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La Guerre des robots

  • Titre original : La Guerra dei robot
  • Titres alternatifs : War of the robots, Reactor, Stratostar, Cosmos Invasion
  • Réalisateur : Alfonso Brescia, (sous le pseudo de Al Bradly)
  • Année : 1978
  • Pays : Italie
  • Genre : Polenta galactique (Catégorie : Space opera)
  • Durée : 1h39
  • Acteurs principaux : Antonio Sabato, Malisa Longo, Yanti Sommer, Jacques Herlin, Venantino Venantini, Aldo Canti (dit Nick Jordan)
Note :
3
Nikita
Nikita

Chronique



George Lucas est un gros feignant. Là où le barbu californien mettait deux ans entre chaque « Star Wars » (et seize ans entre les deux trilogies !), l'Italien Alfonso Brescia, illustre auteur de « Supermen Contre Amazones », nous cuisinait cinq films en deux ans ! Qu’est-ce que vous dites de ça, hein ? Ha mais ! Si ça ne nous prouve pas la compétence des artisans du cinéma bis européen face aux pachydermes hollywoodiens. Entre 1977 et 1978, le bon Brescia, sitôt la mode starwarsienne lancée, mitonna successivement dans les arrières-cours les plus malfamées de Cinecittà « La Bataille des Etoiles », « Anno zero : guerra nello spazio » (inédit en France, avec des stock-shots du précédent), « La Guerre des robots », « Star Odyssey » et enfin le curieux « La Bestia nello spazio » (également inédit chez nous) qui mélangeait érotisme et S-F dans un surprenant décalque de « La Bête » de Walerian Borowczyk. Le tout filmé avec beaucoup de décors, d’acteurs, de maquillages et d’effets spéciaux en commun, tous les films ayant été réalisés à la suite, sinon en même temps.



Un générique farci de pseudos bidons (même les décorateurs !).



Une belle preuve de stakhanovisme de la part de notre ami Alfonso Brescia, dit Al Bradley ou Al Bradly. Et pour ce qui est de la qualité des films ? Heuuuuu… disons que c’est avant tout de l’artisanat, voyez-vous ? Non, appelons un chat un chat et Alfonso un mauvais : c’est absolument exécrable. Si le premier « Star Wars » a pris un léger coup de vieux tout en conservant son charme, que dire d’un travail de tâcheron servilement dérivatif, qui était déjà totalement ringard à l’époque de sa sortie ? « La Guerre des robots » a pris plus qu’un coup de vieux : c’est un véritable dessèchement à la vitesse grand V qui a frappé ce nanar italien, au point de lui donner une allure véritablement surréaliste. C’est un festival de décors branlants, d’effets spéciaux à l’extrême limite de l’artisanat, de costumes indignes d’un sketch comique parodiant « Star Trek ».







A chaque image, le film semble sur le point de s'écrouler et tomber en poussière, le ridicule intrinsèque de l’entreprise contaminant chaque centimètre carré de pellicule. Cela en devient fascinant au point que l’on en arrive à admirer les auteurs pour avoir réussi à monter un film avec un début, un milieu et une fin.



Dans le futur, l’humanité aura un goût de chiottes en matière de déco !






L’histoire réussit l’exploit d’être à la fois simpliste et tellement mal racontée que la narration en devient incompréhensible. Un illustre savant (joué par Jacques Herlin, excellent vétéran français du second rôle vu dans plus de 150 films, incluant pèle-mêle « Jeanne d’Arc », « Des hommes et des Dieux » ou « La Guerre du Fer ») est kidnappé par une obscure organisation spatiale composée d’étranges androïdes dont la principale caractéristique est de porter, outre des uniformes à paillettes, des perruques « Mireille Darc style » qui semblent avoir été volées au méchant de « Ninja Terminator ». L'armée des méchants arborait exactement le même look dans « Star Odyssey » : quand Alfonso Brescia a une mauvaise idée, il ne la lâche pas !



Malisa Longo et Jacques Herlin.



Attack of the perruques blondes from Outer space.



Antonio Sabato, le héros.


Une mission est envoyée pour retrouver le savant et découvrir les plans des méchants. Ce postulat de départ va donner lieu à une série d’escarmouches sur une série de planètes ressemblant toutes étrangement à des carrières abandonnées. De surimpressions dégueulasses censées figurer des voyages spatiaux en bastons débiles avec des mutants mal maquillés, nos héros parviendront-ils à faire triompher la justice et le bon droit ?



Un stock-shot de navette.



Incroyable ! L’espace intersidéral est tout bleu !





Ce qu’il y a de bien avec un film comme « La Guerre des robots », c’est que le ridicule y est d’une constance forçant le respect. Là où Alfonso Brescia, dans « Supermen Contre Amazones », réussissait à créer un univers faisant vaguement illusion (avec beaucoup d’indulgence), il se vautre ici dans un grotesque total, par incapacité tant financière qu’artistique à restituer un monde de space-opéra à peu près crédible. On a parfois l’impression étrange de visionner un film réalisé par une bande de copains déconneurs qui se seraient dit, un soir de bonne murge au chianti, que ce serait marrant de réaliser un film de S-F.



Oh le fourbe, il a volé le scaphandre de Caroline Munro sur le tournage de « Starcrash » !









A gauche, Nick Jordan (alias Aldo Canti), le héros de « Supermen Contre Amazones ».



Un festival de tronches de cake.



Venantino Venantini, vu dans « Le Corniaud », mais aussi « Le Führer en Folie » et « Les Aventures d'Hercule ». Il est crédité au générique sous le nom de « Vernon Vernons » !


Notons également, et sans vouloir trop en révéler, une remarquable confusion quant aux motivations des personnages, qui rend l’action particulièrement difficile à suivre : ce n’est qu’une succession de trahisons, de retournements de situation, de double et de triple jeu, seules les usurpations d’identité à base de masques en caoutchouc manquant à l’appel. Faute d’une vision à peu près claire des personnages, la narration se fait particulièrement chaotique, plusieurs visionnages pouvant s’avérer nécessaires pour comprendre qui a trahi qui. A moins que l’esthétisme bigarré du film n’ait endommagé de façon permanente mes cellules grises déjà bien abîmées.





Festival de kitsch frôlant parfois l’abomination par excès de mauvais goût, « La Guerre des robots » tient miraculeusement le rythme jusqu’à la bataille finale, qui plombe malheureusement la fin du film en durant encore plus longtemps que celle de « Starcrash » : après « Les Amazones font l'Amour et la Guerre » et « Supermen Contre Amazones », Alfonso Brescia confirme hélas une fois de plus son goût pour les batailles finales interminables. On se consolera en admirant des surimpressions magnifiquement ratées qui semblent toutes droits sorties de « Turkish Star Wars ».





Croulant sous le n’importe quoi du début à la fin, piquant tout ce qui peut être piqué dans le domaine de la science-fiction, « La Guerre des robots » est un nanar des plus agréables, à qui l’on pardonnera ses quelques baisses de rythme grâce à ses pointes de délire puissamment ridicules. Rétrospectivement, je dois dire que je m’en veux d’avoir brocardé « Starcrash ». C’était un bon film, après tout… Et puis les soucoupes volantes de « Plan 9 From Outer Space » étaient plutôt crédibles, aussi… Bon allez, je vais me coucher, je suis fatigué !



Nikita
Nikita

La Guerre des robots
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Les notes des membres

Moyenne : 2.75
avatar de John Nada John Nada : 2.75
avatar de Kobal Kobal : 2.5
avatar de Nikita Nikita : 3

Cote de rareté





Les Américains de Ventura & Retro Media ont réédité le film sur un DVD qui comporte également « War of the Planets », alias « Anno zero : guerra nello spazio » (visuel ci-dessus). Aux Etats-Unis toujours, le film est également sorti chez "VCI Entertainment", dans une édition DVD double-programme, cette fois en accompagnement de « Supersonic Man ». Une édition simple en anglais et sans bonus.



Pour voir le film en VF, on peut tenter de mettre la main sur les antiques éditions VHS françaises de "Dynasty films" ou "Horizon Home Video" : attention, celle d'Horizon propose le film sous le titre fantaisiste de « Cosmos Invasion », avec le visuel de « Star Slammer » !



Le visuel correspond à « Star Slammer - La prison des étoiles », mais le film à l'intérieur est bien « La Guerre des Robots ».

Cote de rareté : 3/Rare Consulter le barème de notation

Affiches en plus

L'édition VHS québécoise.
L'édition VHS québécoise.