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La Grande Maffia

Note :
4,75
Nikita
Nikita

Chronique

Je ne mâcherai pas ma langue dans ma poche : il faut élever un monument à Philippe Clair. Cet homme est un génie surréaliste incompris. Un dadaïste cocaïné. Un poète du gag consternant. Plus que sa période des années 1980, plus friquée mais plus pataude, c’est son œuvre des années 1970 qui mérite une rapide redécouverte tant elle repousse à perte de vue les limites du n’importe quoi. Précurseur du délire psychopathe du « Führer en Folie », « La Grande maffia » est un objet particulièrement extrême, une sorte de carambolage explosif du comique de boulevard français, de l’humour bande dessinée et du post-modernisme soixante-huitard, constituant une sorte d’OVNI « pop art » malgré lui. Prenez Francis Blanche, Aldo Maccione, le fils de Charlie Chaplin, Sim, Achille Zavatta, mixez n’importe comment en ajoutant de la harissa et du LSD, vous obtenez « La Grande maffia » : un mélange hautement explosif propre à faire imploser le cerveau le mieux constitué !











Francis Blanche interprète le rôle de Monsieur Modeste Miette, timide employé de la banque Rotfeller. Souffre-douleur du bureau, il ignore que trois de ses collègues (que nous détaillerons plus tard) sont des taupes de la mafia, préparant le casse du siècle. Justement, le jour même du hold-up, Monsieur Miette subit un arrêt du cœur. Dans le même temps, le parrain, Al Cartone, est mortellement blessé par la police : Miette reçoit la greffe du cœur du gangster.





- Où peut-on joindre votre famille ? C’est pour la greffe du cœur !

- Ma famille, mon papa, ma mamma,

C’est la maffia

Mon cœur, je te le donne

C’est un cadeau du grand Al Cartone.

(un parrain qui parle en vers, c’est vraiment la classe !)














L’opération !




Or, le testament d’Al Cartone spécifiant que sa fortune irait à la dernière personne à qui il aurait donné son cœur, Miette se trouve tout naturellement être son héritier, le notaire ayant pris l’expression au pied de la lettre. Désorganisés depuis la mort de leur chef et l’emprisonnement des lieutenants de ce dernier, les gangsters n’ont d’autre choix que de demander à l’employé de banque de prendre leur tête. Et ça tombe bien, car Modeste Miette, ayant hérité du caractère de son donneur, devient un gangster extrêmement méchant, qui va réorganiser la maffia et planifier le casse de la banque Rotfeller !







FRANCIS BLANCHE EST...







La mafia est réorganisée sur le modèle de l’administration d’une banque…



…et Francis crée même un ordinateur nanar pour planifier les casses !



« 2001 l’odyssée de l’espace »… enfoncé !




Ce point de départ n’est en réalité que l’illusoire fil conducteur d’un récit qui partira régulièrement en vrille dans le chaos le plus total. Car la méthode de Philippe Clair est la suivante : dès qu’on rentre dans le vif de l’action, on fait n’importe quoi. Les acteurs peuvent faire des claquettes, jouer du banjo, se déguiser en schtroumpfs, tout est permis pourvu que ça se veuille drôle ! Régulièrement, les feuillets du scénario semblent s’éparpiller au vent pour laisser la place à des intermèdes musicaux, des poursuites droit sorties des films comiques muets, des happenings d’improvisation… n’importe quoi, on vous dit !











Total free style !




Toute la technique de Clair tient précisément dans son absence de technique, qui consiste à lâcher la bride à son casting et à oublier toute prétention à la logique et à la cohérence. On dirait par moments la version live d’une BD d’Edika, qui se prolongerait indéfiniment à force de ne pas savoir comment terminer ses gags.















Francis Blanche dans son rôle fétiche : l'officier allemand de carnaval !




Symboles de ce freestyle généralisé, les trois mafieux cités plus haut, interprétés avec une fervente débilité par le trio de l’épouvante, les comiques de la terreur, ceux qui font passer les Charlots pour des acteurs bressoniens, j’ai nommé….



LES TONTOS !














ALDO !



NICO !



RICO !




Hé oui, il s’agit là, dans son unique film, du trio de music-hall qu’Aldo Maccione constitua après la séparation du quatuor « Les Brutos ». Grimaçants comme des macaques en furie, agités de spasmes, multipliant les travestissements navrants, les Tontos fracassent tout sur leur passage, contaminant le film entier de leur frénésie maladive !





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Le grand responsable de tout ça est d'ailleurs moins Aldo que Nico, ce dernier étant l'un des acteurs les plus grimaçants jamais vus sur un écran depuis le cinéma muet.



Ils ne sont cependant que la partie émergée d’un copieux iceberg, toute la distribution semblant vouloir battre des records de cabotinage, avec un admirable je-m’en-foutisme.











Attention, ce film contient du Sim non distillé !



Tiens ? Chantal Nobel !





La fantastique Micha Bayard.



Amarande et les Tontos.




On citera le fabuleux numéro de Sim en chef de bureau psychopathe qui espionne ses employés à la lorgnette, les prestations frénétiques de Micha Bayard en secrétaire amoureuse de M.Miette et d’Amarande en maîtresse d’Al Cartone, ainsi qu’un défilé de guest-stars venues faire coucou à la caméra :





Carlos (le chanteur, pas le terroriste !)



Achille Zavatta et Michel Galabru, dans de très brefs rôles de gangsters.

Dans "Le Führer en Folie", on avait constaté que Galabru ne savait pas imiter l'accent allemand. On découvre ici qu'il imite encore plus mal l'accent italien !




Philippe Clair lui-même, dans un rôle de curé pied-noir et ivrogne.




Sans oublier un défilé de tronches pour figurer le gang :







Notez la présence d’Henri Attal (barbe) et de Dominique Zardi (crâne rasé), qui retrouveront Clair dans « Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir ».




Mais la vraie cerise sur le gâteau, celle qui permet au Philou de donner à son film un cachet quasi-hollywoodien, c’est la présence d’un acteur américain peu connu, mais au nom illustrissime : Sidney Chaplin, fils de Charlie, qui apparaît dans le rôle d’un directeur de banque inepte.









Et en plus, il se fait transformer en mime Marceau !












Hystérique du début à la fin, rempli de gags tellement navrants qu’il finissent par gagner les rires du public à force de lui user les nerfs, « La Grande maffia », si elle évite l’adjectif de franchouillardise en se tenant à l’écart des situations de boulevard, n’en est pas moins une sorte d’expérience extrême de la comédie française. Philippe Clair disposant d’une troupe d’acteurs qui, s’ils cabotinent tous comme des malades, sont pour la plupart bons, voire très bons, ce film est sans doute l’un de ses plus aboutis, réussissant presque par moments à emporter l’adhésion au premier degré.





A noter que Nico (dit « Nico il Grande ») retrouva Aldo Maccione, notamment dans « Tais-toi quand tu parles » et « Le Bourreau des Cœurs ».





Mais le caractère extrêmement grossier des gags, une réalisation à l’arrache, et une improvisation scénaristique qui verse plus d’une fois dans le bordel complet font demeurer « La Grande maffia » dans l’ornière du nanar. Le film est cependant une véritable curiosité anthologique, une tentative de ressusciter l’humour « slapstick » tout en transposant en live une forme de comique réservée à la BD. On n’est pas loin, dans la frénésie généralisée, des sommets atteints plus tard dans « Le Führer en Folie » et l’on regrettera juste que le réalisateur ait du mal à terminer son film (l’improvisation, forcément, ça finit toujours par s’essouffler…) A la limite de la bombe atomique, ce film vous emportera dans la quatrième dimension, à condition que vos nerfs tiennent ! Mais si vous n’êtes pas une petite nature, le voyage risque de valoir le détour.









Nikita
Nikita

La Grande Maffia
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Les notes des membres

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avatar de Zord Zord : 3.5

Cote de rareté

Ayant apparemment connu deux éditions VHS chez "Fil à Film" et "D.E.C". (qui capitalise à mort sur Aldo Maccione en vedette), ce film est l’un des moins connus et diffusés de son auteur (quoiqu'il soit déjà passé sur Comédie, mais ils diffusent n'importe quoi sur Comédie.). Quand se décidera-t-on à le déterrer ?



Cote de rareté : 5/Pièce de collection Consulter le barème de notation