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Fast Gun

  • Titre original : Fast Gun
  • Réalisateur : Cirio H. Santiago
  • Année : 1987
  • Pays : Philippines
  • Genre : King of the Hill (Catégorie : Pur et dur)
  • Durée : 1H25
  • Acteurs principaux : Nick Nicholson, Rick Hill, Kaz Garas, Robert Dryer, Brenda Bakke, Davild Light, Mel Davidson, Steve Rogers, Henry Strzalkowski, Eric Hahn, Jim Moss, Warren MacLean, Ronnie Patterson...
Note :
3
Kobal
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Chronique



L'affiche originale avec son accroche qui tue : "Blink and you're dead !".


Toujours à la recherche d'un écoulement international de leurs stocks de films d'exploitation, les Philippins ont su, à l'instar de leurs collègues italiens, élever l'américanisation du produit au rang d'art respectable. ROTOR en parlait il y a peu dans sa chronique de "Blood Hands" : les Teddy Page et autres Cirio H. Santiago ont rempli leur filmographie de dizaines de bobines locales occidentalisées à la hussarde, aidés par les éditeurs vidéo toujours prompts à promettre la dernière merveille hollywoodienne pour refourguer du nanar fabriqué dans le Tiers-monde. Bel exemple que ce "Fast Gun", un film qui nous est vendu comme le renouveau de l'action testostéronée made in USA, alors qu'il nous vient de la patrie de Weng Weng. Une sorte de contrefaçon cinématographique, quoi. Mais ce n'est là nulle occasion de bouder notre plaisir, bien au contraire. La diversité, y'a que ça de vrai.



Ce qui s'impose d'emblée comme un des points forts les plus flagrants de de "Fast Gun", c'est indiscutablement son héros à tout faire, Jack Steiger. D'ailleurs, nul ne s'y trompe en le plaçant bien en évidence sur le matériel promotionnel, équipé d'une grosse pétoire, les pectoraux arrogants dressés à la face du monde, mettant au défi le consommateur de résister à son achat compulsif. Pour l'amateur, l'excuse est toute trouvée : il est irrémédiable de devoir rendre hommage à une telle exhibition gozo. Et pour cela, gloire soit rendue au réalisateur Cirio H. Santiago qui ne s'est pas foutu de notre gueule, car ce dernier nous donne tout entier ce qu'on voulait.



Jack Steiger, Shérif (le granitique Rick Hill).


Shérif omnipotent de Granit Lake, paisible bourgade cartonnée, Jack promène un peu partout ses meilleurs alliés : une tronche figée, une voix de bourrin, une puissance de destruction incomparable et un sidekick idolâtre et simplet. Jack est partout, tout le temps ; aussi bien de service la nuit, quand il se fait la tournée du pâté de maisons pour vérifier personnellement et méthodiquement que toutes les portes sont bien fermées à clé, que de jour, quand les fédéraux ont besoin de lui dans une fusillade avec des trafiquants d'opérette. Ni une ni deux, les quelques fugueurs se prennent un splendide headshot, la spécialité de Jack, tandis que leur hélicoptère est proprement anéanti en trois coups de feu ! Ce n'est plus la VENGEANCE, c'est carrément l'HUMILIATION. Bien qu'éternel homme de la situation, Jack n'en demeure pas moins un homme vrai, un homme écorché vif même, qui doit aussi gérer sa vie sentimentale et sa peur de l'engagement, tandis qu'il est hanté par les cauchemars de son passé.



Jack Steiger et son acolyte ont le sens de la bonne humeur.



Jack Steiger savoure son flirt tout en distance émotionnelle conservant.



Dormez sereinement braves gens, Jack Steiger s'assure lui-même de la bonne sécurité de chacun.



Des Hell's Angels pouilleux dont l'unique vocation est de se faire massacrer par Jack Steiger.


Alors je peux vous dire que lorsque notre viril héros se retrouve confronté à une organisation de pourris qui trafiquent des armes à feu dans les environs, et qui en plus viennent foutre le souk en ville, il ne s'écoule pas longtemps avant qu'il ne s'en mêle. Et tant mieux si Rupert Jessup (que tout le monde appelle Joseph), respecté contribuable de la communauté, principal donateur de l'école de commerce pour enfants de 12 ans et ordure de son état, manipule vilement la populace afin de lui faire perdre son étoile. Car désormais, pour Jack, le problème peut enfin devenir personnel ; plus besoin de s'encombrer des paperasses administratives pour pouvoir en toute légalité atomiser les caboches, réduire des gencives en bouillie, faire roter leurs tripes aux sbires et organiser en 30 secondes une force armée locale qui va transformer la ville en champs de bataille comme on n'en avait pas connu depuis le Vietnam.



