamant haut et fort qu'il reviendra, qu'il bâtira un empire ninja encore plus puissant que rien, non rien ne pourra arrêter, mouhahahahaha !!!



Jane, comprenant que sa carrière cinématographique est désormais compromise.



Ninja forever !


Un peu déçu par ce métrage, dont on était en droit d’espérer un peu plus de folie ninja. La plus grande faiblesse reste le métrage chinois qui est d'une platitude folle, hormis quelques petits détails assez cocasses, tel le tribunal de fortune dressé dans un parking pour juger à la hâte un criminel ! A voir quand même pour un empire qui est mal barré si ses ninjas ne veulent pas se décider à bondir dans l'autre film pour dominer le monde et surtout, surtout, pour Paulo Tocha, nouvelle égérie ninja. Ouss !

Pour éclairer un peu la lanterne de celui ou celle qui serait un peu perdu dans les méandres de ce 2-en-1, ci joint un petit schéma récapitulatif.





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Le film existe sous pas mal de formats, y compris au moins deux éditions DVD en anglais. L'une américaine (mais multizone semble t-il) chez "Entertainment One", l'autre britannique et donc zone 2 dans la série "Hong Kong Connection". deux collections qui ont d'ailleurs abondamment réédité les frasques ninjesques d'IFD et de Filmark. A noter que dans la version anglaise, Paulo Tocha, au lieu de Dragon d'Or est le Dragon d'Argent, d'où Silver Dragon Ninja.



Galettes ricaine et british.


Pour la France, comme on n'a pas de goût, point de DVD. Cherchez donc les VHS de chez "MPM" dans vos vide-greniers ou trocantes habituelles.



La VHS française.




La bien belle jaquette néerlandaise (thanks to djponey).




Une affiche égyptienne. Le forumer Skunkhead apporte d'ailleurs à ce sujet une précision intéressante : "pour la petite histoire, le titre change encore un peu en arabe : il se lit "al ninja wa al tinayn" donc au choix "le ninja et le dragon" ou "le ninja et le cyclone" (tinayn veut aussi dire "trombe d'eau"... J'ose pas imaginer "le ninja sous la flotte" quand même)"
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