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L'Ile du Docteur Moreau

  • Titre original : The Island of Doctor Moreau
  • Réalisateur : John Frankenheimer
  • Année : 1996
  • Pays : Etats-Unis
  • Genre : Je n'suis pas un animaaal, je suis un nanaaar ! (Catégorie : Anticipation)
  • Durée : 1h35
  • Acteurs principaux : Val Kilmer, Marlon Brando, David Thewlis, Fairuza Balk
Note :
2,5
Rico
Rico

Chronique



Dans notre série « les films qui foutent la honte au studio qui les produit » voici un cas d’école, un modèle, un prototype...

« L’Ile du Docteur Moreau » (dernière version en date, celle de 1996 par John Frankenheimer) produit par Metropolitan Filmexport. on les applaudit bien fort !.



Quelques remarques liminaires après recherches : il existe deux versions précédentes du Dr Moreau de Wells :

- Une datant de 1932, réalisée par Erle Kenton, avec Charles Laughton en Moreau et Bela Lugosi en homme bête (pas vu, peut pas juger).

- Une datant de 1977 et signée Don Taylor, avec Burt Lancaster en Moreau et Mickael York en Douglas. Je garde personnellement plutôt un bon souvenir de ce fil. Il a un peu vieilli bien sûr, mais quand il est passé à la télé il y a quelques années, j’avais globalement bien aimé.



Tout ça pour dire que la nécessité de refaire Moreau ne s’imposait pas mais que bon, c’était la mode à l’époque, tous les classiques de l'épouvante y passaient, alors après « Dracula » (Coppola), « Frankenstein » (Brannagh) et Dr Jekyll (« Mary Reilly » de Frears), pourquoi pas « l'Ile du Docteur Moreau » ?

On se dit tout de suite : le risque c’est le ridicule des hommes-bêtes avec maquillage en latex et pelage synthétique. Si c’est bien fait on a « La planète des singes », si c’est mal fait on a « Le continent des hommes-poissons » (un grand moment celui-là aussi). Disons-le tout de suite : les maquillages sont très beaux, surtout qu’ils ont pris des acteurs sportifs ou à gueule (Mark Dacascos, Ron Perlman) qui tiennent parfaitement leur rôle.



Non, le problème, ce sont les acteurs qui jouent les rôles d’humains « normaux »...

D’abord Marlon Brando en Moreau. Comment dire. Visiblement il ne s’est jamais remis de son rôle du colonel Kurtz dans « Apocalypse Now » et a définitivement pété une durite. Il faut le voir arriver pour la première fois à la trentième minute du film sur un Hummer transformé en papamobile avec plumes de paon, vêtu d’une grande robe blanche vaporeuse ,muni d’un chapeau pagode à voilette, le visage tartiné de crème solaire blanche, les lèvres discrètement soulignées par un rouge qui bave. Avec ses 150 kg de barbaque fatiguée (il n’a qu’une scène debout) et ses poses affectées de midinette, c’est Priscilla folle de la jungle. Tout le reste est à l’avenant (et dit-on, pratiquement tout a été écrit ou modifié par Brando lui-même qui trouvait au départ son rôle trop fade). Un peu plus tard le docteur porte un chapeau en forme de seau à champagne sur la tête dans lequel il fait mettre des glaçons : c’est… son convertisseur calorique !!!



Pour 2 millions de dollars, Marlon Brando vous assure vos soirées drag-queens !


Mais le fin du fin, c’est quand même l’espèce de créature humano-lillipucienne (joué par un véritable acteur de 80 cm, Nelson de la Rosa, déjà vu dans « Ratman ») qui accompagne Moreau au piano quand celui s’attaque à Chopin. Posé avec un piano miniature sur celui de Marlon, c’est une vision hallucinante. On se demandait où Mike Myers avait piqué l’idée de mini-moi pour Austin Powers... Ne cherchez plus ! Surtout qu’avec son crâne chauve et ses airs affectés, Brando à tout du Dr Denfer.



Et je dominerai le monde ! Bwahahahahahahah !!!!!!


Avec Marlon, pour alimenter le concours de j’m’en-foutisme et de cabotinage, ils ont mis Val Kilmer en assistant junkie et dérangé. On raconte que Kilmer, qui passe pour un des acteurs les plus insupportables d’Hollywood (il a flingué sa carrière comme ça), n’était quasiment jamais sur le plateau de tournage. Ou alors bourré, ou défoncé. C’est pour cela d’ailleurs à mon avis que le perso est censé être stone quasiment tout le temps. A part ça il donne le minimum syndical (et encore). Hormis peut-être dans une scène hallucinante où il imite Brando dans son costume de drag-queen.



Stone, le monde est stone...


Enfin, pour jouer le héros, Douglas, qui débarque accidentellement sur l’île, on a David Thewlis. Thewlis est un acteur anglais qui a joué dans pas mal de petits films d’auteurs et qui a ici le fabuleux charisme d’une livre de foie de veau (s’il a été cloné à partir de quelque chose, je dirais la méduse ou la pétoncle vu l’intensité de son jeu). Avec son air tout fripé et ses yeux globuleux, il donne l'impression de constamment se demander ce qu’il fout là. Pire, devant Brando et surtout Kilmer (qui devait sûrement lui faire des grimaces) il semble avoir beaucoup de mal a garder son sérieux. En fait, plusieurs fois on le voit réprimer des sourires dans des scènes sensément dramatiques, ou mettre la main devant sa bouche et faire des grands gestes inutiles pour masquer un probable début de fou rire. Il y a même une scène où, attaqué par de tout petits hommes-rats, il tombe et se met à éclater de rire. C’est immédiatement coupé par le monteur et, l’instant suivant, on le voit qui se relève en faisant semblant d’avoir mal.



"Oui, je sais que je joue super mal... mais de là à me mettre en taule, vous êtes vaches les gars !"


Et tout est ainsi : grotesque, mal joué et drôlement affligeant. Pour le scénario, je vous la fait courte parce que vous connaissez en gros l’histoire, et à part les costumes de Brando, il n’ont pas révolutionné H.G. Wells.

Ca commence par un générique qui se la pète grave avec, sur fond de musique gothique, des images d’éclairs, d’yeux et de crocs menaçants, de foetus et... de plancton (oui, comme dans les cours de Sciences Nat’ du collège). Dans un futur proche, dans la mer de Java, Douglas est recueilli, après un accident d’avion, par Val Kilmer, qui se rend sur l’île du Docteur Moreau, un prix Nobel qui vit reclus pour se consacrer tout entier à ses recherches. Sur l’île, il pourra sûrement trouver une radio pour appeler à l’aide.



"Eh, là bas, le scénariste, il s'enfuit !

- Qu'on l'abatte ! "


Arrivé sur l’île, Kilmer va chercher un joli lapin blanc qu’il donne à caresser à Douglas puis qu’il égorge pour le dîner. Puis Douglas découvre une jolie danseuse. Ils tombent amoureux, sous l’oeil narquois de Kilmer.

Après 20 mn de bavardage où on commence à s’emmerder sec, Douglas tombe sur une communauté d’hommes-bêtes qui vivent dans des souterrains avec ascenseurs et répètent inlassablement la Loi (pas manger de viande, pas courir à quatre pattes, pas tuer etc.). Douglas fait son épouvanté mais on l’est encore plus que lui quand on voit se ramener Marlon Brando en drag-queen sur sa papamobile. Toutes les bêtes l'appellent "Père" parce qu’il parle à ses "enfants" comme un espèce de vieux papa gâteau à des débiles profonds et qu’il leur inflige des décharges électriques, via une puce implantée dans la jambe, quand l’un d’eux désobéit à la Loi.



"Dites euh, vous êtes sûr qu'il n'y a personne qui va nous voir comme ça ? Parce que bon, ça fout un peu la honte quand même..."


A partir de là, on apprend que Moreau a créé ses créatures à partir d’animaux pour avoir lui-même l’impression d’être Dieu (d’où la papamobile) et qu’il garde les plus évolués (dont la danseuse, en fait une femme chat quasiment humaine) pour en faire de parfaits humains.

Seul problème : il leur faut une injection d’une drogue spéciale pour ne pas dégénérer, administrée par Val Kilmer (qui la coupe avec des champignons hallucinogènes pour les garder calmes).



"Le pouvoir des fleurs !!!"




Evidemment, le jour où un homme-hyène découvre qu’on peut s’arracher la puce de la jambe, il comprend qu’il peut être dégagé des obligations morales de la Loi, qu’il peut se révolter contre les humains à cinq doigts (c’est nous ça), s’emparer du stock de Kalachnikovs dans la réserve du maître, devenir le chef et se taper toutes les gonzesses. D’où révolte...



En fait, sous ce déguisement grotesque d'homme-bouc gardien de la Loi, c'est Hellboy... (enfin Ron Perlman)


Moreau se fait bouffer après avoir tenté d’apprendre le piano aux hommes-bêtes. Kilmer, raide défoncé, se tartine le visage de crème solaire et tente de devenir le nouveau Père dans une scène musicale sur fond de pop F.M. bien naze. Tout cela se termine dans un bain de sang généralisé où les ¾ du casting s’entre-massacrent (y compris la danseuse, pas de scène zoophile avec le héros donc).



Bon, je vais repenser à tout ça à tête reposée, au frais sous mon seau à champ... euh, mon convertisseur calorique.


Dans la scène finale, Douglas se construit un radeau de fortune mais promet aux derniers survivants qu’il va leur envoyer du secours. Ces derniers, inquiets du fait qu’il pourrait y avoir une « Ile du Dr Moreau n°2 », lui disent que finalement non, ils préfèrent dégénérer sans leur drogue, tranquilles, entre eux, qu’ils ont compris qu’être humain c’était surtout tuer pour rien : il y a eu trop de souffrance (surtout pour le spectateur)...



Mais qu'est ce qui m'a pris de tourner dans ce truc, moi... l'horreur... l'horreur...




Rico
Rico

L'Ile du Docteur Moreau
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Les notes des membres

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avatar de Nikita Nikita : 2.5
avatar de Rico Rico : 2,5
avatar de TantePony TantePony : 2

Cote de rareté

Arrivé juste avant l'éclosion du DVD, le film a dû attendre longtemps avant d'accéder au numérique. 2012 pour être plus précis. Un peu comme si "Metropolitan" avaient eu honte et qu'ils avaient attendu de ne plus rien avoir d'autre à rééditer avant de passer à celui là...

Peu de bonus extraordinaires à attendre, sur le DVD ou le Blu Ray. On a bien le droit à quelques interviews promo d'époque et puis c'est tout !
Cote de rareté : 1/Courant Consulter le barème de notation