De gauche à droite, Wanker, le branleur de maire qui ne sait pas trop s'il est du côté des gentils ou des méchants, un figurant à la tête de sadique, Joseph en généreux notable, et un cureton éclair.



Un éclairage étrange qui donne l'impression que Jack et son slip sont devant un fond factice.


Ah, qu'il est agréable de gambader torse nu en plein centre-ville, vidant ses chargeurs de sulfateuse sur tout ce qui bouge, tandis que les flammes de l'enfer éclairent d'une lueur folle les visages figés en rictus. Ah, qu'il est grisant d'enchaîner sur une course-poursuite en voiture explosant à la moindre rencontre avec un talus (la trademark des automobiles philippines), de sniper à l'arme de poing des légions de gugusses et de se farcir un avion de ligne avec la même facilité qu'un hélicoptère, dans un effet spécial atroce qui montre avec panache les limites du budget du sieur Santiago. Que voilà du pur bonheur qu'on en redemande !

Mais il serait injuste de réduire "Fast Gun" à sa paire de burnes vengeresse. Le film est aussi un véritable Who's who du vivier désargenté de nos acteurs occidentaux préférés : tous y passent, du plus minable rôle de figurant à celui d'homme de main préféré du chef.



Eric Hahn et Warren MacLean en agents de la DEA.



Jim Moss et Henry Strzalkowski en sbires.



Nick Nicholson en furtif figurant méchant.



David Light en chauffard grilleur de stop.



Mel Davidson en agent gouvernemental.



Steve Rogers en tirailleur planqué derrière un camion.



Ronnie Patterson en trafiquant de drogue.


Seuls manquent à l'appel les stars gweilos Jim Gaines et Mike Monty (probablement retenus quelque part dans une geôle en bambous).

De la masse des habitués, surgissent quelques acteurs qui ont de quoi marquer les esprits. Rick Hill est parfait dans son rôle de Jack Steiger. Opposant le même visage impassible à sa compagne qui lui propose le mariage qu'à son sidekick qui lui meurt dans les bras, Rick est de cette catégorie d'acteurs qui s'exprime préférentiellement par l'intermédiaire de son taux de sueur dégoulinant sur ses muscles bandés comme des ânes. Et à la fin du film, je peux vous affirmer qu'il en a des choses à dire à travers ses "beuaaaaaarh" éructés à la ronde. A quand un débat avec Ransom ? Ressemblant furieusement à Richard Gesswein dans "R.O.T.O.R.", Rick Hill continuera de s'illustrer dans le nanar, philippin avec le post-nuke "Dune Warriors" (où il côtoyait déjà Cirio H. Santiago et la clique gweilo pré-citée), argentin dans le sword & sorcery "Deathstalker", américain dans l'actioner SF semi-bisseux "Storm Troopers". Un acteur comme on les aime.



Rick Hill en pleine prestation d'acteur.



L'érotisme en marcel à l'état pur.



Mais tout héros, aussi bodybuildé soit-il, ne peut véritablement se révéler que face à un adversaire à sa hauteur, némésis du Mal en charge de maximiser sa casse-burnes attitude, virile mais décontractée. Et Rick a bien de la chance, car Robert Dryer (aucun lien avec Fred "Rick Hunter" Dryer) lui propose sans réticence sa trogne 50% Dolph Lundgren 50% Reb Brown, associée à un cabotinage de méchant pas bô qui fait plaisir à voir. Et que je grimace, et que je me bourre la gueule en racontant n'importe quoi, et que je pars en guerre sur un coup de tête avec mon flingue qui fait des bruits de spatiogun laser. Dommage que sa carrière n'ait pas plus profité d'un tel talent ; tout au plus le retrouve-t-on dans un rôle de Soviétique grimaçant face à Robert Patrick dans "Killer Instinct", une autre philippinade du même réalisateur.



Robert - Nelson - Dryer, l'air moqueur.



Le même en mode lunettes de soleil et moue arrogante, dans un certain look-a-like de Warhawk, l'ennemi juré de Rambo.


Si le scénario peut passer inaperçu aux yeux du spectateur peu réceptif, il n'en va pas de même pour celui qui aime entraîner son cerveau en tentant de comprendre ce qui se déroule sous ses yeux. Je souhaite bien du courage à ce dernier, tant les tenants et aboutissants de cette histoire de vol d'arsenaux de l'armée par le ministère de la défense demeurent des plus intrigants. La moindre idée semble être apparue sous l'influence de stupéfiants particulièrement toxiques, comme l'éviction de Jack, réalisée avec la finesse d'un hippopotame : on le tabasse, on l'asperge d'alcool, et après on le dénonce comme ivrogne irresponsable.



Le Colonel Harper, obscur personnage et fils illégitime de Richard Harrison et de Mike Monty.



L'avantage de ne plus être flic, c'est qu'on n'est plus obligé de se laver.


Pour vous donner un aperçu de cette logique intrinsèque inaccessible, voici comment le général Harper, enquêteur du Pentagone, retrouve la trace des armes volées par Nelson, un mercenaire félon.

Alors que Nelson passe en ville avec sa cargaison, Jack Steiger s'aperçoit que les plaques du camion sont en guimauve. Il en relève donc l'immatriculation et demande des renseignements au central. Réponse : ces plaques sont fausses... Au ministère, un gratte-papier rapporte l'information :

"- Le central vient de me dire qu'il a reçu un appel pour un contrôle d'immatriculation pour une ville du nord de la Californie, ça s'appelle Granit Lake. Il doit certainement s'agir d'une plaque de l'un des camions qu'on avait confié à notre ami Nelson.

- Qu'est-ce qui vous fait penser à ça ?

- En général, l'immatriculation de nos véhicules se reconnaît parce qu'il y a une petite étoile. Nelson n'a pas pu penser à ce petit détail. Tant mieux, on arrivera à le pincer. Sans le savoir, le shériff de cette ville nous aide.
"

J'avoue que je suis resté con pendant plusieurs secondes devant un tel raisonnement par l'absurde.



La fameuse plaque sans petite étoile qui intéresse Jack, plus que les impacts de balle.



Un headshot perforant comme seul Jack sait les faire.


En plus de ses nombreux atouts déjà évoqués, "Fast Gun" offre à notre bon plaisir déviant un bonus original : le décor. Aaah, le décor. Rarement on aura vu un tel élément participer autant à l'aspect nanar d'un film. C'est un bonheur sans fin que de s'extasier sur la multitude de détails plus ou moins flagrants qui révèlent la facticité de cette soit-disante ville. Tous les bâtiments semblent être composés d'une simple façade, prête à s'affaler au moindre coup de vent. Certaines fenêtres sont bricolées et clairement aposées sur des murs en carton pâte, avec des rideaux qui ressemblent à s'y méprendre à du papier. Les balles traversent sans difficulté des piliers censés être en ciment, laissant de gros trous, voire arrachant les contours qui volètent dans la brise. Les écriteaux sont marqués au feutre, la rue principale fait 100 mètres, les murs de briques tiennent avec des clous bien visibles, seul l'arbre central apparaît solidement réel. On s'attend à tout moment à ce que quelqu'un passe à travers un mur en voulant s'y appuyer.



Une ville playmobil.



De biens jolis trous dans du placo.


D'ailleurs, cette ville s'apparente tellement à un décor que nul ne semble y vivre la nuit, comme si la plupart des habitants logeaient dans des terriers situés dans la forêt d'à-côté. Lorsque des malfrats basanés vandalisent à qui mieux mieux, en répandant les meubles des habitations dans la grand'rue, personne ne s'aperçoit de rien avant le petit matin.



Les murs en carton se décollent...



...voire se désagrègent carrément.


Les ouvriers philippins étant réputés être de solides artisans du BTP à durée de vie éphémère, c'est sans surprise que la grande lutte finale s'applique à méthodiquement faire exploser chaque bâtisse au lance-roquette, dans un déluge de carton et de bois enflammé. Y'a un véritable aspect philosophique dans cette démarche, sorte de métaphore sur la vacuité humaine via l'art éphémère.



Tiens, en v'là de la vacuité humaine !


Cirio H. Santiago nous offre ainsi un très bon nanar, bourré de petits détails amusants, de trognes comme on les aime, d'un doublage très nase et donc très drôle, de nombreuses situations ineptes dont je vous laisse la suprise, de massacre et d'explosions foisonnantes, sur un rythme soutenu qui permet de conserver un intérêt constant pour l'ensemble du métrage. Rick Hill apporte une valeur ajoutée indéniable et, fait rare, le décor est un acteur nanar à part entière. Divertissement réussi. Et vive les Philippines !



Kobal
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Liens utiles

  • Nos interviews de Nick Nicholson, Eric Hahn et Henry Strzalkowski.

    Un article inédit et inestimable de notre confrère australien Andrew Leavold sur le cinéma bis philippin de ces 40 dernières années (qui explique notamment la présence récurrente de nains dans les films de Cirio H. Santiago !!!) : VO et VF.

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