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The Frozen Dead

  • Titre original : The Frozen Dead
  • Réalisateur : Herbert J. Leder
  • Année : 1966
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Genre : Je suis frozen dead mais je me soigne (Catégorie : Zombie mon ami)
  • Durée : 1h35
  • Acteurs principaux : Dana Andrews, Anna Palk, Philip Gilbert, Kathleen Breck
Note :
1,75
Nikita
Nikita

Chronique

Présenté à la team Nanarland par la Cinémathèque française lors de la « Nuit excentrique » du 19 février 2005, la série B anglaise The Frozen dead ("les morts congelés", pour les non-anglophones) aura eu le mérite de réveiller l’intérêt pour le cinéma bis d’antan et de pousser à la réflexion sur les limites de la définition du nanar. Un modeste film bis des années 60, marqué par les ans, est-il en soi nécessairement un nanar tel qu’on l’entend ici ? La réponse est forcément non, pour tous les cinéphiles cultivés et de bonne foi. Mais, s’il n’atteint pas des sommets, The Frozen dead nous pousse néanmoins à la curiosité tout en nous décomplexant un peu : non, tout ce qui est « vieux » n’est pas vénérable, et les frontières sont poreuses entre nanar et cinéma bis. Grand-guignolesque histoire de zombies nazis mal décongelés, ce petit classique du cinéma de quartier comporte suffisamment de kitsch pour mériter de figurer ici.







L’action (c'est un bien grand mot, parce que le film est quand même un peu mou du genou sur les bords...) se déroule dans le manoir d’un paisible village anglais. Là, le Dr Norberg, un sombre savant allemand interprété par l’ex-vedette d’Hollywood Dana Andrews, parque des individus à moitié zombifiés qui errent comme des chiens battus sous la surveillance d’un affreux assistant. Nous ne tardons pas à apprendre que Norberg est un membre non repenti du parti nazi qui mène de douteuses expériences sur la congélation des corps, et surtout sur leur décongélation. D’anciens Nazis rendent régulièrement visite au docteur : lors de la défaite de l’Allemagne, 1500 membres du NSDAP se sont fait congeler pour échapper à leur jugement et ressurgir plus tard préservés des outrages du temps ! L’ennui est que personne ne semble avoir mis au point de méthode très fiable pour les ranimer ensuite, les dommages procurés au cerveau faisant ressusciter les décongelés sous forme de zombies aux neurones protozoaires. La bêtise du procédé laisse assez pantois : pourquoi les Nazis n’ont-ils pas eu l’idée d’aller se réfugier en Amérique du sud comme tout bon criminel de guerre qui se respecte, au lieu de se faire enfermer dans un frigo, mettant leur sort à la merci d’un procédé absolument pas au point ? C’est ça, la logique de la race supérieure ?





Le frigo des mort-vivants.




Ainsi, Dana Andrews mène depuis, comme une âme en peine, des recherches sur le cerveau humain pour trouver comment réanimer correctement des corps congelés, expérimentant sans conviction sur les zombies qu’il élève dans sa cave comme des cochons d’Inde. Pour compliquer le tout, notre « héros » a une nièce, qui débarque sans prévenir au manoir accompagnée d’une amie. Le père de la jeune fille, frère de Norberg, est lui-même zombie et le savant tente de cacher à sa nièce que le papa est à la cave sous forme de cadavre vivant et agressif. Il lui a également caché que, s’il a été en camp de concentration, ce n’était pas comme déporté ! Arrive sur ces brûlantes entrefaites un jeune savant américain, le Dr Roberts, qui va échanger avec Andrews des vues sur le cerveau humain sans connaître le but de ses recherches. Tandis que le beau yankee entreprend d’emballer la nièce, papa zombie étrangle l’amie de sa fille. Norberg se laisse convaincre par son assistant de couper la tête de la jeune fille pour la réanimer ensuite et agir sur son cerveau. (L'assistant s'est en fait arrangé pour que le zombie étrangle la fille, afin de fournir de la chair fraîche aux expériences, ha ha ha !)





La frozen head de la frozen dead.




Notre joyeux savant se retrouve donc à bidouiller une tête sans corps, farcie d’électrodes et fixée sur une table : la branchant sur des bras coupés qu’il a fixés sur un mur, il tente ensuite de lui faire animer ces membres, afin de déterminer ce qui agit exactement sur le corps dans le système nerveux.





Quand le cinéma bis rend hommage à Jean Cocteau !




Pas très convaincu, le Dr Roberts va-t-il comprendre les néfastes buts de son hôte, mettre fin au complot et emballer la nièce de Norberg au passage ? Vastes questions, qui ne sont pas prêtes de trouver des réponses avec un héros aussi nul : Roberts est sans doute le protagoniste le plus mou jamais vu depuis longtemps, qui se contente de draguer l’héroïne d’un air niais en enquêtant distraitement sur des évènements qui feraient décamper le moins méfiant des clampins venus.







The Frozen dead est un exemple d’horreur britannique de seconde zone dont le charme résiste au temps, à condition d’aimer le cinéma un peu vieillot. Le rythme y est assez lent, au risque de lasser le spectateur pressé, mais le réalisateur vise manifestement à créer une atmosphère délétère et oppressante, y réussissant à l’occasion. Le film est en effet ambivalent et cumule, malgré ses défauts, les atouts d’un bon petit nanar et ceux d’un film bis sympathique.



A l’actif du film, on comptera une atmosphère ponctuellement réussie, quelques bonnes idées dans le registre du morbide et une scène finale plutôt aboutie.







A son passif, le postulat assez idiot du scénario se voit aggravé d’une accumulation de dialogues accablants et de personnages caricaturaux, voire complètement risibles. A force de bêtise des personnages et de surprises téléphonées, le scénario finit par avoir des allures de vaudeville, sauf qu'à la place de l'amant dans le placard, il y a un zombie dans le frigo !




Les héros sont d’une niaiserie assez absolue, la police patauge comme les Dupont et Dupond de la campagne anglaise et les seconds couteaux surjouent sans vergogne, avec des mentions spéciales pour le majordome chauve, muet et demeuré (mal décongelé, lui aussi !) et l’assistant de Norberg, sorte de Mister Bean à tête de bull-dog.





A noter les débuts d’Edward Fox en frère zombie de Dana Andrews.




Le film souffre surtout d’une interprétation franchement médiocre. Dana Andrews avait toujours été un acteur un peu monolithique, mais il ne déparait pas en héros de classiques comme Laura d’Otto Preminger ou La Cinquième victime de Fritz Lang. Ici, le visage morne et affaissé, visiblement indifférent devant son rôle, il ne nous offre que le minimum syndical : il demeure cependant le meilleur acteur du film. La palme de la nullité est remportée haut la main par Philip Gilbert, interprète du Dr Roberts, sorte de vague lookalike de Sean Connery jeune, presque aussi amorphe que Christopher Mitchum dans Dark mission, les fleurs du mal ! L’acteur est à la hauteur de son personnage.



Le principal atout nanar du film reste cependant le thème de la mauvaise décongélation des zombies, qui nous vaut des scènes de déambulation hagarde dignes du Lac des morts-vivants. Les bras animés et la tête sans corps valent également le détour, et renforcent le charme kitsch de l'ensemble





"Si j'injecte suffisamment de vitamines dans le cerveau du scénariste, il trouvera peut-être une idée pour dynamiser le film..."




Alors, nanar, The Frozen dead ? Malgré d’une part un certain manque de rythme préjudiciable à l’action (faut pouvoir supporter les films un peu mous et les scènes de remplissage...) et d’autre part un charme propre aux vieux films d’horreur, je répondrai pour ma part par l’affirmative. Nous ne sommes pas aux niveaux de médiocrité d’un film Eurociné, mais le film comporte suffisamment d’éléments risibles pour soutenir l’attention et constituer une curiosité kitsch et sympathique. Et les expérimentations sur les puzzles humains congelés sont bien placées au rang des idées scientifiques les plus nazes jamais vues au cinéma ! Avec des plans aussi débiles, on ne s’étonne plus que les Nazis ne soient jamais revenus au pouvoir !



A découvrir, donc, comme une sympathique bizarrerie de la série B ringarde, rien de plus ni de moins.



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Nikita
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The Frozen Dead

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Cote de rareté

Une vraie curiosité semble-t-il jamais sortie en France (la cinémathèque a dû emprunter sa copie en Allemagne). On peut le trouver en VHS ou DVD-R aux Etats Unis pour 15 dollars chez "Hypnotic Video". C'est plutôt cher, surtout si on ajoute les 8 dollars de frais de port pour l'Europe.





En DVD-R ou en V.H.S.




La seconde version connue de ce film est un DVD double programme sorti chez le petit éditeur américain spécialisé "Rocketship Video", accompagné d'un autre film bien frappé : "They saved Hitler's Brain", le tout servi avec des dessins animés et des pubs d'époque. La bête se trouve pour moins de 3 dollars sur leur site avec d'autres merveilles dont des films de monstres japonais ou des Ed Wood qu'ils retransfèrent sur DVD à partir de cassettes introuvables. Hélàs, ils ne livrent pas en dehors des Etats-Unis... De plus leur site semble avoir disparu en 2005. Pas de bol...



Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation