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Force Spéciale

  • Titre original : The Ultimate Weapon
  • Titres alternatifs : Froid comme l'enfer (titre télé), L'ultime menace (Québec)
  • Réalisateur : Jon Cassar
  • Année : 1997
  • Pays : Canada
  • Genre : Le pire catch attaque (Catégorie : Pur et dur)
  • Durée : 1h50
  • Acteurs principaux : Hulk Hogan, Carl Marotte, Cynthia Preston, Lynne Adams, Daniel Pilon, David Nerman, Vlasta Vrana
Note :
2
Jack Tillman
Jack Tillman

Chronique



En ces temps de crise, de culte de la productivité et de célébration du jeunisme, aborder la retraite avec sérénité n'est pas chose aisée. D'un côté nos élites dirigeantes rallongent de plus en plus l'âge de départ à la quille, et de l'autre le marché du travail est de plus en plus hostile aux quinquagénaires. Prenons l'exemple d'un ouvrier intérimaire qui a bossé toute sa vie en usine et se retrouve sur la touche une fois qu'il a dépassé la cinquantaine. Il se demande alors comment il va cotiser durant les dix ou quinze prochaines années, sachant qu'on ne recrute plus les gens qui ont plus de dix cheveux blancs et dont le corps a été usé par des années de dur labeur. Et ben ce qui est valable pour le pékin moyen l'est aussi pour les catcheurs.



On parle de moi ?


A ceci près qu'un catcheur mondialement connu comme Hulk Hogan, ça gagne plus d'argent que le pékin moyen. Aussi, quand il envisagea de raccrocher les gants après un combat catastrophique, Hulk n'eut guère de mal à se recycler dans le cinéma grâce à sa popularité au sein d'un milieu bien bas du front mais ô combien populaire. Sauf que voilà, catcheur et acteur ça n'est pas la même chose, et notre ami s'est vite retrouvé à cachetonner dans des séries Z bien peu prestigieuses.





Ce Force spéciale, qui pourrait porter l'accroche "Plus bourrin tu meurs !", s'apparente à un mauvais combat de catch : c'est truqué et ça se voit. Concernant les actionners virils, les périodes de chasse du nanardeur sont surtout partagées entre les 80's reaganiennes anticommunistes et les busheries anti-terroristes post-11 septembre, au point qu'on néglige parfois les œuvres du milieu des 90's (sauf bien sur quand Steven Seagal ou Deron McBee jouent dedans). Hulk Hogan va y mettre bon ordre, son "arme ultime" s'apparentant au Last Action Hero de Schwarzy, tout en repompant Commando. Quand les culturistes inspirent les catcheurs, le nanarophile se frotte les mains…





Le film a beau durer près de deux heures, il va à 100 à l'heure et ça commence direct avec la séquence générique illustrant un cauchemar de Hulk Hogan (dans le film il s'appelle Ben Cutter mais moi je préfère Hulk Hogan), qui s'écoule dans un ralenti minable rythmé par les cris de la gamine du héros. Hulk Hogan est un mercenaire sensible, à la personnalité délicate, qui ne songe qu'à prendre sa retraite pour pouvoir épouser sa compagne, retaper sa ferme et se rapprocher de sa fille qu'il a abandonnée enfant à cause de son job trop dangereux. Eh oui messieurs les dirigeants, vous qui êtes des assistés à vie, vous ne pouvez pas imaginer ce que c'est que joindre les deux bouts quand on a un métier, surtout quand ce métier c'est la guerre. Hulk Hogan, indigne-toi !



Sous ses airs bourrus se cache un cœur en pain d'épice.


Durant une opération en Serbie (en fait une carrière de sable au milieu d'un terrain vague) pour laquelle son boss moustachu lui a adjoint un coéquipier blagueur hyper énervant censé apporter "la petite touche d'humour sans laquelle le spectacle ne serait pas total" annoncée par la jaquette, Hulk Hogan découvre qu'il possède un neurone. Il décide alors de le faire marcher et comprend qu'on lui a menti. La cargaison d'armes qu'il était chargé de mettre à la disposition des bérets bleus de l'ONU était en réalité destinée à l'IRA. Il la fait donc exploser avec son méga lance-patates dans un montage schizophrène particulièrement jouissif.



Carl Marotte, comédien réputé au Québec, est ici cantonné au rôle de sidekick horripilant qui a l'air de tout sauf d'un commando des forces spéciales.



Des terroristes serbes particulièrement niais, capables de se faire avoir par les feintes de bac à sable de Hulk Hogan.





Des trafiquants guère plus futés.


Mais le richissime trafiquant d'armes international (un dirigeant ! un dirigeant !) entend bien faire payer la destruction de cet arsenal, qui lui aurait permis de remplir complètement sa piscine de biftons. Pour assouvir sa vengeance, le cruel et puissant salopard a un plan : il fait kidnapper la fille de Hulk Hogan, qui travaille dans une boite de striptease (ben tiens), afin d'attirer celui-ci dans un piège...



- "Je vais lui expliquer l'ingéniosité d'ce plan."

- "Ouille, ça pique…"


Avec ce scénar' en béton armé, Hulk Hogan était parti pour la course aux oscars. D'autant que le réalisateur Jon Cassar (le producteur de la série Les Kennedy) n'avait à priori rien d'un bisseux. Mais le problème insurmontable pour Hulk Hogan... c'est Hulk Hogan. Comme je ne suis pas un fan de catch, je ne saurais juger des talents de Hulk Hogan sur le ring. Mais ce dont je suis sûr, c'est que ce mec est né pour être un acteur nanar. Ayant coupé et décoloré ses cheveux pour l'occasion, Hulk Hogan est quelqu'un qu'il est tout simplement impossible de prendre au sérieux un seul instant. Le moustachu dont le torse s'auto-épile et sécrète naturellement de l'huile est un ravissement pour le nanardeur. Sans charisme ni aucune crédibilité, sa seule expression est celle de la bêtise. Dès qu'il apparaît à l'écran, tentant de jouer en subtilité tout en faisant le beau, ce sont des instants de pure magie.



- "Hein chérie que je joue bien l’âme tourmentée ?"


Les autres participants ne sont pas beaucoup mieux lotis. Outre le sidekick crispant et grassouillet déjà évoqué, tous les autres acteurs semblent y croire à fond et sont d'autant plus pitoyables : du grand méchant Daniel Pilon (frère de Donald Pilon vu dans La Lunule), vétéran d'un paquet de séries télé et qui aurait eu sa place dans Les feux de l'amour, à son bras droit Michael D'Amico qui joue au gros dur, de la fille du héros incarnée par la sculpturale mais interchangeable Cynthia Preston à Lynn Adams en copine de Hulk, tous jouent avec un sérieux confondant des personnages archi-stéréotypés. Le seul qui ait l'air un peu lucide sur la daube dans laquelle il apparaît c'est Vlasta Vrana, un comédien norvégien d'origine tchèque installé au Québec qui donne l'impression de se foutre complètement de son rôle de vieux briscard de l'armée, patron de notre rouquin bodybuildé à moustache.



- "Y t'plaît pas mon film ?"

- "Y a que des dégénérés à qui çà peut plaire de suivre les aventures d'un moustachu incapable de se trouver un pseudo convaincant."

- "Ouah l'aut' ! C'est même pas vrai d'abord !"


La réalisation est nullissime, et peine à donner la moindre fluidité à des gunfights tout droit sortis d'un affrontement de cour de récré, dans le genre "J'me suis pris deux balles mais je continue à tirer comme si de rien n'était". Jon Cassar a dû se dire qu'il n'en avait rien à battre quand il a vu la montagne de poncifs du script. Tout y est : le guerrier invincible à la renommée légendaire, la jeune recrue qui doit faire ses preuves par un entraînement intensif, la manipulation d'un gros magouilleur sans scrupules, les scènes de ménage entre Hulk et sa moitié, les engueulades avec sa fille, le héros qui arrive juste à temps pour sauver son partenaire dans une situation critique, le siège de la ferme retranchée, la séance de torture… de quoi annihiler toute volonté artistique chez le gars chargé de mettre en scène tout ça. Ajoutez-y un héros neuneu qui envoie des vannes toutes les cinq minutes et dont la phrase fétiche est "Celui qui me cherche me trouve !", deux héroïnes blondes dans leur tête qui se séparent alors que le danger rôde comme dans un mauvais slasher, des explosions, des plans nichons, des portes massives défoncées d'un coup de pied, un budget ric-rac, une fin débile, et vous obtenez ce magnifique éloge de la crétinerie.







Je me demande si on a bien fait de tourner dans ce film...


Moins fascisant mais plus con qu'un Chuck Norris ou qu'un Ron Marchini, "Force spéciale" est un nanar à l'image de son interprète principal : dégoulinant de sueur et de testostérone et dont l'esprit est resté au niveau des parties génitales. Depuis son rôle dans Rocky 3, le sympathique Hulk Hogan n'a malheureusement pas fait beaucoup de films mais je suis certain qu'avec celui-là sur son CV, les portes de Cine Excel s'ouvriraient en grand devant lui, avec tapis rouge d'occaze en prime. Peu de temps après ce tournage, Hulk annonce sa retraite du catch... puis revient sur le devant du ring un an plus tard. Increvable comme Ben Cutter, il continue encore aujourd'hui de lutter et conserve son titre de superstar. Messieurs les pékins moyens, prenez en de la graine. Au boulot, bande de fainéants !



Une famille de blonds cérébraux.


Icono : www.citoyen360.fr et www.cinemotions.com



Jack Tillman
Jack Tillman

Force Spéciale
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Les notes des membres

Moyenne : 2.25
avatar de Jack Tillman Jack Tillman : 2
avatar de Rico Rico : 2.5

Cote de rareté





Force spéciale est trouvable en DVD zone 2 sur les sites de vente en ligne, ou dans n'importe quel bac à soldes ou Cash Converter en fouillant un peu. La galette sortie chez Edito propose un menu basique, avec seulement le film en version française, les chapitres et la bande-annonce française. Ça reste largement suffisant pour apprécier cette bourrinade savoureusement nanarde, très représentative de ce genre de direct-to-vidéo des 90's. Il ne tient à présent qu'à vous de parfaire votre culture cinématographique en compagnie de l'impayable Hulk !



Le DVD français.




La VHS québécoise (merci à Mathieu Lavigne).
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