Accueil > Chroniques > Nanars épiques > Heroic-fantasy > L'Epée du Saint-Graal

L'Epée du Saint-Graal

  • Titre original : Ator l'invincibile
  • Titres alternatifs : Ator III : the Hobgoblin, Quest for the mighty sword, Troll 3, The Lord of Akili, The Hobgoblin
  • Réalisateur : Joe D'Amato
  • Année : 1990
  • Pays : Italie
  • Genre : Atoooor ! Les opticiens ! (Catégorie : Heroic-fantasy)
  • Durée : 1h32
  • Acteurs principaux : Donal O'Brien, Eric Allan Kramer, Margaret Lenzey, Marisa Mell, Laura Gemser
Note :
2,5
Nikita
Nikita

Chronique





Ce qu’il y a de bien avec la série des « Ator », c’est que la nanardise réside jusque dans l’énumération des films. Comme Barracuda nous l’a déjà signalé dans sa chronique du troisième film du nom, il s’agit en effet de la seule trilogie en quatre épisodes : « Ator », de Joe D’Amato, avec Miles O’Keeffe ; « Ator 2 » avec les mêmes ; « Ator le Guerrier de Fer », toujours avec Miles, mais réalisé par Alfonso Brescia, sorte de suite-pirate sans autre lien avec les précédents que la présence de l’acteur principal et le nom du personnage ; et enfin cette « Epée du Saint-Graal », chant du cygne de l’heroic-fantasy à l’italienne. Sans doute vexé de s’être fait piquer sa création par Brescia, Joe D’Amato reprenait les rênes de la série, sans Miles O’Keeffe, et nous proposait le seul et unique véritable troisième « Ator », bien que l’univers du film soit à peu près aussi éloigné des deux premiers que l’était « Ator le Guerrier de Fer », le faux numéro 3.



« L’Epée du Saint-Graal » a pour particularité de se dérouler dans un moyen-âge légèrement plus évolué que celui dépeint dans les deux premiers films. Costumes, paysages et décors n’ont rien à voir avec ceux des premiers Ators, le tournage en Espagne s’étant peut-être révélé trop cher. Ator – on suppose qu’il s’agit du héros des précédents films, bien que rien ne l’indique – est devenu un roi juste et bon.





Meuuuuh !





Le Dieu Thor (si, si, c’est lui).







Mais le Dieu Thor, s’étant levé du pied gauche, décide un jour de venir le tuer. Notre héros est occis d’un coup de lance, tandis que sa précieuse épée du Saint-Graal est brisée par l’arme divine. Ben alors, y’a plus de film ??? Que nenni, car grâce à la protection de l’Amazone Dejanira (tiens, un peu de mythologie grecque, maintenant !), la jeune reine s’est enfuie, emmenant avec elle son fils, qui porte le même nom que le père. La reine demande de l’aide au gnome-sorcier Grindl, mais ce vil personnage, plutôt que de reforger l’épée, fait boire à la fugitive une potion aphrodisiaque pour abuser d’elle.







Grindl.







Les Amazones.




Dix-sept ans environ passent, et Ator-junior, enfant de un an au début de l’histoire, est devenu un solide gaillard de trente ans, interprété comme son père par le bovin Eric Allan Kramer.





Meuuuuuuuuuuuuuh !




Traité comme un domestique par l’affreux Grindl, notre héros désespère de recevoir l’épée pour son 18ème anniversaire, comme le sorcier le lui a pourtant promis. Grâce aux conseils d’une sage magicienne qui lui fait office de marraine comparable à celle de Cendrillon, le prince va pourtant trouver le moyen de se procurer l’arme…





La bonne fée (Marisa Mell, l’héroïne de « Danger : Diabolik »).




Je m’interromps un instant dans ma narration, car je m’aperçois que j’ai oublié de vous parler en détail du remplaçant de Miles O’Keeffe, le fabuleux Eric Allan Kramer. Cet homme est grand.







On pensait que Miles était un acteur limité, voire exécrable. Rien n’était plus faux. A côté d’Eric Allan Kramer, c’est un grand comédien shakespearien. Doté de la vivacité d’un veau sous antibiotiques, grassouillet malgré sa solide charpente, Kramer s’était surtout signalé en incarnant Thor (version Marvel Comics) dans un très mauvais téléfilm où il rencontrait l’Incroyable Hulk incarné par Lou Ferrigno. Ici, il est vedette à part entière, et s’affirme gaillardement comme l’un des héros les plus ridicules et bovins jamais vus sur un écran.







Il faut dire à sa décharge que son personnage n’est pas trop dégourdi : croyant s’être vu remettre par Grindl la vraie épée, il tente aussitôt de tuer le méchant gnome, mais brise net ce qui n’était qu’un leurre. Grindl lui fait d’ailleurs le coup deux fois, avant que notre héros ne trouve lui-même les morceaux de l’épée dans une cachette totalement évidente qu’il aura pourtant mis dix-huit ans à dénicher. Il la ressoude ensuite en deux minutes, sans protéger ses mains ni ses yeux de la chaleur, dans une belle démonstration de métallurgie nanarde toute droit sortie de « La Guerre du Fer ».







Voilà pour tôa, gredin !









Ayant occis Grindl comme dans "Les Niebelungen", Ator-junior part ensuite à l’aventure, retrouve sa mère, et se met en quête de… quoi, au fait ? On n’en est pas trop sûr. Joe D’Amato ne semble pas avoir bénéficié d’un scénario très élaboré, mais plutôt d’une suite d’épisodes écrits indépendamment et recollés ensemble vaille que vaille pour faire un film. Notre héros affronte diverses épreuves, tout d’abord des robots siamois qu’il vaincra d’une manière qui restera dans les annales de la bêtise, puis un dragon ressemblant à un morceau de viande de kebab géant farci à la morve, puis fait exploser une caverne à l’aide de stock-shots de péplum et d’éruption du Vésuve.





Les siamois.





La feinte du père Lafeinte.







Le dragon.









Un écroulement de bâtisse moyenâgeuse.




Il se traîne ensuite un sidekick comique extrêmement pénible, se trouve une copine, puis affronte un méchant roi fou incarné par un Donal O’Brien au visage couvert de pustules en plastique. Sur son chemin, il aura également le temps de croiser une magicienne incarnée par Laura Gemser (« Black Emanuelle » d’excitante mémoire), également responsable des costumes du film (qui sont d’ailleurs ce qu’il y a de moins ridicule). Plus rien sur le dieu Thor qui a pourtant occis papa au début, pas la moindre vengeance, rien. Le film semble progresser en fonction de l’improvisation décidée par le scénariste, sans souci de rythme ni de cohérence et avec pour seule logique d’accumuler les aventures l’une après l’autre.





Laura Gemser.




Là réside d’ailleurs l’une des faiblesses du film, qui peine un peu à rester amusant passée la première heure, les trouvailles nanardes se faisant un peu rares dans la seconde partie. Nous avons cependant notre lot de combats ringards (sans doute les plus mal chorégraphiés de l’histoire de l’heroic-fantasy), de monstres débiles et de maquillages ratés, ce qui permet de passer un agréable moment à défaut de vivre une expérience transcendante. Mention spéciale pour le masque extrêmement mal animé de Grindl, qui ressert pour le conseiller du roi : cet accoutrement est d’ailleurs repris tel quel de « Troll 2 », un autre bis italien réalisé peu avant. Au point que le film fut distribué en Allemagne sous le titre de « Troll 3 » ! Tant qu’à faire n’importe quoi, autant y aller à fond.





Donal O’Brien, ou ce qu’il en reste.





Un sidekick crispant qu'il convient de faire périr dans d’atroces souffrances.




« L’Epée du Saint-Graal » compte heureusement quelques pointes de crétinisme suffisamment hautes pour rester dans notre mémoire : tout d’abord, Eric Allan Kramer lui-même, qui réussit, sans se montrer aussi pleutre que Miles O’Keeffe, à composer l’un des héros les plus nuls jamais vus, du genre à se faire assommer d’une seule baffe par le premier sbire venu si le scénario l’exige ; ensuite, de très belles trouvailles du dialoguiste, comme cette complainte de Grindl : « Notre espèce fait horreur aux femmes. C’est pour cela que nous n’avons pas d’enfants ! ». Les gnomes seraient donc la seule espèce vivante à ne pas se reproduire. Le mystère de leur existence risque de faire gamberger biologistes et mathématiciens pendant quelques siècles…











Sans être l’heroic-fantasy italienne la plus amusante du lot, « L’Epée du Saint-Graal » est donc à voir si l’opportunité s’en présente, ne serait-ce que pour apprécier les derniers feux d’un genre cinématographique qui devait rapidement trouver une seconde vie à la télévision, dans des productions à succès comme « La Caverne de la rose d’or », de Lamberto Bava. Il contient en tout cas suffisamment d’accès de débilité pour satisfaire le nanardeur en manque.



Ce fut l'un des tous derniers films non pornographiques de Joe D’Amato, qui ne devait plus réaliser que des « Rocco et les sex mercenaires » jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le cinéma bis italien était en train de faire sa sortie, par la petite porte.



.




Eric Allan Kramer, revenu aux USA, entama une carrière de second couteau qui s’avéra prolifique. On le vit notamment, alourdi d’au moins vingt kilos, dans un rôle de sbire demeuré dans « True Romance ». Il y était fort convaincant.







Un mot sur le nain qui interprète les rôles de Grindl et d’Hagen (le conseiller du roi Donal O’Brien) : acteur occasionnel – il joue dans « La Longue nuit de l’exorcisme » de Lucio Fulci mais aussi, apparemment, dans quelques pornos – Domenico Semeraro exerçait à Rome le métier de taxidermiste. Bisexuel, il couchait avec son jeune apprenti, un toxicomane de dix-sept ans, qu’il avait mis sous sa coupe et, apparemment, exploitait quelque peu. L’apprenti s’étant trouvé une copine, les deux jeunes gens assassinèrent Semeraro, dont le corps fut retrouvé dans un sac poubelle abandonné dans une décharge. Cette affaire macabre, survenue peu après le tournage du film qui nous occupe, devait susciter une certaine attention dans les médias italiens : un film, « L’Etrange Monsieur Peppino » (L’Imbalsamatore), librement inspiré de cette affaire, fut d’ailleurs réalisé en 2002. On n’y faisait, semble-t-il, aucune allusion à « L’Epée du Saint-Graal »….





Nikita
Nikita

L'Epée du Saint-Graal

Vidéos

Noter cette vidéo :

PUB

Les notes des membres

Moyenne : 2
avatar de MrKlaus MrKlaus : 2.5
avatar de Nikita Nikita : 2,5
avatar de Rico Rico : 1.5
avatar de Wallflowers Wallflowers : 1.5

Cote de rareté









Sortie chez nous directement en VHS, cette production peu prestigieuse n’a pas encore eu les honneurs d’une réédition DVD. Ca viendra, ça viendra…





La VHS allemande.
Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation