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La Grande Java

Note :
3,5
Nikita
Nikita

Chronique





La politique est une chose trop sérieuse pour la laisser à des politiciens : c’est sans doute ce qu’a voulu exprimer Philippe Clair à travers son deuxième film, splendide métaphore de la joute électorale comme mêlée de rugby. Variation sur le thème de Clochermerle tout autant que Grand Oeuvre des Charlots, « La Grande Java » est un film-somme, contenant en germe toute la démence philippeclairesque seventies et utilisant Les Charlots au maximum de leur potentiel.







Un bon film, c’est d’abord une bonne idée de casting : Les Charlots interprètent ici cinq internationaux de rugby.





Puisqu'on vous le dit.




Que les internautes qui auraient du mal à gérer intellectuellement la vision de la fine équipe – qui comptait alors Luis Rego parmi ses membres – en rugbymen d’élite prenne un moment avant de poursuivre leur lecture. Ceux qui ont survécu au choc sont sans doute mûrs pour savourer la substantifique moelle de cette œuvre politico-sportive. Nos cinq héros sont donc, malgré leurs physiques relativement gringalets, des sportifs de haut niveau spoliés de leur salaire par leur peu scrupuleux manager, Auguste Kougloff. Partis à la recherche du triste sire, Les Charlots le retrouvent à Brizouille, minuscule village des Landes. Kougloff est devenu Augustin Colombani, et use de son vil argent indûment gagné pour mener campagne aux élections municipales… ou législatives… ou régionales. On n’en sait trop rien, car le scénario se contredit sur ce point.









Enfin bref, Kougloff-Colombani, entouré d’une armée de gros bras et attifé en parrain digne tout droit sorti de « Laser Force », use des méthodes les plus mafieuses pour remporter le fauteuil de Député/Maire/Conseiller Général/Garde champêtre, mais il a compté sans la détermination des Charlots à lui mettre des bâtons dans les peaux de banane.







Ci-dessus, une bataille entre colleurs d'affiche (et non pas un combat de personnes de couleur foncée dans un tunnel).









Alliés à Monsieur Devot (interprété par Fransined, le frère de Fernandel), instituteur local et concurrent de Colombani, nos héros multiplient les coups fourrés et les chausse-trapes pour saboter la campagne de leur ennemi. Mais Gérard Rinaldi est par ailleurs amoureux de la fille de l’infâme, ce qui l’incite à se montrer plus conciliant. Pour gagner sa campagne, Colombani veut en effet emmener le club de rugby de Brizouille vers la Coupe. En échange de la restitution de leur argent volé, les cinq internationaux faméliques pourraient bien changer de camp et accepter d’assurer la victoire de l’équipe ; mais des surprises les attendent, qui pourraient bien transformer le match en véritable hallucination sportive.





Plus juif que jamais, Philippe Clair lui-même interprète le curé du village, un gag si réussi qu'il le reprendra dans au moins deux autres films.




Si « La Grande Java » n’est pas le film le plus délirant de Philippe Clair – il est battu sur ce terrain par « La Grande Maffia », « La Brigade en Folie » et bien sûr « Le Führer en Folie » – il est néanmoins annonciateur de la grande explosion de matière grise qui éclaboussa cette période bénie de l’œuvre du psychopathe du Maghreb. Vibrionnant d’une énergie de diable de Tasmanie, cette parabole autour du ballon ovale réussit l’exploit d’être à la fois le film politique le plus débile jamais tourné en France et la représentation la plus outrageuse jamais infligée aux amateurs de rugby.





Nos rugbymen à l'entraînement.




Succession de gags tous plus outranciers les uns que les autres, le film semble vouloir combiner les mânes de Mack Sennett et Louis de Funès en faisant se succéder avec hystérie les effets « tarte à la crème » et les numéros de cabotinage les plus outranciers, les personnages passant leur temps à se poursuivre les un les autres dans le plus pur style Benny Hill ou à se renverser sur la tête les objets les plus divers. Dans le rôle de Kougloff/Colombani, Francis Blanche nous livre ce qui est sans doute son numéro de freestyle le plus abouti, fracassant de nombreux records communément admis de surjeu et de n’importe quoi, multipliant grimaces, trépignements et travestissement débiles pour composer un personnage totalement délirant et azimuté que Tex Avery eut hésité à mettre en scène dans ses cartoons.







Blanche est très efficacement épaulé par Les Charlots, dont Philippe Clair a su utiliser à merveille la capacité à faire absolument n’importe quoi. J’avais écrit dans une chronique plus ancienne (« Bons Baisers de Hong Kong ») que Les Charlots étaient totalement dépourvus de consistance : je dois ici manger mon chapeau. Passés à la moulinette de la direction d’acteur philippeclairienne, les cinq gugusses se révèlent des zébulons totalement délirants et frénétiques, avec des mentions spéciales pour l’indescriptible Luis Rego – il faut le répéter inlassablement pour y croire : merde quoi, LUIS REGO EN INTERNATIONAL DE RUGBY !!! – et Gérard Filipelli, qui cabotine comme si sa vie en dépendait.







Jean Sarrus et Jean-Guy Fechner, alors respectivement glabre et barbu – ce qui leur donne étrangement une personnalité – assurent vaillamment leurs rôles alors qu’ils se révèleront par la suite les acteurs les plus fades du groupe. Paradoxalement, c’est Gérard Rinaldi, pourtant le meilleur comédien du lot avec Luis Régo, qui semble le plus effacé tant ses compères s’en donnent à cœur joie. Après ce film, Les Charlots ne souhaitèrent pas renouveler l’expérience avec Philippe Clair : selon Jean Sarrus, le Philippe était si enthousiaste et sympathique qu’il les amenait à faire n’importe quoi et à les entraîner dans ses pires idées. Grave erreur de la part des Charlots que d’avoir voulu donner dans un comique plus « raffiné » : pour frappé du ciboulot qu’il ait pu être, Clair était manifestement le mieux à même d’exploiter à fond leur potentiel d’absurdus delirium. Reste que Les Charlots firent la connaissance sur le tournage du chef-opérateur Claude Zidi, qui devait être le réalisateur de leur plus grand succès, « Les Bidasses en Folie ».





Tandis que les joueurs de l'une des deux équipes entrent gaillardement sur le terrain, leurs adversaires doivent apparemment se faire prier.




Il serait injuste de terminer cette chronique sans évoquer davantage l’aspect « sportif » du film. Les veinards qui ont vu « Le Führer en Folie » connaissent sans doute l’inimaginable traitement que Philippe Clair a fait subir au football. Que les footeux s’estiment heureux, car cela n’est RIEN comparé aux affres qu’endure le rugby au cours de ce qui doit être le match le plus débile jamais représenté sur grand écran, toutes les règles connues et inconnues de ce sport étant bafouées, piétinées, pulvérisées pour se réduire à une succession de poursuites et de cabrioles survoltées dignes des « Fous du volant ». On en reste pantois et admiratif.









Coup de maître pour le génial Clair, « La Grande Java » est un film aussi enthousiasmant que méconnu, qui mérite sans nul doute une redécouverte : cette perle du nanar comique français se doit d’être exaltée par tous les amateurs de politique, de rugby et de cinéma débile. VOTEZ PHILIPPE CLAIR !





Nikita
Nikita

La Grande Java
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Les notes des membres

Moyenne : 2.5
avatar de MrKlaus MrKlaus : 2.5
avatar de Nikita Nikita : 3,5
avatar de Rico Rico : 1.5

Cote de rareté

Ayayayayyyy, la purée d’ta race, c’est la misère, mon frère ! Voilà un film totalement négligé par toutes les rééditions et qui attend encore son DVD. Sur la Torah, faut le ressortir des oubliettes ! La vie de ma mère, il faut retrouver les 2 éditions vidéo totalement épuisées de chez "3M" ou "Video Collection". Pô pô pô... Plus rare tu meurs !



Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation