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Frankenstein Meets The Space Monster

  • Titre original : Frankenstein Meets The Space Monster
  • Titres alternatifs : Duel of the Space Monsters, Frankenstein Meets the Space Men, Mars Attacks Puerto Rico, Mars Invades Puerto Rico
  • Réalisateur : Robert Gaffney
  • Année : 1965
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Nanar anti-mythe (Catégorie : Rencontres du troisième type)
  • Durée : 1h19
  • Acteurs principaux : Marilyn Hanold, James Karen, Lou Cutell, Nancy Marshall, David Kerman, Robert Reilly, Bruce Glover
Note :
2
John Nada
John Nada

Chronique





Mine de rien, la créature de Frankenstein commence malgré elle à devenir une figure récurrente de ce site. Il fut une époque, pourtant, où les braves gens qui voulaient flipper leur race au ciné n'allaient pas voir "Le Projet Blair Witch", "Rec" ou "Paranormal Activity", mais un film dont le titre annonçait "Frankenstein" ou "Dracula". Et ça marchait. Peut-être un peu trop même. Jadis poules aux œufs d'or du studio Universal, ces poids-lourds de l'épouvante, trop anciens pour être protégés par les lois du copyright, furent rapidement exploités à tort et à travers, et peu à peu réduits au rang de vulgaires gagneuses racolant au ras du trottoir pour le compte de producteurs de bas étage. Conçus pour semer l'effroi, ils ne suscitèrent bientôt plus que l'ennui... puis les quolibets. Un simple survol de la base de données de Nanarland suffit ainsi à mesurer la longue déchéance du Prométhée moderne. Qu'on songe à l'abominablement drôle "Château de Frankenstein" produit par Dick Randall, l'ultra-fauché "Dracula contre Frankenstein" d'Al Adamson, les "Frankenstein 70", "Frankenstein 80", "Frankenstein 90" (avec Eddy Mitchell et Jean Rochefort !) et autres "Frankenstein 2000 : the vindicator", le kaiju eiga "Frankenstein conquiert le monde", le mexicain "Santo contra la hija de Frankestein" (sans "n"), le turc "Sevimli Frankestayn", l'italien "Plus moche que Frankenstein tu meurs" avec Aldo Maccione, "Jesse James contre Frankenstein", "Frankenstein le tombeur de la fac", "Frankenhooker", "Rock 'n' Roll Frankenstein", "Frankenstein's Kung Fu Monster", sans oublier quelques-uns des nombreux délires de Jesus Franco ("Dracula prisonnier de Frankenstein", "Les Expériences érotiques de Frankenstein", "Lust for Frankenstein" etc.). Dès lors, il paraissait inévitable d'aborder un jour le cas de ce "Frankenstein Meets The Space Monster", énième coup de latte dans le cercueil de cette pauvre Mary Shelley, dont l'âme ne doit décidément jouir que d'un repos très relatif depuis l'avènement du 7ème art.







L'histoire se déroule aux Etats-Unis, dans les années 60, en pleine période de conquête spatiale dans le contexte de la Guerre froide. Après avoir perdu trois fusées d'affilée, qui ont toutes explosé en vol de façon mystérieuse, la NASA décide de limiter la casse en n'envoyant non plus un astronaute humain mais un androïde, le dénommé Frank Saunders (Robert Riley).





Une conférence de presse avec quatre employés de la NASA et autant de journalistes.





Frank Saunders (Robert Riley), un robot astronaute au sourire ultra bright.




Ce que la NASA ignore, c'est que ses fusées sont la cible d'extraterrestres venus de Mars (la planète rouge !), qui réduisent à néant cette nouvelle tentative qu'ils prennent pour une attaque de missile. Ayant réussi à s'éjecter, l'astro-robot est pourchassé au sol par une poignée de Martiens qui lui carbonisent la moitié du visage d'un coup de rayon laser. Son cerveau électronique gravement endommagé, l'androïde erre désormais sur les plages de Porto Rico, ne répondant plus qu'à son seul instinct de survie. Frank Saunders est devenu... Frankenstein !





Frank l'androïde s'est fait griller la tête au laser : la moitié de son crâne n'est plus qu'une croûte de pâte à modeler avec des résistances et des boutons de chemise incrustés dedans. Affreux !





Devenu Frankenstein, l'androïde entreprend de lutter contre les incivilités au volant, fléau bien connu à Porto Rico.





Contre les chauffards, Frankenstein plus fort que les radars !




Qu'est-ce que les Martiens viennent chercher sur Terre ? Nos filles et nos compagnes ! Un conflit nucléaire ayant éradiqué la gent féminine de leur planète - à l'exception notable de la princesse Marcuzan (Marilyn Hanold) - les Martiens décident en effet de s'approvisionner chez nous en reproductrices aux hanches larges et à la poitrine généreuse pour perpétuer la race martienne (une idée scénaristique si brillante qu'elle sera reprise deux ans plus tard dans "Mars needs women"). Alors qu'un Frankenstein hagard terrorise la population de Porto Rico, les extraterrestres entreprennent donc de kidnapper des bimbos en bikini sur les plages de l'île, mettant savoureusement en lumière un des titres alternatifs du film, "Mars Attacks Puerto Rico".





Mars Attacks Puerto Rico !





- Voyez maîtresse, on vous a dégotté de la bimbo porto-ricaine de premier choix.

- Parfait, elle nous fera plein de beaux petits martiens, mouahaha !




Le "space monster" annoncé dans le titre prendra lui les traits disgracieux de Mull, une créature martienne que les envahisseurs ont emmené dans leur soucoupe, et qu'un Frankenstein ramené à la raison par ses créateurs affrontera dans un final à couper le squeele (une empoignade lymphatique filmée à travers une fumée cache-misère aussi épaisse que vaine).





Mull le monstre de l'espace : un costume de gorille pelucheux surmonté d'un masque en caoutchouc du plus bel effet.





Bewaaaare, craignos monster on the loose !





A noter au plafond de vulgaires néons pas du tout raccord avec l'intérieur du vaisseau.





Frankenstein Vs. The Space Monster : le choc tant attendu.




Titre tapageur s'il en est, "Frankenstein Meets The Space Monster" fait partie de ces oeuvrettes cultes dont le souvenir amusé surnage parmi les innombrables productions de SF ringardes des années 50 et 60. A l'instar de "Plan 9 From Outer Space", "Teenagers From Outer Space" ou "Robot Monster", le film de Robert Gaffney - qui n'en tourna jamais d'autre - distille en effet ce charme naïf chimiquement pur, puissant comme un filtre d'amour et propre à envoûter l'amateur de nanars. On touche ici à la quintessence du genre, celle d'un cinéma exposant les fantaisies les plus exubérantes avec un premier degré imperturbable.





Les Martiens (ne rigolez pas, ces deux individus représentent une menace pour notre planète).




Partant du principe formulé par Hitchcock que « plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film », on sentait ce "Frankenstein Meets The Space Monster" mal barré dès les premières minutes puisque les méchants Martiens sont de loin l'aspect le plus drôle du film. Le crâne bien au chaud sous un abat-jour agrémenté de verroterie, Marilyn Hanold (Miss Playboy Juin 1959, également vue trois ans plus tôt dans "Le cerveau qui ne voulait pas mourir"), incarne la princesse Marcuzan avec une prestance de pintade endimanchée. Elle se fait pourtant ravir la vedette par son bras droit, le Dr. Nadir, interprété par un Lou Cutel grand spécialiste du regard caméra.





Lou Cutel, acteur nanar pris en flagrant délit de regard caméra.




Nanti d'une physionomie débonnaire et d'un maquillage sommaire (un faux crâne chauve en latex et des oreilles pointues, qui en font un peu le fils caché du Dr. Spock et de l'oncle Fétide de la famille Addams), Lou Cutel tient moins du redoutable conquérant intergalactique que du Pierrot La Lune candide. Il nous offre ici un curieux numéro de cabotinage onctueux tout en claquements de lèvres et regards lourds de sous-entendus, surjouant en douceur, articulant soigneusement chaque syllabe de son texte avec une application d'écolier à qui on aurait promis un bon point. Entre un rire sardonique de rigueur et un "aaaa-HA !" d'anthologie, Lou Cutel balance quelques répliques grotesques avec une sorte d'entrain puéril ("And now... Maximum Energyyy !") qui ne laissent guère de doute quant au fait que l'acteur devait véritablement prendre son pied sur le plateau.





Lou Cutel dans le rôle du Dr. Nadir. Un visage qui exprime toute la tragédie d'un peuple martien au bord de l'extinction.




Du côté des gentils, l'interprétation est plus fade, avec notamment un duo de scientifiques, le docteur Adam Steele et son assistante Karen Grant, joués par un James Karen assez peu concerné et une Nancy Marshall cantonnée au rôle de faire-valoir. En gros, lui incarne le génie scientifique et la force tranquille ; elle les sentiments et la vulnérabilité face aux Martiens. Ca donne un personnage féminin qui pose des questions avec une expression de veau interloqué, auxquelles le bon docteur répond de façon compassée ; ou qui dramatise à chaque pépin, lui entreprenant de la rassurer avec une affabilité paternaliste.





Le docteur Adam Steele (James Karen) et son assistante Karen Grant (Nancy Marshall), appliqués à rajouter trois boutons de manchette et un bouchon en liège dans le crâne de leur androïde.





Le génie scientifique à l'oeuvre !




Il y a enfin Robert Reilly dans le rôle du Colonel Frank Saunders alias Frankenstein, qui passe la moitié du film à errer dans des coins isolés de Porto Rico, la bouche entrouverte et les yeux roulant dans leurs orbites. Une interprétation qui n'a rien de vraiment honteux pour un film de genre de ce calibre, même si Robert Reilly a trop souvent tendance à confondre dimension tragique et constipation.





Robert Reilly dans "Frankenstein veut faire caca".




Devant composer avec un budget qu'on devine très limité, Robert Gaffney empoigne à pleines mains les deux mamelles du film fauché - le stock-shot et le remplissage - et tire dessus avec une belle énergie. Les stock-shots granuleux, Gaffney en balance dès qu'il s'agit de montrer une fusée, un avion, une base, une explosion. Parfois pendant une ou deux minutes d'affilée. Et tant pis si un bombardier B-52 se transforme soudain en Boeing C-135 en plein vol. Conscient qu'un tel procédé pourrait rapidement indisposer le spectateur, le réalisateur a la bonne idée d'agrémenter ces séquences d'une sympathique musique hippie-garage-surf-pop-rock ("That's The Way It's Got To Be" du groupe de sous-Beatles "The Poets"). Plus fort que ces emprunts aux archives de l'armée et de la NASA, on a même droit à une réutilisation de certains plans des extraterrestres, qu'on nous ressert deux fois.





Des stock-shots de la Guerre de Corée...





...et d'autres de la NASA.




En terme de remplissage, Gaffney se fend d'une séquence hallucinante où le docteur et son assistante se baladent en vespa dans les rues de San Juan quasiment en temps réel, séquence là encore accompagnée par une musique pop-rock sirupeuse sensée faire passer la pilule ("To Have and to Hold" du groupe "The Distant Cousins"). Une promenade en deux roues d'une intense banalité, indigne d'un support de communication pour l'office du tourisme de l'île, qui illustre les limites d'un réalisateur dont le style se surpasse dans l'anonymat.





"To have and to hoooold yoouuu..."





"Weeee'll do everythiiiing that lovers doooo, two by twoooo..."





"I love yoouuu... yes I doooo... oooh oooh oooh..."





(solo de trompettes et de maracas)





"My heart would go coooold without you deeaaar, I need you neeaaar..."





Ouf, ils ont quand même fini par tomber en panne d'essence !




Dans cette séquence comme dans le reste du film, Bob Gaffney utilise l'écran large comme n'importe quel amateur remplit le cadre de son caméscope sur la plage du Touquet et accouche d'un curieux mélange esthétique, celui du pire de la Nouvelle Vague et du pire de la SF ricaine, sorte de chaînon manquant entre un Godard et un Ed Wood.





- Il faut que je téléphone, j'ai besoin d'un téléphone, vous auriez un téléphone ?

- Ma qué ?

- El telefono ?

- Ah, si señor !




Soyons francs : pour le djeun's habitué aux clips et aux jeux vidéo, "Frankenstein Meets The Space Monster" donnera l'impression de s'étirer au rythme d'une sieste en bord de mer, mais sa courte durée et son cachet de film de série B louchant vers le Z sauront contenter un public réceptif. Au cas où les illustrations qui accompagnent cette chronique ne seraient pas assez éloquentes, précisons que les Martiens sont joués par une poignée de figurants vêtus d'une combinaison de peintre en bâtiment, d'un casque de moto et armés, en guise de pistolets laser, de sèche-cheveux qui reflètent la lumière du soleil en direction de la caméra pour simuler un rayon mortel.





Outre une bien belle soucoupe, les Martiens disposent d'une technologie redoutable : des pistolets laser moitié sèche-cheveux, moitié miroir aux alouettes.













Pauvre humain misérable, ton fusil ne peut rien contre le pouvoir du sèche-cheveux bling bling !




Lorsqu'ils naviguent dans leur minuscule vaisseau spatial en carton-pâte véritable, les Martiens font semblant d'être absorbés dans la contemplation de leurs instruments de bord hyper-sophistiqués (des oscilloscopes et des plaques en alu avec des loupiotes), en pressant de temps à autre un bouton de façon complètement aléatoire.







Il s'agit de boutons magiques puisqu'ils génèrent presque toujours un stock-shot, comme évoqué plus haut. Ainsi, pour décoller, un Martien appuiera sur un bouton relié à un stock-shot de réacteurs de fusée ; pour attaquer, il appuiera sur un autre bouton relié à un stock-shot de missile V2 de la Deuxième Guerre mondiale.



Le plus beau, c'est peut-être encore le procédé hi-tech par lequel les Martiens "électro-purifient" leur cheptel de reproductrices terriennes : les captives sont allongées sur une table et recouvertes... d'une simple housse de matelas !









Une technique de purification from outer space (cherchez pas à comprendre, c'est martien).




Faux raccords en pagaille, arrêts sur image grossiers (pour simuler une panne de l'androïde !) et autres détails amusants achèvent de rendre sympathique cette petite friandise de drive-in. Ne vous y trompez pas : d'une ringardise hautement délectable, "Frankenstein Meets The Space Monster" est un pur nanar, dans l'acception la plus affectueuse du terme.





Vous voyez, cet amoncellement de gros nuages noirs qui bouche l'horizon, là-bas ? C'est notre avenir dans le métier de comédien.






John Nada
John Nada

Frankenstein Meets The Space Monster

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Les notes des membres

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Cote de rareté









Ce petit bijou est ressorti en DVD en 2006 chez Dark Sky Films, méritant éditeur américain à qui l'on devait déjà la sortie sur support numérique des "Machines du diable" et de "Robots 2000, Odyssée sous-marine".







Le film est proposé dans une copie de facture correcte (un noir et blanc assez propre et joliment contrasté au format 1.85:1), en langue anglaise (mono d'origine) avec sous-titres anglais. Niveau bonus sont proposés un livret explicatif de 14 pages, dans lequel le co-scénariste George Garrett revient sur la genèse du film, la bande-annonce d'époque et une galerie de photos. Certes, on aimerait en avoir plus mais c'est mieux que rien.





Sinon, vous pouvez toujours essayer de vous dégotter une copie Super 8 du film...
Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation