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L'Homme à la tête coupée

  • Titre original : L'Homme à la tête coupée
  • Titres alternatifs : Crimson, Le Viol et l’enfer des X, Crimson : l'homme à la tête coupée, Las Ratas no duermen de noche
  • Réalisateur : John (Juan) Fortuny
  • Année : 1973
  • Pays : Espagne / France
  • Genre : La décapitation pour les nuls (Catégorie : Epouvante)
  • Durée : 1h30
  • Acteurs principaux : Paul Naschy, Olivier Mathot, Silvia Solar, Yul Sanders, Evelyne Scott, Ricardo Palmeroli, Victor Israel, Roberto Mauri
  • Producteur : Marius Lesoeur
Note :
2,25
Nikita
Nikita

Chronique





Modestie, quand tu nous tiens !




Quand Eurociné se penchait sur un genre cinématographique, on était à peu près sûr d’obtenir une belle ratatouille pas comestible. Quand la compagnie se perdait un peu en cours de route et s’attaquait en même temps à deux genres de front, faute de pouvoir choisir, c’était le sauve-qui-peut général ! Ici, Marius Lesoeur et ses sbires nous proposent à la fois un polar minable et un film d’horreur craignos, sans jamais se décider pour l’un ou l’autre, afin d’être sûr de ne satisfaire les amateurs d’aucun genre. Avec Eurociné, pas de jaloux, personne n’est content ! Sauf les amateurs de nanars, bien entendu.







Production relativement "riche" pour Eurociné, « L’Homme à la tête coupée » fait partie de leur longue liste de coproductions avec l’Espagne et se paie le luxe d’avoir pour vedette l’illustre Paul Naschy, alias Jacinto Molina, star de l’épouvante ibérique de l’époque. Le catalan John (Juan) Fortuny, déjà responsable dans les années 1950 de polars comme « Ce soir les souris dansent » assure la mise en scène de ce simili-film d’épouvante mais semble décidé à continuer de tourner les polars mangés aux mites qui virent ses débuts de réalisateur : résultat, loin du gore promis, une bonne partie du métrage va ressembler à du sous-sous-Melville, les séquences horrifiques tombant comme un cheveu sur la soupe. Essayer de raconter « Frankenstein » en voulant faire « Le Doulos », c’est l’assurance de courir droit au ridicule, pour notre grand bonheur. Ici, la tentative de polar hiératique patauge dans une indigence totale farcie aux clichés : tout est au choix figé ou biscornu, comme sur une scène de théâtre où erreraient des acteurs ayant oublié leur texte, dans une pièce avant-gardiste sur le désarroi du travailleur kalmouk expatrié en Pologne.





Paul Naschy.




Paul Naschy interprète le rôle de Jack Surnett, un chef de gang parisien des plus malchanceux : au cours du cambriolage d’une bijouterie, ses hommes et lui se font repérer, puis pourchasser par la police. Touché à la tête par une balle, Surnett semble dans un état désespéré. Ses complices vont tout faire pour le sauver : le médecin minable et alcoolique habituellement chargé de soigner les gangsters blessés les oriente bien vite vers un éminent professeur spécialiste des opérations du cerveau. Seule une greffe des lobes du cerveau peut sauver Surnett et, comble de poisse, le donneur le plus compatible (pour une histoire de groupe sanguin) s’avère un autre gangster, ennemi juré de Jack et surnommé « le sadique ».







Grand moment : Victor Israel tente de réveiller le toubib en pleine cuite… en lui versant sur la figure un pot de fleurs sans eau.







Le professeur (Ricardo Palmerola) et sa femme (Silvia Solar).





Le sadique, inquiétant lookalike de Gérard Hernandez..




Passons sur le surnom (voir le personnage déclarer placidement « tu sais bien qu’on m’appelle le sadique » comme s’il parlait de la pluie et du beau temps est assez comique en soi) et examinons la situation : vous êtes un scientifique chargé de procéder à une opération urgente et délicate (un transfert de lobes du cerveau). En examinant une (longue) liste de patients, vous ne trouvez qu’un seul donneur potentiel, qui se trouve être un criminel hautement dangereux, qu’il va falloir aller trouver et occire pour obtenir la matière grise à greffer. Si vous ne jetez pas l’éponge tout de suite, c’est que vous êtes très courageux ; si vous n’essayez pas d’abord de trouver un autre donneur potentiel dans votre liste, c’est que vous êtes vraiment un scientifique à la manque !





Scandale : un acteur espagnol payé à dormir sur le plateau d’un film français, pendant que ses collègues hexagonaux travaillent, EUX !




L’avantage avec le rôle de Jack Surnett, c’est que Paul Naschy, sans aucun doute l’acteur le plus cher du casting, n’a quasiment rien à faire, sinon rester allongé pendant une bonne moitié du film. De cette façon, on peut lui faire tourner toutes ses scènes à la suite assez rapidement. C’est toujours ça d’économisé sur son cachet. Pendant ce temps, la vedette est largement chipée par ses trois acolytes, Henry (Olivier Mathot), Paul (Yul Sanders) et Karl (Victor Israel). Et là, c’est joie et bonheur !





Victor Israel.





Olivier Mathot.





Yul Sanders.




Car si Victor Israel, sa gueule impayable en partie cachée sous les moustaches du couard et traître Karl, réalise une prestation assez amusante, on peut largement se délecter des performances d’Olivier Mathot et Yul Sanders, acteurs présents dans les trois quarts des productions Eurociné des années 1970 et au jeu tout simplement hypnotisant tant ils demeurent figés, engoncés dans leurs costards seventies et post-synchronisés à côté de leurs bouches (la palme revenant à Olivier Mathot). Les trois sbires semblent du coup tous droits sortis d’une adaptation live de « Mickey contre la mafia ».





- Tu sais couper une tête, toi ?

- Non, et toi ?

- Putain, on n’est pas rendus…






Bon, ça ne va pas le faire….




Dans le registre du comique involontaire (?), un bon quart d’heure du métrage est consacré aux efforts de Paul et Karl pour débusquer le sadique, l’occire et trouver un moyen de séparer la tête du tronc pour l’amener au Doc afin de procéder à l’opération. Rivalisant de maladresse dans leur transport du corps, s’y reprenant à deux ou trois fois pour trouver une technique de décapitation adéquate, nos deux compères font penser tout à la fois aux Dalton et aux Rapetou. On dirait davantage du Emile Couzinet que du Jean-Pierre Melville, ce qui n’aide pas à prendre l’histoire au sérieux.







Essayons avec la voie ferrée…





…ouééé, ça marche !




Bien évidemment, une fois opéré, Jack Surnett va se retrouver envahi par les pulsions de son ennemi « le sadique » et s’en prendre à toutes les femmes qui passent. Enfin, à deux femmes, dans la dernière demi-heure. Paul Naschy est le monstre de Frankenstein le moins actif du cinéma.









Heureusement, il y a la partie "polar" du film, véritable festival de costumes hideux, seconds rôles mal joués, dialogues débiles et tronches de cake. On est parti pour voir un bon film d’horreur qui déchire, on se retrouve avec un vieux film policier mis en scène comme un film d’entreprise et photographié avec des filtres verts-de-gris. Filmée par un metteur en scène espagnol à l’attention d’un public au moins en partie ibérique, Paris et ses lieux malfamés semblent sortis d’une BD de dernière catégorie dessinée d’après documentation. John Fortuny a appris son métier en regardant des vieux films d’Humphrey Bogart dont les copies étaient montées dans le désordre et la bande-son passait à l’envers.





La copine et âme damnée du sadique (Evelyne Scott).





Des décors à couper le squeele !




Et « L’Homme à la tête coupée », qui est-ce ? Jack Surnett se balade-t-il avec sa tête sous le bras, comme tentent de le faire croire certains visuels ? Non, c’est tout bêtement le sadique, à qui on a coupé la tête pour lui extraire le cerveau, mais qui continue de vivre sous la boîte crânienne de Naschy. Remboursez, je voulais voir Paul Naschy avec une tête amovible, moi ! Bon, j’imagine que les affichistes ont voulu survendre un peu le bouzin…













Incroyable : jeune, Laurence Boccolini travaillait dans un laboratoire de savant fou nanar !




Pétrifiant d’incompétence, « L’Homme à la tête coupée » est à voir comme un témoignage des bas-fonds d’une certaine époque du cinéma bis à la française. Pas une scène qui ne semble ankylosée par l’impéritie d’un autre âge de l’équipe technique ou la misère financière. C’est d’ailleurs un vrai miracle que certains comédiens parviennent à jouer honnêtement. Ce n’est pas toujours hilarant, mais c’est parfois fascinant, comme un travail cochonné vite fait par un artisan nécessiteux qui avait besoin de payer ses factures. A noter qu’il existe une version cochonne, avec des scènes de cul maladroitement rajoutées au montage, rebaptisée « Le Viol et l’enfer des X », ce qui ne veut strictement rien dire. Que ceux qui possèdent une copie me fassent signe, je serais très curieux de voir ça. Il paraît que Paul Naschy faillit se trouver mal en découvrant la chose.





Mais-heuuu, pourquoi je me suis laissé convaincre de bosser pour Eurociné, moi ? C'est trop injuste !






Nikita
Nikita

L'Homme à la tête coupée
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Cote de rareté

Après plusieurs éditions VHS, le film est sorti en DVD chez Opening, sous le titre de "Crimson : l'homme à la tête coupée". On félicite l'éditeur pour son talent à survendre sa tambouille : vanter "les spectaculaires moyens du cinéma américain", il fallait oser ! Il existe également un DVD zone 1, paru chez Image Entertainment, section "The Euro Shock collection".











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