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Hanuman and the Five Kamen Riders

  • Titre original : Hanuman and the Five Kamen Riders
  • Titres alternatifs : Hanuman vs Five Kamen Riders
  • Réalisateur : Sompot Saengduenchai & Shohei Tôjô
  • Année : 1974
  • Pays : Thaïlande
  • Genre : Thaï-Crayon (Catégorie : Super-héros)
  • Durée : 1h45
  • Acteurs principaux : Hanuman et les Kamen Riders
Note :
3.5
MrKlaus
MrKlaus

Chronique





Décidément, les Kamen Riders auront fait beaucoup de dégâts sur le continent asiatique, allant jusqu'à se retrouver dans les projets les plus improbables qui soient. Mais dire qu'avec ce « Hanuman vs 5 Kamen Riders » on touche le fond relève de l'euphémisme. Titre-phare du tokukatsu, précurseurs de séries comme « X-Or » ou « Bioman » mais malheureusement complètement inconnus chez nous, les « Kamen Riders » (ou « Masked Riders »), créés en 1971, ont été diffusés dans presque toute l'Asie, entraînant inévitablement une flopée de copies et remontages, pirates ou non, comme « Super Riders » (alias « Les Fantastiques supermen chinois ») et sa suite « Frankenstein kung-fu monster / Kung-Fu Riders » (inédit en France, mais bénéficiant d'une petite réputation en Allemagne), deux ratatouilles taïwanaises notoires des trois premiers moyens-métrages de nos intrépides vengeurs masqués.



Ze return of Ze Masked Riders.


Produit de fabrication thaïlandaise, « Hanuman vs the 5 Kamen riders », se différencie des deux films cités plus haut par une violence inattendue dans un métrage globalement destiné aux enfants. Fait apparemment sans l'accord de la Toeï (contrairement à « Super Riders »), sous l'égide de ce vieux grigou de Sompote Sands (déjà auteur du génialement grave « Crocodile » produit par Dick Randall), le film combine l'excellent métrage de 30 minutes « Five Riders vs King-Dark » (Go Raidaa tai Kingu Daaku, 1974), où nos héros sont quatre, et le cinquième film, tiré de la série « Kamen Riders X » (où ils sont cinq) avec un métrage thaïlandais complètement déjanté où la divinité simiesque Hanuman (le dieu singe) est ici transformée en héros de kaïju eiga, d'ailleurs l'un des plus craignos qui soit, reléguant le bestiaire d’un « Gameka et les Trois Super Women » aux oubliettes. Le résultat constitue l'un des plus grands mystères cinématographiques depuis le triomphe de « Chouchou » au box-office français.





L'histoire, d'après ce que j'ai pu comprendre, (c'est dans ces moments là que l'on regrette de ne pas avoir quelques rudiments de Thaïlandais) nous narre les aventures des « Kamen Riders » en lutte contre une organisation secrète dirigée par le cruel King Dark. Et là, c'est le drame, car si dans la série japonaise, le King Dark en question (le meilleur méchant de la série à mon humble avis) est une sorte de statue animée mesurant une bonne vingtaine de mètres, il se voit soudain rapetissé dans le métrage thaïlandais, afin sans doute de renforcer la crédibilité du personnage. D'où des scènes où le méchant change radicalement de taille, sans aucune explication :





L'imposant King Dark harangue ses sbires...



...avant de décider brusquement de rapetisser.


En plus d'être cruel, notre ami boit du sang de vierge. Enfin en principe c'est ça, mais on a plutôt l'impression d'assister à la dernière représentation d'un vieux clown aviné se dandinant avec la grâce d'un rhinocéros incontinent. Autant vous dire que les « Kamen Riders » ont du souci à se faire et préféreront taper sur du caoutchouc pendant toute la première partie du film (stock-shots inside). D'ailleurs on reconnaît aussi quelques scènes de « Kamen Riders vs Destron », le troisième moyen-métrage japonais (où ils sont trois).







Alors que le méchant se livre à une imitation de Gérard Depardieu pour divertir ses troupes...







...les "Mouche à Merde-men" doivent repousser les attaques de créatures aussi belliqueuses que grotesques, menées par un soldat de l'armée impériale japonaise (pour les connaisseurs, il s'agit du Docteur G, premier bras droit du méchant dans « Kamen Rider V3 », dans lequel on retrouve également tous les monstres de cette série de caps).


Pendants ce temps-là, des voleurs dérobent une statue sacrée dans un temple thaï, mais un enfant les en empêche et finit sa course une balle de revolver dans la tête. Alors intervient Hanuman qui ressuscite l'enfant et s'empresse d'aller châtier ces brigands en les écrasant de manière très raffinée entre ses grosses paluches, dans une gerbe de sang fort esthétique. Amis de la poésie bonsoir.







Vive les films pour enfants thaïlandais (à noter que cette scène sera réutilisée dans le tout aussi délirant « Hanuman vs. 7 Ultraman » alias « The 6 Ultra Brothers vs. The Monster Army », autre tripatouillage du thaïlandais Sompote Sands à partir du travail du japonais Shohei Tôjô.





Transformation !


Voilà, maintenant que vous comprenez l'histoire, sachez que c'est comme ça pendant 1H45 :le méchant envoie un monstre et les « Kamen Riders » le défont. Tandis que de temps à autres (surtout vers la fin), nous avons droit à une intervention parfaitement inutile d'Hanuman, qui vole ou danse tel un bonobo sous exta. En gros, il fait des singeries.







Bangkok envahie par un singe géant.


Entre temps, le roi des ténèbres, avec l'aide d'un malfrat récemment échappé des enfers, capture un scientifique pour construire on ne sait trop quoi (eux non plus d'ailleurs) et, pour le forcer à obéir, le torture en lui chatouillant les pieds (véridique). C'est d'ailleurs ce genre de scène qui illustre cette démesure totale qui fait le charme d' « Hanuman vs the 5 Kamen Riders », oscillant entre trash volontaire et involontaire : il n'y pas une idée foireuse qui ne soit sous-exploitée, mangeant à quasiment tous les râteliers : le tokukatsu, le kaïju, la mythologie locale, le fantastique (élément rapporté par les jeunes filles enfermées dans des cages, le seigneur des ténèbres s'abreuvant de leur sang tout au long du film), le serial des années 50, et même le film de torture, avec cette représentation de l'enfer totalement surréaliste où des filles à poil sont fouettées avec des bâtons recouvertes de piques (en même temps quelle idée d'être femme à poil de nos jours ?) et des malheureux sont ébouillantés dans un chaudron géant par des squelettes tout droit sortis de « Turkish Star Wars ».













Un film sain, pour toute la famille.


Le réalisateur, complètement dépassé par le scénario digne d’un débile mental en phase terminale, et ne sachant absolument pas comment terminer son film, orchestrera de main de maître un très long combat de plus d'une demi-heure (!), qui risquera très fort de griller les derniers neurones du spectateur le plus endurci, et où tours de magie et coups de poing rivaliseront de grotesque dans un festival de couleurs chatoyantes qui font mal aux yeux.











Non, ceci n'est pas un mardi gras dans un asile d'aliénés, mais bel et bien la baston finale.


« Hanuman vs the 5 Kamen Riders » constitue un spectacle si outrancièrement frappadingue qu'il risquera fort d'en dérouter certains, tant par son histoire difficilement compréhensible que par sa naïveté extrême. « Hanuman vs the 5 Kamen Riders » n'a même pas le privilège de nous rappeler les pires épisodes de « Bioman », mais plutôt les spectacles de marionnettes au Jardin du Luxembourg qu'on allait voir dans son enfance. Il constitue néanmoins un spectacle frais et revigorant pour les nanardeurs dépressifs qui pensent que tous les films bis thaïlandais sont de simples polars mous du bide tout juste bons à servir de deuxième partie dans un film de Godfrey Ho.



Le sinistre sbire de « King Dark », entouré de quelques amis, collecte du sang de jeune femme. Bonjour les p'tits n'enfants !



Et en plus, ça le fait rire !



Ah bah oui ! Il vient de reconnaître les décors de « Crocodile Fury », tout s'explique !


La provenance exacte de ce film reste néanmoins obscure, car il ne contient absolument aucun générique (vous pouvez le retourner dans tous les sens, il n'y en a pas). Peut-être une interview d'Hanuman nous aiderait-elle à éclaircir certains points. Donc, si vous croisez, dans un bordel de Bangkok un singe géant complètement torché (non, je ne parle pas de Maurice Risch), prévenez-nous.



La contribution de la Toeï, volontaire ou pas, reste aussi à confirmer mais en observant les costumes faits main des Kamen Riders et surtout du « King Dark » thaïlandais, on peut se demander si les Japonais n'ont pas envoyé quelques sous pour financer cette prestigieuse super-production, malheureusement condamnée à l'indifférence la plus totale puisqu’elle ne sera jamais citée par Tarantino.





Chat va barder !



L'attaque de l'étron volant !



Bat Frankenstein, un monstre très bath, en effet.



Genghis Kahn-Condor (!) L'une des nombreuses créatures conçues par la science moderne afin de vaincre les « Kamen Riders ». Ca va encore rater !


A noter qu'Hanuman n'en était pas à son premier coup d'essai car on avait déjà pu le voir à l’œuvre dans l'apocalyptique « Hanuman vs 7 Ultraman », plus orienté kaïju classique, mais tout aussi dépaysant. En passant, on dirait plutôt « Hanuman vs 7 Ultramen » mais le responsable de ce titre énigmatique ne le savait probablement pas. Quant à moi, je vais prendre deux aspirines et au lit. J'ai des Bresson et des Tarkovski qui se languissent dans ma dvdthèque.





Bonus : Petit bestiaire des monstres (vous êtes prié de laisser vos monstres au bestiaire) apparaissant dans le film...



...et une photo de « Kamen Riders vs 7 Ultraman ».




MrKlaus
MrKlaus

Hanuman and the Five Kamen Riders
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Les notes des membres

Moyenne : 3.5
avatar de MrKlaus MrKlaus : 3.5
avatar de Nikita Nikita : 3.5

Cote de rareté

Il semblerait que seul un VCD thaïlandais soit sorti : c'est donc une bien belle rareté. Néanmoins le film a paraît-t-il été projeté récemment à Tokyo, dans une salle hilare (ou consternée, d'ailleurs qu'on ne s'étonne plus que le Japon soit le pays avec le plus de suicides au monde). Les deux moyens-métrages des « Kamen Riders » (« Kamen Riders vs Destron » et « Five Riders vs King Dark ») sont sortis chez de petits distributeurs hongkongais en DVD (VO sous-titrée anglais et cantonnais) ou VCD (VO sous-titrée cantonnais seulement. Mais cantonnais on ne compte pas !).

Cote de rareté : 4/Exotique Consulter le barème de notation