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En Büyük Yumruk

  • Titre original : En Büyük Yumruk
  • Réalisateur : Çetin Inanç
  • Année : 1983
  • Pays : Turquie (et images du reste du monde)
  • Genre : Stock-car de stock-shots (Catégorie : Pur et dur)
  • Durée :
  • Acteurs principaux : Cüneyt Arkin, Meral Orhonsay, Hüseyin Peyda
Note :
5
Nikita
Nikita

Chronique



Les Turcs ne sont pas comme nous. Attention, il ne s'agit pas là de lancer un débat oiseux sur l'appartenance ou non de la Turquie à l'Europe ; mais bien de constater qu'une schizophrénie rampante semble bel et bien perturber occasionnellement les esprits dans ce pays à cheval entre deux continents. Les joyaux enfouis du cinéma turc, qui resurgissent périodiquement tels de monstrueuses pépites difformes, n'ont en effet pas fini de perturber les cauchemars des cinéphiles les plus pervers.



Depuis la découverte de « Turkish Star Wars », il est acquis sur Nanarland que Cüneyt Arkin est l'acteur rêvé des amateurs de cinéma déviant. Nanti du charisme d'un Alain Delon au sommet de sa gloire, notre ami a l'étoffe d'une vraie vedette, mais brouille ce talent inné par des éclairs de démence nanarde qui en font un mélange inédit d'acteur nanar absolu dont le grotesque total n'abolit pas le réel talent ! La classe de Charlon Heston jeune combinée au ridicule de Max Thayer, le tout combiné en un mélange dément d'Errol Flynn, Clint Eastwood et Jackie Chan, c'était ça, Cüneyt Arkin !



Ce faramineux « En Büyük yumruk » ne fait que prouver la profondeur insondable de l'œuvre Cüneytesque, qui laisse entrevoir au cinéphile occidental ignorant que le nanar est un fleuve sans fin, pas même limité par l'intellect humain.

Comment résumer « En Büyük yumruk » (titre qui signifie "Le Plus grand poing" ou "Le Plus grand coup de poing", selon le contexte) ? Hé bien, on ne peut pas. Il est bien sûr possible de résumer l'intrigue, dont ma méconnaissance du turc ne m'a pas empêché de saisir les (très) grandes lignes. Mais le film lui-même ne se raconte pas, il se vit, comme un long voyage hallucinatoire aux confins de l'hystérie. Concentré de ringardise secoué dans le shaker d'une mise en scène parkinsonienne, cette œuvre de l'immense Çetin Inanç (complice habituel de Cüneyt Arkin : il a notamment réalisé « Turkish Star Wars » et « Death Warrior ») repousse toutes les limites connues et imaginables de l'humainement concevable.



Disons, pour faire bref, que ce film innove en créant le cinéma-patchwork, entrecoupant des scènes de polar d'un grotesque rarement atteint avec un montage kaléidoscopique de stock-shots issus d'au moins quinze films différents et mélangés dans une totale frénésie. Un stock-shot, rappelons-le pour les non-cinéphiles, est l'extrait d'un métrage A, que l'on insère, avec ou sans permission, dans un métrage B, dont il sera ensuite censé faire partie. « En Büyük yumruk » élève ce système au rang d'art car c'est près de 50% de ses scènes d'action (en gros, dès qu'il s'agit de montrer quoi que ce soit de cher à l'écran) qui en sont composées pour tout ou partie !

Mais passons plutôt aux choses sérieuses et tentons de décrire le, heu... le scénario. Une grande ville est le décor d'exactions glauques de la part de vils malandrins aux faciès patibulaires. On compte notamment parmi eux une sorte d'ersatz de Richard Kiel (le « Requin » des James Bond), reconnaissable à ses dents recouvertes de papier aluminium : à noter que l'acteur qui interprète ce rôle tient également un petit rôle dans « White Fire / Vivre pour survivre / Le Diamant » ! (Merci à MrKlaus dont l'oeil aiguisé a reconnu cet élégant faciès).



Acolyte d'un gangster obèse bouffeur de pommes, le sbire s'amuse notamment à mettre le feu à un témoin gênant (et néanmoins moustachu) imbibé d'essence…





…lequel prend ensuite feu dans des images tirées d'un autre film ! On est déjà à 4 ou 5 plans de stock-shot après 45 secondes de film. Ça fait beaucoup ? La suite est 10 fois pire.



Le duo infernal (le requin en alu et son boss obèse) poursuit ses exécutions et son opération trognon de pomme (et hop un stock-shot d'explosion de voiture) et termine sa journée au bain turc. Il n'y a rien de tel après quelques meurtres sanglants.



Le grand responsable de tout ça ? C'est un vil parrain de la mafia, aussi louche que barbu, qui rôde dans les superettes, escorté de sbires aux moustaches carnassières.







Les vils individus rackettent un honnête épicier de quartier. Comme l'humble commerçant ne peut payer qu'en barres de chocolat, la tension monte et les armes parlent. Sauf que le stock-shot des hommes de main mitraillant se déroule dans un hypermarché de plusieurs milliers de m2…

Intervient ici notre héros, Cüneyt Arkin, l'œil désabusé et le verre à la main (il n'arrêtera d'ailleurs pas de picoler durant tout le film, ce qui est du propre pour un héros musulman !).



Faute de sous-titres et de connaissance du turc, je n'ai pu déterminer si Cüneyt, tel le Belmondo des grandes années, était flic ou voyou. Probablement voyou, car il se révèle être un vieil ami du parrain, contre lequel il se retournera pourtant en dernier lieu, car Cüneyt ne peut que rendre la justice. La preuve en est que notre héros ne va pas tarder à corriger des braqueurs malpolis, prouvant une fois de plus sa faramineuse maîtrise des arts martiaux, sur un fond sonore qui ferait passer les bruitages des scènes de combats des premiers Jackie Chan pour une bande-son d'Eric Rohmer.





Nouveauté du scénario, Cüneyt se trouve ici doté d'un sidekick du beau sexe, en la personne de la très glamoureuse Meral Orhonsay, mon nouvel idéal féminin, et véritable vedette du film.



Vêtue d'un costume de simili-Wonder Woman, notre amie, sorte de Cynthia Rothrock rondelette, aide Cüneyt à mettre hors d'état de nuire les vilains pas beaux, à grands coups de jambonneaux !













Cüneyt drague sec la belle odalisque…





…mais ne tarde pas – le coquin ! – à prouver son bon goût en se réfugiant dans les bras d'une blonde au physique généreux et à l'allure distinguée !



Patatras, Wonder Woman rentre dans la chambre d'hôtel et interrompt le coït annoncé. Les deux Venus du Bosphore vont donc se battre telles des loutres sauvages pour l'Apollon de Constantinople (qui picole tranquillement dans son coin en lisant son journal) avec une musique de corrida en fond sonore. Olé !









Nous n'en sommes qu'à 18 minutes de film et le bon goût cinématographique vient de rendre l'âme définitivement. Surtout après le coup de poing de la demoiselle qui traverse la porte et fait voler le directeur de l'hôtel.



Après une petite démonstration d'amitié virile avec le parrain, Cüneyt va enfin se décider à défendre le bon droit.



La baston ne va pour ainsi dire plus cesser, dans une véritable overdose de folie furieuse. Combats virevoltants et stock-shots sont les deux "mamelles" de ce film. Mais ce ne sont pas ses seuls atouts, comme le prouve notamment cet autre emprunt à un James Bond (sans parler de la poursuite finale) : la musique de « Rien que pour vos yeux » , chantée par Sheena Easton lorsque notre héros rentre dans un hôtel Tricatel. La bande « originale» du film est ainsi un vrai festival d'emprunts, avec pêle-mêle les musiques d' « Opération tonnerre » et « Mon nom est personne ».

Vous aurez aussi droit à des visions sensuelles d'opulents fessiers de femmes girondes…



….un combat de Cüneyt Arkin contre un ninja en passe-montagne !







…des lesbiennes qui fument du hasch sur un lit ! (Hyper hard, le spectateur musulman ne se tient plus !)



…de l'érotisme moite et torride !







…du tabassage de moustachus !





…des combats grandiosissimantesques, avec un Cüneyt Arkin déchaîné et raide comme un piquet malgré sa gestuelle frénétique ! On en oublierait presque que le film ne compte quasiment pas de sauts en trampoline dans ses cascades (pourtant un élément essentiel de la Cüneyt's touch) !



(A part peut-être ici)


…de l'humour désopilant, digne du Max Pécas de la grande époque, avec un sbire de Cüneyt qui se déguise en femme pour feinter les méchants !





…des combattants qui perdent leur pantalon en pleine bagarre car Cüneyt leur a fait péter les boutons (c'est sa nouvelle prise de karaté, il la fait quatre fois de suite) !



GAG !!!


Mais, comme il a été dit plus haut, le véritable atout de « En Büyük yumruk », c'est avant tout le stock-shot, dont le réalisateur, impécunieux au dernier degré, fait usage dès que l'action demande quelque chose de plus cher qu'une empoignade. La frénésie du montage est telle que les emprunts pourraient presque passer inaperçus auprès d'un spectateur distrait, inculte, ou ivre mort !

On pourra ainsi admirer :



LA POURSUITE EN VOITURE DE GOLDFINGER !!!



…savamment entrecoupée de plans de Cüneyt au volant, à la place de Sean Connery !



Une dantesque poursuite en voiture, extraite d'un autre film, entre Cüneyt Arkin et un motard…



…dont le casque blanc devient mystérieusement jaune, une fois que Cüneyt le capture !


Car le faux raccord est roi dans « En Büyük yumruk » : le réalisateur ne semble pas se soucier une seconde de la cohérence entre les bouts de film qu'il scotche ensemble à toute vitesse.



Ainsi, Cüneyt projette à travers le mur un homme de main…



…dont la chute, issue d'un stock-shot, le voit mystérieusement affublé d'une cagoule qu'il n'avait pas dans le plan précédent !

Le must du stock-shot :



Une enseigne en anglais, barbouillée de tipp-ex A MÊME LA PELLICULE (on le voit bouger à l'image) pour cacher la provenance du stock-shot (ils ont cependant oublié de masquer la vitrine)



Et surtout, inoubliable, une apparition de GENE HACKMAN en personne, apparemment tout droit sorti d'un stock-shot de « French connection » !



(Certaines personnes voulant doucher mon enthousiasme me chuchotent qu'il pourrait ne pas s'agir de Hackman, mais l'image est de toute évidence extraite d'un film américain)



Des stock-shots de bikers américains (à noter que ces motos sont, suivant les plans, des motos de cross, trial ou hell's angels / harley-davidson) ayant enlevé Wonder Woman…



…Cüneyt Arkin décide de s'énerver pour de bon et de jouer les « Eliminator » d'Anatolie.


S'ensuit un dernier quart d'heure qui porte « En Büyük Yumruk » vers des sommets rarement atteints par le nanar le plus stratosphérique, laissant par moments loin derrière les records que sont pourtant « Turkish Star Wars » et « Death Warrior » ! Des stock-shots d'au moins dix films différents s'entrechoquent pour nous donner l'illusion d'une bataille finale dantesque entre Cüneyt et les méchants. On reconnaît dans un désordre total l'incendie du camp gitan de « Bons baisers de Russie », des images de western avec des diligences qui flambent, des hell's angels, des soldats indos-britanniques, des morceaux de scènes de polars américains ou italiens, le tout mélangé de manière insane au rythme frénétique d'un stock-shot par seconde !



Cüneyt exterminator mitraille comme un malade des figurants extraits d'autres films !



…et même des mannequins en mousse issus des stock-shots ! (deux éléments nanars en un)



Cüneyt balance des grenades qui se muent...



...en feux d'artifice ! (Y'avait plus que ça en magasin comme stock-shots ???)



Avec l'aide précieuse d'un fer à souder, Cüneyt règle son compte à « dents de requin »…



…qui tombe, en flammes, du troisième étage d'une maison, et tant pis s'ils se trouvent au sous-sol d'une usine ! (à noter qu'il s'agit du même stock-shot que celui utilisé lors de la première scène)



Et lors de son affrontement avec le gangster obèse…



…Cüneyt innove en inventant les "couteaux dynamiteurs" (des bâtons de dynamite fichés sur des poignards) qui, grâce à leur lame d'une longueur inouïe, peuvent transpercer l'adversaire avant de le faire exploser.


Totalement frappadingue du début à la fin, « En Büyük yumruk» est un sacré morceau, un audacieux mélange décomplexé de stock-shots, d'intrigue policière bidon, d'érotisme cheap, de comédie de bas étage et de combats montés à la serpe. Comme l'accouplement un soir de beuverie de Philippe clair, Godfrey Ho et Ed Wood. A voir de toute urgence, et à savourer comme un trip hallucinogène dont la rare violence ne le rend pas pour autant nuisible à la santé ! (A la santé physique, car je ne garantis rien quant à votre santé mentale)



Tu sais ce que je lui dis moi au copyright ?



Bravo, Cüneyt !



Merci, ma poule !


A noter que le film fut totalement interdit… en Allemagne ! Pour violence excessive, paraît-il… A moins que le nanar n'ait été identifié Outre-Rhin comme un produit stupéfiant ?!?

Remerciements à Gatman pour sa collaboration et à Ghor pour les images.

NB : Outre le fait qu'il conteste vigoureusement la présence de Gene Hakman par l'intermédiaire d'un hypothétique stock-shot de « French Connection », MrKlaus tient à préciser que de nombreuses scènes d'action proviennent du « Cercle Noir » de Michael Winner (avec Charles Bronson) et que le mannequin en feu provient lui de « Chi l'Ha Vista Morire » d'Aldo Lado... Enfin l'attaque du supermarché provient du polar italien "Rome violente" de Franco Martinelli avec Maurizio Merli, le Bronson italien.



Nikita
Nikita

En Büyük Yumruk
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Les notes des membres

Moyenne : 4.39
avatar de John Nada John Nada : 4.5
avatar de Kobal Kobal : 5
avatar de Labroche Labroche : 4
avatar de MrKlaus MrKlaus : 4.5
avatar de Nikita Nikita : 5
avatar de Rico Rico : 4
avatar de Wallflowers Wallflowers : 3.75

Cote de rareté





Perle totalement méconnue, cette oeuvre n'a eu pendant longtemps que les honneurs d'une édition vidéo turque chez "Kalkavan Films". Comme il passe régulièrement à la télévision turque, des cassettes enregistrées circulent, de même que des versions sur le net... Comme pour une étrange raison de législation commerciale, ce film - comme la plupart des productions turques - s'est retrouvé interdit en Allemagne, là où vit la plus grosse communauté turque emigrée et pays par lequel ce genre de produit transitait le plus facilement jusqu'à chez nous. On désespérait de remettre la main dessus. Et puis l'éditeur américain spécialisé "Revenge is my Destiny" nous a ressorti une copie sous le titre "The Biggest Fist" sur DVD-R visiblement issue de la cassette turque précédemment citée. Hélas malédiction, ils ont disparu d'internet !
Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation